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Jusepe de Ribera

Le Pied-bot

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Toile : 1,64 m x 0,92 m

Portant sa "capa" roulée et sa béquille sur l'épaule, l'étrange et misérable infirme s'enlève, fier comme un hidalgo, sur un fond de ciel. Une inscription sur la feuille qu'il tient à la main gauche nous apprend qu'il est aussi muet. Son sourire ajoute encore à la cruauté du portrait.

C'est une des dernières et des plus amères œuvres de Ribera; elle n'est en réalité pas moins pénible que le fameux Martyre de saint Barthélemy du Musée du Prado, ou que le sanglant Apollon écorchant Marsyas du Musée de Bruxelles. Tant de difformités et de douleurs peintes avec cette simplicité drue et monumentale deviennent poignantes.

Ce réalisme exaspéré, cette violence criante du laid ne sont jamais ni outrés ni portés à la caricature comme dans l'art allemand. L'art espagnol, au contraire, impassible devant l'horreur, lui donne une dignité farouche et sauvage qui fait sa grandeur.

Ribera nous dessine les anomalies de la nature avec la même passion qu'il met à peindre des saints d'une douceur presque corrégienne. Ainsi que le Caravage, son maître, il a le goût des vieillards ridés et dégradés par une longue vie de labeur et de pauvreté et celui des types populaires, mais, plus que l'Italien, il marque une prédilection pour la souffrance et la mort, pour les scènes de martyre, pour les effigies picaresques de truands, qu'il costume en sages et en philosophes.

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