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La période ascensionnelle
La personnalité
La notion de démence précoce
(Eugène Minkowski)
La même voie exactement se retrouve dans un autre cercle de problèmes psychiatriques, ayant pour centre l'évolution de la notion de la démence précoce. Ici, le point de départ étant différent, les constitutions dégagées seront différentes également des précédentes; mais elles seront précisées en vertu du même principe.
Le terme de démence précoce, introduit par Morel est pris d'abord à la lettre il désigne des troubles mentaux survenant chez des sujets jeunes et aboutissant très rapidement à un affaiblissement global et définitif des facultés intellectuelles. Cette affection n'occupe qu'une place modeste dans la classification de Morel.
Elargissement de la notion
Avec Kraepelin cette entité clinique change entièrement d'aspect. Elle s'émancipe, en partie du moins, des caractères essentiels que postule le terme adopté, devient très étendue et englobe des tableaux cliniques fort disparates à première vue catatonie, hébéphrénie, démence paranoïde, démence précoce simple, ces formes n'étant d'après Kraepelin que des variétés de la même affection mentale. A défaut de connaissances étiologiques précises, cette vaste synthèse repose sur l'étude des divers modes de l'évolution de la maladie ainsi que de la spécificité des états terminaux auxquels elle peut aboutir, et trouve enfin un point d'appui important dans les recherches sur l'hérédité. A la démence précoce ainsi modifiée et élargie vient s'opposer, comme son antithèse presque, la psychose maniaco-dépressive qui en diffère tant en ce qui concerne son aspect général que son évolution, celle-ci étant caractérisée par des accès successifs qui n'altèrent point, dans les intervalles lucides, la personnalité, et non par une tendance vers un déficit spécifique.
Schizophrénie et psychose maniaco-dépressive
Cette conception nouvelle a eu une répercussion profonde sur la psychopathologie des deux affections. La recherche d'une base psychologique commune, propre à toutes les variétés de la démence précoce, devait nécessairement faire des manifestations éclatantes de l'aliénation mentale, comme les hallucinations. les idées délirantes ou le syndrome catatonique, des symptômes secondaires et mettre au premier plan le comportement général du malade, résultat d'une déviation ou d'une déformation plus ou moins grande des fonctions mentales élémentaires. Bleuler est amené ainsi, tout en suivant sur le terrain clinique les idées de Kraepelin, à remplacer le terme de démence précoce par celui de schizophrénie (du grec : scinder) pour indiquer, comme l'a fait Chaslin dans son groupe des "folies discordantes", le rôle primordial du facteur dissociatif dans la genèse des symptômes caractéristiques dé cette affection.
Bleuler introduit en même temps, pour mettre en relief le comportement des schizophrènes, la notion d'autisme, celui-ci étant une façon d'être particulière dominée bien davantage par les éléments de la vie intérieure que par les exigences du monde extérieur. L'opposition de la schizophrénie et de la psychose maniaco-dépressive se précise dans ce sens que, contrairement au caractère autistique des manifestations schizophréniques, les malades atteints de psychose maniaco-dépressive restent en interaction constante, bien que modifiée par la maladie, avec le monde extérieur. On reste en contact affectif avec un maniaque dépressif, mais on ne l'a plus avec un schizophrène. Par la suite, toute la psychopathologie des schizophrènes a été subordonnée à la notion de perte de contact avec la réalité (Minkowski).
La schizophrénie de Bleuler s'étendit tout naturellement vers le normal; elle comprenait maintenant également les cas très nombreux de schizophrénie latente, cas discrets, abortifs, arrêtés dans leur évolution, se rapprochant par conséquent bien davantage d'une constitution psychopathique que d'une maladie.