Contribution psychanalytique à létude de sa personnalité et du culte monothéiste dAton
En lannée 1880, un grand nombre de tablettes couvertes de textes asiatiques furent découvertes prés du village égyptien de Tell-el-Amarna. Ces tablettes se révélèrent être des documents historiques importants et apportèrent des révélations remarquables sur le roi Amenhotep IV et la période de son règne. La possession simultanée des textes hiéroglyphiques de lépoque et des tablettes dAmarna permit à la recherche desquisser un tableau suggestif de la personnalité de ce roi. Nous possédons une série douvrages et de travaux sur lhistoire égyptienne qui nous enseignent une foule de choses intéressantes sur cette époque. Ils mont fourni les bases matérielles de cette investigation. Je me réfère nommément aux uvres de Breasted dont lhistoire dEgypte est parue récemment en une très bonne traduction allemande, de même quà lexcellente monographie de Weigall sur la vie dAmenhotep IV.
Cest avec un intérêt spécial, voire avec enthousiasme, que les égyptologues ont adopté le " roi hérétique ", celui qui sattribua le nom dEchnaton, nous y reviendrons. Un tel intérêt peut paraître curieux et incompréhensible aux non-initiés, car trois millénaires et quelques siècles nous séparent de la période Amarna! Mais lorsquun savant aussi compétent que Breasted considère ce roi comme la figure la plus extraordinaire de lhistoire ancienne de lOrient, et pense devoir lui ménager une place spéciale dans lhistoire mondiale, nous avons envie de connaître les qualités, les faits qui ont valu à Amenhotep IV cette place d'honneur.
Amenhotep IV, qui appartenait à la XVIIIe dynastie, vivait au XIVe siècle avant J-C il ne fut ni souverain avisé comme plusieurs de ses ancêtres. Bien plutôt, son bref règne vit fondre lempire quils avaient constitué, cependant que le jeune roi assistait, inactif, à la catastrophe. Sa grandeur est ailleurs; dans un domaine idéal. On sétonne dapprendre, ne serait-ce que par allusion, le contenu de cette courte vie.
A dix ans, Amenhotep IV monte sur le trône, à vingt- huit ans, il meurt. Dans ce bref intervalle, il inaugure un bouleversement grandiose dans les domaines de la religion, de léthique, de la conception du monde et de lart. Tout ce que nous savons de cette révolution nous porteur didées qui, pour une part, ne seront reprise que plus de mille ans après lui. Si ses ancêtres furent puissants par laction, le dernier rejeton direct de la XVIIIe dynastie fut un rêveur, un penseur idéaliste, un moraliste et un esthète. Il est le premier nous informe
Pour qui a coutume de considérer tout ce qui est spirituel sous langle des découvertes freudiennes, la vie dAmenhotep IV est une sollicitation à en tenter une étude psychanalytique. Elle laisse en effet transparaître de façon unique un homme de cette lointaine civilisation de défense que ceux que les recherches de Freud et de son école ont révélés chez nos contemporains. La XVIIIe dynastie est la première époque de la " domination mondiale " de lEgypte. Parmi les ascendants directs dAmenhotep IV, Thoutmosis III en fut le fondateur. Cest pendant son long règne que lempire sagrandit jusquà lEuphrate. La consolidation de la souveraineté égyptienne nécessitait chaque années une série imposante dexpéditions militaires. Le puissant Thoutmosis sortait vainqueur de ces entreprises. Son successeur Amenhotep II fut abordé par la tâche de soumettre définitivement les peuples asiatiques. Il surpassa tous ses prédécesseurs par son âme guerrière, sa sauvagerie et sa cruauté. Sa force corporelle était célèbre. On racontait quaucun autre homme ne pouvait tendre son arc. Son fils Thoutmosis IV, dont le règne fut court, était chérif. Il maintint la puissance politique de lEgypte moins par ses exploits guerriers que par son mariage avec Gilluchipa, princesse asiatique, fille du roi Artatama de Mitanni (Mésopotamie). A sa mort, la régence fut assumée par la mère du fils mineur quil laisse jusquà ce que celui-ci accédât au trône sous le non dAmenhotep III. Cette régence prépara le terrain à linfluence asiatique sur la cour dEgypte. le règne dAmenhotep III entama la courbe descendante de la puissance égyptienne. Le sens guerrier lui manquait encore plus quà son père. Cétait un chasseur enthousiaste, les comptes rendus de ses succès de chasse furent légués à la postérité, comme les faits de guerre de ses ancêtres. Il déploya à la cour un faste jusque-là inconnu. Lart put sépanouir dans une période de paix prolongée. Mais les influences étrangères furent lourdes de conséquences, du fait que ce roi épousa lui aussi une étrangère qui sappelait Teje. Elle était fille dun prêtre apparemment immigré mâle au roi, il prit une deuxième épouse. Celle-ci non plus nétait pas égyptienne, mais asiatique, Taderchipa, princesse de Mitanni, fille du roi régnant Touschratta. Avec elle, Amenhotep III avait choisi une cousine maternelle. Cependant sa femme Teje lui donna tardivement le fils tant attendu, le roi suivant, Amenhotep IV.
Avec les années, le gouvernement passa de plus en plus du ri à la reine. La politique extérieure nen fut pas modifiée pour lessentiel. par contre, un renversement religieux se faisait sentir. La reine et son entourage tentaient de repousser le culte dAmon et préféraient le dieu Aton, jusque-là peu populaire.
En ce temps-là, Amon était sans discussion le principal dieu dEgypte. la résidence des pharaons, Thèbes, était le centre le plus important du culte et les prêtres dAmon jouissaient, tant à la cour que dans le peuple, dune influence prépondérante. Le même rôle dominant avait appartenu précédemment à Ra (ou Râ), dieu principal de la Basse-Egypte, jusquà ce que des modifications de la politique interne aient déplacé le centre de gravité de la vie religieuse et politique vers la nouvelle ville résidentielle de Thèbes. Cependant le culte de Ra nétait pas aboli, nous trouvons même la tentative si typique des conceptions religieuses égyptiennes de fondre ces divinités rivales en une divinité unique, " Amon Ra ". de telles divinités combinées lui ajouter le nom de Ra ou dAmon pour augmenter son prestige. Les historiens soulignent le fait remarquable, déjà noté, que le père de la reine Teje était prêtre dune telle divinité combinée, Min-Ra. Min correspond à peu près au Pan des Grecs; Min est une combinaison du dieu de la fertilité avec le dieu soleil dispensateur de vie. Le culte de cette divinité, dAdonis, était familier dans la Syrie toute proche. Linfluence asiatique progressait à cette période. Et comme le père de la reine était un prêtre vraisemblablement immigré dAsie, on en arrive à supposer que le culte de Min-Ra favorisait des influences asiatiques.
Les inscriptions des années tardives du règne dAmenhotep III comportent souvent le nom du dieu Aton qui fut honoré jadis en tant que dieu soleil, parallèlement à Ra, dans le Bas-Empire. La ressemblance sonore dAton et dAdonis est frappante. Il nest pas possible décarter la supposition que le nom dAton représente le culte dAdonis venu dAsie. les chercheurs autorisés en font mention. Comme nous lavons déjà dit, le décès dAmenhotep III fut suivi dune expansion du culte dAton. cest pendant cette période de transition que se situe le début du règne du roi mineur Amenhotep IV (1375-1358 avant J-C.).
Le jeune roi était dune constitution corporelle délicate et fragile. Il ne parvint jamais à une santé solide et mourut dés lâge de vingt-huit ans. Il est dit également quil souffrait de " crises " (sur lesquelles je ne sais bien entendu rien de plus précis) et détats visionnaires. Cest pourquoi on a prétendu quil sagissait dépilepsie, vraisemblablement aussi injustement que pour dautres grands homme de lhistoire. lépilepsie comporte régulièrement une détérioration mentale progressive du patient. Un être qui sest distingué par des dons spirituels exceptionnels et qui les a conservés jusquà sa fin ne peut donc pas être considéré comme épileptique. Daprès tous les documents, Amenhotep IV était un idéaliste, un rêveur désarmé enfance des exigences importantes de la vie. Il ne sagit pas là dimpulsivité épileptique; le refoulement prononcé de sa vie pulsionnelle, les formations réactionnelles marquées de son caractère nous rappellent bien plutôt la façon dêtre des névrosés. Souvenons-nous de ce que notre expérience nous prouve: que les êtres doués dimagination les poètes et les artistes présentent constamment un ingrédient de traits névrotiques, et c est parmi eux que nous classerions plutôt Amenhotep IV.
Si toutefois le jeune roi était jusquà un certain point la victime détats névrotiques, à eux sassociaient une intelligence extraordinairement précoce et diverse, une affective dune rare richesse. Nous reconnaissons en lui un type dêtre qui existe de notre temps. Aujourdhui aussi nous observons assez souvent dans une famille la diminution de la volonté active et des capacités corporelles. Tandis que le tronc qui se meurt donne encore naissance à tel ou tel rameau, qui représente une ascension sur le plan intellectuel, son épanouissement harmonieux spirituel et corporel est inhibé, par une prédisposition névrotique.
Lhistoire de bien des familles nous permet dobserver lavènement dune personnalité qui se fraie activement son chemin. Dés la génération du fils de cet home une régression samorce. bien souvent le fils ne jouit pas de la forte constitution du père. Si même il en a hérité, il croît à lombre dune personnalité trop puissante et se trouve freiné dans son libre épanouissement. Il continue luvre du père sans dépasser les succès de celui-ci. Son besoin de puissance sexprime plutôt par des exigences accrues, par une tendance au raffinement intellectuel et à la sentimentalité. Faute dêtre à la hauteur des exigences de la réalité, elle évolue dans le sens de la névrose.
Il y a là bien des correspondances avec le sens de lévolution de la XVIIIe dynastie égyptienne, depuis ses représentants les plus anciens si puissants en passants par Amenhotep III jusquà son fils, le rêveur, le philosophe dont je veux maintenant examiner la personnalité à la lumière de la psychanalyse.
La méthode psychanalytique ne se contente pas de connaître les destins vitaux et de tracer le tableau clinique dun névrosé; elle veut pénétrer dans linconscient du patient et révéler ses relations avec les manifestations lhistoire de sa libido, cest à-dire son état pendant lenfance, leffet du refoulement sexuel et le retour des désirs refoulés. Chaque cas nous permet à son reconnaître la signification qui revient à la position de lenfant vis-à-vis des parents. Mais nous avons appris que lhomme en bonne santé recèle dans son inconscient les mêmes forces pulsionnelles que le névrosé, que chez lui aussi, la position inconsciente vis-à-vis des parents forme un " complexe de base ". le fait que la libido du garçon se tourne dabord vers la mère, que ses premiers sentiments hostiles, jaloux vont au père, est une observation qui peut être répétée pour chaque individu. Mais le sujet sain parvient à sublimer les pulsions dont les raisons sociales exigent le refoulement, tandis que le névrosé est ballotté dun extrême à lautre.
Le projet de prendre Amenhotep IV comme objet dune investigation psychanalytique pourrait paraître fantastique et voué à léchec, si nous nétions pas renseignés de façon indiscutable sur son histoire et sur le " complexe parental " du jeune roi. Les faits dont nous allons parler frappent demblée par leur analogie avec les enseignements de la psychanalyse.
Dans le couple de ses parents- le roi Amenhotep III et la reine Teje cest cette dernière qui avait sans conteste le plus de poids. Cette femme intelligente et souple sempara de plus en plus des rênes du gouvernement. Elle dominait le roi par sa volonté, son initiative, son sens pratique, alors quil portait de moins en moins dintérêt aux affaires de lEtat pendant les dernières années de sa vie. Linfluence de la reine sur toute la vie de son fils est très facile à identifier. Il dut être très proche delle, dès lenfance. Sa libido sétait fixée à sa mère avec une grande intensité, alors que sa relation avec son père porte la marque dune disposition négative nette. La cause de cette fixation prolongée du jeune roi à sa mère tient, en plus de sa valeur intellectuelle, à la beauté de Teje. Nous sommes à une même davoir une représentation vivante de lapparence de cette femme remarquable. Un petit portrait en buste appartenant à une collection privée (le musée de Berlin en possède une reproduction) nous offre limage de cet amalgame de beauté, dintelligence et dénergie. il est dune vivacité si saisissante quil ne peut manquer aujourdhui encore son effet sur le spectateur. Il suffit de regarder la reproduction pour comprendre que ce fils, fin et sensible, se soit fixé à ce point à sa mère.
Un lien libidinal dune telle force et dune telle durée avec la personne de la mère donne lieu ultérieurement à certains effets bien précis sur lérotisme du fils adolescent ou adulte. Selon mon exposé dans un article précédent, ce lien lui rend plus difficile, à la période de la puberté, de détacher sa libido de sa mère pour la transférer à de nouveaux objets damour. il arrive même que ce détachement échoue complètement. Le plus souvent, il réussit imparfaitement. A sa place apparaît la tendance à un lien monogame avec une personne qui devient le substitut de la mère. Ce transfert libidinal a coutume dêtre définitif, irréversible.
Ce trait de monogamie est particulièrement net chez le jeune roi. Le destin de sa vie amoureuse tient en quelques mots. Peu après la mort de son père, il fut marié alors quil navait pas encore dix ans. Lépouse quil reçut était également une princesse asiatique, encore enfant. Il est remarquable que cest là la troisième fois quune asiatique est élevée au rang de future reine. Future, car dans lintervalle, la régence restait aux mains de la reine mère Teje et de ses conseillers. Adulte, la jeune reine donna le jour à une série de filles, lhéritier masculin souhaité fit défaut. Cependant Amenhotep IV ne se décida pas à prendre une deuxième femme comme son père, il se limita à cette Nefer-Nefru-Aton quil aimait pardessus tout. Ce fait est plus remarquable encore lorsquon sait que les roi précédents entretenaient un harem selon les murs orientales. Amenhotep IV, Weigall le souligne, est le premier des pharaons à vivre de façon strictement monogame. Il se limita à un seule femme, que, de plus, il avait épousée dès lenfance. Il renonça donc sa vie durant à un choix objectal personnel. Il se fixa à sa femme avec la même intensité quà sa mère. Même adulte il paraissait en public de préférence en compagnie des deux femmes qui, toutes deux, exercèrent une forte influence sur le gouvernement.
Dès la mort du roi Amenhotep III, la reine, sa veuve, montra clairement combien elle inclinait au culte dAton, et combien elle tenait à faire de son fils mineur linstrument de ses plans de réforme. A son accession au trône, Amenhotep IV reçut un titre très significatif. Son nom dAmenhotep IV qui signifie à peu prés " aimé dAmon " fut complété par " grand prêtre du Ra-Horakhti qui à lhorizon se réjouit de son nom; feu qui en Aton ". ainsi la mère désigne au fils le chemin quil doit suivre selon sa volonté.
Très officiellement, Aton était devenu le rival dAmon; mais rien nindiquait encore que peu dannées après il serait élevé au rang de dieu seul et unique comme il advint lorsque le roi eut atteint sa majorité. Personne encore ne soupçonnait la nouvelle conception du monde, dont Aton devait être le centre. Teje était assez sage et prudente pour ne pas précipiter la transition vers le nouveau culte ou provoquer lhostilité des adeptes de lancien rite. Ceût été dailleurs alors une entreprise sans espoir, de tenter demblée la lutte avec le clergé dAmon. cependant, les premières dispositions de sa régence permettaient de reconnaître le sens des aspirations de la reine. Le premier édifice qui fut érigé sous le règne nominal dAmenhotep IV fut le temple de Ra-Horakhti- Aton à Karnak. Une sculpture représente le roi adorant le dieu Amon, conformément à son nom. Mais la même uvre contient aussi le symbole dAton: le disque du soleil au ciel, ses rayons terminés par des mains qui ceignent le roi. Nous pensons pouvoir reconnaître ici une sorte de prudent égard pour les prêtres dAmon. le roi montré en relation avec les deux divinités. Mais Thèbes, capitale et centre du culte dAmon, reçut un nom nouveau: ville de léclat dAton.
Amenhotep IV commença à régner à lâge denviron quinze ans, âge qui correspond à la maturité corporelle. Très vite, la forte individualité de ladolescent se fit jour. Avec le temps, chacun dut reconnaître quAmenhotep IV irait son propre chemin. Cependant, de son vivant linfluence de sa mère ne peut être méconnue. Le fils poursuivit avec un enthousiasme juvénile luvre quelle avait commencée. Cette fixation à sa mère ne prend tout son relief que lorsquon la compare aux tentatives de se détacher de son père.
Lensemble du comportement du jeune roi dans les années qui vont suivre sinscrit sous le signe de la révolte contre son père, mort depuis longtemps déjà. Nous ne savons malheureusement rien de sa relation denfant avec lui, mais sa position pendant la puberté et les années ultérieures recoupe parfaitement celle que nous observons aujourdhui chez de nombreux sujets: ils saccrochent inconsciemment au père pendant lenfance; adultes, ils cherchent à se délivrer de cette dépendance intérieure. Vus de lextérieur, ils donnent limpression dun combat contre le père. En vérité, ils sélèvent contre une fixation inconsciente au père, ils veulent secouer le pouvoir de limage du père. Ce nest que de cette façon que peut sexpliquer la lutte que le névrosé poursuit apparemment contre un mort. Le jeune roi était habité parle conflit de deux partis, lun conservateur, lautre révolutionnaire. Lexpérience nous a appris que dans ce cas, une formation de compromis se constitue.
Ce que nous avons dit de ladolescent ne fait pas prévoir une opposition impétueuse et violente contre le complexe paternel. Et de fait, nous allons voir comment le roi sublima en aspirations idéales son opposition à la puissance et à lautorité du père. Ces aspirations concernèrent de façon décisive la Tradition transmise par le père. Lorsque par la suite, cependant, une tendance révolutionnaire plus violente apparaît, elle nous permet de soupçonner la force de la lutte intérieure qui se poursuivait en Amenhotep IV. Il existait donc une tendance révolutionnaire antagoniste dune tendance conservatrice. Nous observons chez Amenhotep IV un processus que les névrosés nous ont permis de connaître. Ils refusent lautorité paternelle en matière religieuse, politique ou autre, mais la remplacent et montrent précisément par là que leur besoin dune autorité paternelle est inassouvi.
Il est difficile de trouver parmi les formations de compromis de ce type, de plus belles que celles que nous offre Amenhotep IV. Peu après le début de son règne, il rompt avec la tradition religieuse, avec Amon dieu de son père -, et se convertit à Aton, lui conférant une puissance et une autorité quaucun dieu navait possédées jusqualors. Il anime sous une forme nouvelle le très vieux culte du soleil de Basse-Egypte. Mais en renouant avec le culte de Ra Horakhti Aton il prend modèle sur les rois les plus anciens qui se considéraient comme les descendants directs de Ra. Pour affirmer encore plus clairement combien il se sent proche deux et loin de son père, il porte constamment la couronne de la basse Egypte, cest à-dire dun empire beaucoup plus ancien et il tend depuis le début vers cette basse-Egypte. Dautres symptômes encore apparaissent.
Nous rencontrons vers cette époque les premières modifications du style artistique. Elles sont fort caractéristiques. Le connaisseur de lart égyptien relève certaines particularités dans les représentations du roi qui les distinguent au premier coup dil des uvres antérieures : le crane et le cou allongés, le ventre proéminent, les hanches et les cuisses disproportionnées. Ces particularités ont trouvé toutes sortes dexplications. la supposition la plus fréquente est celle dune difformité corporelle du roi, expliquant les aspects des représentations et des sculptures. maIs cette hypothèse dut être abandonnée lorsque la momie du roi fut retrouvée. Car lossature de la momie ne présentait aucune des déformations qui apparaissent sur les images dAmenhotep IV. Weigall, de façon très spirituelle et très convaincante, a avancé largument que ces formes étranges remontent à des modèle archaïques, précisément, à ceux datant du roi le plus ancien de Basse-Egypte. Weigall fournit un tableau ou il confronte de façon très instructive les représentations remontant aux origines de lart égyptien et celles de lépouse qui nous occupe. Il semble évident que ce dernier style sappuis sur le style archaïque. Par cette reprise du style le plus archaïque, le jeune roi établit un lien particulièrement intime entre lui et les rois les plus anciens.
Le sens de ces premiers changements introduits dans le culte et lart par Amenhotep IV lui-même est clair: le roi ne veut pas être le fils et le successeur de son père, mais le fils du dieu Ra. Il ne veut pas honorer le dieu de son père réel, mais son père imaginaire Ra (Aton).
Cela nous évoque les manifestations courantes que linvestigation psychanalytique des névroses a permis délucider. Il sagit de ce que nous nommons des fantasmes de filiation comme nous en trouvons chez les névrosés.
a lorigine, le père est pour lenfant le modèle de toute puissance et de toute grandeur. Lors de lapparition de sentiments hostiles, le garçon détrône le père en imagination, en sélevant éventuellement lui-même au rang de fils dun roi imaginaire et en réduisant le rôle de son père réel à celui de père nourricier. Le fantasme dêtre un prince est un fantasme des plus communs du garçon. Le même refus de la réalité donne lieu, chez les malades mentaux, à des idées délirantes dont le contenu traite de la haute ascendance du patient. Cet enchaînement didées nous est connu par les mythes et les contes ou le héros est élevé comme fils de gens modestes jusquà ce quil parvienne au prestige souverain qui lui revient conformément à son origine réelle. Ces mythes expriment sous une forme voilée le conflit, aussi vieux que le monde, entre père et fils.
Laction dAmenhotep est bien conforme à cette direction. Il méprise lascendance paternelle réelle et la remplace par quelque chose de supérieur. Mais comme il est réellement fils de roi, le fantasme de lorigine royale usuel chez dautres ne pouvait lélever au-dessus de son père. Il était bien obligé de monter plus haut: aux dieux. Aucun mortel ne le dépassait en puissance. Il ne restait à limagination que la possibilité de relier sa propre existence à celle dun être supra-terrestre. Amon ne pouvait tenir ce rôle de père, puisque Amenhotep III lhonorait. linfluence maternelle désignait Aton, cest-à-dire Ra, qui, était considéré primitivement comme le père généalogique des premiers débuta pas par des faits de guerre, ou des événements de politique extérieure, mais par des innovations idéologiques. Dans limmédiat, il ne sagissait pas dinnovations proprement dites, mais dun retour au plus ancien, au préhistorique. Cependant, au fur et à mesure de sa maturité, le roi innova et personnifia le passé auquel il sarticulait. Nous possédons des preuves précieuses montrant que la révolution artistique est le fait de linitiative personnelle du roi: certaines inscriptions funéraires dartistes ayant exécuté les constructions du roi. Il était dusage en Egypte que linscription tombale soit en quelque sorte le récit personnel de la biographie du mort. Cest à de telles inscriptions que nous devons une grande part de notre connaissance de lhistoire égyptienne: larchitecte royal Bek- qui créa la nouvelle capitale dont nous allons parler nous apprend ainsi que Sa Majesté lui donna des instructions. On pourrait voir là, mais certainement à tort, une flatterie de courtisan à ladresse du roi. Même sans de tels témoignages, nous sommes en mesure de reconnaître lesprit du roi dans lart de cette époque. La peinture et les arts plastiques de son vivant sont une incarnation des idéaux auxquels le jeunes rêveur se consacra de tout son être. Nous reparlerons de laccent quil mit sur la vérité dans son enseignement éthique, et de son réalisme artistique qui nous semble si moderne.
Si ses prédécesseurs avaient poursuivi lextension et la consolidation de leur puissance politique, le descendant aspirait à lélargissement constant de son horizon spirituel. Il consacra son intérêt à lart étranger, aux religions et aux mythes des autres pays; tout nous porte à croire quil mobilisa les cercles influents de la ville pour les questions qui le préoccupaient.
Deux ans après son accession au trône, le souverain de dix-sept ans fit un pas dune portée considérable par rapport aux principes admis. Il fonda une nouvelle résidence nommée " Achet-Aton " (Horizon dAton). Il la fit construire à quatre cent cinquante Kilomètres au nord de Thèbes, jusqualors la capitale. Ainsi il séloignait ostensiblement de la ville dAmon et allait vers le delta du Nil (cest-à-dire lempire le plus ancien). La nouvelle ville dAton est située à la place de lactuel Tell el-Amarna; cest ici que furent trouvées les tablettes déjà mentionnées. Des palais et des temples splendides furent élevés. En Nubie et en Syrie, deux villes furent fondées, qui reçurent des noms attestant leur consécration au dieu Aton. Deux ans plus tard, Amenhotep IV, âgé de dix-neuf ans, quitta définitivement Thèbes et transporte sa résidence à Achet-Aton. Simultanément, il modifia son nom et sintitula dorénavant Echnaton, " agréable à Aton ".
Dans lintervalle, des conflits sévères lopposèrent au clergé dAmon qui se dressait contre ses innovations. Echnaton fut dacier, il chassa les clergés hostiles à Aton de leurs possessions, il combattit la vénération de tous les autres dieux et éleva Aton au rang de dieu unique du pays. La guerre fut, plus particulièrement, déclarée à Amon. Echnaton semploya à effacer les traces du dieu, dont son père et lui tenaient leur nom. Ce nom haï ne devait plus être prononcé. Cest ainsi quil décida de supprimer les noms dAmon et dAmenhotep de toutes les inscriptions et monuments. Dans cette entreprise de purification, lhostilité retenue ou sublimée du fils éclate de façon agressive. Le procédé du roi est comme la réalisation dune très vieille malédiction orientale à ladresse du contradicteur et qui consiste à souhaiter que personne ne pense plus jamais à lui. Echnaton cherchait à rayer le souvenir et dAmon et de son père. Plus tard, lors du décès de sa mère Teje, il réalisa les conséquences ultimes de ses actes. La momie de Teje ne fut pas enterrée à côté de celle de son mari mais prés de la ville dAton, dans un caveau quEchnaton se destinait à lui même. Linscription tombale la qualifie dépouse " Nebmaaras ". Nebmaaras était un nom personnel dAmenhotep III, quil navait pas porté officiellement en tant que roi. Il est plus remarquable encore que le mot " mère " nest pas tracé selon le signe hiéroglyphique usuel, celui du vautour , mais écrit lettre par lettre. Le signe du vautour ne signifie pas seulement mère mais aussi la déesse courage, épouse dAmon. Ce gne aurait recélé une référence indirecte, mais précise à Amon et il devait donc être évité. Echnaton désirait que sa mort le fasse reposer avec sa mère, séparée de son époux. Il perpétuait jusque dans la tombe la rivalité avec le père pour la possession de sa mère. Il accomplissait sur les mort ce quil navait pu faire aux vivants. Par ce trait de caractère, Echnaton nous rappelle beaucoup le comportement des névrosés. Sil évita désormais avec ostentation le nom de son père, le roi utilisait chaque occasion pour se désigner comme fils dAton. Les inscriptions dAchet-Aton le démontrent clairement. Sil sagit, par exemple, dune province consacrée au dieu, il est dit: " Ce territoire de à . doit appartenir à mon père Aton. "
Lérection de la nouvelle résidence et de ses sanctuaires va de pair avec lélaboration de la nouvelle religion et de son culte.
Aton est père dEchnaton, mais pas dans le sens ou Ra valait comme père des premiers rois. Le nouveau dieu est un idéalisé, il est non seulement le père du roi au sens étroit, mais celui de toutes les créatures, lorigine de tout. Il nest pas- comme Ra ou Amon un dieu parmi ou au-dessus dautres, mais un dieu unique, non pas un dieu universel également proche de tous les êtres.
Remarquons quEchnaton nadore pas la divinité du soleil, mais la chaleur du soleil comme force dispensatrice de vie personnifiée en Aton. Breasted insiste justement: " Si Echnaton ne fait pas mystère de lidentité de la nouvelle divinité avec le dieu Ra il aspirait à autre chose quà la vénération solaire. Le mot Aton rem lace le vieux mot dieu (neter) et le dieu est distingué de lastre de lest . on ajoute désormais au nom de lancien dieu lexplication: cela signifie " lardeur qui est dans le soleil (Aton) " et occasionnellement on lappelait aussi " Maître du soleil (Aton) ".
On peut dépasser le point de vue de Flinders Petrie qui considère Echnaton comme le précurseur du monothéisme. La doctrine dEchnaton contient non seulement des éléments du monothéisme juif, de lAncien Testament, mais va plus loin que lui à certains égards. Il en est de même lorsque lon confronte les idées dEchnaton avec le jeune christianisme de treize: siècles son cadet. Certains aspects nous font penser à des conceptions modernes issues de linfluence des sciences de la nature.
Les prières et les hymnes qui ont été conservés et dont le plus représentatif sera rapporté ici permettent de saisir clairement la conception de lessence du dieu unique selon Echnaton. Aton est lêtre aimant et bon qu traverse le temps et lespace. cette douceur et cette bonté étaient étrangères aux divinités égyptiennes antérieures de même quaux hommes qui les vénéraient. Aton ne connaît ni la haine, ni la jalousie, ni la punition du Dieu de lAncien Testament. Il est le dieu de la paix et non celui de la guerre. Il est libre de toute passion humaine. Echnaton ne se le représenta pas incarné comme les anciens dieux, mais comme spirituel et impersonnel. Cest pourquoi il interdit toute représentation figurée du dieu. En cela il est précurseur de la loi mosaïque. Aton est la forme dispensatrice de la vie à laquelle toute existence est redevable delle-même.
Weigall remarque que la conception de dieu dEchnaton est plus proche du christianisme que du mosaïsme. Il saisit particulièrement bien que " the faith of the patriarchs is the lineal ancestor of the Christian faith, but the creed of Akhnaton is its isolated prototype ".
La vision de lunivers, lensemble du système religieux montrent la tendance exclusive dEchnaton vers la spiritualité. Non seulement le culte des images, mais tout ce qui en fut laccessoire et le lest est proscrit. Le cérémonial de la religion dAton était très simple, tout allait dans le sens de la nouvelle foi devenait compréhensible et proche grâce aux hymnes du poète royal. Il ny avait aucun élément de fuite du monde, ni dascèse. les dieux des morts et du monde souterrain furent abolis, Osiris perdit sa signification. Les punitions de lenfer qui constituaient une pièce essentielle de la vieille croyance ne furent plus mentionnées. Au mort on ne prêtait quun seul souhait, celui de revoir léclat du soleil, cest-à-dire dAton. Les prières insérées dans les tombes ne concernaient plus que ce vu " que son âme voie le soleil ".
Mieux que toute description, le grand hymne que nous transcrivons expose les idées religieuses dEchnaton. Cest pourquoi je le cite dans son intégralité:
Léclat dAton
Ton apparition est belle aux confins du ciel,
O vivant Aton, principe de vie !
Quand tu te lèves à lhorizon oriental du ciel,
Tu combles chaque pays de ta beauté,
Car tu es beau, grand, étincelant, tu domines la terre.
Tes rayons embrassent les pays et tout ce que tu as crée.
Tu es Ra ! et tu les as tous faits captifs;
Ton amour les enchaîne.
Bien que tu sois loin, tes rayons sont sur terre,
Bien que tu sois haut, tes empreintes font le jour,
La nuit
Lorsque tu disparais aux confins occidentaux du ciel,
Le monde dans lobscurité est comme mort.
Ils dorment dans leurs chambres,
Leurs têtes sont enveloppées,
Leurs nez sont bouchés et lun ne voit pas lautre,
Leurs biens cachés sous leur tête leur sont dérobés,
Sans quils le sachent.
Chaque lion sort de sa tanière,
Tous les serpents piquent.
Lobscurité règne, le monde se tait,
Car celui qui le créa a pris son repos aux confins du ciel.
Le jour et lhomme
La terre est illuminée
Lorsque tu te lèves aux confins du ciel,
Lorsque Aton- tu veilles au ciel,
Lobscurité est bannie quand tu envoies tes rayons.
Les deux régions fêtent chaque jour
Veillant, debout sur leurs pieds,
Car tu les as mis droits.
Ils se lavent et prennent leurs habits,
Leurs bras se lèvent pour tadorer, lorsque tu parais.
Tous les hommes font leur travail.
Le jour et les animaux et les plantes
Le bétail est satisfait de son herbage,
Les arbres et les plantes fleurissent,
Les oiseaux voltigent au dessus des marécages
Et leurs ailes sélèvent pour tadorer toi,
Les moutons gambadent,
Tout oiseau, tout ce qui vole,
Tous, ils vivent, lorsque tu tes levé au-dessus deux.
Le jour et leau
Les bateaux remontent et descendent le fleuve.
Chaque route est ouverte, car tu brilles.
Les poissons bondissent devant toi
Et tes rayons sont en plein dans la grande mer.
La création et lhomme
Tu es celui qui conçoit le garçon dans la femme,
Qui a fait la semence de lhomme,
Qui donne la vie au fils dans le ventre de la mère,
Qui le calme pour quil ne pleure pas.
Tu es sa nourrice dans le sein maternel,
Tu es celui qui donne le souffle pour animer ce que tu as créé !
le jour de sa naissance,
Tu ouvres sa bouche à la parole
Tu crées, selon son besoin.
Création des animaux
Le poussin pépie dès la coquille,
Tu fournis le souffle pour lanimer
Lorsque tu las achevé,
Afin quil puisse percer sa coquille.
Ainsi, il sort de luf,
Pour pépier, tant quil peut,
Il court partout sur ses pattes
Lorsquil sort de luf.
Toute la création
Comme tes uvres sont multiples
Elles nous sont cachées,
O toi, seul dieu, dont la puissance est unique,
Tu as crée la terre selon ton désir,
Alors que tu étais seul:
Les hommes, tous les animaux grands et petits,
Tout ce qui est sur terre,
Ce qui se promène sur ses pieds,
Tout ce qui est là- haut volant,
Les pays de Syrie et de Nubie,
Et le pays dEgypte, tu mets chacun à sa place
Et tu donnes selon le besoin,
Et chacun a son bien
Et leurs jours sont comptés.
Leurs langues sexpriment différemment,
Leur aspect et leur couleur sont différents.
Qui, tu as distingué les hommes les uns des autres.
Irrigation de la terre
Tu as créé le Nil dans le monde souterrain,
Tu le fais surgir selon ta volonté,
Pour tenir en vie les hommes
Lorsque tu les as faits,
Toi, leur maître à tous !
O soleil du jour effroi des pays éloignés,
Tu créé en eux aussi la vie.
Tu as mis un Nil au ciel
Pour quil descende pour eux
Et fasse des vagues sur les monts et la mer,
Et arrose leurs champs parmi leurs résidences.
Comme tes plans sont merveilleux, ô maître de lEternité,
Le Nil du ciel est pour les pays étrangers
Et pour les animaux qui vont dans le désert.
Le (vrai) Nil sourd du monde souterrain pour lEgypte,
Ainsi tes rayons nourrissent chaque jardin,
Lorsque tu te lèves, ils vivent et croissent pur toi.
Les saisons
Tu fis les saisons, pour créer toutes les uvres,
Lhiver, pour les rafraîchir et de même la chaleur(de lété).
Tu as fait le ciel lointain pour ty lever,
Pour voir tout que tuas fait,
Tandis que tu étais seul,
Etincelant sous ta forme dAton animé,
Depuis laube rayonnant, puis téloignant et revenant.
La beauté par la lumière
Tu as fait des milliers de formes à toi tout seul.
Dans les villes, les villages, les bourgades,
Sur la route ou auprès du fleuve,
Tous les yeux te voient devant eux,
Lorsque tu es le soleil diurne au-dessus de la terre.
Aton et le roi
Tu es dans mon cur,
Personne qui te connaisse
Sauf ton fils Echnaton.
Tu las mis dans le secret de tes plans
Et de ta force.
Le monde est dans ta main
Tel que tu tes levé, ils vivent (les hommes)
Lorsque tu es disparais, ils meurent,
Car tu es toi-même le temps de la vie
Et par toi-même le temps de la vie
Et par toi on vit.
Tous les yeux contemplent ta beauté
Jusquà ce que tu disparaisses.
Tout travail cesse lorsque tu sombres à lOccident.
Lorsque tu te lèves, ils deviennent,
Ils poussent pour le roi.
Depuis que tu as fondé la terre, tu las aménagées,
Tu las aménagée pour ton fils
Qui est issu de toi-même
Le roi, qui vit de la vérité,
Le maître des deux contrées Nefer Cheperu Ré, Va en Ré,
Le fil de Ré, qui vit de la vérité,
Le maître des couronnes, Echnaton dont la vie est longue;
( Et pour) la grande épouse royale, celle quil aime,
La maîtresse des deux pays, Nefer Nefu Aton,
Qui vit et sépanouit pour toujours et à jamais.
Le texte de ce poème est si clair quil se passe de commentaire. Je voudrais simplement insister sur certaines parties caractéristiques. la strophe initiale traite de lamour dAton qui emprisonne les pays et les êtres. Cest bien la première fois dans la vie spirituelle de lhumanité que lamour est fêté comme puissance qui conquiert le monde. Nous aurons à y revenir pour traiter de léthique dEchnaton.
La description de la bonté divine dont tous les êtres jouissent sana distinction rappelle beaucoup la poésie des psaumes hébraïques. Breasted et dautres attirent lattention sur la ressemblance étonnante entre certains passages de lhymne à Aton et le Psaume 104. Il concerne notamment les versets 20à 24 et 27à30:
" lorsque lobscurité règne, cest la nuit, en elle se meuvent les animaux de la forêt. Les jeunes lions hurlent de faim, exigeant de Dieu leur nourriture. Lorsque le soleil paraît, ils se retirent et reposent dans leur habitation. Lhomme se rend à son uvre et à son travail jusquau soir. Comme tes uvres sont multiples, Jahwe! Cest ta sagesse qui les créa, la terre est pleine de tes créatures.. "
" toi, ils attendent tous quen son temps tu leur pitance. Tu donnes, ils ramassent; tu ouvres ta main, ils se rassasient de bonnes choses. Tu caches ta face, ils sont perplexes, tu leur retires le souffle et ils redeviennent de la terre. Tu envoies ton souffle et ils sont et tu renouvelles la face de la terre. "
on peut admettre comme vraisemblable que le Psaume 104 est né sous linfluence directe de la poésie dEchnaton.
dans son commentaire de lhymne dAton, Flinders Petrie signale labsence non seulement de tout ce qui touche au polythéisme mais aussi de toute conception anthropomorphe du Dieu unique. Sil faut apporter quelques restrictions à cette impression, il nen reste pas moins que cette conception est monothéiste plus que toute autre. Il faut reconnaître que le culte dAton est au sens profond la vénération dune force de la nature, dun principe impersonnel.
Nous avons déjà mentionné quAton nétait pas représenté, mais symbolisé par le disque solaire dont chaque rayon s'épand en une main. Sur les représentations, ces mains environnent le roi, son épouse et parfois ses enfants.
En sattribuant Aton comme père, le roi faisait remonter son origine à une force impersonnelle. Cela nous rappelle la conception du Christ par le Saint-Esprit. Mais Echnaton nest pas conçu par Aton avec une épouse humaine. Il ny a pas trace dune telle pensée. Aton est pour lui à la fois père et mère.
La religion dEchnaton ne peut pas être considérée pour elle-même. Elle ne devient compréhensible dans son ensemble que si lon tient compte de léthique du roi, foyer de tous ses intérêts, de son sentiment religieux et de la conduite de sa vie.
Léthique dEchnaton rejette toute manifestation de haine, toute violence, comme le Christ le fera quelques siècles plus tard. Comme il est dit lhymne dAton, il voudrait régner par lamour. il est ennemi du sang répandu sous toutes ses formes. Il fait enlever partout les représentations de victimes humaines. Les convoitises guerrières nexistent pas pour lui. Adorant Aton comme maître de la paix, il ne veut aucune guerre dans son royaume. A ce point de vue, il est intéressant de comparer Echnaton avec ses ancêtres. Il suffit de penser à Amenhotep II, guerrier cruel. On raconte de lui que les gouverneurs syriens faits prisonniers lors dune campagne furent pendus à son bateau qui remonta triomphalement le Nil. Le père dEchnaton, moins belliqueux que ses prédécesseurs, manifestait cependant des tendances guerrières en chassant passionnément. Le fils refoula quasiment toute expression de tendances agressives ou cruelles. Son éthique reposa surtout sur sublimation marquée des composantes pulsionnelles sadiques. Les conséquences les plus graves pour lui et son royaume résulteront de lobéissance rigide à de tels principes éthiques.
Cest surtout après la mort de sa mère quEchnaton chercha à réaliser ses idéaux sans tenir compte des obstacles qui devaient se présenter. Il voulait combler de paix son royaume; au sens dalors: le monde entier. Il en vint à méconnaître complètement que son époque nétait pas mûre pour de telles aspirations. Il méconnut également le rôle de la haine et de lavidité, etc., dans lexistence de chacun et chaque peuple. Il était à la tête dun royaume qui ne pouvait que se morceler faute dune main énergique qui le ressemblât. Mais lui essaya denchaîner le monde par lamour, par une action semblable à celle quil attribuait à Aton.
Non seulement Echnaton dédaigna dagrandir ou de maintenir son royaume par la force, mais il se refusa à user de sa puissance souveraine en temps de paix. Ce fut une rupture avec toute la tradition de la cour. Les pharaons avaient de tout temps joui dune vénération presque divine. Echnaton se montra modeste et simple, sans la prestance du souverain. Les représentations de sa personne le montrent dans une attitude naturelle. On ne trouve plus trace de la geste héroïque des anciens pharaons. Il se montre au peuple en famille. Les reproductions en témoignent. Il proclame et répète quil nest pas le souverain sévère et inaccessible auquel le peuple est habitué, quil ne prend pas plaisir à régner et à exercer sa puissance, quil ne connaît de joie questhétique. Il aime à se nommer le roi " qui vit dans la vérité ".
Cette aspiration à la vérité semble digne dexamen. il faudra des siècles après Echnaton avant que les civilisations les plus remarquables condamnent le mensonge. En faisant de la vérité le principe de lart, Echnaton allait au-delà de la considération éthique de cette valeur.
Breasted le constate, Echnaton apprit aux artistes de sa cour à laisser " le ciseau et le pinceau raconter ce quil voyaient réellement ". " Le résultat dit-il fut un réalisme simple et beau qui était plus limpide et plus juste quaucun art antérieur. Les attitudes des animaux furent saisies sur le vif, le chien chassant, le gibier en fuite, le taureau gambadant. Car tout cela participait de la vérité dont vivait Echnaton. "
Léthique sexuelle dEchnaton nécessite une mention bien que certains aspects en aient été évoqués, sa fixation monogame en particulier. Toutes les sources dinformation soulignent lamour profond qui liait Echnaton à sa femme. Il se dispensa dépouser une deuxième femme, alors quil navait pas dhéritier mâle. Toute occasion lui était bonne pour se dhéritier mâle. Toute occasion lui était bonne pour se montrer au peuple au sein de sa famille. Nefer-Nefru-Aton lui avait donné quatre filles quil aimait tendrement. Le bonheur quEchnaton goûtait dans sa vie familiale, il lexprimait en insistant dans les manifestations officielles, les inscriptions, etc., sur sa vénération pour la reine. Il la qualifia de bien des façons: " Maîtresse de mon bonheur " et autres. Ainsi il tentait de propager parmi le peuple une nouvelle conception du mariage, une autre position de lhomme vis-à-vis de la femme. Nous avons déjà signalé que le règne dEchnaton vit grandir linfluence des femmes à la cour, dune façon jusque-là inconnue.
Un relief du musée de Berlin montre particulièrement bien la délicatesse des relations qui unissaient le roi et la reine. Il montre le roi, silhouette juvénile presque féminine, appuyé sur un bâton et face à lui la reine qui lui fait sentir un bouquet de fleurs. Aucune uvre de lart égyptien ne montre quoi que soit de semblable quant au contenu ou à la conception.
La tombe dune des filles, morte prématurément, renferme un tableau qui illustre également les tendres sentiments qui unissaient le roi aux siens. Jamais auparavant le deuil dun enfant mort navait été exprimé ainsi.
Et quelle délicatesse de sentiments dans lhymne à Aton! Rappelons seulement la description du poussin sortant de luf.
Etroitement liés à lévitement de toute brutalité sinscrivaient lhorreur du laid, le besoin de beauté. Lhymne à Aton débute par la description de la beauté du dieu. Echnaton nencouragea pas uniquement les art figuratifs. Il traça des jardins splendides et senivrait de la beauté de leurs fleurs et de leurs animaux. Il porta un intérêt tout particulier à la musique. Ainsi, son désir de jouissances ennoblies, son aspiration à sublimer prenaient maintes formes.
Lédifice densemble constitué par la religion dEchnaton, sa conception du monde et son éthique forme un tout étonnant par sa grandeur et par sa structure interne. Mais un plan de réformes remaniant aussi profondément la vie populaire exigeait à la fois une puissance daction et une vision pratique estimant à leur valeur les puissances daction et une vision pratique estimant à leur valeur les puissances contraires qui allaient lentraver. ladolescent héritier dun empire naspirait à rien moins quà lintroduction dune religion mondiale à dieu unique. Mais tandis quil établissait la souveraineté du dieu, il perdit la sienne.
Il est clair que lempire dAton ne pouvait être consolidé que dans la mesure ou le roi conservait son propre prestige. Mais plus il réduisait la marge entre le peuple et lui conformément à son idéal, plus il se faisait dennemis parmi les prêtres de lancienne divinité; plus radicalement il tentait de faire aboutir ses réformes, plus son influence sur le peuple diminuait. Seuls lui-même et quelques rares élus étaient mûrs pour sa religion, elle nétait pas conforme aux besoins des masses. Weigall établit un parallélisme entre lintroduction du culte dAton et celle du Christianisme. Il en conclut que lexpansion rapide et universelle du christianisme fut possible dans la mesure ou les objets de vénération perceptibles et anthropomorphes laissaient un certain jeu aux besoins des masses. A côté du Dieu unique il y avait le personnage du Christ plus proche des hommes le diable les anges les saints les esprits, etc. la croyance en un être divin demeurant invisible naurait pas pu pénétrer le peuple. Cette donnée, bien identifiée par Weigall, explique probablement le faible attrait du monothéisme mosaïque qui suivit de peu le culte dAton.
Autant les documents nous instruisent des bouleversements intérieurs qui se produisirent sous le règne dEchnaton, aussi peu nous apprennent-ils des événements de politique extérieure. Il ne se passa rien. Et cest ainsi que des tribus pillardes créèrent linsécurité aux frontières. Simultanément une part des vassaux syriens se révolta et sattaqua à ceux qui restaient fidèles. Ceux-ci demandèrent laide de lEgypte. mais ces demandes restèrent sans réponse. Pendant la seizième année du règne, les hittites envahirent la Syrie. Le roi souffrait alors de la maladie qui devait lemporter deux ans plus tard. Hostile à toute intervention armée, il abandonna à elles-mêmes les provinces asiatiques menacées. Cest à cette époque que se situe une correspondance curieuse qui nous a été transmise en totalité par les tablettes trouvées à El-Amarna. Il sagit de tablettes portant un texte cunéiforme venant dAsie. elles contiennent les plaintes de plus en plus pressantes des vassaux asiatiques qui ne pouvaient plus résister aux séditieux et à linvasion barbare. Nous donnons un passage caractéristique de ces requêtes que Breasted cite daprès les lettres dAmarna de Knudtzon. Les anciens de la ville menacée de Tunip appellent à laide contre Aziru, vassal renégat. " Si Aziru pénètre à Simyra, il nous fera ce qui lui plaît, sur le domaine de notre maître, du roi, et cependant notre souverain se tient loin de nous. Et maintenant, Tunip, ta ville, pleure et ses larmes coulent et il ny a pas de recours pour nous. Depuis vingt ans nous avons envoyé des émissaires à notre souverain, le roi dEgypte, mais aucune réponse nest venue, pas un seul mot. "
Les troubles saccrurent dans les provinces et lune après lautre les villes importantes et les points dappui de la puissance égyptienne furent perdus, ainsi les villes et les districts dAskelon, Tyr, Sidon, Simyra, Byblos, Aschdod, Jérusalem, Kadesch, Tunip et les vallées du Jourdain et de lOronte et bien dautre territoires. Mais Echnaton nétait pas ébranlé par tout cela, il vivait dans ses idéaux et laissa périr cet empire périphérique de lEgypte que ses ancêtres avaient constitué au prix de grands sacrifices.
Au cours des derniers mois de sa vie, ce rêveur couronné montra encore combien les détresses de son royaume lébranlaient peu. Au lieu de parer au danger extérieur, il ne songeait quà effacer toutes les traces du polythéisme précédent. La dernière mesure de son règne dont nous soyons informés est lextirpation des noms des anciens dieux pour autant que cela navait pas encore été fait. Une telle action était particulièrement peu appropriée à cette période. Le prestige du roi diminuant, il ne convenait pas de donner au peuple et aux prêtres qui linfluençaient une occasion directe de scandale.
Cette faute, Echnaton la commit et il semble que seule sa mort, qui survint peu après, préserva sa souveraineté dune fin violente.
A peine Echnaton disparu, les prêtres dAton menèrent la contre-réforme. Ils récupérèrent bientôt leur puissance extérieure. Smenkhara, le gendre dEchnaton, nétait pas homme à protéger luvre de son prédécesseur. Le temps de son règne fut dailleurs court. Echnaton fut stigmatisé comme hérétique et son uvre détruite aussi complètement quil lavait fait lui-même de celle qui lui fut transmise. Son nom eut le même destin que celui quil avait imposé au nom de son père et à celui du dieu Amon. Jusque sur les murs de son sépulcre, on détacha son nom au marteau pour annuler le mot haï qui rappelait Aton. De plus, la momie de la reine Teje qui reposait prés des restes dEchnaton fut enlevée et enterrée auprès dAmenhotep III. Et de même quEchnaton avait rejeté le nom dAmenhotep, lun des descendants, qui se succédèrent rapidement, fut contraint de transformer son nom de Tut-Anch-Aton en Tut-Anch-Amon.
Echnaton était un révolutionnaire bien entendu pas au sens ordinaire du mot. Ses pulsions agressives, il les avait sublimée de façon étonnante et muées en un amour englobant tous les êtres à tel point quil nopposa aucune violence aux ennemis du royaume. Son hostilité la plus forte était dirigée contre son père, que, pourtant , elle ne pouvait atteindre puisquil nétait plus au nombre des vivants. Cela nous rappelle le comportement de certains névrosés qui, trop faibles pour se dresser contre des vivants, abréagissent leur haine et leur soif de vengeance aux dépens des morts généralement sous forme de fantasmes ou de symptômes névrotiques.
Nous avons vu que malgré son opposition à la puissance paternelle, Echnaton ne pouvait se passer dune autorité représentant cette puissance. Ainsi, il se créa un religion taillée à la mesure de ses besoins personnels, centrée sur un dieu paternel. Il lui conféra une autorité totale, la toute-puissance que tout enfant attribue à son père à lorigine. Il en fit le Dieu unique prenant appui, cest transparent, sur la paternité unique. Ainsi, il devint le prédécesseur du monothéisme mosaïque, dont le dieu unique a les traits révélateurs du patriarche, du souverain unique de la famille. Enfin, il attribua à ce nouveau dieu lamour et la bonté sans limites qui le caractérisaient lui-même. Ainsi, comme les hommes lont si souvent fait, il se créa un dieu à sa propre image - pour ensuite en tirer son origine. Aton est le reflet dEchnaton et de toutes ses qualités. Et sil désigne Aton comme père, cet enfant de son imagination, cette âme de son âme, nous pouvons reconnaître ici son souhait: être issu dun père ayant les mêmes qualités personnelles que lui-même.
Bien des sujets et plus particulièrement des névrosés de notre temps se forment une religion et un culte privés. Comme la psychanalyse nous permet souvent de le voir, ils sont en révolte contre le père du plus profond de leur inconscient, mais leur besoin de dépendance est transféré sur un être divin, cest-à-dire supérieur au père. Il arrive quil se sentent appelés à propager les idées issues de leur complexe paternel et deviennent les promoteurs dune religion ou les guides dune secte.
Dans dautres cas, le fils tente de remplacer le père véritable par un père idéal imaginaire. Bien entendu, celui-ci possède alors les qualités et les traits de caractère par lesquels le fils pense dépasser le père. Le noyau de ces productions fantasmatiques semble être le désir de sêtre conçu soi-même, dêtre soi-même le père. Dans lhymne que nous avons rapporté, il est dit dAton ce double dEchnaton à la toute-puissance paternelle, élevé au rang de dieu - quil sest conçu lui-même !
Sa relation au père explique quEchnaton devint le promoteur dun culte monothéiste et le fondateur dune religion damour. il reste à savoir pourquoi il choisit Aton et non une autre divinité, comme foyer du culte. Nous avons déjà énuméré certaines raisons: la pénétration du culte asiatique dAdonis, la prédilection de la reine mère pour Aton et son influence sur son jeune fils. Mais cela nexplique pas la ferveur du grand hymne dEchnaton, ni la vocation qui orienta toute sa pensée, sa force, sa vie au service dAton. A partir tant de lexpérience psychanalytique que des données de la psychologie des civilisations, je tenterai de trouver une motivation interne au comportement du roi.
Des recherches récentes ont montré le sens de symbole paternel du soleil. Cette signification se trouve dans la psychologie des névroses et des troubles mentaux et dans les représentations populaires. Le soleil se prête particulièrement à être le symbole du Dieu unique car contrairement à dautres astres, il suit son cours solitaire.
Echnaton, nous le disions, ne vénère pas lastre lui-même, mais son ardeur. La chaleur du soleil est vécue par les peuples comme une force qui conçoit, qui donne la vie. Ainsi en est-il pour Echnaton. mais en raison de sa forte tendance à sublimer, apparaître une seconde signification de la chaleur solaire; elle devient symbole de lamour dAton qui englobe tout. Les premiers vers de lhymne le disent clairement. Les rayons du soleil qui embrasent tous les pays sont identifiés à lamour universel dAton. ce symbolisme nous est connu par les rêves des sujets sains ou névrosés. Dailleurs le tableau clinique des états névrotiques comporte des sensations anormales de chaleur ou de froid. Elles sont liées à lérotisme des patients avec qui elles entretiennent des rapports transparents. Nous nen parlons quen passant.
Quil nous soit permis de faire un pas de plus, même sil nous conduit dans un domaine purement hypothétique. Initialement, nous avions signalé les relations entre Aton et le dieu syrien Adonis. En Adonis, on vénérait le personnage dun très jeune homme mourant prématurément. Si lon songe que le roi sétait créé, comme dieu, une image de lui-même, on peut penser à une identification avec Adonis. Chérif et malsain depuis lenfance, envisageant le destin dune mort prochaine, il pouvait bien établir cette comparaison. Ses aspirations ne le portaient pas à laction virile, mais à une vie dans la beauté.
Avec son dieu Aton, Echnaton a en commun un trait particulier: celui dêtre solitaire. Sil avait rassemblé autour de lui un petit nombre malgré ses tentatives. Un refoulement sexuel exagéré gêne les rapports affectifs de tout homme avec ses semblables et lui dérobe un juste sentiment de la réalité. Laboutissement, cest le repli auto- érotique si fréquent chez les névrosés et précisément chez les plus doués: les réalisations fantasmatiques des désirs deviennent lobjet exclusif de lintérêt. le névrosé ne vit plus dans le monde des fais réel mais dans celui que son imagination a créé il est en dehors des circonstances réelles comme si elles nexistaient pas pour lui. Il vit dans le monde de ses rêves et de ses idéaux, ou ne règnent quamour et beauté. Il na plus dyeux pour la haine et lhostilité, linjustice et le malheur qui sévissent en réalité parmi les hommes. Comme dans lhymne, il ignore que dans la nature, le plus fort domine, et que le faible est misérable; il voit les créatures sautant et gambadant, il les entend jubiler en lhonneur de leur créateur.
Cest ainsi quEchnaton fut sourd aux appels de ses vassaux asiatiques, aveugle aux atrocités qui se déroulaient dans ses provinces. Son il ne percevait que beauté et harmonie alors que son royaume se désagrégeait. " A Achet-Aton capitale neuve et splendide, le temple dAton retentissait des chants de louange au dieu de lempire mais cet empire nexistait plus " (Breasted).
La mythologie grecque nous parle du jeune phaéton, fils dHélios, qui eut la présomption de conduire le char du soleil à la place de son père. Il perdit le contrôle des chevaux, fut précipité hors du char et paya de sa vie. Le destin de ce fils du soleil nous touche par sa similitude avec lhistoire dEchnaton. lui aussi engagea sa course sur laile de pensées audacieuses. Aspirant aux espaces solaires il laissa tomber les rênes que son père avait tenues dune main ferme. Le destin de tant didéalistes saccomplit: tandis quils vivent dans un monde de rêve, la réalité les réduit à néant.