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Le besoin de savoir ce qui se passe " à l’intérieur "

participe à la formation du caractère obsessionnel

Les excréments sont (...) identifiés à des substances dangereuses capables de brûler et d'empoisonner, à toutes sortes d’armes offensives ; c'est pourquoi l'enfant est alors terrorisé par ses propres excréments, comme s'ils devaient lui détruire l'intérieur du corps.

L'équivalence sadique des excréments avec des substances destructrices, en plus des fantasmes d'agressions réalisées avec leur concours, amène en outre l'enfant à craindre d’être attaqué avec les mêmes moyens par ses objets tant extérieurs qu'intérieurs et à être terrorisé par les excréments et par toute saleté.

Ces sources d'angoisse, d'autant plus redoutables qu'elles sont plus variées, constituent, d’après mon expérience, les causes les plus profondes des sentiments d'angoisse et de culpabilité liés à l'apprentissage de la propreté.

Les formations réactionnelles de dégoût, d'ordre et de propreté chez l'enfant remontent ainsi à l'angoisse, aux multiples origines, qui est engendrée par ses toutes premières situations de danger. Les sentiments réactionnels de pitié sont particulièrement visibles, comme on sait, au début du second stade anal, qui amène une évolution dans les relations objectales.

C'est aussi à ce moment, comme nous l’avons vu, que l'approbation venant de ses objets rassure l'enfant et le protège d'une destruction effectuée du dedans ou du dehors ; de leur restauration dépend sa propre intégrité corporelle. L’angoisse des premières situations de danger me parait intimement liée à l'éclosion des manifestations et des névroses obsessionnelles.

Cette angoisse se rapportant à des blessures et à des destructions de toutes sortes à l'intérieur même du corps, c'est là également que doit s'accomplir la réparation. Mais l'enfant ne peut obtenir aucune certitude précise sur l'intérieur de son propre corps ou de celui de ses objets, ni sur le bien-fondé de sa crainte d’être blessé et attaqué au-dedans de lui-même, ni sur l’effet propitiatoire de ses pratiques obsessionnelles ; il n'en devient que plus anxieux et obsédé par le besoin de savoir.

Il cherchera à maîtriser son angoisse, dont le caractère imaginaire défie tout examen critique, en se montrant pointilleux à l’excès, en s'attachant davantage à tout ce qui est réalité extérieure. On voit comment le doute qui naît de cette incertitude participe à la formation du caractère obsessionnel et aussi des tendances à la précision, à l'ordre, à l'accomplissement de certaines règles, de rituels.

L'angoisse issue des situations anxiogènes primitives se signale également par son intensité et ses nombreux aspects, dus à la multiplicité de ses sources.

Le caractère des obsessions en porte la marque et les mécanismes de défense y puisent leur énergie. L'enfant se sent poussé à nettoyer et à rassembler de manière obsessionnelle tout ce qu’il a sali, brisé ou abîmé, à embellir et à restaurer l'objet endommagé par une variété de moyens qui s'accordent dans le détail avec ses divers fantasmes sadiques.

L'entourage de l'obsédé est souvent la victime de cette contrainte aussi bien que le malade. J'y verrais le résultat d'une projection à plusieurs aspects.

Le névrosé cherche d'abord à se défaire de la compulsion intolérable dont il souffre, en traitant son objet comme son propre Ça ou son Surmoi, et en reportant sur lui la contrainte de ces deux instances.

De la sorte, il satisfait accessoirement son sadisme primaire par les sévices et la tyrannie qu'il exerce sur son objet. En second lieu, il détourne sur les objets du monde extérieur sa crainte d’être détruit ou attaqué par ses objets introjectés. Cette peur provoque en lui un besoin compulsif de contrôle et de domination sur ses imagos ; comme il ne parvient pas à réaliser ce souhait avec ses objets intériorisés, il les remplace par des objets extérieurs qu'il voudra se soumettre.

Si je ne me trompe pas en affirmant que l'ampleur et l’intensité des activités obsessionnelles et la gravité de la névrose dépendent des proportions et de la nature de l'angoisse que suscitent les premières situations anxiogènes, nous comprendrons mieux les liens étroits et connus qui rapprochent de la paranoïa les formes plus aiguës de la névrose obsessionnelle.

D'après Abraham, la libido régresse, dans la paranoïa, au premier stade sado-anal. Mes propres observations m'inciteraient à aller plus avant.

Au cours du premier stade sado-anal, l'enfant, sous l'effet de situations anxiogènes primitives assez puissantes, traverse des crises paranoïdes frustes, mais réelles, qui seront normalement surmontées au stade suivant, soit au second stade sado-anal.

La gravité de la névrose obsessionnelle est en rapport avec l'importance des troubles de nature paranoïde qui l'ont juste précédée. L'échec des mécanismes obsessionnels ouvre la voie aux manifestations paranoïdes sous-jacentes, et même à une franche psychose paranoïaque.

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