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La vie sexuelle de l'homme

La crise pubertaire

(Daniel Lagache)

Le sens de la vie

Si l'état de besoin et de souffrance né des difficultés de la vie, des situations pénibles ou des événements douloureux suscite ou intensifie avec la profondeur de sentiments la prise de conscience du moi, elle rend en revanche à l'adolescent l'inappréciable service de lui poser, mieux que tout éducateur ou tout réveilleur, le problème de sa place dans le monde et dans la société. Le pessimisme n'est pas une vaine attitude c'est la phase initiale et nécessaire d'un travail qui nie les valeurs traditionnelles et prépare le terrain à l'expérience vécue des valeurs. C'est l'expression la plus désespérée d'une période négative qui précède la période positive.

L'âge de l'idéalisme

Cette fermentation revêt des aspects multiples: c'est l'âge de la découverte, de la connaissance et de l'art.

Les préoccupations religieuses répondent à des besoins différents de ceux de l'enfance. W. Stern note que chez l'enfant l'idée de Dieu est la limite de l'explication causale; elle est sans relation avec les besoins sentimentaux. A la puberté, au contraire, les préoccupations religieuses naissent du désarroi intérieur et du besoin d'aide, qui entre en conflit avec les exigences croissantes de l'intelligence et de la critique. Charlotte Bühler note une relation entre la religion et l'érotisme d'après les journaux intimes étudiés par elle, le besoin de Dieu dépendrait de la réussite ou de l'échec dans le domaine de l'amour.

C'est aussi l'époque à laquelle on voit naître des préoccupations politiques et sociales. Les rapports sociaux de l'enfance ne suffisent plus, alors que l'enfant n'est pas mûr pour ceux de l'adulte. Le besoin d'une forme sociale intermédiaire s'exprime d'abord par la participation à une communauté propre, séparée de la famille, souvent dirigée par un meneur (F. Trasher), puis par la prédominance des idées, entre 15 et 20 ans (Ch. Bühler). A cet âge, les idées humanitaires, l'idéalisme passionné sont fréquents. Les éducateurs les plus appréciés entre 16 et 18 ans sont du type de l'apôtre.

Toutes les préoccupations tendent à se concentrer dans l'élaboration d'un idéal, d'un plan de vie et d'une règle de vie. Schèmes sans cesse abandonnés, révisés et repris l'âge n'est pas de l'œuvre créatrice mais des tentatives, des exercices, comme s'il fallait manipuler tous les possibles avant de réaliser un possible. Lutte aussi entre l'abandon et l'efficience, entre le besoin et l'obligation les fautes sexuelles, l'onanisme, qui' atteint son point culminant, conduisent au désespoir et au mépris de soi; mais ils suscitent l'élaboration et l'application d'une règle de vie. Le moi approfondi et élargi s'élève par l'ascèse. Les ambitions sont effrénées. Je publierai des mémoires dont l'auteur voulait, par l'économie de son esprit et de son activité, devenir Dieu : "Un homme qui n'a jamais tenté de se faire semblable aux dieux, c'est moins qu'un homme", a écrit Paul Valéry.

On est ainsi amené à concevoir que la répression sexuelle et les affres de la puberté sont des conditions nécessaires du travail, de la civilisation et de la culture, ou tout au moins qu'il y a entre les unes et les autres une consistance structurale. Y a-t-il à proprement parler sublimation comme le veut Freud ? C'est-à-dire l'expérience et la réalisation de valeurs est-elle consubstantielle à l'énergie de la libido ? La personnalité n'est-elle qu'une transposition de la sexualité ? Ces points ne pourront être examinés qu'après une étude plus complète. Mais déjà il apparaît que, de la crise pubertaire, la  personnalité sort approfondie, élargie et grandie.

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