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Messaoud HAÏNE


L’amour est une relation humaine entre deux êtres et la cohabitation intime entre adultes semble correspondre à un besoin humain fondamental. Le bonheur, dans le discours courant, est lié de façon primordiale à la satisfaction. Conditionné par tout un contexte social, il naît cependant au niveau du couple, grâce aux qualités de cœur et d’esprit, grâce aussi à la sexualité des deux conjoints.

La relation humaine la plus poussée, sans doute l’une des plus expressives, est la relation sexuelle, vers laquelle tend tout être. Et pourtant, c’est bien celle pour laquelle la plupart des gens sont le moins éduqués et préparés. La vie intime est basée sur le désir. La relation sexuelle est une œuvre commune, persévérante, et d’un long mûrissement.

La psychanalyse admet que toute demande est soutenue par le désir inconscient et ne portera pas en fait sur les satisfactions qu’elle semble appeler.

Toute question visée par la demande du partenaire est  que suis-je dans ton désir ? Une des réponses possibles est le fantasme où le sujet trouve sa réponse au désir de l’autre par l’intermédiaire d’une fiction. Il va s’articuler un montage, un artifice, à partir duquel le sujet va faire le tour des questions des objets de la demande.

Le problème est que le partenaire passe son temps à confondre objet de la demande et objet du désir. Son illusion est de croire que l’autre pourrait lui donner ce qu’il n’a pas.

C’est comme s’il s’agissait de faire jouer quelque chose qui fonctionne comme objet, qui permette de combler le vide. Mais la jouissance absolue est impossible, car elle est toujours perdue d’avance.

Parmi les multiples raisons qui peuvent contribuer à l’harmonie dans un couple, on peut citer la capacité de communiquer. L’analyse de la communication révèle que les couples insatisfaits commettent plus d’actes négatifs que les couples satisfaits. Les aptitudes à la communication permettent au couple de vivre dans une harmonie, dans le partage du pouvoir au niveau de l’autorité dans la famille, dans la résolution des problèmes et dans la satisfaction mutuelle.

La communication doit être conçue comme un processus permanent intégrant de multiples modes de comportements, tels que la parole, le geste, le regard , la mimique, etc.

Les conjoints satisfaits terminent en général une discussion par un accord ou par un contrat implicite, tandis que les conjoints insatisfaits ont de la difficulté à atteindre cette étape. La communication entraîne la possibilité de s’affirmer, de s’apprécier soi-même et d’être apprécié, de résoudre les conflits et d’aboutir à l’appréciation et à l’estime mutuelles.

Chez les couples insatisfaits, le partenaire s’explique moins clairement, perçoit les messages plus négativement qu’ils ne le sont en réalité, tout en croyant les décoder correctement, a plus de difficulté à reconnaître les messages non verbaux et ne réagit pas à l’expression de messages de faibles intensité comme une tristesse légère.

Ainsi, quand les couples insatisfaits discutent pour tenter de régler un problème, on s’aperçoit qu’ils formulent toujours la même plainte, critiquant l’autre davantage, et acceptent plus rarement son point de vue que ne le font les couples satisfaits. Ne sachant comment répondre aux critiques, ils favorisent l’escalade des conflits.

Cela signifie qu’il est difficile pour quelqu’un de communiquer avec l’autre s’il ne tient pas compte de ses besoins, c’est-à-dire s’il ne reconnaît pas l’existence de l’autre et son droit à avoir des besoins.

Les disputes entre couple interviennent lorsqu’un certain nombre de digues sont rompues et que les pulsions se mettent à emprunter d’autres canaux. Elles donnent une certaine image des forces pulsionnelles à l’œuvre chez le sujet.

Dans un couple, si l’on veut éviter une escalade de conflits, il est très important non pas nécessairement d’être d’accord avec l’autre, mais de reconnaître que son point de vue peut avoir une importance.

Cela voudrait dire qu’il est nécessaire d’exprimer clairement et précisément ses pensées et ses sentiments, à le faire d’une manière non accusatrice, constructive et respectueuse, à écouter le point de vue de l’autre, à remarquer les côtés positifs, à manifester son désaccord, s’il y a lieu, et à respecter son point de vue et ses besoins.

L’une des raisons qui bloquent la communication est la conviction pour chaque partenaire d’avoir absolument raison et de penser que c’est une perte de temps que d’écouter l’autre, lui laissant à peine le temps de s’exprimer ou de terminer ses phrases.

Quand nous ne sommes pas d’accord avec notre conjoint et que cela nous blesse, nous ne sommes pas portés à reconnaître que ce qu’il dit ou demande a un sens pour lui, et que si nous étions à sa place nous ferions probablement la même chose ou éprouverions les mêmes sentiments.

On peut dire également que les croyances irrationnelles ont un effet néfaste sur la communication dans un couple : par exemple, l’idée assez répandue selon laquelle : " si mon conjoint m’aimait, il comprendrait ce que je ressens " est totalement irrationnelle, car il est faux de prétendre que l’amour permet toujours de comprendre les émotions de l’autre.

L’intersubjectivité, qui consiste à croire que l’autre pense comme nous, ou devine nos pensées, est un mythe. En effet, les symptômes des autres sont agaçants parce qu’il sont incompris. On ne sait pas s’il nous sont adressés, et au-delà du symptôme, le sujet qui se plaint met inconsciemment en jeu la relation incestueuse.

Les causes d’échec peuvent être multiples. On peut citer la communication dysfonctionnelle entre les conjoints, l’utilisation des blâmes, menaces, violence pour modifier les comportements du partenaire. On peut citer également l’incompatibilité due aux différences individuelles ou l’insatisfaction sexuelle.

La malheureuse et éternelle lutte des sexes finira sans doute par engloutir le peu de bonheur conjugal qui restait.

Le mariage est un contrat qui est loin d’être une police d’assurance quant à sa bonne continuité et sa durée. Le sujet émerge dans l’autre à partir de ce qu’il présentifie : que me veut-il ? Il s’y trouve répondre à partir de sa propre disparition : veut-il me perdre ?

Ce qui émerge c’est la propre perte du sujet, puisque l’Autre n’est pas consistant. On croit souvent à tort que le couple cherche sa réponse dans le réel du corps, mais c’est plutôt d’une perte qu’il s’agit. C’est-à-dire de quelque chose qui précède l’émergence du sujet dans le champ de l’autre.

Il faudrait se demander comment s’articule la sexualité dans le désir de l’autre, car toute relation d’amour suppose une relation non pas avec le corps de l’autre, mais avec son image. Ce qui relève de la belle forme est destiné à sombrer précisément dans l’Imaginaire.

Trop de couples s’installent dans une position acquise de personnes mariées, et renoncent à tout effort de renouvellement pour plaire à leur partenaire. Ils se disputent sans jamais pouvoir se séparer, parce que les humains sont mariés avec leurs symptômes et non avec d’autres humains.

Le symptôme a une fonction de réponse à l’angoisse. Il devient une condition de l’existence. Il permet une forme de stabilisation de la jouissance et fonctionne à la place du rapport sexuel toujours raté.

Cela implique une vérité concernant la castration de l’Autre barré qui résiste au savoir. On ne veut rien savoir de ce lien où l’Autre s’avère inconsistant. Dans le couple, ce qui va être répété dans ce non-rapport au sexe, c’est quelque chose qui va concerner la place où l’Autre manque.

La position de réparation consiste d’une certaine manière à apporter un démenti à ce qui fait défaut à l’autre : il s’agit par exemple de faire exister La Femme-Idéale pour effacer ce qui y manque en y apportant un supplément. Cette idéalisation constitue un apport de jouissance qui va remplacer l’absence de jouissance.

Le Désir s’adresse à des tenant-lieu d’objet. Dès qu’on possède l’objet, on se rend compte que ce n’est pas de cela qu’il s’agissait. L’enfant, pour cesser de pleurer, exigera un bonbon, puis un gâteau, puis un jouet, etc. Sa demande ne sera en réalité jamais satisfaite, car ce qu’il demande éternellement ce sont des preuves d’amour. C’est pourquoi, on peut dire que la demande est intransitive et éternelle, puisqu’elle portera sur un objet à jamais perdu, aucun objet réel, aucun n’étant à même de combler la perte fondamentale.

La thérapie conjugale habituelle consiste, selon la formule galvaudée à tenter de sauver le couple. Mais la cure analytique va au contraire avoir pour objet de déployer en sens inverse la chaîne des signifiants où le désir du sujet s’est progressivement fourvoyé et aliéné.

La psychanalyse interrogera les signifiants du sujet, dans l’ordre régressif de leur apparition , c’est-à-dire du plus récent au plus ancien, afin d’en retracer la genèse de leur surgissement.

Cela veut dire que le désir vrai est à chercher dans l’inconscient. En effet, le sujet, articulé au langage, est pris par sa captation dans les signifiants de l’autre, et aliène de ce fait son désir inconscient premier.

Cela signifierait l’errement du désir vrai, capté dans les pièges du langage, où il n’est plus que l’ombre de lui-même. Ce désir aliéné reflète quand même la vérité du désir inconscient et le satisfait en quelque sorte par son substitut. C’est ce que Lacan veut dire en énonçant que " le désir de l’homme est le désir du désir de l’Autre ".

La  guérison de chaque partenaire va s’opérer par la restitution cohérente des chaînes associatives qui sous-tendent les symboles jusqu'à l’accès à la vérité de l’inconscient. C’est la réintégration dans le fil normal du discours de la parole pleine qui, jusqu’alors, n’avait pu se dire qu’après d’innombrables déformations. 

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