

Messsaoud Haine
Partie III
Question : Cest quoi la forclusion de la métaphore paternelle?
Réponse : Pour Freud, lindividu dans ses rapports, ne connaît jamais que linfluence dune seule personne ou dun très petit nombre de personnes, dont chacune a acquis pour lui une énorme significativité.
Dans les formations de linconscient, Lacan dit: " Le père nest présent que par sa loi qui est Parole, et ce nest que dans la mesure où sa parole est reconnue par la mère quelle prend valeur de Loi. "
Père et mère avancent côte à côte, et lenfant entend lécho de leur appel. En respectant la parole du père, la mère permet à lenfant daccepter la castration et de comprendre la place quil est destiné à occuper dans la famille, et plus tard dans la société.
Dans son identification narcissique à la mère. Lenfant perd tout accès à lordre symbolique qui le rive à limaginaire, sans distance par rapport aux choses de ce monde. " La conscience sécrase sur son double sans distance à son égard. Il y a une opposition immédiate de la conscience à son autre où chaque terme passe lun dans lautre. "Une longue méditation sur lhomme moderne et la morale a amené Jacques Lacan à une vision plutôt pessimiste concernant lavenir de la société occidentale, marquée par le déclin de limage paternelle. Ces considérations lont poussé à plaider pour la structure patriarcale de la famille, mieux adaptée à la transmission de lidéal du moi entre père et fils. Dans Les Fonctions de la psychanalyse en criminologie, il pense que " les tensions criminelles incluses dans la situation familiale deviennent pathogènes dans les sociétés où cette situation même se désintègre ".
Question : Vous avez dit que les mères pouvaient blesser, sans le savoir, le narcissisme de leurs garçons, pourriez-vous nous en dire davantage sur le narcissisme ?
Réponse : Le narcissisme cest lamour de soi. Vous savez sans doute que le narcissisme prédomine chez lêtre humain, et même chez lanimal.
Ce terme a été créé vers 1888 par Näcke, concernant les idées de Havelock Ellis. Repris en 1908 par Sadger, il sera utilisé par Freud en 1910 dans une note des Trois essais sur la théorie de la sexualité.
Au départ, le nourrisson ne différencie pas son moi du monde extérieur. Il napprend à le faire que progressivement. Par exemple, il comprend petit à petit que ce sont ses cris et ses pleurs qui amènent vers lui le sein maternel, objet des plus convoités. Cest de cette façon que, pour la première fois, le moi se trouve face à un objet situé au-dehors, et que seule une opération particulière (les cris) ramène.
Les souffrances inévitables liées à la sensation de faim, que le principe du plaisir réclame que lon supprime, seront une autre cause didentification du dehors.
Le Moi aura donc propension à supprimer tout ce qui peut devenir cause de déplaisir. Selon Freud, Il va se constituer ainsi un " moi purement hédonique que contrarie un monde extérieur, un dehors étranger et menaçant. "
Dans sa communication au XVI° congrès international de psychanalyse de Zurich, le 17 juillet 1949, Lacan introduit la notion dimage spéculaire . Cet événement peut se produire vers lâge de six mois.
Lacan dit : " il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que lanalyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet quand il assume son image. "
" Lassomption jubilatoire de limage spéculaire par lêtre encore plongé dans limpuissance motrice et la dépendance du nourrissage quest le petit homme à ce stade infans, nous paraîtra dès lors manifester en une situation exemplaire la matrice symbolique où le je se précipite en une forme primordiale, avant quil ne sobjective dans la dialectique de lidentification à lautre et que le langage ne lui restitue dans luniversel sa fonction de sujet. "
La relation damour du nourrisson avec sa mère permet déviter la blessure narcissique. Françoise Dolto a bien mis en évidence combien la communication parent enfant est enracinante et identificatoire. Pour elle, les paroles quon reçoit donnent le vivre.
Mais si les mots sont libérateurs et valorisants, il faut faire attention, car ils peuvent parfois justement être mortifères. Si l'appréciation de la mère na pas su soutenir chez lenfant, au moment voulu, lestime de soi, il risque de persister chez le sujet une fracture à jamais béante, escortée dun besoin permanent daffection et de reconnaissance.
Confronté à lAutre, il aura toujours tendance à se remettre en cause.
Les problèmes dépressifs que le sujet peut rencontrer ultérieurement, au cours de sa vie, sont liés intimement à linsuffisante régulation de lestime de soi.
Question : Beaucoup dhommes se plaignent dimpuissance. Quelles en sont les causes?
Réponse : Il y a deux types dimpuissance :
Nous ne parlerons ici que de la deuxième catégorie : Limpuissance peut provenir dun comportement peu sympathique de la compagne, qui fait preuve, par exemple, de négligence, ou dintimidation.
Beaucoup de gens pensent à tort que labus de masturbation ou de rapports génitaux amène un affaiblissement des désirs sexuels. Ils en concluent que cette diminution de leurs facultés est une punition. Il y en a même qui croient que cela fait pousser des poils dans le creux de la main !
Parfois une impuissance passagère occasionne la crainte dune répétition qui, à son tour, entretient le trouble.
Dautres causes beaucoup plus profondes, remontant à lenfance, peuvent engendrer une impuissance psychogène. Ces dernières nécessitent une recherche approfondie pour être élucidées.
Question : Vous avez dit que certaines personnes croient que cest la masturbation qui est la cause de leur impuissance ?
Réponse : Il y a des sujets qui incriminent leur impuissance à lonanisme et ne peuvent s'en défaire. Ils reviennent toujours à cette explication, car cela permet de dissimuler les causes inconscientes.
Souvent, le sujet prétend que son impuissance n'apparaît quavec certaines personnes ou dans certaines conditions. C'est justement d'une particularité de l'objet sexuel que résulte l'inhibition. Cette particularité de l'objet, source dimpuissance, est issue de complexes échappant à la conscience.
La libido est inhibée dans sa progression par des fixations infantiles.
Question : Ces fixations sont-elles déterminantes pour la vie amoureuse de ladulte ?
Réponse : Les choix ultérieurs de ladulte, qui ne résout pas ses fixations, se feront selon les images infantiles et susciteront lattrait qui était lié aux objets de lenfance.
Pour une fixation à la mère, par exemple, la prohibition de l'inceste contraint la libido tournée vers la mère à demeurer refoulée dans l'inconscient.
Pour pouvoir avoir une activité sexuelle normale, le sujet cherche des objets sexuels qui ne lui rappellent pas sa mère. Ils peut désirer sans aimer ou aimer sans désirer. L'impuissance psychique survient lorsque, dans la personne choisie, un trait, souvent peu voyant, rappelle l'objet à éviter.
Question : Justement, jai la lettre dun auditeur qui dit quil se sent plus à laise avec les femmes de niveau intellectuel plus bas que le sien. Quen pensez vous ?
Réponse : Certains sujets ne peuvent avoir une activité sexuelle normale quen présence d'une femme quils croient inférieure. C'est à une telle femme qu'ils consacrent de préférence leur puissance sexuelle.
Pour lutter contre une fixation incestueuse de l'enfance, le sujet peut parfois, avoir besoin de rabaisser sa partenaire.
Question : Il y a une personne qui vous demande si une impuissance peut cacher une homosexualité...
Réponse : Steckel cite le cas dun célibataire qui souffrait dimpuissance. Cela lui était arrivé à la suite dun incident, quil qualifiait danodin et dennuyeux. A dix-neuf ans, il a attrapé une blennorragie. Depuis, il sest promis de ne plus fréquenter de femmes, en dehors du mariage. " Très jeune, dit-il, je commençais à me masturber avec des camarades et jai eu un rapport homosexuel dans mon adolescence..."
En réalité, cet homme se servait de lépisode de blennorragie comme prétexte à son impuissance. La crainte de la maladie lui permettait de sécarter des femmes, tout en se disant quil se marierait un jour. Il dissimulait inconsciemment ses penchants homosexuels..
Question : Un auditeur dit quil est amateur de léquitation, mais que depuis quil pratique ce sport, il est devenu impuissant.
Réponse : Sauf dans les cas dabsorption danabolisants, les activités sportives nont pas dinfluence sur les facultés sexuelles. On accuse facilement un fait secondaire dêtre à lorigine dune impuissance.
Un grand nombre d'impuissants choisissent une occupation les détournant de leur problème, ou bien proche de leur fantasmes inconscients.
Question : En quoi léquitation, par exemple, peut-elle représenter un désir inconscient ?
Réponse : Pour mettre à jour le fantasme, il faudrait une analyse approfondie. Steckel cite lexemple dun jeune homme qui disait que lacte sexuel avec sa femme nétait possible que lorsquil pensait à un cavalier ou à un cheval.
Un jour, lorsqu'il monta à cheval pour la première fois, il éprouva du plaisir. Il renouvela cet essai et continua l'équitation. Par le biais de ce sport, le sujet, pour masquer son fantasme homosexuel rendait léquitation responsable de son impuissance.
Question : Comment peut-on expliquer le sentiment dinfériorité chez la plupart des impuissants ?
Réponse : Le sentiment de virilité chez le sujet de sexe masculin est extrêmement fort et toute atteinte à la " puissance " sexuelle est vécue comme une des plus grandes catastrophes.
Ce qui caractérise, à première vue, un impuissant cest sa façon de raser les murs, de vouloir passer inaperçu, de serrer mollement la main de son interlocuteur, de tenir presque toujours la cigarette au creux de sa paume, comme sil était écrasé de honte et que le monde entier était au courant de son " infirmité ".
Ces signes pris isolément ne doivent surtout pas être interprétés hâtivement comme des manifestations dimpuissance. Par exemple, la cigarette au creux de la paume peut être due à une habitude de fumer clandestinement ; on la rencontre notamment chez les anciens détenus.
Question : Que pensez-vous de la fréquence de cas dimpuissance, d'un grand nombre de maris avec leur femme alors que leurs capacités sexuelles demeurent tout à fait normales avec des prostituées ?
Réponse : Beaucoup dhommes qui quittent une ancienne liaison pour se marier, sont impuissants au début de leur mariage. En général, ils aiment sincèrement l'épouse qu'ils choisissent, mais restent mentalement et sexuellement attachés à leur maîtresse.
Un grand nombre dentre eux craignent la défloration, appréhendent la possibilité d'accomplir cet acte, ou en sont honteux par une cause sadique refoulée. Dautres retrouvent en leur femme, l'image maternelle ou celle de la sur. Cette possibilité dinceste inconscient constitue un frein à leurs facultés sexuelles, engendrant limpuissance conjugale.
Question : Un grand nombre de personnes prétendent que limpuissance paralysante serait la conséquence de débauche ou dune masturbation excessive. Quen pensez-vous ?
Réponse : Dans les cas dimpuissance paralysante, il y a lutte conflictuelle entre la libido et la morale. L'impuissance paralysante est une sorte de fonction de protection qui prouve la puissance du surmoi. Cette forme d'impuissance apparaît aussi chez les homosexuels, et souvent chez un grand nombre de fétichistes.
Pour certains, limpuissance est vaincue lorsqu'ils lisent des livres de littérature masochiste on sadique.
L'analyse démontre souvent des tendances sadiques de la plus haute importance.
Question : Quen est-il de lhomosexualité masculine?
Réponse : Selon Freud, tout être humain traverse un stade psychique bisexuel au cours de son enfance. Ensuite, la " composante homosexuelle " tombe dans le refoulement; il en persistera seulement une partie négligeable sublimée. Lhomosexualité imparfaitement refoulée peut réapparaître ultérieurement dans certaines circonstances, et se révéler sous laspect de symptômes névrotiques.
En 1911, Ferenczi a essayé détablir le portrait-robot analytique de lhomosexuel :
Selon lui, il y a deux types dhomoérotiques (terme quil choisit de préférence à celui dhomosexuel), dont la structure est totalement différente :
Les deux types dhomosexuels sont deux états complètement différents. Lhomoérotisme dobjet est une névrose obsessionnelle. Linversion passive, entrerait plutôt dans le registre de la perversion.
Selon Sadjer, cette homosexualité tardive chez ces sujets nest en fait qu'une démarche visant à reconstruire la relation originelle avec la mère. Lhomosexuel passif naime inconsciemment que sa propre personne dans les objets du même sexe vers lesquels tendent ses penchants. Il y occupe lui-même inconsciemment le rôle de la mère.Il est plus profondément attaché au stade narcissique.
Question : Quel est le point de vue de la psychanalyse au sujet des personnes qui changent de sexe, les transsexuels?
Réponse : Le sentiment d'appartenance au sexe masculin n'existe pas d'emblée.
Nous savons que le nourrisson vit en symbiose avec sa mère; il en reçoit donc l'empreinte de sa féminité. Lidentification primaire a donc lieu pour le garçon comme pour la fille avec la mère. Si cette identification primaire ne menace pas l'identité sexuelle de la fille, elle peut représenter un danger pour le garçon. Le désir de la mère d'avoir un fils et de le voir se développer selon un idéal masculin favorise la rupture de la symbiose et l'avènement de la virilité.
La symbiose originelle entre mère et nourrisson, si elle encourage le développement psychique, peut également le compromettre : trop intense ou trop prolongée, elle peut porter atteinte à la masculinité naissante.
Des tendances transsexuelles peuvent apparaître lorsque la mère souhaite le maintien de la symbiose et que le père se montre passif ou démissionnaire.
Question : Le transsexuel est-il un homosexuel ?
Réponse : Non. Transsexualité et homosexualité doivent être clairement différenciées :
L'homosexuel souhaite jouir en conservant son pénis, l'objet de son désir est du même sexe.
Le transsexuel, lui, cherche à se défaire de sa virilité, et, avant tout, de son pénis; cela, afin de faire concorder son corps avec son identité sexuelle profonde.
Question : On peut dire que le transsexuel refuse son sexe ?
Réponse : Une chose doit être soulignée: presque tous les hommes ressentent profondément tout ce qui a trait à leurs organes génitaux, ils s'en préoccupent et y trouvent du plaisir.
Ces organes sont à la fois une source directe de sensations et la confirmation que le sexe qui leur a été assigné est le bon, que leur identité sexuelle est inéluctable et que leur masculinité est précieuse. Si ces positions sont menacées, les hommes érigent presque tous des mécanismes de défense, sauf les véritables transsexuels.
Les transsexuels ne veulent pas de leurs organes génitaux masculins, ils ne font aucun effort pour les préserver, concrètement ou symboliquement.
Question : Chez le transsexuel y a-t-il une totale fusion avec la mère ?
Réponse : La personnalité de la mère est très importante pour comprendre le destin du futur transsexuel.
Dans son enfance, elle a très peu valorisé son appartenance au sexe féminin. Sa propre mère l'a traitée comme si elle était neutre; son père l'a encouragée à s'identifier à ses intérêts masculins.
Entre la première enfance et la puberté, elle s'est habillée et s'est fait couper les cheveux comme un garçon; elle n'a joué qu'avec des garçons, rivalisant avec eux en égale.
Avec l'apparition des modifications physiques de l'adolescence, elle a dû abandonner tout espoir de jamais devenir un homme. Elle a alors adopté une façade féminine et s'est mariée le moment venu.
Elle attend de son mari qu'il subvienne aux besoins de sa famille; autrement, il n'est pas censé jouer un rôle important dans le couple.
Dans cette dynamique familiale, il n'apparaît de transsexualisme chez l'un des fils, que si la mère le trouve beau et gracieux.
Cet enfant est ce qui arrive de mieux dans sa vie: par l'intermédiaire de son corps, dans une sorte de parthénogenèse symbolique qui rejette le mari; elle a créé son idéal le phallus parfait.
Le petit garçon n'aura pas lempreinte masculine à la fois haïe et enviée; sa beauté physique, en est pour sa mère la garantie.
Cette symbiose bienheureuse depuis la naissance est farouchement maintenue par la mère, car elle représente pour elle l'antidote de la tristesse et du désespoir. Elle garde un contact physique et psychique excessivement étroit avec le petit enfant, tout au long des journées et des années.
En s'identifiant à lui, elle tente d'annuler son enfance traumatisante, de remplacer sa mauvaise mère; la mère et l'enfant seront tout ce qui est bon.
Le bonheur dans lequel baigne cette symbiose devient pour elle laura qui entoure une mère nouvelle, idéalisée et parfaite.
Question : Et le père du futur transsexuel ?
Réponse : Comme on pourrait s'y attendre, le père n'intervient pas et reste vaguement à l'arrière-plan. Il est absent. Son fils ne le voit quasiment pas.
La mère et le fils ne font qu'un, leurs contacts physiques sont si libres de toute restriction qu'il ne se développe pas de complexe dOedipe.
Question : Et ces hommes qui se déguisent en femme ?
Réponse : Le comportement d'imitation par lhabit ou les gestes traduit une hostilité et une envie à l'égard des femmes, qu'il faut minimiser ou cacher
Question : Quest-ce qui caractérise le pervers ?
Réponse : La différence des sexes et des générations fonde l'accès à la réalité.
La vision des organes génitaux féminins est terrifiante parce qu'elle force l'enfant non seulement à reconnaître le rôle du père dans la scène primitive, mais aussi à reconnaître la " castration " féminine.
Cela lui est insupportable. La reconnaissance de la scène primitive équivaut à se dire que le père possède des capacités que lui, enfant, ne possède pas encore.
Chez le pervers, la sexualité se détourne de son but essentiel qui est la fonction de procréation, vers dautres objets. Cela résulterait dune fixation à un stade antérieur à la puberté.
Le pervers abolit la différence. Ce qui le caractérise, cest le déni, désaveu ou dénégation, cest-à-dire le refus de la réalité, parce que cette dernière est considérée comme dangereuse, et contient une menace de castration.
Le fragment de réalité nié concerne la réalité sexuelle, celle de la différence entre les sexes et celle de la différence entre les générations. Il ny a pas de différence entre homme et femme et il ny a pas de différence entre père et fils.
Cette négation a pour but d'effacer la blessure narcissique liée à l'incapacité de lenfant encore faible au moment du complexe doedipe, pour pouvoir laffronter.
Le plaisir lié à la transgression est soutenu par le fantasme davoir détruit la réalité et den avoir créé une nouvelle où toutes les différences sont abolies.
Cette négation rappelle cet exemple célèbre des Orléans qui ne reconnaissent pas la République et conservent lappellation de Roi en lui reconnaissant un héritier. Ils vont même jusqu'à écrire des messages à leurs fidèles, se comportant comme si cette situation était une réalité dans la République.
Question : Il sagit donc dun univers du sacrilège ?
Réponse : Cet univers est celui du sacrilège, puisque tout ce qui est tabou, sacré, interdit est dénié comme tel. Le pervers ne reconnaît pas la morale.
Question : Que signifie le fétichisme pour la psychanalyse?
Réponse : Dans un article daté de 1927, Freud soutient lhypothèse selon laquelle, le fétiche est le substitut du " phallus " maternel, mais sy ajoutent des processus typiques orientés sur le déni, désaveu ou dénégation.
La perception du sexe féminin privé de pénis est conjointement observée et déniée. Le fétichiste n'ignore pas que la femme ne possède pas de pénis, mais, il ne souhaite rien en savoir.
Le fétiche nest pas le remplaçant de nimporte quel pénis mais le garant dun phallus particulier qui a une valeur symbolique et une signification au tout début de lenfance. L'invention de lobjet fétiche fait perdre au risque de castration toute crédibilité. Du moment quil nexiste pas dêtres dépourvus de pénis, donc pas castrés, le fétichiste peut satisfaire ses pulsions au prix du refus de la réalité.
Question : Le fétichiste vient-il en psychanalyse?
Réponse : Il ne faut pas s'imaginer que ces sujets viennent en analyse à cause du fétichisme, car il est rare que cela soit ressenti comme une affliction, tout au plus est-ce admis comme une légère anomalie. Presque tous les fétichistes sont très satisfaits des commodités que leur procure leur objet dans la vie sexuelle.
En analyse, les chances de réussite sont plus grandes quand il sagit de cas de phénomènes fétichistes où une névrose est impliquée. On peut voir s'effacer à la fois les signes de la névrose et le fétichisme, pour parvenir à un conduite sexuelle équilibrée.
Question: Quelle est le point de vue de la psychanalyse sur les comportements allant jusquau suicide?
Réponse: A propos des conduites suicidaires Françoise Dolto, a écrit très justement : " Ce que la psychanalyse nous a montré, cest la relation profonde entre lenfant et ses géniteurs et les géniteurs de ses géniteurs, cest à dire ses parents et les parents de ses parents. Dans chaque tentative de suicide il y a une demande damour, on pourrait dire que derrière chacune de ces tentatives il y a quelque part dans le passé, la formulation, au cours de la première enfance, dun voeu qui sest gravé dans linconscient et que le sujet naura de cesse de réaliser ".
On peut dire en quelque sorte que le suicidaire répond à un voeu de mort quil a enregistré très tôt dans son inconscient.
Ceci souligne, on ne peut mieux limportance que lon doit accorder au narcissisme primaire. Ce sont surtout les mots prononcés au début de la vie qui vont être déterminants.
Le bébé, au stade intra-utérin perçoit tout ce qui se passe autour de lui; il comprend même les mots prononcés à la naissance. Le nourrisson est comme un animal qui graverait les premières images quil a autour de lui. Il y a de nombreuses expériences sur ce quon appelle limprinting sur les canards. A la naissance, le petit caneton va suivre le premier objet mobile qui se présentera devant lui et on a vu des canards qui allaient suivre toute leur vie un chapeau tiré par une ficelle.
Ce sont des expériences très importantes si on les rapporte à lêtre humain, parce quen plus des images visuelles, olfactives et sonores, le petit dhomme va enregistrer surtout le langage.
Des paroles dites à la naissance par un médecin ou une sage femme peuvent agir de façon déterminante dans la relation de la mère et de lenfant.
Question : Jai entendu un psychiatre qui disait : " Le mélancolique ce nest pas lui même qui se tue, il ne donne pas la mort à son propre corps, mais plutôt à lobjet aimé quil a introjecté en lui et quil a ensuite perdu ". Quel est votre avis?
Réponse: Vous soulevez ici le problème bien particulier de la dépression mélancolique. Si dans la névrose, toute interrogation peut se ramener à un " Père, ne vois-tu pas... que je brûle " par exemple, il en va autrement dans la psychose où la réponse est placée avant toute question.
En 1894 dans le Manuscrit G, Freud suggérait déjà que dans la mélancolie, laffect de deuil était lié au regret amer de lobjet perdu et à la perte de libido y associée. Dans Deuil et Mélancolie, Freud définit le deuil comme une réaction morbide devant "la perte dune personne aimée ou dune abstraction mise à sa place... ".
Freud en tire des déductions par rapport à la mélancolie: selon lui, le trait distinctif, absent dans le deuil mais présent comme exclusivement chez le mélancolique, cest le sentiment de dévalorisation, de mésestime de soi.
" lombre de lobjet tombe sur le moi... ". Ce sentiment nest que le résultat dune confusion du moi avec lobjet et nous instruit sur la violence exprimée par le moi à son sujet, dans le délire de petitesse, cest-à-dire lorsque survient la perte du sentiment destime de soi.
Freud, en 1915, dira que cest la perte de la libido dobjet, à la base de la régression de la libido, qui est à lorigine de lidentification narcissique à lobjet. Cest pour cela quil distinguera la mélancolie, de même que la schizophrénie dailleurs, comme des affections narcissiques. Cest ce qui fait de la mélancolie une psychose.
Lidentification mélancolique se différencierait de lidentification à lobjet damour quon rencontre dans les névroses de transfert. Dans la mélancolie, nous sommes témoins dune régression jusquau narcissisme originaire.
Question : Nous portons tous des étiquettes, les un se trouvent laids, dautres se trouvent nuls. Chacun a une image de soi. Quen pense la psychanalyse ?
Réponse : Les parents, souvent par méconnaissance, collent des étiquettes, des surnoms ou des diminutifs aux enfants. Ils ne prennent pas assez garde à leurs propos, pensant probablement en toute innocence que cela ne tire pas à conséquence. Mais, comme nous lavons vu à propos de limprinting, les mots peuvent être mortifères.
Létiquette est le plus souvent source de dévalorisation. Elle simpose à tout moment, et engendre la dépréciation. Cette dépréciation peut être source même du complexe dinfériorité qui isole celui qui en est la victime.
Question : Est-ce quil y a des cas extrêmes dans des familles où il ny a aucune communication, où rien ne passe entre parents et enfants, à cause de toutes sortes de choses, comme les interdits religieux, moraux, politiques, etc.?
Réponse: Oui, cest sûr, il y a des familles dont les membres vivent chacun dans une tour divoire, à ressasser des rancunes, des rancurs, et nosent pas sexprimer.
Je ne saurais trop vous recommander de lire ou relire les très beaux livres écrits par Hervé Bazin, intitulés Vipère au poing et La tête contre les murs. Il y décrit, de façon magistrale, à quel point les rages et les ressentiments trop longtemps contenus dans une famille peuvent dégénérer, le moment venu, en séisme collectif.
Tous les analystes peuvent vous citer de nombreux témoignages sur le divan, de sujets qui rapportent : " à la maison, nous sommes des étrangers, entre nous ; il ny a pas de chaleur, les gens ne se sourient pas, on se regarde avec une certaine réticence, on est pressé de terminer le repas.... " En outre ils mangent à table ensemble, imaginez un instant lambiance de cette soupe à la grimace !
Question : Comment pourrait-on expliquer une dévotion exagérée aux parents ?
Réponse : Quand l'enfant entend dire qu'il doit la vie à ses parents, que sa mère lui a donné la vie, des sentiments tendres s'unissent en lui à des sentiments qui luttent pour faire de lui un homme indépendant et font naître le désir de restituer ce cadeau aux parents, de leur en rendre un en échange, d'égale valeur.
Tout se passe comme si le dépit du garçon signifiait : je n'ai besoin de rien venant de mon père je veux lui rendre tout ce que je lui ai coûté.
Se forme alors le fantasme de sauver le père d'un danger menaçant sa vie s'acquittant ainsi envers lui. Quand le fantasme de sauver concerne le père c'est dans le sens du défi quil sapplique. Quand il s'agit de la mère, la plupart du temps, le fantasme a une signification tendre.
La naissance est aussi bien le premier danger qui menace la vie que le prototype de tous ceux qui suivront devant lesquels nous éprouvons de l'angoisse. L'acte de la naissance est le danger dont on a été sauvé par la mère. La mère a donné la vie à l'enfant et il n'est pas facile de remplacer ce cadeau unique par quelque chose d'équivalent.
Sauver la mère acquiert la signification de lui donner ou lui faire un enfant (naturellement un enfant tel qu'on est soi-même).
Le fils montre sa reconnaissance en formant le désir d'avoir de la mère un fils semblable à lui-même : ainsi dans le fantasme de sauver, il s'identifie complètement avec le père.
Toutes les pulsions de tendresse de reconnaissance de concupiscence de défi d'autonomie sont souvent satisfaites par le désir dêtre son propre père.
Il arrive aussi que le fantasme de sauver le père, contienne une signification tendre. Il exprime alors le désir d'avoir le père comme fils, c'est-à-dire d'avoir un fils qui soit comme le père.
Question : Comment expliquer le cas de certaines personnes qui disent être marquées par leur premier amour, et qui y restent fixées ?
Réponse : Noublions pas, comme nous lavons vu lorsquon a parlé de la forclusion, que lindividu dans ses rapports, ne connaît jamais que linfluence dun très petit nombre de personnes qui ont pour lui une grande importance.
Vous savez très bien à quel point les premières images de la vie sont importantes. Lexemple de limprinting chez les canards est édifiant à ce sujet.
Des identifications inconscientes se créent au début de la vie, et vont être décisives dans les choix que le sujet fera par la suite.
Dans linconscient, l'idéal de l'enfance s'oppose au temps. Le névrosé reste en lutte constante avec lespace et repousse sans cesse le temps. Il reste éternellement enfant, recherchant toujours sa jeune maman.
Question : Beaucoup de personnes sont terrifiées à lidée de vieillir. Quen pense la psychanalyse ?
Réponse : La crainte fondamentale qui se retrouve derrière toute angoisse de ce type est celle d'une perte d'amour.
Ernest Jones a proposé une hypothèse selon laquelle la crainte de vieillir correspond à celle d'avoir à renoncer au plaisir par une totale et définitive abolition de la sexualité, qu'il nomme aphanisis.
Question : Que dit la psychanalyse sur le comportement de certaines personnes âgées, qui deviennent grincheuses et agressives ?
Réponse : L'homme a tendance en vieillissant à retirer sa libido des objets de son amour et à retourner sur son moi propre l'intérêt libidinal dont il dispose. Certains sujets âgés redeviennent comme les enfants narcissiques. Leurs intérêts familiaux et sociaux sémoussent et une grande partie de leur capacité de sublimation leur fait défaut. Ils deviennent cyniques, et avares; autrement dit leur libido régresse à des étapes prégénitales du développement et prend souvent la forme franche de l'érotisme anal.
Dautres, au contraire, se montrent particulièrement soucieux d'apporter leur aide tant sur le plan familial que social, désintéressés et pudiques. Ils souffrent en général d'états dépressifs et sont en proie à des idées de péché et d'appauvrissement qui rappellent la mélancolie. En réalité, leur libido s'est déjà retirée des objets et seul le moi contraint désormais l'individu à maintenir ses anciens idéaux amoureux et dissimuler la régression.
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