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Introduction

(René Le Senne)

Qu'est-ce que la caractérologie ?

A première approximation la caractérologie peut être définie la connaissance méthodique des hommes en tant que chacun se distingue des autres par son originalité. Ce sens est voisin de celui d'anthropologie différentielle ; mais celui-ci qui lui est souvent substituable risque de limiter l'analyse aux conditions somatiques de la personnalité individuelle. Est au contraire essentiel à la caractérologie le dessein de connaître les individus dans leur totalité corporelle et mentale, dans leur unité psychosomatique.

Son objet est l'homme complet dans sa réalité singulière. Ne pourrait-elle que s'en approcher, elle s'en approchera le plus possible. Mais, dans cette expression, singulier précise complet. Dans son idiosyncrasie tout homme est actuellement virtuellement unique Jean n'est pas Pierre ni Marie, Jeanne. C'est l'originalité de chacun que vise la caractérologie.

Comme le singulier va à l'infini, entre l'idéal de la caractérologie et ce qu'elle peut atteindre, il y a toujours de la distance. On le reconnaît en distinguant entre la caractérologie au sens étroit et la caractérologie au sens large ou idiologie. La première nous attache à la structure naturelle, biologique de l'individu ; la seconde nous élève vers son dynamisme le plus intime et le plus spirituel.

La caractérologie stricte ou étroite est celle qui se limite à la détermination des facteurs de la structure congénitale et solide d'un individu. Certes tout individu au cours de son histoire évolue et change ; mais si ce changement était absolu la connaissance d'un homme se limiterait à une histoire où la contingence radicale des faits exclurait toute tentative de savoir. Si au contraire dans l'évolution de l'individu on discerne des facteurs, abstraits sans doute, mais permanents, il est indispensable à la précision de la pensée de donner et de réserver un nom à la structure foncière qui constitue leur faisceau : c'est celui de caractère qui s'offre immédiatement à l'esprit.

Si l'on ajoute que l'hérédité conditionne la nature biologique de tout homme, de même que la fixité ordinaire des espèces, ce mot de caractère se trouve désigner ce qu'on peut appeler le squelette psycho-somatique et congénital de l'individu tel qu'il est issu de la rencontre des facteurs mendéliens reçus par lui de ses ascendants. Aussi dans ce qui suit impliquerons-nous que le caractère n'est pas le tout de l'homme, mais seulement le fonds résistant qu'il tient par son corps de ses hérédités. Cette détermination sémantique est opposée à la terminologie des auteurs qui ont appelé caractère la totalité des dispositions, congénitales et acquises, de l'individu ; ce tout nous le désignerons par le mot de personnalité. Entre le caractère et la personnalité nous reconnaîtrons un étage moyen auquel nous attacherons le nom d'individualité.

C'est admettre un constitutionnalisme, mais mitigé les dispositions constitutionnelles, congénitales, caractérielles ne composent que l'étage inférieur de la personnalité ; elles devront pour s'actualiser être spécifiées, particularisées, d'une manière à laquelle coopérera l'histoire de l'individu, faite des actions du milieu sur lui et de ses réactions au milieu.

En fonction de ces définitions, le caractère, considéré à part par une abstraction nécessaire, est l'objet déterminé de la caractérologie stricte.

La caractérologie peut-elle s'arrêter là ? Certes non, puisque ce caractère que la caractérologie stricte doit apprendre à reconnaître fait sentir son influence sur la personnalité entière, de même que les fondations d'une maison la conditionnent jusqu'à la hauteur de son toit. Dès lors, après avoir considéré la nature d'un caractère, il faut considérer sa portée qui se prolonge jusqu'à ce qu'il y a de plus intimement personnel en quelqu'un.

La caractérologie au sens étroit ne doit donc être que l'introduction dans l'analyse plénière d'une personne et l'on appellera cette étude plénière caractérologie large, quand on voudra surtout y poursuivre l'instance du caractère congénital, ou idiologie, quand au contraire on se préoccupera surtout de mettre en évidence l'originalité de la personne considérée. Bref, à deuxième approximation, la caractérologie stricte est l'étude exclusive, séparée, du caractère, entendu comme le squelette congénital de l'individu et l'idiologie, la connaissance aussi poussée que possible, de ce qui compose sa plus ou moins riche originalité.

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