Linfluence des premiers partenaires sexuels
Les rapports sexuels entre enfants très jeunes, surtout entre frères et surs, sont un fait courant. Ces enfants y sont poussés à la fois par leurs besoins libidinaux, que ravivent les frustrations oedipiennes, et par langoisse quils éprouvent devant leurs situations anxiogènes les plus profondes, car ces activités, en plus de satisfaire la libido, offrent un démenti aux craintes liées à lacte sexuel. Jai souvent observé lheureuse influence que subissent les relations objectales de la petite fille et son évolution sexuelle quand ses premiers partenaires prennent figure dobjets « secourables ».
Le fait davoir eu dans ses premières années des rapports sexuels avec un frère ou un substitut fraternel qui lui ait vraiment apporté affection et protection compense certaines situations oedipiennes résultant dune crainte excessive des parents et de facteurs extérieurs ; grâce à cette expérience, elle peut maintenir sa position féminine et son pouvoir daimer, par ailleurs gravement compromis.
Je pense ici à quelques cas où autour dun père rigide et dun frère gentil sétaient constituées deux sortes dobjet damour. Dautres fois, lenfant sétait créé une imago réunissant les deux types ; ici encore, la relation fraternelle avait atténué son masochisme.
Ses rapports sexuels avec un frère, en démontrant à la fille quil existe réellement un «bon » pénis, renforcent sa foi dans le « bon »pénis introjecté et diminuent sa peur des «mauvais » objets quelle a intériorisés, et que le sentiment de conspirer contre ses parents rend moins anxiogènes. Le frère et la sur sont devenus complices du même crime par lacte sexuel, qui a ravivé en eux et leur a fait partager des fantasmes masturbatoires sadiques primitivement dirigés contre leurs parents.
Ils sont désormais deux à supporter le poids de cette culpabilité si profonde et leur alliance modère langoisse que leur inspirent leurs objets redoutés. Il existe un complot de ce genre dans toute relation amoureuse, même entre adultes, et particulièrement chez les individus de caractère paranoïde.
Son attachement sexuel à un enfant qui tient lieu dun « bon » objet apporte à la fille un démenti de la réalité à sa crainte tant de sa propre sexualité que de la nature destructrice de son objet, et la prémunit souvent contre la frigidité ou des perturbations de la sexualité.
Elles peuvent gêner gravement sa vie sexuelle et ses relations objectales quand ses craintes les plus profondes se trouvent confirmées soit par le sadisme du partenaire, soit par son propre sadisme, source dangoisse et de culpabilité dans lacte sexuel. Les objets intériorisés et le Ça nen deviennent à ses yeux que plus malfaisants, le Surmoi plus intransigeant, au bénéfice de sa névrose et des troubles sexuels et caractériels de son développement.