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La névrose chez l’enfant

On retrouve régulièrement chez les enfants ce passage entre l'exubérance et l'accablement, qui est caractéristique des états dépressifs. On fait peu de cas du chagrin, pourtant si réel et si profond, qu'éprouve un enfant, précisément à cause de sa fréquence et de sa labilité.

Mais j'ai appris par l'observation analytique que le chagrin et la dépression d'un enfant, même s'ils n'atteignent pas la même acuité que la mélancolie chez l'adulte, relèvent des mêmes causes et peuvent s'accompagner d'idées de suicide. Les accidents plus ou moins graves qui arrivent aux enfants, les coups et les blessures qu’ils se donnent, sont souvent, d'après mon expérience, de vraies tentatives de suicide, mais avec une insuffisance de moyens.

Ils présentent aussi, à un degré variable, ce refus du réel, qui, dans une certaine limite, ne nous préoccupe pas, mais que nous interprétons, chez les adultes, comme un critère de psychose. Les traits paranoïdes s'observent plus difficilement en raison de la réserve et de la dissimulation qui en sont inséparables, et pourtant nous savons que les jeunes enfants se sentent assiégés et poursuivis par des figures fantastiques.

J'ai constaté, dans des analyses de tout petits enfants, le caractère paranoïde de l'impression qu'ils avaient, étant seuls et surtout la nuit, d’être entourés de toutes sortes de persécuteurs, comme des sorciers, des sorcières, des démons, des animaux, et des formes fantastiques; l'angoisse qu'ils en éprouvaient était également de type paranoïde.

La névrose de l'enfant offre un tableau complexe, formé des divers traits et mécanismes psychotiques et névrotiques que nous trouvons chez l'adulte à l'état isolé et plus ou moins pur. Parfois, l'aspect de telle ou telle affection est plus nettement discernable ; souvent tout est obscurci du fait que les différents processus pathologiques et les défenses qu'ils mobilisent sont à l’œuvre ensemble et en même temps.

Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), Freud déclare que « les premières phobies infantiles n'ont trouvé jusqu'ici aucune explication » et que « leur rapport avec les névroses manifestes et plus tardives de l'enfance n'est pas du tout éclairci».

Je pense que ces premières phobies recèlent l'angoisse née au cours des premiers stades de la formation du Surmoi.

Les toutes premières situations anxiogènes apparaissent vers l’âge de six mois, sous l'effet d'un accroissement du sadisme, et consistent en des craintes d'objets, tant extérieurs qu'introjectés, capables, dans leur violence, de dévorer, de couper et de castrer ; de telles peurs ne peuvent être suffisamment modifiées à un stade aussi précoce.

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