M. Haïne
Avant même davoir forgé le terme de psychanalyse, Freud pariait déjà sur le sens du symptôme, comme insu du sujet. En soulignant quil y avait là de linconscient, du savoir insu, Freud donnait à la défense du moi la portée dun acte du sujet. Il mettait en avant limplication du sujet dans la formation du symptôme, comme dans la possibilité de son déchiffrement.Pourquoi quelquun peut-il semployer à gâcher le temps quil a à vivre ? Parce quil y a une jouissance du symptôme. Cest ce réel, la jouissance du symptôme, que lanalyse a pour mission de traiter.
" Le savoir ne vaut que ce quil coûte " signifie quil sagit dun savoir dusage et non déchange.
Lextrême complexité des notions mises en jeu dans le domaine de la psychanalyse fait que nulle part ailleurs un esprit, à exposer son point de vue, ne court autant le risque de découvrir sa limite. La psychanalyse se manifeste dans le défilé des signifiants, cest-à-dire quelle prend place au cur même du manque de lautre, où le sujet expérimente son désir.
La psychanalyse a affaire à la jouissance, au désir barrière de la jouissance, et à la jouissance dans le sens du symptôme. Le symptôme est une vérité qui résiste au savoir à partir de la jouissance, cest la position du névrosé. Il est nécessaire de faire le tour du fantasme où sarticule le désir de lautre. Pour le sujet, cest dans le fantasme quil sagit de régler ses comptes avec le désir de lautre.
Lacan dit : " Les symptômes névrotiques, psychotiques, ou pervers sont autant de manières de mentir au partenaire ", façon de saccommoder au défaut de lautre. Le pervers va saccommoder de la castration de lautre en la déniant doù existence du fétiche qui vient combler le trou du manque dans lautre. Pour le névrosé, il y a une façon de saccommoder par lintermédiaire du fantasme. La demande prend sa place là ou savère un défaut central dans lautre. Du fait quil y ait culture, il y a abîme entre la sexualité naturelle et la sexualité fondamentalement pervertie du parlêtre.
La frustration est de lordre du vécu imaginaire, là où le sujet se sent victime dun dommage imaginaire et ne cesse de revendiquer la réparation de ce dernier.
Le sujet va demander à lanalyste de réparer ce dommage imaginaire. Il sagit dun objet réel qui a été refusé au sujet et qui constitue le centre de la plainte. Lagent de cette frustration : cest justement celle qui par sa présence ou son absence en tant que lautre pourrait donner lobjet.
La castration a la valeur de normaliser le sujet à légard de la sexualité aussi bien quà légard du désir, à tel point quon peut dire quil ny a pas de désir possible pour un sujet sil na pas subi lépreuve de la castration symbolique.
La norme sapplique très peu en psychanalyse. En psychanalyse, cest le sujet dans sa division qui est le roi, cest à lui de décider de son sort et de suivre la voie quil aura choisie.
Pas question de statistiques de normes sociales en psychanalyse. Il est question du sujet, de son passé, de son histoire infantile. Il sagit de démystifier ce passé, faire en sorte que le présent soit bien vécu et que la norme soit surtout lavenir. Cela paraît théorique, mais faire une cure psychanalytique permet dêtre tel que lon devrait être si lon navait pas subi les influences négatives : insultes, vexations qui empêchent la prise dinitiatives, etc. "
Lappel de lenfant peut concerner bien entendu un objet qui puisse satisfaire le besoin. Dans le passage du cri à lappel, il y a un bouleversement dans le sens où le cri dans la réponse quil reçoit de lautre, est érigé en signifiant. Nous trouvons là la première ébauche de la formation du sujet.
Il ny a pas dautre responsabilité maternelle que celle qui consiste à donner une réponse, faisant émerger un sujet barré. Il ny a pas de réponses maternelles ailleurs que dans ce qui les constituent en actes, non pas en faits. Dans lacte il y a le signifiant qui se répète. Cet appel est quelque chose qui va se répéter toujours dans le sens de la demande inconsciente.
La frustration est une plainte de la part dun sujet. Lenfant aura à faire la preuve de cet appel à lautre que la réponse lui viendra daprès le bon vouloir de lautre. Demblée il y a un écart qui se produit entre demande et réponse. Le temps met en jeu un autre désirant qui répondra à partir des signifiants de ce désir là.
Toute réponse à la demande ne vient jamais correspondre exactement à ce qui a été demandé. La demande sécrase dans le sens où justement elle est demande dautre chose. Lobjet du don aura une portée symbolique.
Ce qui va être impliqué par le biais du don nest rien dautre que lamour de lautre qui va être représenté par cet objet là. Lamour de lautre qui va être représenté par cet objet là. Lamour de lautre est cet au-delà de lobjet de satisfaction. Toute demande est demande damour. Cest là où nous touchons au manque, on donne ce quon n'a pas. Lobjet du réel devient symbolique et cet au-delà de la mère en tant que manque visé par la demande damour. Seule la psychanalyse " traite " correctement cette dimension de lhumain en offrant à un sujet la possibilité de protester contre la généralisation uniformisante des modes de jouir. Pour passer du symptôme social au privé la condition nécessaire est quune rationalisation du sujet montre quil se sert de son inconscient pour se rapporter au réel dont il sagit pour lui. Le symptôme est ce qui " se bécotte linconscient ", avance Lacan.
Le symbolisme de linconscient suscite et produit les plus grandes résistances. Linterprétation à la fonction damener lanalysant au-delà de la castration.
Linconscient agit de façon coercitive (discours du maître). Il vous pousse à dire ou à faire ce que vous ne voulez pas dire, ni faire, répondant à votre jouissance par la vérité de votre castration. Ce serait parfait si cette vérité arrêtait la jouissance. Cest là où lanalyste intervient pour sortir le sujet du piège de la castration jouie, car Linconscient se lave les mains de ce quil écrit.
Linterprétation a pour fonction de maintenir lécart entre désir et demande, entre symbolique et imaginaire, et consiste essentiellement à relancer le désir.
Il faut que le sujet se tourne vers ce quil peut saisir de son inconscient, il faut quil y croie, quil lui accorde ce pouvoir dêtre interprète de sa jouissance ignorée de lui même.
Ce nest pas la castration qui déprime le sujet mais les solutions que le sujet promeut pour y parer, alors que les affects liés à la castration sont plutôt langoisse et lhorreur. Ce sont ces solutions qui le dépriment, qui le rendent structurellement déprimable.
Devant la castration, la dépression peut constituer une forme de défense, une tentative doccultation : tel est par exemple le choix du névrosé qui, plutôt que dassumer sa castration, préfère la culpabilité, la faute , la dépréciation de soi, comme prix de sa dénégation de la réalité de cette castration.
Coller à son manque, se croire faussement vide, déprime le sujet, alors quil y a toujours une autre jouissance, plus intime, plus précise plus singulière, à côté de la jouissance de la privation. Le sujet se trompe sur son vide apparent, sur son manque, qui masque un fantasme qui, pourtant, émerge. Le bien-dire serait dire le bien que fait la jouissance. Le vide dépressif en est un masque. Le sujet y est affecté par le vide de la pulsion.
La plainte vise moins lobjet réclamé par la demande que la signification quelle reçoit dans lautre. Ce qui sénonce par le biais de la plainte, ce serait lappel à une instance qui décide si lobjet de la demande est digne ou non dêtre désiré.
Le symptôme dépend de celui qui le lit, le déchiffre. Lacan nous a aussi appris quil dépend du réel et ce réel se déplace. Il y de nouvelles demandes, mais il ne faut pas aller trop vite à considérer que tout dont le sujet se plaint est un symptôme. Il y a les effets du malaise dans la civilisation, qui prend des formes nouvelles, sans produire quelque chose daussi précis que le symptôme. Tout se passe comme si le sujet attendait une expression, voire une interprétation de son malaise pour quil se constitue en symptôme susceptible de parler.
La solitude nest pas nouvelle, elle est sans doute moins grande quauparavant, mais on se plaint davantage. Cest certain quon est moins souvent "deux" quavant. Etre seul ce nest pas être deux. Aujourdhui, on est seul ou on est avec les autres, mais plus difficilement avec Un autre. On admet aussi moins facilement dêtre seul à deux.
Ce qui soppose au social en termes freudiens, ce nest pas lindividu mais le couple. Et lexigence dêtre deux, plus accentuée chez la femme, ferait son asociabilité et donc son exclusion.
Si elle renonce à son exclusion, elle se retrouve seule avec les autres. On pourrait dire d'une façon métaphorique que les souvenirs vont à la rencontre de la mémoire, où lentement pourrit la conscience qui absorbe l'ombre de loubli.