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Les psys sont partout

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Les psys sont partout

La cure avec un «psy en ligne»
par Marie Gobin


«Donnez-moi de vos nouvelles.» C'est par ce mail lapidaire que le Dr Messaoud Haïne avait répondu au silence prolongé d'une de ses analysantes. Car le Dr Haïne est un e-psy, praticien d'une modernité pour le moins étonnante. Cofondateur en 1999 du site Mégapsy, ce psychanalyste consulte par l'internet. Nous sommes loin du cadre initial de la cure et c'est un choix que les analysants revendiquent. La plupart d'entre eux reprochent à l'analyse en cabinet sa rigidité, sa cherté, sa lenteur. Et au psychanalyste, d'être peu loquace.

Aussi Laurence, une e-analysante, a-t-elle choisi «un psy en ligne» qui est «''obligé" de s'engager un peu plus qu'un psychanalyste en cabinet». Nombreux sont ceux qui ont exprimé leur frustration en face d'un analyste en cabinet, peu disert. Pourtant, il ne s'agit toujours pas de parole mais d'un dit hybride, entre l'écrit et l'oral. Curieux paradoxe donc, mais qui importe peu aux e-analysants. Car ils ont trouvé dans cette cure d'un autre genre une satisfaction peu commune. Le loisir de «parler» lorsque le désir s'en fait ressentir: un échange de deux à trois mails par semaine, en moyenne. Une qualité d' «écoute» rare: les mots de «compétent», «consciencieux», «sérieux», «rigoureux», «présent», «empathique» reviennent souvent pour qualifier le travail du Dr Haïne. Mais aussi la facilité de paiement: on choisit son forfait (six mois de séances, par exemple). Certes, cela fera bondir les orthodoxes mais pour ces e-analysants, seule la forme change, le fond demeure.

L'absence physique de l'analyste permet toutefois le transfert et le fantasme s'en trouve amplifié: «Au début de l'analyse, je me suis livré à des insultes inimaginables à son égard. Chose que je n'aurais peut-être pas faite s'il avait été présent en face de moi. Il y a donc là une grande facilité d'expression, c'est indéniable», note Brahim. Avant de poursuivre: «Il m'est arrivé de ne pas supporter les effets ravageurs de ces déploiements massifs de fantasmes et ''ça" a débordé sur ma vie privée et professionnelle. Je pense que ça doit être catastrophique pour un psychotique.» Les e-analysants ne tarissent pas d'éloges sur ce type de cure. Avec enthousiasme et affabilité, ils se réjouissent qu'un vent nouveau ait soufflé sur la «psy». L'un d'eux remarquera même avec sagacité que «le divan de Freud a plus d'un siècle». Déjà?

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