Sur la sexualité féminine
(3ème partie)
Si on étudie la littérature analytique sur notre sujet, on peut se convaincre que tout ce que j'ai examiné ici en détail s'y trouve déjà. Il aurait été inutile de publier ce travail si, dans un domaine dont l'accès est si difficile il n'était toujours valable de rapporter des expériences propres et des conceptions personnelles. Il y a, de plus, beaucoup de points que j'ai précisés et que j'ai mieux isolés.
Dans quelques-unes des autres études, l'exposition des faits est rendue confuse par la discussion simultanée des problèmes du surmoi et du sentiment de culpabilité. Cela je l'ai évité; dans la description des différentes issues de cette phase de développement, je n'ai pas traité non plus des complications qui apparaissent lorsque l'enfant, déçue par son père revient au lien à la mère qu'elle avait abandonné ou lorsque, au cours de sa vie, d'une façon répétée, elle passe d'une attitude à l'autre.
Mais justement, puisque mon travail n'est qu'un apport parmi d'autres, je peux m'épargner l'examen minutieux de la littérature sur ce sujet et je peux me limiter à mettre en évidence les points d'accord les plus significatifs avec certains de ces travaux et les points de désaccord les plus importants avec d'autres.
Dans le travail non encore dépassé d'Abraham, « Les manifestations du complexe de castration de la femme (Aüsserungsformen des weiblichen Kastrationskomplexes), Internat. Zeitschr. f. Psa., VII, 1921, on aimerait voir introduit le facteur du lien exclusif à la mère du début. Je dois dire mon accord, sur les points essentiels, avec l'important travail de Jeanne (I) Lampi de Groot (2).
Cet auteur reconnaît l'identité des phases prédipiennes du garçon et de la fille, elle affirme l'activité sexuelle (phallique) de la fille vis-à-vis de la mère et l'enrichit d'observations. Elle ramène le fait de se détourner de la mère à l'influence de la connaissance de la castration qui oblige l'enfant à abandonner l'objet sexuel et souvent, avec lui, l'onanisme aussi; elle définit tout le développement par la formule suivante : la fille traverse une phase de complexe ddipe « négatif » avant d'entrer dans la phase positive.
Mais ce travail est insuffisant en ce qu'il présente le fait de se détourner de la mère comme un simple changement d'objet sans convenir qu'il s'accomplit avec les signes les plus clairs d'hostilité. Cette hostilité est pleinement appréciée par Hélène Deutsch dans son dernier travail, « Der feminine Masochismus und seine Beziehung zur Frigidität « (Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité), Internat. Zeitschr. f. Psa., XVI, 1930, qui reconnaît aussi l'activité phallique de la fille et l'intensité de son attachement à sa mère.
H. Deutsch indique aussi que le fait de se tourner vers le père se produit par la voie de tendances passives (qui ont été déjà mises en action en relation avec la mère). Dans l'ouvrage qu'elle avait publié antérieurement: Psychoanalyse der weiblichen Sexualfunktionen (Psychanalyse des fonctions sexuelles féminines), 1925, elle ne s'était pas encore dispensée d'appliquer aussi le schéma oedipien à la phase prédipienne; elle avait donc interprété l'activité phallique de la fille comme une identification avec le père.
Fénichel, «Zur prägenitalen Vorgeschichte des Ödipuskomplexes » (La préhistoire prégénitale du complexe ddipe), Internat. Zeitschr. f. Psa., XVI, 1930, insiste avec raison sur la difficulté de reconnaître, dans le matériel recueilli dans l'analyse, ce qui est contenu inchangé de la phase prédipienne et ce qui a été déformé régressivement (ou autrement).
Il ne reconnaît pas l'activité phallique de la fille décrite par Jeanne Lampl de Groot et proteste aussi contre 1' « avancement » du complexe ddipe auquel procède Mélanie Klein, « Frühstadien des Ödipuskonfliktes » (Les stades précoces du conflit oedipien), Internat. Zeitschr. f. Psa., XIV, 1928, en faisant débuter le complexe dès le commencement de la deuxième année.
Cette date qui, nécessairement, transforme la conception de toutes les circonstances du développement, ne s'accorde pas, en réalité, avec les résultats d'analyse d'adultes et est particulièrement incompatible avec mes découvertes sur la longue durée de l'attachement prédipien à la mère chez la fille.
On peut adoucir cette contradiction en remarquant que, dans ce domaine, nous ne pouvons encore pas séparer ce qui est fixé par les lois biologiques et ce qui peut changer et varier sous l'influence des accidents de la vie.
Comme nous le savons depuis longtemps en ce qui concerne l'effet de la séduction, d'autres facteurs peuvent occasionner une accélération et une maturation du développement sexuel de l'enfant le moment de la naissance de frères et surs, le moment de la découverte de la différence entre les sexes, l'observation directe du rapport sexuel, le comportement d'encouragement ou d'interdiction des parents, etc.
Beaucoup d'auteurs inclinent a réduire l'importance des premières motions de libido les plus originaires au profit de processus de développement plus tardifs, si bien que - à l'extrême - ces motions ne conserveraient que le rôle d'indiquer certaines directions tandis que ce sont des régressions et des formations réactionnelles ultérieures qui fourniraient les intensités qui s'engagent dans ces voies.
Ainsi, par exemple, Horney, « Flucht aus der Weiblichkeit » (Fuite hors de la féminité), Internat. Zeitschr. f. Psa., XII, 1926, pense que nous surestimons beaucoup l'envie de pénis primaire de la fille, alors qu'il faut attribuer l'intensité de la tendance masculine qui se déploye ultérieurement a une envie de pénis secondaire qui sert a se défendre contre les motions féminines, particulièrement contre le lien féminin au père.
Ceci ne correspond pas a mes impressions. Si certain que soit le fait de renforcements ultérieurs par régression et formation réactionnelle, si difficile qu'il puisse être de faire l'estimation relative des composantes libidinales qui convergent, je pense que nous ne devons pas oublier que ces motions libidinales du début possèdent une intensité qui demeure supérieure a celle des motions ultérieures et que l'on peut proprement qualifier d'incommensurable.
Il est certainement juste de dire qu'il y a un antagonisme entre le lien au père et le complexe de masculinité - c'est l'opposition générale entre activité et passivité, masculinité et féminité - mais cela ne nous donne aucunement le droit d'admettre que seul le premier serait primaire tandis que l'autre ne devrait ses forces qu'à la défense.
Et si la défense contre la féminité réussit à être si énergique d'où peut-elle tirer sa force sinon de la tendance masculine qui a trouvé sa première expression chez l'enfant dans l'envie du pénis, et qui mérite donc d'être nommée après cette envie.
Une objection semblable s'élève contre la conception de Jones « Die erste Entwicklung der weiblichen Sexualität » (Le premier développement de la sexualité féminine), Internat. Zeitschr. f. Psa., XIV, 1928, pour qui le stade phallique chez la fille doit être une réaction de protection secondaire plutôt qu'un véritable stade de développement. Cela ne correspond ni aux conditions dynamiques ni aux conditions temporelles.