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La position dépressive infantile :

une évolution directement observable

Pendant le second quart de la première année, certains changements dans le développement intellectuel et émotionnel du bébé deviennent évidents. Sa relation avec le monde extérieur, choses et gens, croit dans le sens de la différenciation.

La gamme de ses gratifications et de ses intérêts s'élargit, et son pouvoir d'exprimer ses émotions et de communiquer avec les gens s'accentue. Ces transformations observables mettent en évidence le développement progressif du Moi. L'intégration, la conscience, les capacités intellectuelles, la relation avec le monde extérieur, et d'autres fonctions du Moi se développent constamment en même temps, l'organisation sexuelle du bébé progresse ; les tendances urétrales, anales et génitales gagnent en force, bien que les pulsions et désirs oraux prédominent encore.

Il y a ainsi une confluence des différentes sources de libido et d'agression, qui colore la vie émotionnelle du bébé et fait apparaître au premier plan de nouvelles situations d'angoisse ; la gamme des phantasmes s'élargit; ils deviennent plus élaborés et plus différenciés. Il se produit par suite des changements importants dans la nature des défense.

Tous ces progrès se reflètent dans la relation du bébé avec sa mère (et, dans une certaine mesure, avec son père et avec d'autres personnes). La relation avec la mère comme personne, qui s'est développée pendant que le sein figurait encore comme objet principal, s'établit plus complètement, et l'identification avec elle gagne en force quand le bébé peut percevoir et introjecter sa mère comme personne (ou, en d'autres termes, comme objet total).

Alors qu'un certain degré d'intégration est la condition préliminaire pour que le Moi ait la capacité d'introjecter la mère et le père comme personnes totales, le développement ultérieur sur le chemin de l'intégration et de la synthèse commence quand la position dépressive vient au premier plan. Les divers aspects - aimé et haï, bon et mauvais - des objets se réunissent, et ces objets sont maintenant des personnes totales.

Les processus de synthèse opèrent dans le champ total des relations d'objet internes et externes. Ils comprennent d'un côté les aspects contrastants des objets intériorisés (le premier Surmoi), et de l'autre, les aspects contrastants des objets extérieurs ; mais le Moi est aussi amené à diminuer le désaccord entre le monde intérieur et le monde extérieur, ou plutôt le désaccord entre les images internes et externes. En même temps que ces processus synthétiques, se produisent les degrés ultérieurs de l'intégration du Moi, ce qui aboutit à établir une plus grande cohérence entre ses parties clivées.

Tous ces processus d'intégration et de synthèse amènent le conflit entre l'amour et la haine à se manifester dans toute sa force. L'angoisse dépressive et les sentiments de culpabilité qui en résultent se transforment non seulement en quantité, mais aussi en qualité.

L'ambivalence est maintenant vécue surtout à l'égard d'un objet total. L'amour et la haine se sont beaucoup rapprochés et le sein « bon » et le sein «mauvais», la mère « bonne » et la mère « mauvaise » ne peuvent être séparés aussi radicalement que dans le premier stade. Bien que le pouvoir des pulsions destructrices ait diminué, ces pulsions sont senties comme un grand danger pour l'objet aimé, qui est maintenant perçu comme une personne.

La voracité et les défenses contre elle jouent à ce stade un rôle particulier, car l'angoisse de perdre irrémédiablement l'objet aimé et indispensable tend à accentuer la voracité. Cependant, la voracité est sentie comme incontrôlable et destructrice, on sent qu'elle met en danger les objets aimés internes et externes. C'est pourquoi le Moi inhibe de plus en plus les désirs instinctuels, ce qui peut amener l'enfant à de graves difficultés pour accepter les aliments ou pour en jouir, et, plus tard, à de sérieuses inhibitions dans l'établissement de relations aussi bien affectueuses qu'érotiques.

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