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M.Haïne

C'est Karl Abraham qui semble avoir le mieux développé le thème de la castration féminine. Il a été l'un des premiers psychanalystes à montrer comment la petite fille, au moment de la découverte de la différence des sexes va se sentir désavantagée, en raison de ce qu'elle interprétera comme une infériorité.

Quel sens acquiert pour la femme son ne-pas-avoir ? Freud a insisté sur la signification primordiale de ce ne-pas-avoir.

Jacques-Alain Miller se demande si l'on n'est pas dès lors autorisé de mieux imaginer la place qu’occupe le sentiment d'injustice chez les femmes, et s'il n'est pas possible de parler d’un fantasme d'injustice radical. Il se demande si l'origine même du concept de justice ne se trouve pas dans la plainte féminine. Au centre de cette plainte, est sous-entendu un ne-pas-avoir-droit.

La solution à la position féminine serait-elle de se transformer en mère? Devenir mère, c’est-à-dire Autre-de-la-demande, n’est-ce pas se faire celle qui a, par excellence ? Freud n’a pas élaboré d’autre aboutissement pour les femmes que celle de l’avoir.

Pour Lacan, l’autre solution se trouve du côté de l'être. Cela réside dans la croyance qu'à l'Autre viril, manque un trou, et s'occuper à le représenter, à l'incarner.

La femme vraie  est une femme qui assume son manque-à-avoir. Elle est du côté de l'être. Au regard de l'homme, une vraie femme lui permet de se manifester comme désirant. Chez cette femme, la structure du désir est celle d’un sujet accroché à un objet et à un seul. La femme vraie fait émerger l’autre en le faisant apparaître sous l’amoncellement des détritus qui l'enveloppent. En ce sens elle concourt à épuiser ce qui manque dans l’autre. Ce qui est inscrit dans cette relation de communication, c’est la dimension de médiation que prend cette femme.

Le meilleur exemple est celui de ces femmes, dont les maris sont en prison et qui se consacrent à devenir d’indispensables et précieux auxiliaires à ce dernier. Elles deviennent les meilleures des femmes, les plus attentionnées, les plus dévouées et les plus serviables. De là à dire, qu’elles souhaiteraient inconsciemment la prolongation de la peine carcérale, il n’y qu’un pas que personne ne se hasarderait à franchir...

En psychanalyse, il y a urgence à ne pas comprendre trop tôt et trop vite, car à trop introduire des signifiants nouveaux, on risque de faire remplacer un symptôme par un autre.

Euripide, dans " Médée ", fait dire à son héroïne : " De tout ce qui respire et qui a conscience, il n'est rien qui soit plus à plaindre que nous, les femmes. "

Dans la mythologie grecque, Jason a été détrôné par son demi-frère Pélias. Devenu adulte, il revient en Grèce pour réclamer son royaume. Pélias accepte sa requête à condition qu'il retrouve la Toison d’or. Au terme d'un périlleux voyage, il triomphe des nombreuses épreuves, grâce à la magie interdite pratiquée par Médée. - Mais les interdits ne sont-ils pas là justement pour être transgressés ? -

S'étant mariés, Jason et Médée revinrent en Grèce et se rendirent ensuite à Corinthe, où ils eurent deux enfants. Médée avait fait tout pour son mari. Elle avait trahi son père, son pays et, à cause de cela, vivait en exil avec son mari et ses enfants.

Ce qui fait qu’un objet est un symbole, c’est le vidage de son utilité. En effet, après un certain temps, Jason répudia Médée lui préférant une princesse, la fille de Créon ; ce qui a suscité une terrifiante colère de la part de Médée. Jason perd, par cette trahison, sa valeur symbolique.

Comment Médée élabore-t-elle sa vengeance? Elle va tuer ce que Jason a de plus cher, c'est-à-dire ses propres enfants et sa nouvelle épouse. A partir de là, tous les mots sont inutiles, elle sort du règne du signifiant. La valeur de ce geste est considérable, car Médée est une mère qui adore ses enfants. Elle tue ses propres enfants, qui sont aussi ceux de Jason, et c'est en cela que la femme prend en elle le dessus sur la mère.

Parole et Désir sont les deux effets du manque. Le propre de l’Amour est ce qui unit le sujet à ce qui le satisfait. Avec l’amour, on est au niveau de l’expérience de l’élection de l’objet. Dans le Désir, tout ce qui se propose de combler le manque n’y suffit pas. En amour, l’objet présentifie le manque, le symbolise.

En dehors de la maison, Médée a aussi perdu la raison. Si le célèbre criminologiste italien Lombroso a obtenu que la femme répudiée reste dans sa maison, c’est justement parce qu’il savait qu’en dehors de chez elle, la femme erre.

Chez l’homme, il y a toujours supposition de deux femmes chez la même femme: il veut à la fois une maîtresse pour combler son Désir et une mère pour combler son Amour. Mais, en raison du tabou de l’inceste, Désir et Amour ne s’adressent jamais à un même lieu. Dans ce marché de dupes, il n’y a que du semblant ... Peut-être faudrait-il y voir l’origine même de l’infidélité masculine ?

Si, chez la femme le ne-pas-avoir procure un sentiment d’infériorité et d’injustice, chez l'homme, l'avoir procure un sentiment de vanité de propriétaire, impliquant en même temps la peur qu'on le lui dérobe. La lâcheté masculine contraste énormément avec le sans-limites féminin. C’est la raison pour laquelle le sujet masculin ne donne à personne la clef de la caisse. Et s’il arrive qu'il donne, c'est alors comme s'il était victime d'un vol.

Demandons-nous pourquoi, l’appel de détresse lancé par les naufragés est-il  encore jusqu'à nos jours : Médée .... Médée ... Médée ... ? 

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