banniere pub.jpg (4116 octets)

banner_FAQ.gif (6522 octets)

ics2.jpg (20046 octets)

Messsaoud Haine

Partie IV

Question : Quel est le point de vue de la psychanalyse sur la drogue?

Réponse : Ce qu’il a de commun entre toutes les drogues, c’est qu’elles induisent une relation de dépendance qui peut être forte.

Avec les drogues dures, la dépendance est très violente et le manque est si douloureux que la personne est prête à tout pour le satisfaire. C’est une embûche terrible et redoutable, car à partir du moment où on est accroché, il est quasiment impossible de s’en sortir.

La catastrophe, dans la drogue, c’est qu’elle fait de celui qui en est " accro" un être qui n’a plus de lien véritable avec autrui, il n’a d’affinité qu’avec son empoisonneur. Le drogué est prêt à tout, il devient comme une bête féroce, il prend l’argent là où il est.

En matière de drogue, la sujétion survient toujours rapidement et on s’y surprend subitement pétrifié.

D’ailleurs ce fait est bien connu des dealers. Ils commencent souvent par offrir la drogue aux adolescents, jusqu’à ce que ces derniers soient captifs. Ils connaissent bien cette fragilité des jeunes et sont déterminés à tout pour les coincer. Ils s’adressent à des groupes parce que l’offrande se fait toujours entre copains. Puisque l’instinct grégaire est essentiel chez la plupart des gens, le jeune se croit obligé d’accepter par peur d’être rejeté, de se retrouver abandonné.

Question : Cette dépendance peut être vécue effectivement comme quelque chose de tout à fait agréable dont on a plus envie de sortir ?

Réponse : Oui, justement c’est le plaisir qui fait de la drogue l’un des plus grands pièges de notre époque. Qu’on se l’injecte ou qu’on la fume, ce qu’on cherche dans la drogue c’est de combler un vide.

A ce propos Freud écrit : " On sait bien qu’à l’aide du " briseur de soucis ", l’on peut à chaque instant se soustraire au fardeau de la réalité et se réfugier dans un monde à soi qui réserve de meilleures conditions à la sensibilité. Mais on sait aussi que cette propriété des stupéfiants en constitue précisément le danger et la nocivité. Dans certaines circonstances ils sont responsables du gaspillage de grandes sommes d’énergie qui pourraient s’employer à l’amélioration du sort des humains. "

Françoise Dolto écrit: " peut être que certains se droguent parce qu’à l’âge de 7 ou 8 ans alors qu’ils auraient dû commencer à devenir autonomes par rapport à leurs parents, il n’y ont pas réussi, ils ont perdu toute relation véritable avec leurs parents n’ayant que des copains qui exercent sur eux leur influence à la place de celle qu’exerçaient les parents, et ce genre de copains poussent souvent à se droguer, ils se retrouvent alors sous une double dépendance, celle des copains plus celle de la drogue".

Mais le propos du psychanalyste est d’essayer de comprendre comment une personne arrive, en tant que sujet, en tant que parlêtre digne de ce nom, à se placer délibérément du côté du déchet.

Question :Comment un sujet en vient-il à cette rampante agonie ?

Réponse : Le fait de désirer combler un vide intérieur par une sorte de pseudo complétude peut amener l’individu vers cette substance. Cela est lié à l’absence d’intérêt pour ce que l’on fait, à l’ennui.D’autres fois c’est le manque d’amour qui pousse vers la drogue : l’impression qu’on n’est pas aimé, l’impression de n’aimer personne. Comme disait Lacan " le désir de l’homme, c’est le désir du désir de l’Autre. "

Pour Françoise Dolto, la drogue apporte un sentiment nouveau: on fuit son cafard, en se bourrant l’estomac, les veines ou les poumons avec quelque chose de fameux, comme on était comblé de bon lait autrefois par sa maman, du lait qui nourrissait avec affection. Du lait qui donnait la vie.

Mais la comparaison s’arrête là!

Le parlêtre rencontre sa solitude et sa division. Quand il renonce, vous le voyez vivre dans l’oubli, oubliant même qu’il s’oublie.

La structure même du sujet comporte une béance jamais satisfaite, une faille jamais comblée. Fracture de la castration symbolique, propre à l’humain, source même du désir! Le sujet crée en permanence un frayage à son désir.

Question : Beaucoup d’artistes ont exalté la drogue. Qu’est ce que vous en pensez ?

Réponse : Le drogué part pour faire durer l’oubli, s’adonnant à une alliance qui apprivoise l’abandon, avec au coeur la peur de l’anéantissement. A ses angoisses qui le pétrifient, il oppose les sensations colorées des paradis artificiels.

Si la drogue favorise une certaine créativité, en supprimant les inhibitions, c’est une embûche terrible et redoutable. A la sensation éphémère d’euphorie, le prix à payer est excessif, car il s’appelle la Mort.

La drogue a une capacité fulgurante à transformer la victime en esclave, prenant possession des êtres et déracinant leurs vies. C’est désormais le cercle infernal, avec son cortège de déchéances.

Dans ce domaine, il y a des enjeux extraordinaires. Ce sont des centaines de milliards de dollars qui sont brassés annuellement.

Les enfants sont utilisés à des fins de prostitution. Ils deviennent des loques humaines, jouets de la société perverse et leurs larmes muettes se mêlent aux concerts qui se dansent.

Question : Certaines personnes se sentent bien quand elles prennent des médicaments prescrits par les psychiatres et dès qu’elles arrêtent ça ne va plus. Elles deviennent toxicomanes à la longue. Est-ce qu’elles doivent poursuivre leurs consultations?

Réponse: Par principe, il faut faire confiance à son médecin parce qu’il est supposé connaître votre cas.

Mais, il arrive souvent que le malade ayant constaté les effets bénéfiques immédiats du médicament, double la dose sans consulter son médecin : c’est ainsi que va s’instaurer le cycle de la dépendance, véritable toxicomanie. A la longue, la plupart des médicaments sont très nocifs pour l’organisme et leurs effets secondaires souvent méconnus du public.

Dans les années soixante, les barbituriques ont provoqué un nombre non négligeable d’accidents..... Dans les années soixante-dix, la tendance a baissé, mais les barbituriques ont été remplacés par les benzodiazépines. On s’est rendu compte que même ces benzodiazépines pouvaient être très nocifs à leur tour.

Question : Un auditeur vous demande s’il doit continuer à prendre des tranquillisants? Il dit que ces médicaments n’ont plus d’effet sur lui.

Réponse: Je ne peux pas donner de consultation à distance. Mais si notre auditeur s’aperçoit que les tranquillisants ne lui procurent aucune forme de jouissance, cela veut dire que son fantasme dans son usage fondamental s’énonce difficilement.

Question : Les symptômes liés à l’absorption d’alcool ou de drogue sont-ils d’origine psychique?

Réponse: Dans un article concernant l’alcool et les névroses, Ferenczi déclare " A défaut d’alcool, le psychisme dispose d’autres moyens de fuite dans la maladie. [...]  J’ai remarqué que l’intolérance à l’alcool que l’on a identifiée trop aisément à une hypersensibilité aux poisons, n’est pas dépourvue d’élément psychogène... Mais plus tard je pus observer des individus qui sombraient dans l’ivresse  après quelques gouttes seulement d’un liquide assez peu alcoolisé ".

Il en déduit que les symptômes d’ébriété n’étaient pas seulement dus à l’alcool seul et que leurs causes devraient être recherchées au niveau des désirs inconscients. 

Question : Beaucoup de personnes se comportent d’une façon agressive dans les stades ou dans les manifestations de liesse populaire par exemple. A quoi est due une telle attitude ?

Réponse : Plongé dans la multitude, l’individu retrouve les conditions l'autorisant à se débarrasser de ses refoulements. Dans son évanouissement dans la foule, il subit tout particulièrement la chute du rendement intellectuel.

Des expériences de laboratoire ont eu lieu sur ce qu’on appelle l’effet crowding : on a vu par exemple que chez le poisson rouge, il suffisait de mettre un deuxième animal dans un bocal pour que l’appétit de chacun soit multiplié par trois... Si on continue l’expérience, il suffirait de mettre cinq poissons pour que leur appétit individuel soit multiplié par dix, et ainsi de suite.

Question : Dans la presse, on a signalé que trois sorciers de Côte d’Ivoire avaient dévoré trente quatre personnes d’un même village. Il y a quelques années, Il y a eu aussi le cas de ce jeune étudiant asiatique en France qui a découpé sa petite amie en morceaux et qui en mangeait des fragments à chaque repas. Quel est le point de vue de la psychanalyse concernant le cannibalisme ?

Réponse : Le cannibalisme pousse le sujet à manger l’objet d’amour. On peut l’attribuer à l’impulsion d’ingestion de ses propres excréments, en rapport avec une régression au stade sadique-anal précoce, avec ses tendances à expulser (selles) et à détruire (assassiner).

Le produit de l’assassinat - le cadavre - est identifié avec le produit de la réparation (la selle). Par exemple, chez un des patients de Karl Abraham, l’évocation d’ingérer des excréments était liée à celle du châtiment d’une faute. Le patient devait réparer un crime d’ordre oedipien. Selon Roheim la forme primitive du deuil se traduirait par la dévoration de la victime.

Question : Pourquoi la psychanalyse va-t-elle être salutaire dans la plupart des cas? Par quel énigme, opère-t-elle? A quoi sont dues ses victoires thérapeutiques?

Réponse : Comme il est avant tout attaché au soulagement des symptômes, Freud a relevé que la levée de ces derniers n’est pas indépendante de l’affinité du patient à l’analyste. L’une de ses primordiales innovations a été la découverte qu’en dehors des interprétations, un facteur distinct intervenait dans la thérapeutique : le développement, chez le patient, d’intenses sentiments d'attachement envers le psychanalyste.

Donc, si la psychanalyse réalise ses miracles, comme on dit, c’est parce que ce qui la caractérise c’est le " transfert ". Il constitue la force décisive qui va encourager la cure. Le transfert va s'avérer comme obligation de la cure. Il représente un trait singulier de relation à la personne de l’analyste.

Le transfert n’est pas une nouveauté dans la vie du patient, c’est la reviviscence de sentiments éprouvés, dans l’enfance, vis-à-vis de ses parents.

Freud envisagea, de bonne heure, comme primordiale la présence de ces sentiments, non seulement en tant que matériau pour l’explication analytique, mais comme appui incontestable à la thérapeutique. Si ce transfert est positif, comme dans la majorité des cas, l’analyste va devenir présent constamment dans le champ mental du patient, pendant la cure.

Dès les premiers instants de la cure, la plupart des analysants vont éprouver un rare sentiment de plaisir, par le simple fait de savoir qu’enfin il y a quelqu’un qui va les protéger et va combler leur manque-à-être, leur sentiment de vide et les soulager.

Cette co-présence du psychanalyste avec le sujet, va engendrer chez ce dernier un intense sentiment de sécurité.

S’il arrive que le transfert soit négatif, on assiste alors à la prépondérance de sentiments hostiles de l’analysant envers l’analyste. Mais, dans ce cas, l’analyste tient compte de la signification positive de l’amour que cache la haine.

Question : Est-ce que le transfert est dû à la personne même de l’analyste?

Réponse : Pour Lacan, au commencement était le transfert! Sans transfert, il n’y pas d’analyse possible.

Le transfert s’instaure quelle que soit la personnalité de l’analyste. Il lui revient d’incarner l’Autre. La catégorie qui s’impose à l’analyste est celle de constituant ternaire.

Lacan définit l’analyste comme le Sujet Supposé Savoir. Dans sa proposition de 1967, il dit. " Le sujet supposé savoir, en tant que signifiant ... est l’élément ternaire d’une situation convenue entre deux partenaires qui s’y posent comme le psychanalysant et le psychanalyste. ".

Question : Pourquoi le psychanalyste est-il toujours silencieux?

Réponse:  Le psychanalyste n’est pas toujours silencieux. Il n’est silencieux qu’en apparence. En réalité, son silence ne fait qu’exprimer sa neutralité bienveillante.

Léo Ferré parle de façon poétique de musique du silence; c’est cette musique du silence qui permet de donner la parole au souffrant-vivant en permanence bâillonné, lui à qui on a toujours ordonné de se taire, ou qu’on n’a fait jusque là que semblant d’écouter!

Ce qui se dit dans un silence sécateur fait ce qui change. L’analyste ouvre et prospecte des champs de force, pour que puisse se soutenir le désir de liberté de l’individu face à la maladie qui le bâillonne.

Question : Le comportement du patient pendant la séance est-il important ?

Réponse : Il faut dire que l’analysant traverse plusieurs étapes tout au long de sa cure. On ne pas répondre de la même manière pour un débutant que pour un ancien analysant. On peut dire que l’analysant qui débute, traverse une étape préliminaire, et généralement sa préoccupation principale se résume à l’expression des symptômes. La guérison de ses symptômes lui parait ce qu’il y a de plus urgent à traiter.

Une deuxième étape qui coïncide avec le développement du transfert, va donner lieu à une meilleure intégration de la cure par l’analysant. Ce dernier va se préoccuper de moins en moins des symptômes pour lesquels il était venu. Il va " élaborer ", c’est-à-dire qu’il va essayer de comprendre les causes profondes qui l’on amené à la situation actuelle.

Une troisième étape appelée " théorisation ", va voir l’analysant mettre en œuvre toutes ses capacités intellectuelles et procéder à l’intégration des différentes composantes de sa personnalité.

Vous devinerez donc que les modalités d’expression sont différentes d’une étape à l’autre. En épinglant le signifiant, l’analyste attire l’attention de l’analysant. Il en résulte dès lors la verbalisation d'un important matériel jusque-là enfoui dans l’inconscient. Il peut s ‘agir notamment des tendances hostiles et affectueuses.

Avec les progrès de l'analyse, on arrive à la résolution des tensions psychiques. C’est ainsi qu’un geste inhabituel pendant la séance apparaît parfois lui aussi comme le signe d'une émotion réprimée. Par exemple une poignée de main molle devient beaucoup plus franche.

Question : Qu’en est-il de certaines habitudes, tel le fait de fouiller dans son nez, ou se gratter l’oreille?

Réponse : Se ronger les ongles, se gratter le nez, tirer sa moustache, se gratter...etc, sont des gestes significatifs du point de vue analytique. On peut y déceler souvent des équivalents de l'onanisme.

Question : Qu’en est-il des tics?

Réponse : Les tics compulsifs sont des symptômes surgissant en général après qu’une même manifestation symptomatique ait existé sous la forme d'une habitude infantile. Dans le cas de conflits névrotiques, les habitudes infantiles réprimées peuvent se remettre au service du refoulé à titre de matériel symptomatique.

Ferenczi cite le cas d'un homme obsédé par l'idée imaginaire que son nez était déformé et qui ne cessait de faire, surtout quand il était ému, des grimaces. L'investigation des associations fournit des souvenirs d'enfance d'où il ressortait que tous les mouvements et attitudes avaient jadis été consciemment et délibérément pratiqués. Ceci avait déclenché la réprobation des parents de ce patient. Ces derniers lui avaient interdit cette pratique en soulignant que s’il n’abandonnait pas cette habitude, son nez serait déformé.

Les grimaces représentaient donc une sorte de technique inconsciente, ayant pour but de rendre à son nez la forme idéale qu'il possédait auparavant.

Question : : Lorsque le patient découvre des choses d’origine infantile et qu’il comprend ses relations avec ses parents, est-ce que cela ne va pas modifier négativement son comportement avec ses parents, avec le monde extérieur après la cure?

Réponse: Le but de la psychanalyse est de transformer la personnalité dans le sens d’une libération, d’une déculpabilisation et d’une meilleure prise en charge du monde extérieur. Il s’agit d’amener le sujet à accepter le réel  insupportable.

L’action de l’analyse est permise, grâce au retour en arrière dans la reproduction du trauma. Donc, lorsqu’un sujet sur le divan va découvrir que les origines de ses troubles actuels remontent à la première enfance, tout va se reconstruire autour de cette découverte.

Après être devenue un pôle d’attraction éminemment émotionnel, cette découverte va perdre son aspect dramatique et il va se réinventer une nouvelle structuration qui aidera à un mieux vivre.

L’abréaction implique un soulagement d’émotion qui libère l’analysant des affects fixés au souvenir pathogène de l’événement.

Comme le plus souvent il n’est pas possible de changer radicalement l’entourage, c’est à nous de changer notre façon de le percevoir.

On va s’apercevoir, à la fin de la cure, que tout ce qui nous terrifiait était beaucoup plus du côté de l’imaginaire et du symbolique. Le sujet vivra la réalité de façon plus sereine.

Question : Les fantasmes oedipiens créent, par exemple chez le garçon, des idées meurtrières à l’égard de son père. Comment cela est-il évacué sur le divan ?

Réponse: Le rôle du divan est de permettre la mise en pratique symbolique des désirs refoulés. Cela se passe évidemment par le biais du langage. Les émotions ressenties au cours de la catharsis permettent de faire l’économie du passage à l’acte et aboutissent à la réconciliation avec la personne haïe.

Il faut toujours, en quelque sorte, en passer par le meurtre symbolique de quelqu’un, " meurtre " qui permettra de détruire sur le divan les images terrifiantes infantiles.

Selon Marc Strauss " si ce meurtre reste refoulé, l’énergie du sujet s’épuise en mesures de défense contre le retour du refoulé et en solutions de compromis qui s’éloignent toujours plus de la parole originelle ".

C’est le cas de ces patients qui érigent un mur tellement solide contre leurs pulsions agressives, utilisant tous les prétextes pour rater des séances, s’absenter, écourter les associations et n’avancent pas dans leur cure. Une telle attitude, qui n’est en fait que la manifestation de mécanismes de défense, ne fait que retarder inutilement la cure mais ne la compromet pas, car il arrivera un moment où le moi de l’analysant, après ce long combat épuisant avec lui-même, s’apercevra de la vanité et de l’inutilité de ces puériles attitudes.

Question : Une jeune femme nous dit: " on sait que la psychanalyse est souffrance, rencontre de soi laborieuse et douloureuse et je pense même à " analyse-masochisme ". Que peut-on lui répondre?

Réponse: Il est notoire que la technique psychanalytique fait appel à la douceur. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas beaucoup de courage pour faire une cure. Les révélations et les découvertes du sujet sur le divan ne sont pas extorquées sous la torture. Le principe même de l’analyse est de laisser le patient se libérer selon son propre rythme.

Question : Mais la cure analytique à tout de même un côté chirurgical, elle serait un petit peu ce que le laser est à la chirurgie, ça ne fait pas saigner, mais rentre profondément et atteint son but.

Réponse: Lorsque Freud parlait des conditions nécessaires à une cure, il a dit: " il faut trois conditions: 1) du courage 2) du courage et 3) du courage ".

Ce n’est pas parce que la psychanalyse utilise une technique douce, qu’elle ne fait pas souffrir. Le sujet peut souffrir au cours d’une cure lorsqu’il s’agit de lutter contre ses propres résistances, de se démasquer et de se voir réellement tel qu’il est, et non tel qu’il croyait ou aurait souhaité être, ou bien lorsqu’il est en train de revivre certains événements de la première enfance profondément traumatisants.

Question : Que pensez-vous de cette expression "analyse-masochisme" ?

Réponse: Le concept même de sujet fait apparaître qu’il y a une participation active de chacun à son propre destin.

Cette expression de masochisme n’est pas applicable à tout le monde. Peut-être que celui qui a des pulsions sadiques va parler  d’analyse-sadisme.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que " le masochiste n’est pas une victime consentante : il est, au contraire, le maître d’oeuvre d’une relation qu’il agence à sa guise ". La soumission du masochiste n’est qu’illusoire....

Question : Donc, une cure analytique aboutit à être authentiquement soi-même ?

Réponse : Exactement. On le voit tous les jours en analyse. Chaque sujet rencontre tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre ce statut de résidu dans son rapport à l’Autre.

Question : Est-ce que le patient montre une certaine résistance, une certaine difficulté à franchir les étapes?

Réponse: En 1913, Freud conseillait de ne pas commenter le transfert positif avant que celui-ci ne soit utilisé comme résistance.

En effet, Il arrive que chez certains patients, le transfert positif, constitue une forme de résistance, ou d’opposition. Par exemple, le désir de plaire ou d’être bien vu par l’analyste peut empêcher certains analysants de s’auto-critiquer, par crainte d’être blâmés ou dépréciés, ce qui les amène à une rétention volontaire des associations, assimilable à de l’autocensure. Dans ces cas-là Freud aidait le patient, en suggérant que c’était peut-être sa présence qui les gênait.

Question: Une auditrice vous dit:" Suite à une dépression nerveuse, les médecins m’ont conseillé la psychothérapie. Mais je suis indécise". Alors ce terme de psychothérapie qu’est-ce qu’il recouvre exactement?

Réponse: La psychothérapie est la thérapie du psychique par la parole. Ce que l’on entend en général par ce terme c’est la psychologie. La psychanalyse est aussi une psychothérapie. Il y a une différence dans les modalités techniques entre ces deux disciplines. Le psychanalyste n’intervient pas, ne donne pas de conseils pendant la séance, il laisse le patient s’exprimer librement. Par contre, le psychologue intervient et donne des conseils.

Question: Un auditeur vous demande si on peut faire une analyse, en parlant à un ami, par exemple, au téléphone ?

Réponse: Ce qui caractérise l’analyse, c’est la présence supposée de deux sujets. Même si l’analysant ne voit pas l’analyste, il sent sa présence, il sait que ce constituant ternaire est là avec son savoir, son passé, son histoire.

A part la première psychanalyse de Freud concernant sa correspondance avec le docteur Fliess, il n’a pas existé pendant longtemps d’analyse par correspondance, ni par téléphone, ni par Minitel.

Cependant Internet est en train d'apporter une dimension interactive très intéressante, en permettant un rôle pivot sur de nouvelles formes de discours pour la psychanalyse.

Question : Une question émanant d’une jeune fille biologiste, très intéressée par la psychanalyse. Elle vous demande si elle peut accéder à cette formation avec son diplôme de biologiste.

Réponse: Bien sûr, ce qui est important c’est d’avoir un niveau universitaire ou post-universitaire qui permette de suivre les enseignements qui sont de très haut niveau. Mais le plus important est de faire une analyse didactique qui vous amène à la passe, c’est-à-dire à être vous-même analyste. Cela peut durer longtemps, mais comme disait Lacan, " le savoir ne vaut que ce qu’il coûte ".

Question : j’ai entendu dire que dans certaines sociétés, on préparait les grands malades à la mort? Quel est votre point de vue à ce propos?

Réponse: Il faut reconnaître qu’il peut y avoir des analyses qui durent très peu de temps, juste pour se mettre en règle avec soi-même. Ces sujets ont aussi le droit de faire une psychanalyse. Est-ce qu’ils sont guéris au sens médical du terme? Peu importe. L’essentiel est qu’ils auront trouvé le temps d’une écoute la possibilité de livrer leur message.

Quand ces sujets viennent sur le divan, c’est pour que l’analyste les aide à connaître leur vérité. " Qu’il y ait dans la demande analytique, demande de protection tutélaire, demande de soins " maternels ", ... cela est certain et ne doit pas être réfuté par le mépris mais écouté en priorité, car ces demandes recèlent l’existence même du sujet qui demande le désir de retrouver la certitude qu’un objet - le sien - existe toujours dans le monde des vivants humains. "

Question : Une enseignante nous écrit : " Ce que j’ai remarqué, c’est que beaucoup d’enseignants reportent leurs problèmes sur les élèves. C’est ce que je ne veux pas faire, moi, sinon autant changer de métier.

" C’est l’avenir de nos enfants qui est entre nos mains et il faut tout faire pour essayer de comprendre, être patient, de rendre les élèves plus intéressés par l’école.  Pour intérêt de mes élèves je voudrais avoir affaire à un psychanalyste. Je voudrais avoir des renseignements à propos de l’éducation des enfants ".

Alors à cette jeune femme que pouvez-vous répondre?

Réponse : Il n’y a pas tellement de questions posées dans cette lettre. Il s’agit d’un point de vue qui va justement dans le sens des conceptions de la psychanalyse concernant la pédagogie.

Lorsque nous lisons les ouvrages de Freud, ou des fragments d’analyses, ou bien lorsqu’on est soi-même dans la pratique clinique, il nous semble comme frappé du sceau de l’évidence que l’enseignement tel qu’il a toujours été pratiqué est pratiqué un peu partout dans le monde, peut être la source de défauts caractériels mais aussi de maladies.

La pédagogie constitue un véritable bouillon de culture des névroses les plus diverses.

Jean-Jacques Rousseau déjà, en a tiré la conviction que même une éducation orientée par les intentions les plus nobles, et effectuée dans les meilleures conditions, influence de façon nocive et multiforme, le développement naturel de l’enfant.

Pour Ferenczi, " même si nous sommes pas tombés malades, bien des souffrances psychiques peuvent être attribuées à des principes éducatifs qui sont impropres. Et sous l’effet de cette même action nocive, la personnalité de certains d’entre nous, pas tous heureusement, est devenue plus ou moins inapte à jouir de la vie, des plaisirs de la vie, sans faire le refoulement automatique ".

Question : Alors, justement l’éducateur intervient, un peu comme celui qui va probablement tout au long de l’éducation, réprimer ce qu’il y a de naturel, d’inné et de spontané chez l’enfant ?

Réponse: Selon le principe du plaisir, le nourrisson va très tôt chercher à éviter à tout prix la tension psychique. Dès que celle-ci augmente, il va falloir la diminuer.

Ce principe va tomber sous ce qu’on appellera plus tard, l’autodiscipline inculquée par l’éducation. C’est-à-dire que l’enfant va supporter progressivement les frustrations.

Justement, pour Freud, " le travail psychanalytique se trouve toujours à nouveau confronté par cette tâche : amener le malade à renoncer à une jouissance proche et immédiate. Ce n’est pas qu’il doive renoncer à toute jouissance; on ne peut le demander à personne, et la religion elle-même, quand elle exige l’abandon de la jouissance terrestre, est obligée de fonder cette exigence sur la promesse d’une jouissance incomparablement plus grande et plus précieuse dans l’au-delà. "

Question : Est-ce que justement, l’entrée à l’école n’est pas vécue par l’enfant comme un grand traumatisme ?

Réponse: En effet, bien qu’on lui apprenne à supporter le déplaisir et à accepter les frustrations, l’homme en général, va s’efforcer toujours, malgré tout, en contradiction même avec tous les enseignements de la morale, d’obtenir le maximum de satisfaction en fournissant le minimum d’effort.

Ferenczi parle de cette pédagogie qui va à l’encontre du principe du plaisir et écrit: "la pédagogie actuelle oblige l’enfant à se mentir à lui-même, à nier ce qu’il sait et ce qu’il pense. "

On constate que toute éducation, dans toute civilisation, a une vertu oppressive sur l’enfant. On lui demande de ne pas être ce qu’il est lui-même, de ne pas être naturel, de cacher ses désirs, et on récompense plus l’enfant sage que le turbulent. Cela veut dire qu’on récompense toujours la soumission et non l’initiative. Cette attitude est universellement répandue.

Question : Qu’a apporté Jacques Lacan à la psychanalyse?

Réponse: Lacan est le créateur d’une nouvelle source où la parole se lave, cette parole qui fraie une issue aux méandres du désir. Il a réinventé un savoir qui montre et démonte le désir. Il est une figure qui a marqué l’histoire de la psychanalyse.

Pour Jean-Luc Nancy, " ce qui distingue Jacques Lacan, c’est de penser ou de poser la psychanalyse en termes de vérité et non d’abord d’inconscient, ni de pulsion, ni même...de langage. C’est à dire, selon la manifestation de la chose".

Le 12 septembre 1981, dans La Croix, Françoise Dolto évoqua ainsi le souvenir de Lacan, dont elle avait suivi la destinée : " Lorsque j’ai commencé à recevoir de jeunes psychanalystes désireux de s’occuper de psychanalyse d’enfant, c’était parmi les analysés de Lacan que je découvrais ceux qui pouvaient le mieux entendre des enfants et en subir le choc. Je veux dire que c’est parmi eux seulement que je rencontrais des confrères prêts à reconnaître chez un enfant, même très jeune, un sujet animé d’un désir à exprimer, et non un objet d’étude pour psycho pédagogue scolaire ou psycho pédiatre normalisateur. C’est cette constatation qui m’a fait comprendre que Lacan était vraiment un psychanalyste alors que tant d’autres en savaient long sur la question de cours et se targuaient du titre de psychanalyste, mais pour en faire un métier. "

On peut dire que ce qui est caractéristique de Lacan, c’est qu’il a rénové et rajeuni Freud, dans le sens d’un " retour avéré à Freud ". D’ailleurs, son Séminaire, qui a eu lieu de 1953 à 1980, et dont la publication est toujours en cours, a assuré à lui seul la formation permanente de plusieurs générations de psychanalystes. En proclamant que l’inconscient " est structuré comme un langage ", il a redéfini de façon fondamentale les modalités de réflexion et d’intervention de l’analyste.

Cet enseignement a restitué le sens de l’oeuvre de Freud et a motivé dans les années 60, la création d’une Ecole, l’Ecole Freudienne de Paris et celle du Département de Psychanalyse. Il a fondé l’Ecole Freudienne en 1964 après l’éclatement de la Société Française de psychanalyse. Par la suite, Lacan va dissoudre l’école Freudienne et la remplacer par l’Ecole de la Cause Freudienne, qui existe toujours.

La section clinique assure un enseignement fondamental de psychanalyse tant théorique que clinique dans plusieurs directions.

Question : Il y a du recyclage permanent, donc?

Réponse: Il faut avoir une exigence de lumière " a dit l’actuel chef du département Jacques-Alain Miller.

Question : Peut-on dire que l’Ecole de Lacan soit la seule digne à l’heure actuelle?

Réponse: Elle se consacre effectivement de façon assidue et permanente au développement de la psychanalyse et au perfectionnement des analystes.

Lacan a donné beaucoup à la psychanalyse et, grâce au Champ Freudien, il y a une transmission internationale de la psychanalyse.

Question: Pourquoi rencontre-t-on encore tant de résistances de la part de certains spécialistes face à la notion d’inconscient freudien ?

Réponse: C’est étonnant qu’il existe toujours autant de nostalgiques, mais c’est un constat irréfutable!

Déjà, en 1925, dans son article Résistances à la psychanalyse, Freud écrivait: " Mais pourquoi ce silence? En quoi la discussion pourrait-elle nuire? La psychanalyse n’a jamais parlé de déchaîner ceux de nos instincts qui seraient néfastes à la communauté; au contraire, elle a donné l’alarme et offert ses conseils.

" Mais la société ne veut pas entendre parler de la découverte de ces rapports parce qu’à beaucoup d’égards elle n ’a pas la conscience tranquille.... Les fortes résistances à la psychanalyse n’étaient donc pas de nature intellectuelle, mais d’origine affective. "

Question: Comment se termine une cure psychanalytique? Quelle instance dernière vient cautionner la fin de la cure?

Réponse: En 1937, dans Analyse finie et analyse infinie, Freud pense qu’il faut approfondir l’analyse. Et, dans Résultats, idées, problèmes, il dit que le but de l’analyse, c’est " l’amour de la vérité, et la reconnaissance de la réalité ".

Lacan distingue la terminaison et la fin de l’analyse: aliénation-séparation ne peuvent être considérées séparément. Lacan insiste sur le fait que cela représente un deuil. C’est une perte, un abandon, cet objet a qu’a été l’analyste, d’autant plus que cet objet est une représentation du manque, une représentation toujours impossible.

Lacan déclarait : " guérir c’est mesurer ce que ce terme de guérison comporte d’aspiration impossible à satisfaire ". On accepte l’idée qu’il ne peut y avoir de restitutio ad integrum.

En fin de cure, l’analyse conduit au détrônement de la fonction de l’analyste lui-même par la dissolution du lien transfériel.

Question : Que veut dire Lacan par : " le savoir ne vaut que ce qu’il coûte "?

Réponse : Il parle d’un savoir d’usage et non d’échange. C’est un savoir qui aura coûté, en termes d’énergie, de sacrifices, de remises en cause de soi. Une cure analytique apporte un savoir incomparable.

Catherine Bonningue dit :  " ne mener le sujet que là où il veut bien nous laisser le suivre. Mais l’inviter cependant, sans hésitation aucune, à nous conduire dans ces chemins escarpés de l’inconscient. "

regle1.gif (1232 octets)

next