PREMIERE CLINIQUE FREUDIENNE DES NEVROSES
Les formes de la clinique freudienne se sont stabilisées très tôt en une différenciation entre névroses actuelles et psychonévroses de défense. A lintérieur de ces dernières, les névroses de transfert - hystériques, phobiques et obsessionnelles - sont encore celles avec lesquelles le praticien travaille. Lacan na pas brisé avec cette clinique, mais élevé au rang de discours une de ces névroses, celle avec laquelle Freud à découvert les lois de linconscient. Ce qui se trouve dès lors " mathémisé " doit exister en germe dans les premières recherches freudiennes visant à fixer une clinique utilisable dans la pratique. Freud, demeurant au départ au niveau du symptôme, a pu faire jouer les différentes formes des maladies névrotiques quil regroupait progressivement, en autant de faits de discours, non réductibles à une sèche nosographie. Lhystérie en donnera la trame matricielle, sur quoi se bâtiront les grands concepts de la psychanalyse.
" le sens dun retour à Freud cest un retour a sens de Freud ", écrit Lacan dans " la chose freudienne " ; deux pages avant, il précise que le " dessein " de ce retour nest pas " un retour du refoulé " : il sagit " de prendre appui dans lantithèse que constitue la phase parcourue depuis la mort de Freud dans le mouvement psychanalytique pour démontrer ce que la psychanalyse nest pas ".
Pour parler vite et dire notre projet, avec ce qui le limite, nous constatons que cette " antithèse, et cette " phase parcourue " se sont souvent soldées par une désaffection pour la recherche du spécifique des structures cliniques ; dans la rencontre avec un patient dans la prise en compte de ce qui fonde sa plainte, on a volontiers soutenu que le repérage diagnostic soppose à la saisie dun mouvement, contrevient aux conditions dune écoute, à la dynamique dune cure. Nous savons cependant que le discrédit, jeté à bon droit sur celui qui classe et sur ce qui se fige, na pas abouti " lipso-facto " au remplacement de létiquette par léthique.
Linvention au gré des circonstances et des ambitions de catégories nouvelles (névroses de caractère, états limites, psychoses hystérique, etc..) signent, par le flou obtenu et le privilège accordé à ce qui se transmet pas dune expérience, lappel au retour de larbitraire et du vétilleux : les succès du recours à la statistique intercontinentale sont certes liés aux effet désorganisateurs de la chimie, mais la " disparition de lhystérie en fait foi - sont a mettre également a compte du pari non tenu par les héritiers de Freud, de poursuivre une argumentation qui vaille dans le repérage des structures du sujet.
Il est frappant quen matière de diagnostics, Lacan, ne se soit jamais servie des siens dès les premiers débuts de son uvre. Névroses, psychose puis perversion, presque de manière obligée, les choses se mettent rapidement en place. Les cinq psychanalyses en témoignent, Freud dispose, dès avant 1910, des repères distinctifs que Lacan réutilisera tout au long de son enseignement. Il faut noter cette recommandation extraite du " discours de Rome " :
" Il ne suffit pas de se dire technicien pour sautoriser, de ce quon ne comprend pas un Freud, à le récuser au nom dun Freud, que lon croit comprendre et lignorance même ou lon est de Freud nexcuse pas quon tienne les cinq grandes psychanalyses pour une série de cas aussi mal choisis que mal exposés, dût - on sémerveiller que le grain de vérité quelles recèlaient en ait réchappé ".
Lon peut avancer, sans forcer le trait ni courir grand risque, que la psychanalyse commence en même temps quune raison est découverte dopposer, ou de faire jouer terme à terme, lhystérie et lobsession. Sitôt langoisse resituée, quelques années suffiront pour que la phobie se place en regard même de cette distinction et la paranoïa est reconnue presque demblée ! lintérêt croissant, plus haut dénoncé, pour les " zones cliniques intermédiaires, les propos désabusés des analystes internationaux sur limpureté des formes névrotiques contemporaines rendent compte que, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, lenseignement de Lacan contraste, dès son départ, avec un paysage de décombres ou les gravats sémiologriques le disputent aux édifices nosologriques rocambolesques. Ce paysage nétait pas celui de Freud, qui a fondé sa propre clinique - en opposition certes - mais à lâge dor de la clinique classique. Aussi la première tâche de Lacan nest pas de prolonger un effort, mais de le rétablir, de redonner à la clinique ses chances, cest-à-dire de rappeler que ses " conditions de possibilité sont les premières conditions freudiennes.
Distinguer lhystérie de lobsession, situer la phobie, est remettre la clinique sur ses pieds. Faut-il rappeler que Lacan le fait en portant le vif de la question au joint du symbolique et de limaginaire, puis dans la dialectique du désir " et ce qui sy trouve nommé : " le fil qui permet de poser le fantasme comme désir de lAutre ". On doit cependant noter, quavant lavancée décisive de lautre barré, permettant de mettre en cause, à côté du symptôme, le fantasme, Lacan, tout comme Freud singulièrement avant les premiers débuts de sa théorie du fantasme, - Lacan demeure méthodologiquement fidèle à une confrontation raisonnée mais constante de lhystérie et de lobsession.
Lune et lautre sont mises en situation dès le " discours de Rome ", comme Freud le fait dès avant 1894. Dans " la direction de la cure ", lexemple freudien de la belle bouchère est suivi de celui, lacanien, de lobsessionnel impuissant, soulagé une nuit par le rêve de sa commère. Paire contrastée majeure, lintersubjectivité de lhystérique et lintrasubjectivité de lobsessionnel, se répercutent à loccasion dun didactisme audacieux de " la psychanalyse et son enseignement ", dans la coïncidence de ce qui sépare lhomme et la femme : à la " dame " est confiée " la démonstration du pays de lhystérique ", et au " masculin " est attribué " le sujet de la stratégie obsessionnelle ". Entre 1893 et 1900, lon naurait pas assez de place pour montrer que linspiration originelle de Lacan est celle que lon pressent dans le moindre texte de Freud.
Bien sûr, Lacan pousse demblée plus avant avec les " hiéroglyphes " de lhystérie, les " blasons " de la phobie, les " labyrinthes " de lobsessionnel. Bien sûr, on peut relever que dans la suite énumérée des désirs insatisfait, prévenu et impossible on est au-delà de lhéritage, mais cela achève de convaincre que loin du " jardin des espèces ", dans une nosologie minimale, Lacan fait immédiatement le meilleur cas de ce que Freud a tout de site différencié dune structure à lautre. Il y va de la cause de lexpérience, du réel dégagé par Freud dès sa théorie du traumatisme étiologique des névroses.
La clinique vaut par le réel quelle concerne et nous pouvons aujourdhui la répartir dans les manières variées du rapport à lAutre barré. Jacques-Alain Miller a rappelé dans un cours que les structures isolaient autant de modes de jouissance ; laspect aversif et insatisfait de lexpérience primaire avec la " chose " pousse lhystérique au dérobement ; avec cette " chose ", lobsessionnel témoigne par son pathétique dun trop de plaisir et du labyrinthe nécessaire pour éviter lextrême du bien, générateur de chaos : que lon relise ligne à ligne en 1894 " les psychonévroses de défenses " ou, en 1896, " létiologie de lhystérie ", voire en 1895 la fin de lEntwurf, et lon y trouve cette répartition, avec son motif, clairement devinés. Nathalie Charraud : " La topologie de lAntwurf, à paraître). Mais sans Lacan, aurions-nous relevé lintuition fulgurante de Freud : dans la paranoïa, le sujet lie la " chose " à lUnglauben, à lincroyance ?
on mesure lenjeu renouvelable de cette première clinique : avant même, en 1897, limplication par lidentification du fantasme en tant que précurseur du symptôme, une clinique simpose au souci de vérité de Freud, comme elle simpose à Lacan avant quil se soit, lui aussi, pourvu de moyens à fonder en raison la dissenssion structurelle entre lhystérie et lobsession par " les deux termes éclatés " du fantasme.
Freud lassène : la différence, dans la clinique des névroses, porte sur la cause : en 1898, dans son texte " La sexualité dans létiologie des névroses " résultats, idées, problèmes, tome " le diagnostic important qui peut être à chaque fois obtenu par appréciation soigneuse des symptômes " repose sur ceci que " la morphologie des névroses est, en effet sans grand effort, traduisible en étiologie, et à partir de celle-ci se déduisent, comme allant de soi, de nouvelle indications thérapeutiques ". Il vaut de le citer à la même page plus longuement : " le médecin a bien le droit dêtre indifférent à de telles distinctions tant que le diagnostic établi reste sans plus de conséquences, ni compréhension plus profonde, ni aucune indication pour la thérapie... mais il en est autrement si lon adopte nos points de vue sur les relations causales entre la sexualité et les névroses ".
Dans son court écrit, " dun dessein ", Lacan précise que son retour à Freud et " cette exigence de lecture " dans laquelle " se laisser conduire par la lettre de Freud " oblige à " ne pas reculer devant le résidu, retrouvé à la fin, de son départ dénigme ". Le point de départ, la preuve de létiologie sexuelle des névroses, avant que Freud ne mesure combien lentremise du fantasme décourage la certitude, sarticule entre les années 1895-1897 dans le jeu des deux notions de traumatisme et de défense. Dans " létiologie de lhystérie, en 1896, Freud, par " le chemin de la recherche anamnestique " ainsi que " par une méthode breuerienne modifiée Névrose, psychose et perversion, guigne un moyen avec lequel " on se sentirait plus indépendant des déclarations du malade, un moyen qui offre " la possibilité de remontrer des symptômes à la connaissance des causes ". Déçu par le disparate " et " linégale valeur " des scènes découvertes à la puberté qui sintègrent mal à " la causation des symptômes. Freud débouche dans la prime enfance sur " un matériel réel " dexpériences sexuelles vécues dans le propre corps. Il ne sagit plus " de léveil du thème sexuel par le moyen dun quelconque impression des sens " mais de quelques chose qui soppose a souvenir, refusé par le malade, dont il a honte , de quelque chose qui rompt avec la surdétermination du symptôme et que Freud enfin compare au " dernier morceau du puzzle ", celui qui correspond à lespace vide " et dont tout dépend lorsquaucune " superposition ne simpose " : le traumatisme prend la place du manque qui lengendre en retour.
La notion du traumatisme, " couple inégalement assorti ", nest pas équivalente aux rencontres sexuelles entre enfants de même âge ; elle exige dun côté lintervention " dun adulte impuissant " et de lautre " un enfant sans recours ". Cette précision plus conceptuelles que réaliste nest-elle pas associable à ce que Lacan cerne en 1960 : " ... ce fantôme de la cause, que nous avons poursuivi dans la plus pure symbolisation de limaginaire par lalternance du semblable au dissemblable ". Quelque mois avant la découverte du fantasme, Freud appréhende que la souffrance du symptôme renvoie au réel dune jouissance qui commande les distinctions cliniques, la forme princeps, accoucheuse de la nosographie freudienne - lhystérie - révèle ainsi que cest dans le trauma (qui, " tout comme le souvenir quon en a , agit à la façon dun corps étranger " que réside véritablement la nature de la causalité psychique, celle qui se marque dune rencontre du réel ; ici lon saisit toute la portée de la phrase canonique ou Freud appréhende le noyau pathogène de cette " souffrance morale " de la névrose : " lhystérique souffre de réminiscences ".
On doit ressaisir cette force de la pensée freudienne comme Serge cotter (in Freud et le désir du psychanalyste) le conseille en montrant que pour Freud " la vérité est défini comme la limite de ce que lappareil psychique peut tolérer ". Cela indique quavant quune théorie du fantasme permette de sorienter vers un réel indépendant de lévénementiel, la recherche dun réel de la jouissance guide déjà la technique du déchiffrement. Freud, dans le texte que nous citions comme dans tant dautres, soumet le progrès de la cure et explicitement sa thérapeutique à la condition nécessaire de la levée dun secret ; linconscient est par là fondé comme un savoir qui concerne la jouissance. Serge Cottet souligne que laveu et la résistance, liés au dispositif lui-même, font du traumatisme le produit par la sexualité de leffroi du patient en réponse à un désir de Freud ; n désir quil faut pister sous " légide des passions " de Freud t non sous " la rubrique de lépistémologie ".
Déjà le traumatisme, sa notion, modifie la première conception de la défense, celle des études sur lhystérie et lassocie désormais à la notion cruciale de laprès-coup, en la corrélant au refoulement.
Dans les études sur lhystérie, le refoulement valait comme succès direct de laction défensive du moi : " Une représentation sapproche du moi du malade, savère insupportable et subit une force de répulsion du côté du moi dont le but est la défense contre cette représentation insupportable. Cette défense parvient à ce que la représentation soit poussée (gerdrängt) hors du conscient et hors du souvenir, à c que sa trace psychique, apparemment, ne soit pas découverte. Par contre, dans " létiologie de lhystérie " leffort de défense du moi " ... dépend de tout le développement moral et intellectuel de la personne ", ne peut atteindre son but que si " ...la représentation à refouler (est) mise en relation par un lien logique et associatif avec une expérience infantile " (Névrose, psychose, perversion. Ainsi, du traumatisme à la défense, par la conception revisée de laprès-coup et le réglage du mécanisme du refoulement, se met en place une articulation analogue à celle que Lacan établit entre les signifiants unaire et binaire.
Le point est dimportance : par cette nouvelle acception du concept de défense, et contrairement à ce que soutiendra plus tard Jung, Freud améliore un outil déjà capable de discriminer, de lhystérie et de lobsession, le registre des psychoses. En 1894, dans " les psychonévroses de défense ", les trois formes de maladies " sont référées aux " trois formes de défense ".
Quand il sagit dune névrose, le moi se défend par la séparation de la représentation et de son affect (conversion de laffect chez lhystérique, transposition chez lobsessionnel) : " la représentation, même affaiblie et isolée (reste) dans la conscience. Il existe pourtant une espèce beaucoup plus énergique et efficace de défense. Elle consiste en ceci que le moi rejette la représentation insupportable en même temps que son affect et se comporte comme si la représentation nétait jamais parvenue jusquau moi. Mais au moment ou ceci est accompli, la personne se trouve dans une psychose " (Névrose, psychose, perversion. Il nest pas besoin de revenir sur lusage que Lacan a fait de ce passage grâce à lui célèbre : cest lobjet de sa découverte de la forclusion et de tout un séminaire ! un peu plus tard, dans ses " Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense " et dans les manuscrits H et K de sa correspondance avec Fliess, Freud rend compte du caractère dhostilité au moi, du caractère persécutif des hallucinations délirantes de la paranoïa, en introduisant le mécanisme de projection. Freud toutefois mentionne (Manuscrit H) sa relative absence de spécificité. La paranoïa soppose à la névrose obsessionnelle : il ny a pas formation dun reproche au moment du nouveau surgissement du souvenir sexuel.
La séparation entre paranoïa et névrose est nette, mais, bien naturellement, ce que Freud nomme " verwerfung " na pas lempanque ce concept aura chez Lacan. Lorsquà loccasion celui-ci évoque la première théorie freudienne de la psychose, il souligne, ainsi que nous lavons suggéré plus haut, un mot souvent employé par Freud, lUnglauben, lincroyance : " Au fond de la paranoïa elle-même, qui nous paraît pourtant toute animée de croyance, règne ce phénomène de lUnglauben. Ce nest pas le ny pas croire, mais labsence de lun des termes de la croyance, du terme ou se désigne la division du sujet ". Dès les années 94-95, Freud devine que le sujet de la confusion hallucinatoire ne croit pas au conflit réglé par le rejet, la Verwerfung de la représentation menaçante, de même que le sujet de la paranoïa ne croît pas au reproche quil projette. Dans aucun des deux cas ne se produit la division du sujet qui chez le névrosé est manifestée par le contraste entre une représentation et un affect associés après-coup.
Notre reprise, franchement cursive, indique que, bien antérieurement à ses découvertes essentielles, Freud sest procuré les moyens suffisants à un repérage diagnostic qui demeure presque le notre. La différenciation des structures porte sur les modalités dune défense contre le réel dune jouissance et révèle, à la façon des lignes de fracture dune cristal, les axes des formes de la souffrance et des voies de la plainte, axes obligés sitôt que la causalité psychique est postulée.
Dans sa quarante-sixième lettre à Fliess (Naissance de la psychanalyse, Freud note que " le réveil à une époque plus tardive dun souvenir sexuel ancien produit dans le psychisme un excédent de sexualité ", cet " excédent sexuel empêche la traduction (en image verbale) " ; il est fauteur de troubles car " ce qui reste intraduit aboutit a une conversion ". Freud précise que " cet excédent sexuel ne peut produire à lui tout seul un refoulement. Il doit sajouter une défense ". Excédent sexuel réveillé dans laprès-coup traumatique dune défense, soit entre jouissance et désir, la clinique de Freud, au travers de ce qui oppose un réel (effraction dans le corps) à la substitution des souvenirs, prends sa part dune clinique différenciée de la cause, cause matérielle ici dun symptôme par ailleurs surdéterminé et refendant le sujet dans son rapport à lAutre Névrose, psychose, perversion.
Pour le symptôme, mais aussi pour linhibition, cette première clinique dégage les structure, elle ne fait pas pourtant sa place à langoisse, conçue alors comme hétérogène au psychisme. Cest lun des enjeux, à la fin des années 1980, du passage de la théorie du traumatisme à la découverte du fantasme : le statut de langoisse change, symptôme somatique dans une définition quasi-médicale, langoisse sera alors incluse dans les phénomènes ressortissant à une causalité psychique. Danièle Silvestre (Ornicar ? n° 20, dans un article sur la phobie, et après une recherche menée avec Eric Laurent, montre quavec la théorie du traumatisme comme mode dinsertion du sujet dans la névrose, langoisse résulte encore de la transformation directe de la libido ; elle correspond à une excitation accumulée dorigine somatique et nadmet pas de dérivation psychique. On peut avancer quelle effectue sa " rentrée dans une clinique véritablement freudienne avec le début de la découverte du fantasme qui lie le symptôme à lidentification. Danièle Silvestre cite la fin du manuscrit M, daté de lannée1897 : " lagoraphobie semble liée à un roman de prostitution se rattachant aussi à ce roman familial. Une femme qui refuse de sortir seule, témoigne ainsi de linfidélité de sa mère " (Naissance de la psychanalyse située à lextérieur des psychonévroses de défense, la phobie comme tierce névrose pourra être " mise en série " avec lhystérie et lobsession : le hors-sens présent dans le trauma retrouvé dans le fantasme sera plus tard retrouvé au cur de ce qui fait structure pour toutes les névroses sous légide du père en tant que porteur de linterdit de la jouissance. Avant den venir là, dès sa première clinique, Freud, par la distinction des névroses actuelles et des psychonévroses de défense, prenait dans léconomie libidinale toute la mesure de linadéquation sexuelle : témoignant du refoulement sans y être rigoureusement liée, accompagnant le symptôme dans le temps de son surgissement, langoisse se trouvait de la sorte située dans la béance constitutive de linconscient. Lirréductible intrusion du réel dont elle fait état nest sans parenté avec linsatisfaction sexuelle que Freud conçoit alors à son origine. En accord relatif avec les autres médecins de son temps, il lassocie à lattente. Quoiquestimée hétérogène au psychique, nétait-ce pas déjà en situer la fonction primordiale, comme elle le sera en 1920 : dans les pourtours que dessine " la différence qui sétablit entre la jouissance de la satisfaction trouvée et celle exigée ", par le sujet " qui donne lieu à la pulsion ". (guidé par ce que Lacan nomme à la page 101 dencore, " le cri par ou se distingue la jouissance obtenue de celle attendue ", lun des notres traduit ainsi ce propos du chapitre V de lau-delà du principe de plaisir " : " der differenz zwischen der gerfundenen und der gerforderten befriedigngslust ergibt das treibende Moment ".
Ainsi , dès son commencement, la démarche freudienne revêt son originalité foncière en cela que la distinction nosologique ne se déduit que de la structure même qui supporte linconscient. " la pratique analytique, soutient Lacan dans " la chose freudienne ", toujours refait la découverte du pouvoir de la vérité en nous et jusquà notre chair ". Outre ses raisons dans lordre de la causalité, Freud abandonne la considération breurienne des états hypnoïdes, parce quelle napporte rien non plus sur le plan thérapeutique (névrose, psychose, perversion . " cest là le fait énorme ", précise Lacan (Ecrits, quà lendroit des états hypnoïdes " , Freud " y préfère le discours de lhystérique ".
" Que la psychanalyse, dès ses débuts, ait eu pour cadre non pas la relation médecin - malade, mais la relation dune femme à Freud... " ( Serge Cottet), mérite dêtre rappelé ; en 1895 : un siècle après Charcot la médecine officielle abandonne la partie et lâche lhystérie pour en diffracter la plainte sur tous les items dune pratique désormais computérisée. Dès quil se sépare de Breuer, Freud rompt avec la recherche médicale. (P. Bercherie dans sa Genèse des concepts Freudiens montre que la position théorique du médecin dAnna O ; est assez semblable à celle de ... Pierre Janet).
Lacan, par les mathèmes des quatre discours, révèle que la première clinique de Freud était une clinique de lhystérisation. Gérard Wajeman (" le maître et lhystérique) " dresse le bilan de léchec séculaire à décrire lhystérie autrement que par un ensemble de traits négatifs : " les seuls caractères positifs quon lui concède relèvent non de la clinique mais de létiologie ... le diagnostic surgit du fait de la non coïncidence avec le savoir que constitue la physiologie ". En ne répondant pas comme le fait Charcot à la demande du sujet hystérique qui " condamne le savoir à perpétuité " (Wajeman), Freud, par la relève, avec lhystérie, du défi dune question clinique, fera de sa clinique une question sur la cause et un enjeu quant au réel.
FREUD ET LHYSTERIQUE
En 1985, lhystérie comme entité clinique est sur le point de disparaître du champ de la psychiatrie. Cependant ceci nempêchera pas que lhystérie existe. Il y a même lieu de se demander si ce nest pas à lhystérique même lieu quil faut attribuer ce travail de disparition de ce nom qui est devenu une insulte. Il est certain quil est plus " élégant " et n accord avec les temps qui courent, davoir une " réaction dépressive " par exemple, quune " attaque hystérique ". Mais présupposer que lhystérique modifie le savoir, implique de lui donner une grande importance.
En effet, Freud donna une grande importance à lhystérique, au point quil choisit de laisser de côté ses connaissances médicales pour pouvoir sen occuper. En 1909, dans ses conférences à la Clark University, Freud établit une équivalence entre la position du médecin devant lhystérique et celle du croyant devant lhérétique. Cette position du médecin fait de lhystérique une personne " capable de tout le mal, laccuse dexagérer, de tromper volontairement et de simuler, et il la punit en lui retirant son intérêt ". Il est à remarquer que cest Freud qui utilise le terme " position ".
Cette position du médecin devant lhystérique est donnée par ses préjugés, mais ceux-ci ne sont pas autre chose que ses connaissances anatomo-physiologiques et pathologiques, cest-à-dire tout son savoir. Freud dut adopter une autre position et , pour cela, il eut à renoncer à ses connaissances médicales et donc à adopter une autre éthique que léthique hypocratique.
Quelle " merveille " trouve-t-il chez lhystérique qui le fait renoncer à un brillant avenir comme médecin ? ce doit être quelque chose dimportant, car évidemment, ce nest pas rien que Freud renonce à la médecine. Ce quil découvre, nous le savons, nest autre chose que linconscient. Inconscient, nous dit lacan, structuré comme un langage et que personne navait mis en évidence avant lui. Nous pouvons lappeler de droit linconscient freudien.
Sil y a un inconscient freudien, pouvons-nous dire quil y a également une hystérique freudienne ? freudienne ou non, ce qui est à tout point de vue évident, cest que Freud est impliqué lui-même dans ce que lhystérique lui a raconté. Freud nous dit quon ne peut pas parler de psychanalyse sans transfert et en psychanalyse il ny a pas de transfert sans la présence de lanalyste.
Si nous tenons compte du discours de lhystérique tel que Lacan le formule dans son mathème, lhystérique produit S2, sans le savoir. Le savoir a pour lêtre humain un véhicule : la parole. Freud est conscient de cela jusqu'à ses dernière conséquences : " je posai le problème de rechercher de rechercher de la bouche du patient quelque chose quon ne savait pas et que le patient lui-même ignorait ". En effet cest a travers la parole de lhystérique quil obtient un savoir jusqualors caché. Cela exigea de la part de Freud une écoute. En termes lacaniens, nous dirions que linconscient - car il sagit de la psychanalyse - exige quon lécoute.
Dans ce savoir que lhystérique produit, la sexualité va très tôt émerger. Et cela nest pas par hasard, mais par raison de structure, car, au fond, le savoir inconscient est un savoir sur le sexe, et même sil émerge comme méconnaissance, doute ou négation, il émerge. Un savoir que Freud va souffrir en lui-même, à travers le transfert qui nest pas autre chose - dit Lacan - que " la mise en acte de la réalité de linconscient ".
Dans les études sur lhystérie, Freud, déjà, découvre que derrière le symptôme, il y a une jouissance. Il attire fortement lattention sur ce qui rend irréfutable le diagnostic dhystérie chez Elisabeth von R. : " si lon pinçait la peau ou les muscles hyperalgiques, ou si lon exerçait une pression sur eux, ses traits prenaient une singulière expression de satisfaction plutôt que de douleur ". Une jouissance quelle, certes, méconnaît, une jouissance à placer dans une Autre scène. Dautres hystériques avant Elisabeth von R. lui avaient montré le chemin.
Un chemin, qui na, certes, rien dagréable. Même en 1914 quand il écrit son " histoire du mouvement psychanalytique ", bien quil reconnaisse la psychanalyse comme son uvre à lui, Freud essaie de refiler à dautres la découverte de ce que, dans le symptôme de lhystérique, la sexualité parle. Ces autres sont Breuer, Charcot et Chrobak. Mais nest-ce pas réellement ces autres qui découvrent que dans le symptôme de lhystérique, la sexualité est en jeu ?
Breuer parle de secrets dalcôve, Charcot de la chose génitale et Chrobak. Rédige lordonnance de " pénis normalis, dosim : repetitur ".
Ne sagit-il pas chez eux plutôt de la génitalité que dautre chose ? mettre en rapport lhystérique et la génitalité nest pas une découverte scientifique pour laquelle il faut un Breuer, un Charcot ou un Chrobak. Cest un fantasme masculin de croire que lhystérique, avec ses symptômes, demande un pénis ; mais elle sait bien quelle peut en avoir plusieurs si elle veut, mais hélas le pénis lui sert peu. En paraphrasant ce que dit Lacan dans le séminaire Encore, à propos de la mystique, nous pouvons dire que dans lhystérie, il ne sagit pas daffaires de foutre.
Bien que Freud essaie parfois de fuir " lhorreur de son acte ", il découvre que la sexualité nest pas la génitalité. Lhystérique lui montre, en lui racontant ses fantasmes, quelle est " bisexuelle ", pour autant que pour la jouissance il ny a pas besoin de rapport sexuel. Il ne sagira plus que de la pulsion, pulsion partielle, pulsion qui comporte des zones érogènes qui sont des bords du corps propre, donc il ne concerne pas lautre sexe. Il concerne, comme le dit Lacan, lobjet (a), qui peut être nimporte quel objet.
Nimporte quel objet, ce peut être aussi lanalyste. Cest ainsi que lanalyste peut être impliqué dans le désir de lhystérique, être objet de son désir. Ce qui place lanalyste dans une position de déchet.
Si Lacan distingue le discours du maître du discours de lanalyste, ce nest pas pour rien. Le maître, le médecin par exemple, place lhystérique en position de (a) - il faut dire ici tant en position dobjet cause de désir, que de déchet - tandis que dans le discours de lanalyste, cest lanalyste qui se place en position dobjet (a). nous ne pouvons pas dire, certes, que Freud nait pas échangé la position de lanalyste contre celle du maître, par exemple avec Dora, mais nous pouvons dire quil a su nous indiquer que cette analyse a raté à cause de la position ou il sétait placé.
Et cest quen effet si Freud nest pas étranger au dénouement de lanalyse de Dora, nous le savons parce quil la dit. Freud na jamais essayé de cacher que lanalyste est impliqué dans une analyse jusquau plus profond de son être. Il sagit dune question déthique. De plus, son désir va être déterminant dans une cure, nous dit Lacan. Cest ainsi que nous pourrions parler dune hystérique freudienne. Il ne sagit pas, comme ce sera le cas chez P. Janet, dobtenir un produit de laboratoire, - absolument pas : il y a une implication de lanalyste.
Mais parler dune hystérique freudienne, cest parler dune structure ou elle se maintienne en statut de sujet et non dobjet. Et un sujet est toujours divisé. Par son acte, Freud a énoncé que le sujet est divisé. Acte inaugural qui fit fleurir linconscient. Certes, comme le dit Lacan dans son discours du 6 décembre 1967, il ny a pas dacte de lacte. Mais cela nempêche pas quil y ait dautres actes comme lenseignement de Lacan, à propos duquel lui-même disait : " jai seulement réouvert un accès à Freud que je ne veux pas voir se refermer ". Il sagit dy être, dans cet enseignement.
LECTURE DE DORA
Le " fragment dune analyse dhystérie ", plus connu sous le non du cas " Dora ", présente la particularité dêtre lu comme une relecture de Freud par lui-même. Cest laprès-coup de la note ajoutée par Freud en 1923 qui guide tout abord du texte, et le met sous la bannière de lerreur reconnue. " Il me semble que mon erreur technique consista dans lomission suivante : jomis de deviner à temps et de communiquer à la malade que son amour homosexuel pour Mme K. (...) était sa tendance psychique la plus forte ".
Avant cette relecture par Freud, " Dora " est lue comme un guide dans lexploration des symptômes hystériques et leur lien aux mécanismes du rêve. Cest lapplication clinique de la Traumdeutung. Il suffit de lire K. Abraham (1909) là-dessus. Le cas est aussi présenté comme exemplaire de la difficulté du maniement du transfert. La lecture est demblée rendue complexe par la tension introduite par Freud entre les symptômes et la structure (der Aufbau) interne de la névrose quil tente détablir. Freud oppose ainsi les deux termes : " je tenais à mettre en évidence dans cette observation la détermination des symptômes et la structure interne de la leur réduction à un mécanisme commun. Il faudra attendre le chapitre sur lidentification de Psychologie des foules et analyse du moi pour que les rapports de lidentification hystérique et du refoulement soient déplacés de façon décisive (Fenichel sen aperçoit en 1926).
Lidentification est bien laxe essentiel dou Lacan lit la relecture de Freud. Il sagit de dénoncer là vau leau du recours naïf à lhomosexualité. Cest bien ce que Lacan isole dans " la direction de la cure " : " Freud, dans toute la première partie de sa carrière (...) (forçait) lappel de lamour sur lobjet de lidentification (pour Elizabeth von R., son beau-frère ; pour Dora, M. K. ; pour la jeune homosexuelle du cas dhomosexualité féminine, il voit mieux, mais achoppe à se tenir pour visé dans le réel par le transfert négatif ".
En suivant les indications de lenseignement de Lacan, nous relirons donc Dora avec Freud, puis nous examinerons la bibliographie de langue française des auteurs de l I PA, avant dexaminer la bibliographie de langue anglaise. Une référence en langue espagnole nous retiendra. Nous ferons ensuite le point sur les recherches historiques sur lidentité de Dora, avant de présenter une bibliographie, la plus complète possible, des références psychanalytiques sur Dora, index des relectures effectuées.
DORA AVEC FREUD
Cest dans lexamen de la doctrine de lidentification que Lacan reprend conjointement lexamen du cas Dora et de la jeune homosexuelle, selon la méthode éprouvée dans sa leçon sur " la lettre volée ", Lacan montre lefficacité du graphe conçu comme parcours obligé du sujet, la confusion des circuits imaginaires et symboliques produisant les ruptures que marquent acting out et passage à lacte.
Lacan commence par constater que Dora et la jeune homosexuelle ne se soutiennent dans le triangle symbolique quen ayant recours au quart terme de la Dame dans sa relation au phallus. La position de Dora et celle de la jeune homosexuelle se définissent à partir du même schéma au quart de tour près, en reconnaissant léquivalence de lhomme porteur de pénis et de lenfant dans sa valeur phallique. Soit les deux schémas suivants :
Mme K. $ ------- M. K. Enfant ---------- Dame
Dora ------- Père Père ----------- Symbolique
Dora La jeune homosexuelle
Dora ne peut se soutenir dans une situation triangulaire avec son père et Mme K., elle introduit le quart terme phallique avec M. K. elle sassure dêtre aimée par M.K. au-delà de sa femme, tout comme Mme K. est lau-delà de Dora pour son père. Cest-à-dire que son père aime en Dora ce qui lui manque.
Ce qui reste ainsi voilé, cest la valeur phallique de la femme comme objet déchange ou le père qui prend une femme, doit donner une fille.
Tout le comportement dintrigante raffinée de Dora na quun seul but, soutenir son désir comme insatisfait en tant que son désir est désir de lAutre. Elle sait, comme en témoignent ses symptômes, que son père est impuissant. Ce désir insatisfait pour le père, elle le soutient par son identification virile aux insignes de M. K. qui, lui, nest pas impuissant. Cest par cette identification au trait - vermögen - quelle normalise sa position subjective inconsciente dêtre une femme. Mais cet être le phallus, elle ne latteindra que dans la perspective fuyante de ses symptômes, il reste toujours à lhorizon, et sa question du savoir sur la jouissance féminine. Pour la jeune homosexuelle, cet être le phallus est au cur même de la situation. Tout son comportement de chevalier servant au service de la Dame na quun seul but : démontrer au père comment on est soi-même un phallus abstrait. Cest-à-dire comment on aime une femme pour ce quelle na pas. La structure du passage à lacte, isolée par Lacan dans une perspective entièrement distincte de celle des auteurs post-freudiens, spécialement anglo-saxons, sappuie sur la même structure.
Le passage à lacte répond dans les deux cas à la mise en cause de lAu-delà du désir, et à la valence propre de lobjet a comme objet de déchet. Lorsque M.K. dit à Dora quil ny a rien au-delà de sa femme, elle le giffle. Car si M. K. ne sintéresse quà elle, cest que son père ne sintéresse quà Mme K., ce qui est intolérable. LAu-delà du désir ou elle sest constituée comme sujet se rabat subitement sur la demande. La condition absolue du désir revient au caractère inconditionnel de la demande damour quelle adresse à son père.
Cette mise en rapport soudaine avec ce quelle est comme objet provoque lépisode " paranoïde ".
Le rien quavait instauré la jeune homosexuelle pour soutenir son désir na plus de raison dêtre après le regard furieux, plein de dédain, du père qui la croise, et la scène que lui fait son amie. Alors elle se jette du haut dun parapet. Lexigence du phallus non négative est repérable dans le don delle-même quelle fait à son idole lorsquelle saute du pont. Le déchet delle-même qui en résulte indique par le signifiant niederkommt quelle réalise son désir inconscient davoir un enfant du père. Elle est bien sa femme puisque cette mise bas sest produite par sa faute à lui. Cette analyse, effectuée dans le séminaire sur " Les formations de linconscient " (1957-1958) amplifie les questions soulevées dans lintervention sur le transfert quelques six années auparavant. Mais cest dans les années soixante-dix que Lacan reprendra la question de lhystérique sous le double rapport de la supposition du savoir et de la jouissance.
Dora, dans sa distinction entre le bijoux et la boîte à bijoux, séparé la jouissance phallique de la jouissance qui lenveloppe, jouissance quelle tente délever au signe de lamour. En 1958, Lacan lindiquait ainsi : " La sexualité féminine apparaît comme leffort dune jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté pour se réaliser ". Cest lisolation du signe qui lui permet de faire du sujet-femme un S1. " elle le fait supposer savoir ", dira Lacan dans son séminaire " Dun autre à lAutre ".
EXAMEN DE LA BIBLIOGRAPHIE DE LANGUE FRANCAISE IPA
EXAMEN GENERAL
En 1928, le cas Dora est publié en français (R F P ) ; malgré lantécédence de quelques commentaire (Schmiergeld et provotelle, Régis et Hesnard, et surtout Kostyleff), cest à partir de cette date que Dora devient connue dans le public spécialisé et même au-delà.
Curieusement, en contrepoint de la renommée grandissante de Dora, cest le silence du commentateur, psychanalyste. A quelques exceptions mineures près (Parcheminey 1932, Anzieu 1959) et à lexception, majeur, de Lacan (commentaire continu de Dora à partir de 1951), il faudra attendre quarante ans (1968) pour que la référence à Dora apparaisse de manière significative. Encore doit-on nuancer le " significatif " : sur les soixante références recensées (trente-cinq articles, vingt-cinq livres), moins de la moitié dépasse les deux pages. Quant à celles qui constituent une lecture un peu détaillée, voire une relecture argumentée, limitons-les à une demi-douzaine (P. Marty et Co, Cournut, Neyraut, Viderman). En général, le cas nest pas repris dans son ensemble, évitement sans doute davoir à rendre compte dun point de vue structural intégrant lensemble des données. A vrai dire, là encore, Lacan fait figure dexception : il est le seul à avoir considéré que véritablement Dora, lun des cinq textes fondateurs de la clinique freudienne, avait été donné pour que les analystes y confrontent leur travail et y mesurent leurs élaborations, voire leurs formalisations. Le commentaire de Dora par Lacan est un commentaire en mouvement, en évolution, privilégiant la structure sur le point isolé.
Précisément, parmi les points qui ont focalisé une attention partielle, on trouve une assez grande variété. Citons, à peu près dans leur ordre de fréquence, les points suivants : le transfert de Dora, ses rêves (deux points souvent couplés), le contre-transfert de Freud, son interprétation, sa direction de cure, les symptômes de Dora et le problème de la complaisance somatique, les identifications, la giffle, lhomosexualité (souvent couplée avec larrêt de la cure et le contre-transfert de Freud), lintrigue hystérique.
Dernière remarque, dans cet examen général, sur les références à Lacan comme lecteur de Dora : il est frappant de voir que, pour les auteurs non lacaniens, elles se sont arrêtées à 1951, lannée de "lintervention sur le transfert ", texte qui devient la position de Lacan sur Dora ! Quant aux lecteurs lacaniens, ils ont aussi cette tendance, quelles que soient les références, à poser comme une et constituée la lecture de Lacan, et donc à méconnaître le déploiement dun commentaire couvrant au moins vingt ans.
QUELQUE REMARQUES PARTICULIERES
Parmi les points qui ont retenu lattention des commentateurs, trois nous paraissent être des plaques tournantes par rapport à tous les autres : le transfert, qui ouvre aux questions relatives aux rêves, à linterprétation, le contre-transfert, qui pose aussi bien la question de larrêt de la cure que celle du désir du psychanalyste ; et les identifications, qui éclairent le problème des symptômes, comme celui de lhomosexualité ou lintrigue hystérique. Nous allons, pour chacun de ces points, tenter dépingler la caractéristique essentielle de leurs abords.
a. Concernant le transfert, les auteurs remarquent en général que le cas Dora constitue, dans lélaboration de Freud, un tournant : avant Dora, le transfert, en tant que déplacement particulier, est une " mésalliance " introduite dans la chaîne, au titre dune compulsion associative servant la défense, et dont lanalyste fait en quelque sorte les frais, puisquil supporte, par erreur, un affect refoulé. Ce quajoute Freud, dans laprès-coup de la cure de Dora, cest que le transfert est plus structural que conjonctural, puisquil est déploiement dans la relation actuelle détats psychiques antérieurs, déploiement soutenu par la cure même, et dont la variété fait apparaître en fait une insistance. Est-ce pour autant que Freud abandonne le fondement associatif, cest-à-dire la matérialité signifiante de la chaîne, pour localiser le transfert ?
certainement pas, et il suffit de se reporter au cas Dora, notamment à sa conclusion, pour voir que linsertion transférentielle, si elle est référée à des éléments réels de la situation, ces éléments sont traités comme discursifs, comme signifiants. Cest en ce point, à quelques exceptions près (M. Neyraut par exemple) que les analystes de l I P A , toute tendance confondues, prennent avec précipitation le virage freudien, et sortent souvent de la voie symbolique de lanalyse. Ainsi e transfert devient-il une simple réitération, à lidentique dune Gestalt globalisante quils appréhendent en termes dimago, de scénarios fantasmatiques ou de relations dobjet. Corrélativement, laccent est mis sur la projection, ce qui scelle le transfert dans un dualisme imaginaire, et autorise une pratique de linterprétation qui, se servant comme dun alibi de lemploi de lexpression " deviner le transfert " dans Dora, fait basculer le savoir du côté de lanalyste. Ce qui ne manque pas de saveur au regard du :
Contre-transfert de Freud, que certains auteurs imputs à son usage du savoir, qui nourrit le piège ou lhystérique enferme le maître. Ce reproche, comme ceux, plus classiques, qui ne font que reprendre les indications que Freud lui-même donne, se double dune critique de lanalyste, parfois de lhomme, qui frise le ridicule quand, précisément, elle confond interprétation et verbalisation du savoir. Ajoutons que dans ces abords du contre-transfert de Freud, deux points sont toujours laissés de côté : la position spécifique du dit freudien au regard de lunivers de discours dans lequel il savance comme découvreur et " inventeur " de linconscient ; et lénonciation de Freud, soit ce qui permet dapprécier leffet du préjugé, suivant que lanalyste cède ou non sur ce que Lacan a nommé son désir.
Quant à , soit la questions des identifications, il faut bien dire quen dehors des élèves de Lacan, cest la confusion dans les commentaires de Dora, confusion immédiatement vérifiable dans la mise sur le même plan de tous les symptômes (à lexception du travail de Fain, qui isolent une symptomatologie psychosomatique). Autrement dit, les auteurs ne commentent pas Freud avec Freud, cest-à-dire les symptômes de Dora avec la grille des identifications quil donna dans Psychologie collective et analyse du moi. Le résultat est que la dite identification est non seulement responsable de la formation des symptômes de Dora, mais de surcroît, les auteurs nen ont pas la même acception : tantôt elle est ravalée, cette identification, à lancienne conception de la sympathie, de limitation, tantôt elle correspond à lidentification formatrice du symptôme hystérique (deuxième type didentification selon Freud), tantôt enfin, cest de lidentification par le symptôme dont il sagit (troisième type didentification par le symptôme dont il sagit (troisième type didentification son Freud). Ainsi voyons-nous un symptôme comme le toux de Dora (sur lequel les auteurs sont loin davoir linsistance de Lacan) relever tour à tour des modes précédemment cités. Ici, le défaut de lecture de Lacan est flagrant, lui qui a ramené lattention sur les trois registres identificatoires freudiens, en les articulant au réel, au symbolique et à limaginaire.
EXAMEN DE LA BIBLIOGRAPHIE DE LANGUE ANGLAISE IPA
Chez les auteurs de langue anglaise, il y a ceux qui considèrent le matériel associatif et le transfert chez Dora comme une répétition du passé dans le présent des séances. Dautres, au contraire, considèrent plutôt quelle utilise le matériel du passé pour exprimer les relations actuelles avec lanalyste.
Mark Kanzer est représentant de ceux qui soutiennent la première thèse. Il considère que Dora a quitté lanalyse parce quelle sidentifie à lagresseur (M.K.) et déplace sa vengeance contre Freud (au lieu de M.K.). il considère cela comme un acting out qui correspond à ce quil dénomme la sphère motrice du trasnfert. Cet acting out indiquait à Freud quil devait corriger les constructions quil avait faites jusqualors. Cela nous rappelle la remarque de Lacan, que lacting out indique à lanalyste que sa position dans la cure est à modifier.
Soutenant la deuxième thèse, Merton Gill considère Dora comme un exemple dallusion indirecte du transfert. Quand Dora parlait de M.K., cela nétait quun déplacement des sentiments quelle avait envers Freud. Il suggère aussi que les interprétations de Freud, sur le jeu du réticule comme masturbation et sur la boîte à bijoux comme le sexe de Dora, ont été pris par Dora comme la preuve de lintérêt sexuel de Freud pour elle.
Ces auteurs prennent le transfert au niveau de sa signification possible. A ce niveau-là, on trouve de multiples interprétations, selon les préférences de chaque auteur. Choisir entre la répétition du passé et lallusion au présent, cela relève en définitive que dune question de prédilection. Au niveau imaginaire, on ne sen sort pas.
Il nous semble quen prenant le transfert au niveau de la structure, comme la fait Lacan, nous avons plus de chances.
Dautres auteurs, prenant comme référence lego-psychologie, considèrent en partie le transfert comme une répétition du passé, et ils pensent quavant de lanalyser, il faut fortifier le moi, pour quil puisse supporter les conflits inconscients (Loewenstein).
Erickson se demande ce que Dora voulait de Freud. Il dit quen tout cas, le père de Dora avait demandé à Freud de la ramener à la raison, et que Dora voulait que son docteur soit sincère dans le rapport thérapeutique. Erickson considère que linsight de la situation ne pouvait être effectué que par un moi mûr, pas celui de Dora. Si elle a fait un acting out, ce nétait pas seulement pour faire émerger sa rage infantile, mais aussi pour mettre en évidence de façon claire le passé historique, pour pouvoir envisager un futur social et sexuel de son choix. Il fallait, donc, nommer les infidélités par leur nom, et établir son identité avant tout.
Selon Lang, le cas Dora est un effet de " mésalliance thérapeutique ", cest-à-dire une déviation de lalliance thérapeutique, provoquée par le fait davoir négligé des facteurs de la réalité et des éléments non transférentiels de la relation analytique. Les facteurs qui, selon Lang, ont provoqué la mésalliance thérapeutique sont :
le fait que Freud connaissait le père de Dora et M.K. avant lanalyse, et quil a continué à rencontrer le père pendant lanalyse. Ce qui a conduit à ce que Dora nait jamais différencié M.K., son père et Freud.
Freud était suspecté de vouloir donner satisfaction aux voeux du père, cest-à-dire que Dora accepte le rapport du père avec Mme K. pour cela, Freud est perçu comme un amant substitut (comme M.K.). ces facteurs, entre autres, ont provoqué la terminaison prématurée de lanalyse.
Les analystes de lego-psychology essayent détablir un autre rapport que le transfert avec le patient (alliance thérapeutique avec la partie saine du moi), à partir de laquelle ils prétendent analyser le transfert. Mais de même quil ny a pas dautre de lAutre, Lacan nous a démontré quil ny a pas de transfert du transfert.
UNE REFERENCE EN LANGUE ESPAGNOLE
A partir de sa conception traumatique dans la genèse des rêves, Garma a fait une réinterprétation du cas dora, notamment du premier rêve.
Il a signalé limportance secondaire que, dans lorigine des rêves, a la réalisation et satisfaction du désir, ces dernières elles-mêmes secondaires, dit-il, à une activité intellectuelle large des pensées, des propos, des jugements, des réflexions, des critiques tels quon les trouve dans la pensée éveillée, et qui seraient cause efficiente, traumatique, dans lorigine des rêves.
Garma se réclame de Freud, pour rebâtir la conception freudienne de la réalisation du désir humain.
Voyons le premier rêve de Dora :
Pour Freud, le rêve sorigine dans le désir de situer son père en tant quamoureux delle. Dora désire être désirée par son père. Pour Freud, il y a lautre à lintérieur du désir.
Pour Garma : cest une proposition qui origine le rêve : " je dois sortir de cette maison ". En privilégiant le propos par rapport au désir, Garma obture la place de lAutre dans le désir.
Continuons, et nous verrons comment Garma substitue sa conception traumatique à la théorie du désir. Dora dit : " Je dois sortir de cette maison. Ici, je cours un danger ". Danger de quoi ? de perdre sa virginité. La pulsion sexuelle (génitale) de coït avec son père est venue comme une irruption traumatique, dépassant les possibilité de défense du moi. Cet état de panique et de frayeur est traumatique et est à lorigine du rêve.
Dans linterprétation que Garma fait du premier rêve comme communication de Dora à Freud de labandon futur du traitement, selon lui, ce propos dabandon à lui tout seul a pu être une cause suffisante pour déclencher le rêve. Pour Garma, " l erreur " de Freud dans le transfert est de ne pas avoir interprété le propos dabandon dans le futur.
QUI ETAIT DONC DORA ?
Ernest Jones a laissé deux identifications qui ont été les premières traces pour le dévoilement de lidentité de Dora :
" Elle était la sur dun chef socialiste, mais je ne puis divulguer son nom ".
" (...) (elle) mourut à New York, il y a quelques années ".
Cest en 1957 que Felix Deutsch, à partir de cette deuxième indication, publie un article sautorisant à lever le secret sur deux entretiens quil avait eu avec Dora vers la fin de lautomne 1922, appelé à son chevet par un oto-rhino-laryngologiste mis en impuissance à la soigner " de symptômes prononcés du syndrome de manière ". Cétait donc lui le " collègue expérimenté " auquel Freud fait allusion dans la note de 1923 de lavant-propos du " Fragment... "
Lintérêt de ces entretiens porte beaucoup plus sur la persistance de la structure hystérique que sur les types de symptômes. Son déchirement symptomatique constitue sa vérité, tout comme dans le récit freudien, en inscrivant sur le corps la jouissance phallique. Elle ne cesse dafficher son désir insatisfait par le biais de plaintes multiples. La question " suis-je homme ? suis-je femme ? est posée aussi bien par rapport à sa vie conjugale quen ce qui concerne sa maternité. Elle met en série tous les hommes : le mari, aussi infidèle que le père ; le fils adolescent, sintéressant aux filles avec un manque daffection à son égard ; M. K . (sans le nommer ) ; le frère. Là ou elle sidentifie à ce qui manque à lAutre (lhomme), là ou elle se reconnaît, elle témoigne de limpuissance du maître à produire un savoir qui puisse combler lêtre quelle incarne dans sa question. Elle défie Deutch à produire ce savoir, déplie sa séduction, laisse de côté ses plaintes, mettant en scène ce que constitue le signifiant du désir de lAutre : elle " sempressa de dire quelle était " Dora " (...) et manifesta une intense fierté davoir fait lobjet dun écrit aussi célèbre (...) puis elle se mit à discuter linterprétation que Freud avait faite de ses deux rêves (...) ". Moment de bascule du premier entretien, suivi dune intervention de Deutch qui relie ses symptômes à son intérêt pour son fils (dont elle guettait continuellement le retour de ses excursions nocturnes) dans la mesure ou il désire une autre femme quelle (les filles). Elle demande un autre entretien. La levée des symptômes sest produite mais, encore une fois, le défi au savoir na pas pu virer au désir de savoir. Deutch après Freud est entré dans la série.
Par ailleurs, Deutch apporte quelques éléments sur la vie de Dora, ainsi que sur celle de sa famille.
Ce nest quen 1978 que Arnold A. Rogow dévoile le non propre de Dora : elle sappelait ida Bauer , et elle était la sur dOtto Bauer, le leader du parti socialiste autrichien, et théoricien du marxisme.
A partir de Rogow, une certaine reconstruction historique deviendrait possible, quoique inachevée. Reconstruction historique qui - hors acte - se ramène à une histoire de vie qui, comme toutes les histoires de vie, nest pas sans anecdotes. Ce que Freud Lacan nous ont appris, est que quoi quil en soit des éléments de ce trajet jusquà la mort, la structure nen démord pas. Et le désir est strictement, durant toute la vie, toujours le même.
Dans laprès-Freud de Dora, le " malaise dans le théâtre " est resté tel quel, même si elle sest mariée, a eu un fils, a survécu à ses proches, a émigré deux fois, etc.
LIPA ET LACAN
DEVANT LHOMME AUX RATS
Si, en 1969, Lacan peut encore écrire de lhomme aux rats que cest " le cas dont reste provenir tout ce que nous savons de la névrose obsessionnelles " (compte rendu de " Lacte analytique ", Ornicar?, n°29, p 24) - on nimagine pas de traiter la question hystérie obsession sans y avoir recours. Et sans doute les rapports réunis pour la quatrième rencontre le démontreront.
Pour notre part, nous avons voulu procurer à nos collègues les éléments dune comparaison : comment ce cas princeps, ou mieux, ce cas unique, a-t-il été lu, saisi, articulé, dun côté, par les analystes formés dans l I P A, et de lautre, par Lacan ?
on ne trouvera pas ici un recueil exhaustif, mais, croyons-nous suffisamment suggestif pour permettre de mesurer qui est freudien - pour indiquer aussi des directions de recherche.
TROIS DE L I P A
La bibliographie de lI P A consacrée à lhomme aux rats est singulièrement courte. Trois auteurs se distinguent : Mark Kanzer est le premier, et son article est contemporain de la relecture du cas par Lacan (" The Transference Neurosis of the Rat Man ", 1952) ; il faut ensuite attendre le vingt-quatrième Congrès international de 1965, ou une partie du programme fut consacrée à " une révision contemporaine " de la névrose obsessionnelle : Elisabeth Zetzel se charge alors du rapport intitulé " Notes supplémentaires sur un cas de névrose obsessionnelle, Freud 1909 ! !(1967) ; enfin, Leonard Shengold consacre deux articles, en 1967 et 1971, aux " Rat people " (" the Effects of Overstimulation : Rat People " , " More About Rats and Rat People ").
Nous allons successivement étudier ces trois contributions
KANZER : FREUD AVEUGLE AU TRANSFERT
Le souci de Mark Kanzer est moins la clinique que la technique. Le cas na pour lui pas dautre valeur que celle dun témoignage sur les commencements de la technique analytique. Et cest à plaisir quil gourmande Freud, au non dune conception plus mûre, plus informée
En un mot : Freud na pas saisi le caractère transférentiel de la plupart de ses échanges avec le patient ; Kanzer nous le fait voir, et dès les premiers mots d lhomme aux rats ; le récit du supplice est déjà a flowering of the transference ; enfin, le supplice a " complètement infiltré la signification inconsciente de la règle fondamentale ".
Quelle est lerreur de Freud ? avoir donné le pas à lanamnèse, à la reconstruction du passé sur a dynamic analysis of the immediate transference.
On comprendra dès lors que le bref article de Kanzer ne dise rien de la structure clinique, pour mettre tout laccent sur la situation analytique, en tant quelle est structurée par le fantasme inconscient du sujet. La contribution nest pas sans mérite, mais elle ne rend pas justice à la richesse du cas : elle lévacue.
Zetzel : la fonction de la sur morte
A linverse, Elizabeth Zetzel se consacre à la clinique du cas plus quà sa technique.
Ce quelle reproche, elle, à Freud, cest de sen être tenu pour lessentiel au " contenu oedipien ", négligeant " limportance des premières relations ". Ainsi, il situe la fonction du père, mais il accorde peu dimportance " aux premiers amours objectaux, prégénitaux et génitaux. Exemple : " il ne nomma la mère du patient quà six reprise, toujours très brièvement ".
Cest alors que Elizabeth Zetzel se lance dans ce quelle appelle " des hypothèses plausibles ", et qui mettent en jeu la naissance du jeune frère de lhomme aux rats et son affection pour sa sur. " il est donc probable, conclut-elle, quun triangle oedipien, essentiellement normal mais déplacé en partie, ait surgi avant lapparition de la maladie mortelle de la jeune sur. Certaine réponses régressives au trauma, plutôt quun échec du développement commencé dans lenfance et prolongé dans la vie adulte, seraient donc à lorigine de sa névrose infantile aiguë ainsi que de sa prédisposition, à lâge adulte, à une maladie obsessionnelle ". De là, E. Zetzel savance à généraliser sur les conséquences habituelles de " la perte dun objet incestueux ".
La contribution de Zetzel est donc disoler lélément causal de la " névrose grave " de lhomme aux rats, que Freud a manqué : cest katherine, cest la fonction de la sur morte, non celle du père mort.
Peut-être pouvons-nous nous en tenir là ? a nos yeux du moins, ce résumé juge ce texte.
C Shengold
Pour L. Shengold, lhomme aux rats nest quun parmi dautres
- un parmi ceux quil appelle les rats people : sujets qui ont subi dans leur enfance une overstimulation without discharge (séduits et battus par des parents psychotiques) et chez qui apparaît limago du rat ( par exemple, ils grincent des dents, souvent, en dormant...).
limage du rat est a kind of hallmark indicating cannibalism : elle exprime une régression en termes sadiques-oraux. A lappui vient Abraham, qui fait coïncider le développement libidinal, infiltré de sadisme.
Pour le dire brièvement, Shengold voudrait situer la jouissance, le trop-à-jouir de lobsessionnel ; il le fait à travers limago (le signifiant imaginaire) du rat. Il na pas tort de voir dans le rat le signifiant de la jouissance, mais de croire que cest affaire de réalité.
D Conclusion
Le ternaire IPA est pauvre. Il est même misérable. Rien pourtant nempêche de le prendre le biais par ou il dit quelque chose de lexpérience analytique.
Kanzer dit quelque chose du savoir et de son sujet : que Freud sidentifie au sujet du savoir, que ce soit comme celui qui sait ou celui qui veut savoir, que le sujet ne peut sinscrire dans le discours analytique que selon son fantasme, cest-à-dire en situant lanalyste à la place de son objet fondamental.
Zetzel dit quelque chose de lobjet, et plus précisément du deuil de lobjet : que lobjet nest pas le père, nest pas de lordre du père, quil est dun autre côté, celui de la mère, ou celui du prégénital, quil est causal en tant que perdu.
Shengold dit quelque chose de la jouissance, et précisément de la jouissance, et précisément de la jouissance comme supplémentaire, excédentaire : là ou Zetzel prend par le moins, il prend par le plus ; à sa façon, il pose la question de savoir ce qui symbolise le plus-de-jouir.
Au fond, chacun dit quelque chose qui est là, présent dans lexpérience, mais aucun ne sait quil le dit. Aucun qui ne fasse peu ou prou la leçon à Freud. Aucun, en fait, qui lise Freud.
LACAN : " LE MYTHE INDIVIDUEL DU NEVROSE "
On sait que deux ans avant de commencer son séminaire à Sainte-Anne en 1953, Lacan réunissait régulièrement chez lui ses éléves. Une de ces années fut consacrée à lhomme aux rats, et nous avons le témoignage de lintérêt quil suscita dans la conférence sur " Le mythe individuel du névrosé " prononcée au collège de Philosophie de Jean Wahl, et diffusée en 1953 (une transcription révisée a été publiée dans Ornicar ?.
Lacan, dans une référence explicite aux travaux de Claude Lévistrauss, et en écho au Roman familial des névrosés de Freud (19909) propose la notion de mythe individuel pour faire valoir loriginalité, la particularité dun cas au-delà des généralité dun type clinique donné. Il se sert, en loccurrence, de lhomme aux rats, à côté dun événement biographique de la vie de Goethe.
Tout comme Freud, qui place le roman à un point de fracture entre les générations, Lacan situe le mythe individuel à un point de déchirure, dimpossibilité dans la définition de la vérité. Le mythe est aussi bien ce qui vient voiler, donner forme discursive à cette impossibilité, que ce qui indique le lieu de cette vérité : " la parole ne peut pas se saisir elle-même, ni saisir le mouvement daccès à la vérité, comme une vérité objective. Elle ne peut que lexprimer - et ce, dune façon mythique. " Lacan va donc reprendre le complexe dOedipe, mythe, dit-il, en ce quil concrétise dans la théorie analytique le rapport intersubjectif, et démontrer quune restructuration en est nécessaire, consistant dans une formation de sa construction triangulaire en une construction quaternaire. Ce texte, dont même le style témoigne de leffort dune élaboration nouvelle, savère très nettement précurseur de la représentation robuste et opératoire du schéma L.
Cest à propos de lobservation de lhomme aux rats, donc, que Lacan va développer cette structuration quaternaire des éléments dun mythe, qui répond chez le névrosé à la nécessité darticuler dans leur impossible recouvrement les lois symboliques de léchange, de la reconnaissance et de la paternité, qui sont les lois de la parole, avec avatars dun destin aux figures toujours particulières. Il isole pour ce faire une cellule élémentaire, véritable mythème, qui organise la constellation pour un sujet dès avant sa naissance. Il va suivre les remaniements de cette cellule élémentaire par ce quil appelle une formule de transformation, dans la vie du sujet, jusqu'à la grande obsession des rats, et même sa résolution par lanalyse, soit linclusion, par le transfert, de Freud dans cette cellule. Ce qui donne sa valeur de mythe à cette cellule tient à ce que les remaniements combinatoires sont orientés par une tendance du sujet, tendance à sacquitter des fautes sur lesquelles elle sorigine, à les rectifier. La névrose obsessionnelle, qui se caractérise par la subjectivation forcée de la faute, du défaut, savère ainsi le terrain délection à la démonstration de Lacan, par ce que cette névrose nous démontre de la lutte du sujet aux prises avec son fantasme dans le camp retranché de son for intérieur. Insistant sur les lois de la parole, dans " variantes de la cure-type ", en 1954, cest encore à lhomme aux rats quil fera appel pour situer le mythe individuel.
Revenons au texte, pour suivre la façon dont Lacan dégage la cellule élémentaire et en articule les remaniements afin den démontrer la structure quaternaire.
De cette cellule élémentaire, la forme première, qui ne lest que de porter sur la préhistoire du sujet, met en scène deux situations aussi bien reconnues par Freud comme essentielles, et quatre personnages : le père, son ami du temps de sa carrières militaire, la jeune fille pauvre mais jolie que le père courtisait avant son mariage, et enfin la mère à qui le père doit sa situation sociale. Les deux situations sont celles des fautes du père : la dette de jeu acquittée par lami et jamais remboursée, et le choix entre deux femmes se soldant par lalliance avec une famille influente à travers son épouse, au dépens de la jeune fille pauvre quil courtisait.
La névrose se déclenche lorsque le sujet est placé devant une situation de choix entre deux femmes, semblable à celle qua connue son père et qui fait un des pôles du mythe. Mais il faudra la conjonction des deux, dune part, la rencontre avec la jouissance du capitaine cruel en position paternelle lui assignant une dette erronée vis à vis de son ami le lieutenant A., soit limpossible ajustement des nécessités dobéissance au capitaine et de remboursement de la dette, et dautre part, la présence de deux femmes, la postière et la serveuse, pour que se déploie la grande obsession.
Le dédoublement des personnages se présente donc comme dans la cellule première, avec le déplacement de la dette puisque dans cette transformation, le sujet ne doit rien à lami et imagine retrouver la jeune fille pauvre, la serveuse. Citons le texte : " Tout se passe comme si les impasses propres à la situation originelle se déplaçaient en un autre point du réseau mythique, comme si ce qui nest pas résolu ici se retrouvait toujours là (...) lélément de la dette est placé sur deux plans à la fois et cest précisément dans limpossibilité de faire se rejoindre ces deux plans que se joue tout le drame du névrosé ".
Le troisième état de la cellule élémentaire, inclut, par le transfert, Freud, non tant en position paternelle quen position dami, comme figure dédoublée du sujet, et la fille de Freud, par le rêve ou elle a des lunettes de crotte à la place des yeux, comme figure dédoublée de la dame de son amour. Cest lami qui donne largent, par lintermédiaire dune femme : " Le mythe et le fantasme ici se rejoignent, et lexpérience passionnelle liée au vécu actuel de la relation avec lanalyste, donne son tremplin par le biais des identifications quelle comporte, à la résolution dun certain nombre de problèmes ".
Lacan, dans la suite du texte, à partir de cet exemple, généralise pour le névrosé cette situation de quatuor qui existe sur deux plans différents, la fonction sociale et lobjet sexuel. Si le sujet névrosé se réalise sur un des plans, lautre se dédouble dans une relation narcissique : amour passion à côté de lamour légitime quand le sujet se réalise socialement, rivalité mortifère dans la vie sociale quand le sujet se réalise amoureusement. " Cest sous cette forme très spéciale du dédoublement narcissique que gît le drame du névrosé, par rapport à quoi prennent toute leur valeur les différentes formations mythiques ".
Lacan va conclure par la reprise du thème de loedipe en un système quaternaire ou viennent se nouer, dans une impossible homogénéisation, deux relations, deux axes : laxe symbolique, jamais réalisé en fait dans les figures de lexistence, et laxe narcissique, sur lequel va se déployer la stratégie d sujet avec les doubles des éléments symboliques : ami, belle-mère, beau-père, etc. le quart élément, à rajouter au schéma triangulaire de lOedipe, est la mort, en tant que cest de la mort, imaginée et imaginaire, quil sagit dans la relation narcissique.
Si lon reconnaît là sans peine, comme nous lavons indiqué, le prototype du schéma L qui sera lécriture de cette formule de transformation de la combinatoire fantasmatique dun sujet, nous ferons encore une remarque sur ce texte.
Elle concerne le peu de particularité accordé, dans sa démonstration du quatuor oedipien, à ce qui caractérise le type clinique obsessionnel qui est lhomme aux rats, dont il fait plutôt le paradigme de tout névrosé. Il nest de plus fait nulle mention dans ce texte à lhystérie. serait-ce parce que la névrose obsessionnelle, par ses caractéristique de lutte interne au sujet et de neutralisation de la jouissance, présente une certaine affinité avec lidéal de reconnaissance et de réconciliation qui, à cette époque, guide encore Lacan ? y objectant linertie de lobsessionnel à accéder à une jouissance possible malgré la reconnaissance, et surtout lhystérie, par son exigence à trouver un nom à la jouissance, à lau-delà du phallus, son refus de lidentification par le signifiant de lautre.
Ainsi, après ce temps ou est amenée à sa pointe par Lacan la formalisation des relations du sujet aux lois de la parole, va-t-il, par létude du signifiant inscrire au cur du sujet la division, et fonder son rapport à la jouissance.
LHOMME AUX RATS DANS LES ECRITS
La référence à la clinique freudienne de la névrose obsessionnelle, dans les écrits, porte sur le cas de lhomme aux rats ; précisément, elle se situe entre 1953, avec le premier discours de Rome, puis " variantes de la cure-type ", et 1958, avec " la direction de la cure ".et 1958, avec " la direction de la cure ".
Ce sont donc là les trois articles davant 1966 dans lesquels Lacan se reporte au célèbre cas exposé par Freud.
Quels sont les moments de la cure dont Lacan va se saisir ?
Dans " Fonction et champ de la parole et du langage ", en 195, la première fois ou il en parle, il se réfère aux sept premières séances que Freud nous a données intégralement et tout dabord à ce récit que lhomme aux rats fait du supplice des rats, récit - nous dit Freud - accompagné de " lhorreur dune jouissance par lui-même ignorée " ; puis Lacan se reporte à la séance du 24. XI, ou Freud rappelle que les rats sont mis en équivalence symbolique avec le paiement des séances.
Lacan note en outre au passage ce qui contribua au transfert de lhomme aux rats sur Freud, soit cette lecture de Psychopatholgie de la vie quotidienne
toujours dans ce rapport de Rome, Lacan insiste sur linterprétation de Freud qui lie le mariage du père à la question de celui du fils et de la dette qui en fait le noeud( ce qui est à lorigine de la maladie de ce dernier (séance du 30.XI, du 8.XII, ainsi que celle du 9.XII dans le Journal).
Dans " Variantes de la cure-tye ", Lacan reprendra le même passage sur le manquement du père qui a présidé au mariage de celui-ci et qui pèse, sous la forme de cette dette, sur le patient de Freud.
Dans " La direction de la cure " enfin, cest à nouveau sur les éclaircissement donnés par Freud à son patient que Lacan reviendra, notamment sur ce quon a qualifié dendoctrination. (cf. Journal, deuxième séance, p. 43 et45, puis la quatrième, p. 63sq) ; mais il reprend aussi la séance du 8.XII, ou Freud fait son interprétation portant sur le lien entre le mariage du père et le déclenchement du conflit névrotique.
Une bonne est patente : dans ces trois textes, la question qui fait lobjet des préoccupations de Lacan est celle de linterprétation.
En effet, à lopposé de " ces techniques modernes " de la psychanalyse des années 1940-1950- ceux que Lacan appelle encore les " habiles " - qui mettent en doute la technique de Freud, en lui reprochant notamment " lendoctrination " de ses patients, Lacan resitue à partir de lhomme aux rats (et de Dora) en quoi linterprétation freudienne porte effet de vérité. Cest bien un retour à Freud que Lacan opère dans ces trois textes, en tant que ce retour est aussi un retour à sa clinique.
Dès lors, ce retour nest pas technique mais éthique, puisque, comme lécrit Lacan, il ne sagit pas dimiter Freud mais bien de retrouver leffet de sa parole en recourant non pas aux termes utilisés mais aux principes qui gouvernent cette parole.
Ainsi Lacan, dans une critique de lanalyse des résistances chère aux " habiles ", pointe que Freud se sert de la résistance comme dune disposition propice à la mise en branle des résonances de la parole (cf. le titre du chapitre, ici, dans " fonction et champ de la parole et du langage " : " Les résonances de linterprétation "), au point que cest lui qui introduit cette notion auprès de son patient. mais il ne ménagera pas la résistance quand il sapercevra quelle fait virer le discours tenu à une conversation ou le sujet, en même temps quil séduit, se dérobe. Autrement dit, la résistance est utilisée dans le sens du progrès du discours.
En ce sens, linterprétation produite par lanalyste doit être une réponse particulière au sujet, et cest ce que Freud nous montre, en tant quil est à cette place " dannonciateur ". Car dans linterprétation, il ne sagit pas tant de savoir - ce que nont pas compris les habiles - que de vérité, autre terme introduit par Lacan, et quil accroche à linterprétation, au point que celle-ci peut être inexacte mais vraie. Telle est celle que Freud fait à son patient en ce qui concerne sa " transe obsessionnelle ", soit comme un effet de linterdit paternel portant sur sa liaison avec la dame obsédante.
Notons en outre que déjà dans le texte du discours de Rome, Lacan montre que linterprétation, à savoir la réponse de lanalyste, est tout à fait liée à la place du sujet dans le discours ; ici, il sagit de la place de son ego.
En sorte que la question du transfert y est aussi posée, et, en ce qui concerne la névrose obsessionnelle, la place de lAutre de ladresse en tant quil est mort. Dou limportance de situer la place de lanalyste.
La notion de discours comme cette de place vont devenir centrales quant à la situation de linterprétation, dans le texte qui va suivre, soit " Variantes de la cure-type ".
Y est encore présente cette interprétation des résistances, que Lacan distingue de linterprétation de sens par ou le sujet passe dune chaîne de discours à une autre. Il y a en effet une condition pour cela : " celle qui veut que lanalyste occupe dans la séance une place qui le rendre invisible au sujet ". Cest cette même invisibilité dont Lacan parle dans " Fonction et champ de la parole et du langage " : " pour lautre (lobsédé) vous avez à vous faire reconnaître dans le spectateur, invisible de la scène, à qui lunit la médiation de la mort ".
Ce qui importe donc dans linterprétation, cest la place dou lanalyste intervient. Elle sera révélante si lanalyste fait taire en lui le " discours intermédiaire " ou discours de la tromperie (la parole, si elle peut y être vraie, nen est pas moins trompeuse).
Et cest encore à laide de la clinique de lhomme aux rats que Lacan va une fois de plus prolonger la question de linterprétation dans ce second texte, et ce, toujours à propos de la proposition de mariage de la mère, proposition qui savère un calcul et qui est à lorigine du conflit névrotique, lequel est pointé par Freud comme leffet de linterdiction du père. De fait, Lacan nous dit que cette interprétation est inexacte, mais que Freud y a aperçu un rapport à la vérité qui est, lui, tout à fait juste : le manque de foi (quant au calcul), qui a présidé au mariage du père, engendrant une dette qui continue de peser sur lexistence du sujet, et qui est réactivée par la proposition maternelle.
Ce que Freud met ainsi en valeur est que ce rapport dialectique pose, en effet, tant du côté du statut du sujet que de la " venue au monde de son être biologique " ( on pourrait dire de sa jouissance ), que le discours pré-existe au sujet. Ce rapport à la vérité, Freud y est dautant plus sensible que lui-même a fait lobjet, en matière de mariage, dune suggestion familiale similaire.
Enfin, dans le dernier texte, " La direction de la cure ", cette problématique de linterprétation va faire à nouveau le sillon que Lacan a commencé de creuser dans les précédents textes. Notons que de surcroît, cette référence à lhomme aux rats va se faire dans un chapitre consacré à " la place de linterprétation ".
La fonction de lautre, que nous vîmes en quelques sorte poindre dans les passagers déjà examinés en ce qui concerne le transfert et ladresse de lAutre invisible, mort, sénonce ici en clair. Le signifiant y emboîte le pas et se fait à son tour une fonction importante dans la localisation de la vérité. La résistance vient ici à la place occupée par lanalyste quand il interprète : elle est, de ce fait, celle de lanalyste.
Ce que Lacan examine là, prolongeant le fil abordé dans les deux textes précédents, cest le discord - dont il fait le constat - entre lordre dans lequel Freud opère quant à linterprétation et celui qui a cours parmi les fameux techniciens. On y procède dans lordre inverse de la séquence freudienne, cest-à-dire en commençant par la consolidation du transfert, puis ensuite linterprétation comme réduction de celui-ci (voire sa liquidation), et, pour finir, la relation au réel qui, elle, devient la réalité du dispositif.
Freud, nous fait remarquer Lacan, procède dans la direction de la cure de lhomme aux rats, en amenant tout dabord le sujet à faire un premier repèrage de sa position dans le réel, ce quil soulignait déjà dans " intervention sur le transfert " (1951) comme un premier renversement dialectique, toujours suivi dun développement de vérité.
Ici, pour lhomme aux rats, ce renversement dialectique consiste en cette interprétation inexacte mais vraie, à savoir quelle entraîne des effets de vérité. Ceci tient au fait que Freud intervienne dune place qui met en jeu la fonction de lautre, laquelle, dans la névrose obsessionnelle, saccommode dêtre tenue par un mort, tel que lhomme aux rats nous lillustre avec son père.
Lacan nous montre, en conclusion, que ce retour à la clinique freudienne a valeur paradigmatique : en effet, Lacan sexplique de ce quil se serve des cas de Freud et non de sa propre clinique, en indiquant que la place de Freud y est exemplaire pour ce qui concerne linterprétation.
Ainsi, cest Freud qui a, si lon peut dire " trouvé " la névrose obsessionnelle (1894-1895), et donc, toute névrose obsessionnelle se refère à cette clinique freudienne. Il y a aussi la place quil occupe quant au savoir, et précisément quand son interprétation savère position de savoir de par la vérité. Dou le fait que Lacan énonce quil devance par là son apport sur la fonction de lAutre. Freud, cest le cas de le dire, met là son savoir en position de vérité. Voilà pourquoi ce reproche dendoctrination, donc de position de savoir, fait à Freud par les " habiles ", est injustifié. Ceux-ci, en effet, ne tiennent pas compte de la place de la vérité en ce qui concerne linterprétation, disons même de celle dou Freud intervient. Cest ce qui est au fondement même de ce renversement dialectique, autrement dit de ce que lon pourrait aussi bien appeler bascule du discours, laquelle fait que cette référence à lhomme aux rats est éthique.
ANNEXE
Les limites de ce rapport nous interdisent daller plus loin dans lenseignement de Lacan sur lhomme aux rats. Il y aurait lieu également de reprendre les contributions faites sur ce sujet par des psychanalystes appartenant à lécole freudienne et à lécole de la cause. Mais nous avons choisi dapporter plutôt quelques remarques nouvelles, qui ont pour base des apports récents faits à la section clinique.
Le 22 janvier 1908, Freud communique à la Société Psychanalytique de Vienne que la résolution des symptômes dErnst Lehrs (il sagit sans aucun doute de lappréhension obsédante du supplice des rats et de langoisse qui sy trouvait liée) fut produite par une double interprétation :
la première concerne la signification du pince-nez (Zwicker) : le déplacement du mot Zwicker - Kneifer met au jour le reproche de sêtre défilé ausgekniffen) et désigne le patient comme Kneifer lâche
la deuxième se rapporte à la jonction rendue possible par le mot Dick entre le désir du patient de ne pas être gros ( ses impulsions aux courses effrénées par temps torride) et sa jalousie envers son rival (Dick, nom du cousin dAmérique).
Cette double interprétation (mise à mort dun semblable rival et nomination de ce trait de lâcheté) produit donc, semble-t-il, leffet curatif déteindre langoisse ; elle marque aussi , après trois mois de traitement, la fin des notes journalières sur le cas. Notre propos est de repérer, à travers les éléments constituant le journal, ce qui, à ce moment d lanalyse, a rendu possible un tel effet de cette parole.
Emettons lhypothèse que le surgissement de langoisse dans le raptus délirant que nous connaissons, fut lié pour le patient à la perte de ce qui, dans sa construction névrotique, avait fonction de maintenir une instance paternelle dans son effet de coupure par rapport à un forme de jouissance traumatique, lui ménageant un accès a désir, désir impossible, certes, dêtre pris dans limpasse obsessionnelle que lon sait.
Lexpérience traumatique décrite dès la première séance, ou le petit Ernst tâte les parties génitales de sa jeune gouvernante et ce ventre qui lui paraît " curieux " (currios) éveille chez lenfant une " curiosité " brûlante de regarder le corps des femmes. Sindique ainsi la modalité sous laquelle se constitue son désir. Comme il le dira par la suite : désirer revient pour lui au désir de voir une femme nue. Cest aussi louverture pour lui dun écart par rapport à ce corps jouissant : " voir lui tient lieu de toucher ".
Le récit du patient révèle par ailleurs limpact queut sur lui cette caractéristique d père de sêtre toujours " défilé " ; lâcheté qui, dans lhistoire du père, sest cristallisée dans lépisode de sa vie militaire : la dette de jeu impayée, se profilant sur fond dune dette damour envers une jeune fille pauvre ; épisode scellant, dans le mariage qui sen suivit, outre une dépendance radicale à légard dun tiers (le père Speransky), labandon dune position amoureuse et le repli sur une satisfaction autoérotique de type anal.
Placé au rang dun semblable - rival, personne dont Ernst se sent le plus proche, éveillant par ailleurs lagressivité spéculaire, le père de lhomme aux rats ne peut soutenir un meurtre qui vaille, qui aurait effet de marquer le fils dun trait de nomination inscrivant pour lui la place dune position désirante.
Le seul affrontement au père, figuré par la scène de colère lors de sa troisième année, eut précisément pour effet de le marquer, en son caractère, de ce trait de lâcheté (du père). Ernst Lehrs indique que cest à partir de ce moment quil est devenu lâche.
Le montage névrotique, quil y aurait lieu par ailleurs dexpliciter (en font partie son attitude son attitude à légard des questions dargent : Raten-Ratten, et le choix amoureux de la dame vénéré), lui ménage, dans une identification au père, une voie daccès au désir ; il désir pour et par le père (" par la lorgnette du père ", pourrait-on dire lon pourrait dire que ce montage soutient cette nomination paternelle défaillante.
Le récit du capitaine Nemeczek (figure dautorité à laquelle renvoient tant le père dErnst Lehrs que le beau-père de Gisela, le lieutenant Elster), en ce quil évoque de jouissance anale et survenant à ce moment de surdétermination signifiante (identification au père, désir de rivaliser, évocation du nom de la dame, timide contestation des affirmations du capitaine par Lehrs) a pour effet de faire éclater ce montage, et livre le patient à lhorreur de cette jouissance par lui-même ignorée, le précipitant dans le raptus délirant que lon sait.
Notre interrogation vise à repérer, au fil des séances relatées dans le journal, les éléments indicatifs de tournants dans lévolution du transfert et les places ou, dans lavancée de la cure, Freud se trouve mis :
Evolution allant dune position évoquant celle du père jouisseur, poussif, dérivée en droite ligne de celle du capitaine cruel (voyez le lapsus à ladresse de Freud après lévocation du supplice des rats, Lehrs se prêtant avec complaisance à la curiosité intellectuelle de Freud, ce dernier lui distillant par ailleurs les éléments de la théorie analytique (Freud indiquera par ailleurs quà ce moment, il décide de modifier la technique analytique : " Le psychanalyste ne cherche plus à obtenir le matériel qui lintéresse lui-même, mais permet au patient de suivre le cours naturel et spontané de ses pensées " : premier recours explicite à lassociation libre) en passant par un affrontement spéculaire de la figure symétrique dun semblable - rival (dont les paroles peuvent prendre valeur de moyen de rétorsion , de vengeance), le conduisant enfin à cette position rendant possible leffet dinterprétation qui creuse un écart, un entre-deux, tant du côté paternel (les associations présentant lappel à un autre initiateur, ouvrant laccès au désir sexuel pour une femme) que du côté de ce qui viendra représenter lobjet dun désir (séparation de la dame et de la prostituée).
Dans lévolution de ce transfert, une figure a joué un rôle capital : le docteur Schleicher, visiblement, personnage intermédiaire entre le père du patient et Freud : le trouble sur lhomme aux rats par laggravation de son état de santé et linterruption des séances au moment de sa mort, eurent dans lévolution de la cure un effet déterminant.
Nous interrogeons ce qui, de mort, put être mis en jeu pour le patient à partir de ces événements.
Il nous semble que les termes avancés par Lacan concernant la fonction paternelle (plus précisément, ce quil a articulé autour du Nom-du-père, de la fonction du fantasme et de la place du symptôme) et ce, quant au rapport du désir à la jouissance, permettent dapporter à lhistoire de ce cas et à lévolution de la cure telle que le journal la relate, un éclairage particulièrement fécond.
STRUCTURE DE LA NEVROSE
NEVROSE ET PULSION
Notre but est de transmettre certaines conclusions auxquelles nous sommes arrivés quant à larticulation entre névrose et pulsion à partir de la comparaison de deux formulations de Lacan qui peuvent apparaître, dans une première lecture, comme contradictoires. La première référence se trouve dans " Subversion d sujet... "
la voici. " Le névrosé, en effet, hystérique, obsessionnel ou plus radicalement phobique, est celui qui identifie le manque de lAutre à sa demande, F à D. il en résulte que la demande de lAutre prend fonction dobjet dans son fantasme, cest-à-dire que son fantasme (nos formules permettent de le savoir immédiatement ) se réduit à la pulsion : $ à D. cest pourquoi le catalogue des pulsions a pu être dressé chez le névrosé. Mais cette prévalence donnée par le névrosé à la demande, qui pour une analyse basculant dans la facilité, à fait glisser toute la cure vers le maniement de la frustration, cache son angoisse du désir de lAutre ".
La deuxième référence, nus la trouvons dans le dernier chapitre du séminaire XI. Lacan examine la question de la fin de lanalyse, la situant au point de franchissement du plan de lidentification, y compris celle qui se situe au niveau du symbolique. Il définit lopération majeure de la psychanalyse comme étant le maintien de le distance entre le I (idéal du moi) et le (a), objet cause du désir. Cette position entraîne la formulation que voici : " Après le repérage du sujet par rapport au a, lexpérience du fantasme fondamental devient la pulsion ".
Dans " Subversion du sujet.. " nous avons une formulation qui reviendra à plusieurs reprises chez Lacan. On y trouve lidée dun respond à un usage fallacieux de la demande qui substitue lobjet du fantasme, remplaçant ainsi sa formule par celle de la pulsion.
Dans le séminaire XI, la fin de lanalyse est marquée par la transformation du fantasme fondamental en pulsion. Le passage dune formulation à lautre - les deux comportant les mêmes formules - implique que quelque chose du statut même de la pulsion est engagé dans le piège, qui est celui de la névrose. Ce quelque chose est ce qui, à la fin du processus analytique, sera modifié et permettra un nouvelle articulation entre le fantasme fondamental et la pulsion.
Nous pensons que ces formulations ne sont pas contradictoires, bien au contraire, elle visent une modification du rapport d sujet à la demande, ouvrant la possibilité de récupérer la pulsion sur un plan différent. Cette distinction semble présente dans le séminaire XI lui-même ou Lacan signale : " Si le transfert est ce qui, de la pulsion, écarte la demande, le désir de lanalyse est ce qui ly ramène. Et par cette voie, il isole le a, il le met à la plus grande distance possible du I que lui, lanalyste, est appelé par le sujet à incarner ". Cet éloignement entre demande et pulsion, avec laccent mis sur sa dimension idéalisante, semble bien être lopération propre à la névrose ; opération qui révèle larticulation de la pulsion au signifiant tout en même temps lescamotage de lobjet qui lui est propre, le (a). la réintroduction de cet objet pulsionnel semble être la clé de la fin de lanalyse, ainsi que la modification de la position du sujet à son égard. Modification qui entraîne celle de la position du sujet par rapport à la demande dans la formule non détournée de la pulsion.
Passons maintenant à lexamen de ce piège de la névrose. Nous avons souligné quelle consistait dans un usage fallacieux de la demande. J. Lacan définit cet usage par le fait de donner au fantasme un " objet postiche ". Cet usage fallacieux consiste à faire de la demande un objet ; le véritable objet que cherche le névrosé, celui quil demande, celui quil réclame, cest précisément une demande, une demande de lAutre. Il veut, nous dit Lacan, être sollicité, être imploré. Le fantasme qui se trouve ainsi transformé devient défense face à langoisse causée par le désir de lAutre, cet A ¤ , dont le névrosé se consacre à dissimuler la castration. Précisément, il est protégé contre langoisse du fait quil sagit dun (a) postiche ; postiche dont lhystérique fera usage comme appât pour attraper lAutre ; cet appât, comme le rappelle Lacan, est à lorigine même de la découverte de lanalyse. La clé de la supposée dépendance névrotique se trouve précisément dans la mise en place de la demande de lautre au lieu de lobjet postiche, dans cet appel à lAutre comme demandant. La distorsion de la formule du fantasme dans la névrose nous conduit directement à lexamen de la demande que nous présentons dans le bref résumé suivant.
La demande se présente sous deux modes de fonctionnement qui ne sont pas équivalents. Une de ses formes est liée à lusage fallacieux de lobjet dans la névrose, et lautre, à la satisfaction silencieuse propre à la pulsion. Dès son séminaire, Lacan différencie le silence et labsence de paroles, et signale le rapport entre le silence et la présence de l (a) et la satisfaction pulsionnelle ; il remarque, par ailleurs, que la représentation de choses chez Freud est muette, même quand elle est articulée par la parole. Ce mutisme du ça, ce silence que Freud avait déjà décrit, nexclut pas le langage qui en est précisément la condition. Ce produit du signifiant qui séchappe, ce réel qui surgit comme indicible, comme étant hors signifié, est ce que Lacan a nommé au départ comme das Ding.
Dans ce piège, tout se joue autour de la disparition de lobjet cause du désir ; le névrosé tente daccéder à lobjet à travers la demande, celle-ci étant initialement destinée à lobtention de la satisfaction du besoin ; précisément, il demande ce qui ne peut être demandé : (a), lobjet qui se situe dans la béance du désir de lAutre
nous savons que cet (a) est au-delà du spéculaire. Cependant le névrosé confondant le (a) est au-delà d spéculaire. Cependant le névrosé confondant le (a) et la demande, le cherche nécessairement, en prenant un chemin erroné, celui à partir duquel il croit que lAutre le verra comme aimable, voie qui à partir de la demande débouchera dans lidéalisation et le conduira à chercher (a) à travers i(a). il croit que limage spéculaire permet daboutir à lobjet (a). le narcissisme névrotique nest quun aspect du piège qui léloigne de son but dans la recherche de son désir. Mais ce piège comporte en outre une autre conséquence.
Cette conséquence, propre à la névrose, est la difficulté ou se trouve le sujet pour réaliser un acte selon son désir ; la réalisation du désir se trouve chez lui inhibée. Cest ainsi que Lacan, dans son séminaire sur Langoisse, signale que le désir, dans son rapport polaire avec langoisse, doit être situé sur le plan de linhibition, acquérant ainsi cette fonction que lon nomme défens. Le lieu du désir est le lieu même de linhibition ; structurellement, le désir se situe derrière linhibition. Lacan articule un troisième terme en rapport à cette même place : lacte. Mais dans lacte il y a dépassement de langoisse : " sa certitude lui est arrachée ". Lacte est laction en tant quen elle se manifeste le désir, désir qui, comme défense, en produirait linhibition.
Cette inhibition de lacte par le désir semble propre, elle aussi, au piège névrotique. A cet égard, Lacan trouve le cas de Hamlet exemplaire : il incarne le différé permanent de lacte qui caractéristique de la subjectivité névrotique. Hamlet trouve quil est " insupportable dêtre " ; il refuse la certitude, cette certitude, qui, liée à lêtre, se déploie dans lacte. Cest par ce refus que lon comprend pourquoi Lacan considère que Hamlet nest pas un névrosé,, mais quil met en évidence la structure même de la névrose dans son articulation au désir.
Si Lacan compare Hamlet et Oedipe, le drame moderne et la tragédie ancienne, cest précisément parce que Oedipe ou antigone commencent là ou Hamlet termine. Les deux premières font face aux conséquences de leur acte ; le deuxième fait face à ses prolégomènes interminables.
Hamlet marque le surgissement de la subjectivité moderne, il en sait trop. Lacan signale que le névrotique moderne est une manifestation du sujet datée historiquement. Mode de manifestation étroitement corrélée au déplacement de la façon inséparable de lavènement de la science, qui bouleverse le rapport de lhomme à la vérité. Il y a, dans la névrose, une demande de savoir qui est adressée à la science. Celle-ci, de son côté, octroie à la parole du névrosé le caractère de représentant de la vérité.
Narcissisme et frustration surgissent donc comme conséquence de la structure même de ce piège, point dimpasses dont le destin est de se déployer dans le parcours dune cure ; plus dune théorie psychanalytique les ont confondus avec son issue véritable.
Lemploi fallacieux de la demande est articulé étroitement à la frustration. Ce nest pas par hasard si frustration et demande font leur apparition dans le séminaire sur la relation dobjet.
La théorie de la relation dobjet confond précisément dialectique de lobjet et dialectique de la demande. Lacan précise bien que la relation dobjet met en évidence parfaitement le rapport du fading du sujet ($) aux signifiants de la demande et non à lobjet en tant que tel. cependant, le déploiement de ces signifiants est celui qui se produit dans ce que nous appelons régression de la névrose ; régression qui précisément dépend du refus de lanalyste à répondre affirmativement à la demande de demande. A mesure que le sujet déploie les signifiants de la demande qui ont organisé sa vie pulsionnelle, à mesure quil parcourt ces cercles intérieurs irréductibles du tore, se dessine ce tour en plus que le sujet ne peut compter et se profile le trou centrale qui cerne ce rien quest le (a) .
Nous voyons ici poindre une autre source de confusion. Dans le séminaire sur langoisse, Lacan lit le losange de la formule - ce qui pourrait apparaître comme une erreur - comme " désir de demande ". Ce désir de demande traduit la distorsion névrotique de la formule même de la pulsion comme substitut à la formule du fantasme. Distorsion qui précisément réside dans le fait que lobjet devient lappât du désir, se situant en avant et non en arrière comme cause : lobjet du désir pourrait être demandé, ainsi quêtre obtenu. Cest là lillusion névrotique, la réduction d désir à la demande, réduction qui assurerait lexistence dun A non barré, dun A qui serait à même de répondre de manière cohérente, dun A garant de vérité. Il y a donc méconnaissance du trou central, de limpossible, d fait que lA ne peut répondre à la demande.
La demande en tant que telle divise lAutre, elle fait surgir limpossibilité de sa réponse et dans la formule de la pulsion, le losange assume une fonction de coupure, il divise le sujet, le laissant en fading, tout comme lAutre.
Nous pouvons lire également le losange comme processus de bord, ce qui est une autre manière de faire allusion à la coupure, processus ou se marque le noeud radical qui unit la demande à la pulsion. Lacan signale que lon pourrait appeler ce noeud, le cri. Cette affirmation nous met sur la piste de cette articulation particulière, permettant de distinguer lusage névrotique de la demande et la demande dans son articulation à la pulsion. En effet, on pourrait penser que la formule de Lacan exclut la jouissance et le réel. Cependant Lacan maintient cette formule ; il faut donc plutôt en envisager une nouvelle lecture.
Dans le séminaire sur le désir et son interprétation, le dernier cours débouche sur lintroduction du concept de l (a) comme réel conçu en tant que ce qui fait toujours retour à la même place. En site, vient le séminaire sur léthique ou lon trouve larticulation entre le cri et un développement sur das Ding et le réel.
Le cri émerge en fonction dune analyse de lesquisse, en particulier dans lexpérience de la douleur. Lacan signale que lobjet hostile nest signalé à la conscience que dans la mesure ou la douleur provoque chez le sujet lémission dun cri. Il ajoute : " Le cri du sujet est lobjet en tant que tel ". Le cri - dira-t-il plus loin - cause le silence et se distingue de la voix elle-même, car il y a absence de coupure ; il lui manque le caractère discret de la chaîne signifiante, qui, par contre, émerge quand le cri devient appel. Lappel est la première forme de la demande, on le trouve chez Lacan dès la période du séminaire. Cette forme de demande comporte un usage spécifique du cri, cet usage que Freud nomme communication. Lacan pose le caractère primordial du cri comme trou, ce qui permet de comprendre en quoi il est lobjet comme tel. nous pensons quainsi peut séclairer la question du cri comme noeud radical unissant demande et pulsion, dans la mesure ou ce cri, trou par excellence, permet lémergence de lobjet (a) en tant que tel.
lobjet (a) noue donc demande et pulsion. Cette formulation trouve son contexte dans un point fondamental du séminaire XI. Dans ce séminaire, Lacan caractérise la pulsion comme le mode dun sujet acéphale, sujet qui nentretient quun rapport de communauté topologique avec le sujet de linconscient.
Linconscient se situe dans les béances intersignifiantes figurées par le losange, béances qui trouvent leur corrélat dans lappareil du corps structuré en certains points spécifiques. La pulsion sarticule avec linconscient, précisément par lunité topologique des béances en jeu. Dans la pulsion, le sujet nest pas encore situé. Par contre, dans la névrose, cest sa mise en place qui se substitue au cri, au trou central, au trou du vide intérieur du tore dessiné par la demande, demande qui deviendra la demande du deuxième tore.
Cette " subjectivation acéphale " propre à la pulsion est la face dune topologie ; lautre face est celle qui fait du sujet un sujet troué de par ses rapports au signifiant. Au niveau de l(a) pulsionnel, le sujet est un pur appareil, il est lacunaire. Cest dans cette lacune que sinstalle la fonction du (a) comme objet pulsionnel, et la satisfaction pulsionnelle consistera à en effectuer le contour.
Le sujet du signifiant nait comme tel à la place de lAutre, naissance que Lacan formatise par lopération logique de laliénation. La conjonction entre ce sujet de linconscient et ce sujet acéphale de la pulsion partielle est la seule représentation - nous dit Lacan - du rapport entre les sexes dans linconscient, représentation a - sexuelle, trace des castrations comme impossible du rapport sexuel.
Reprenons larticulation entre le piège névrotique et le problème de la pulsion et ajoutons-y la considération dun trait essentiel de la demande : être toujours demande damour, demande dune présence inconditionnelle de cet Autre qui, dans un premier temps, est incarné par la mère. Nous savons que Lacan insère toute réponse à la demande dans la dimension de lépreuve damour, dans laquelle la particularité de lobjet du besoin est abolie, annulée. Lamour est donc une part inévitable du piège névrotique. Etre demandé est pour le névrosé le signe même de lamour de lAutre. Un autre censé répondre selon son caprice ou ne pas répondre à cause de son impuissance, jamais parce que la réponse à la demande est impossible. Le névrosé préfère le caprice ou limpuissance de lAutre plutôt que den savoir quelque chose sur sa castration.
Cette fonction de lamour dans la névrose dépendant de la demande, est liée à la distinction évidente signalée par Lacan que Freud établit, dans " Les pulsions et leurs destins ", entre pulsion partielle et circuit de lamour-haine ; circuit quil caractérise comme celui des rapports du moi total à ses objets de Lust ou dUnlust. Ces deux dimensions tendent à ses confondre par la substitution effectuée par le névrosé entre lobjet (a) et la demande de lAutre. On pourrait dire que cette confusion fait part de la structure même de la névrose.
Cette distinction - effacée par la névrose - est fondamentale pour situer les citations du séminaire XI inaugurant cet exposé. Classiquement, selon Freud, le transfert débute par cet effet damour dabord, de haine ensuite, caractéristique du transfert névrotique.
Prenons lamour de transfert, explicitation de cette demande de lAutre recherchée dans le plan du " choix dobjet damour " et qui, refusée, déchaîne la frustration qui maintient lAutre comme non barré. Mais Lacan nous enseigne que cet amour est lié au savoir ; on aime le sujet à qui on suppose ce savoir. Dès le séminaire sur le transfert(15), Lacan signalait que lamour comporte toujours la supposition dun sujet dans lobjet aimé, ce qui obture ainsi son caractère dobjet. Ce sujet supposé dans lAutre existe pour le névrosé dans la mesure ou il est sollicité, et sil lui est demandé quelque chose, cest parce que lAutre sait ce quil souhaite ; il oublie ainsi que lAutre aussi méconnaît son désir et ce qui la cause. Le sujet supposé savoir comporte la méconnaissance structurelle de lobjet cause et maintient lillusion selon laquelle la demande de lAutre résoudrait le mystère du che vuoi ?
Dans luvre de Lacan, lamour est inséparable de la théorie du narcissisme, cest-à-dire quà chercher le (a) par la voie du i(a), le névrosé ségare dans la recherche de lobjet perdu. Pour lui, cette recherche reste alors organisée par la fonction de lidéal du moi, qui se soutient dans le trait unaire comme signifiant situé au départ dans le champ de lAutre. Ce qui entraîne la confusion entre objet damour et objet du désir.
La fonction du (a) comme réel acquiert une nouvelle dimension dans le séminaire XI : séparer le sujet de la vacillation de laliénation signifiante. Cest au niveau de lacte, lié à cet (a) et à langoisse, que le sujet trouvera sa certitude. Comme le signale Jacques - Alain Miller (18), lacte annule lindétermination du sujet comme sujet du signifiant. La pulsion est le non donné par Freud à cette béance par laquelle le sujet obtient la certitude de son acte. Nous avons vu que dans ce parcours langoisse est inévitable et le névrosé refuse, résiste, à donner cette angoisse, il veut lacte sans le prix de langoisse et il saccroche à son indétermination.
La satisfaction silencieuse de la pulsion, celle dont le noyau est la grammaire, a comme support le fantasme, phrase sans commentaire, pure montage grammatical. Ce montage ordonne, suivant certaines inversions qui sont celle de la demande, le destin de la pulsion. Lacan nous dit que quand le sujet agit il bascule, en son essence de sujet, dans ce qui reste comme articulation de la pensée, cest-à-dire larticulation grammaticale de la phrase. Dans ces inversions de la demande - sucer/être sucé, etc. - on séloigne de lusage fallacieux de la demande pour sapprocher du fonctionnement pulsionnel de la demande, qui permet, dans son déploiement, de cerner, de contourner lobjet (a) .
Ainsi quand, au-delà du bavardage de la demande névrotique, le sujet se tait, la pulsion commence à opérer sous la forme dune demande muette, qui nest pas pour autant, nous lavons déjà dit, non déterminée par le langage. En parlant de la pulsion orale, Lacan affirme : " est-ce que dans la pulsion, cette bouche nest pas ce quon pourrait appeler une bouche fléchée - une bouche cousue, ou nous voyons, dans lanalyse, pointer au maximum, dans certains silences, linstance pure de la pulsion orale, se refermant sur sa satisfaction " ?
le névrosé, bien sûr, nest pas satisfait, même si tout son être, ses symptômes même secrètent de la satisfaction. Pour obtenir cette satisfaction, les névrosés se donnent trop de mal, expression ou il faut retenir une double dimension difficile à condenser en castillan : celle dun trop de travail et celle dun beaucoup souffrir. Pour Lacan ce trop de mal justifie notre intervention comme analyste, car lanalyse doit modifier la satisfaction précisément au niveau de la pulsion. Souvenons-nous que déjà dans léthique Lacan avait défini la satisfaction de la pulsion comme jouissance.
Limpasse freudienne que Lacan tente douvrir assume la forme dune demande qui sarticule autour de la castration. Au-delà de la demande phallique, sébauche la pulsion partielle et son a-sexualité. Lanalyste en position dobjet conduire le sujet au-delà de lidentification, en annulant ainsi léloignement que le transfert produit entre la demande et la pulsion et son objet.
La fonction du désir de lanalyste est celle de réacheminer la demande dans la voie de cette satisfaction silencieuse, en léloignant de lidentification, en la poussant vers la pureté de laxiome fantasmatique qui ordonne le destin pulsionnel. Le décollement de (a) est une condition de ce processus, qui permet ainsi de présentifier la réalité de linconscient, cest-à-dire la pulsion.
Le piège névrotique - cest évident - conduit directement à concevoir la fin de lanalyse comme une identification, la " liquidation " du transfert devient ainsi impossible. Il séternisera, selon laccent que lui confère chaque théorie, dans un objet incorporé, dans un signifiant, un emblème ou un idéal quelconque. Lacan lui-même signale quAbraham souhaitait être une mère complète pour ses patients. Position cohérente avec sa thèse de la totalisation de lobjet, cohérente aussi avec sa thèse selon laquelle la génitalité de lAutre implique quil soit respecté en tant que sujet, cest-à-dire élevé à la dignité de sujet, dans loubli quil est objet causant du désir. Objet génital total qui est respecté - il suffit de relire Abraham - précisément parce que lon tient compte de ses sollicitations, cest-à-dire de ses demandes. Est-il donc possible, a partir de ce que lon vient dexposer, dobtenir quelque chose qui ne soit pas de lordre vient dexposer, dobtenir quelque chose qui ne soit pas de lordre de la consolidation de la structure névrotique comme telle ?
Klein nhésite pas à demander quelque chose ; elle demande de la réparation en démontrant limpossibilité ou elle est de sortir du plan de la frustration. Au-delà de sa connotation mécanique, la réparation comporte dans un procès que la demande soit compensée. Réparer lAutre des préjudices causés cest, finalement, une manière de sassurer de sa complétude, de sassurer que ses trous sont le produit de notre uvre et non le produit de limpossibilité, cest-à-dire du réel.
Au-delà du deuil de lobjet idéalisé, correctement réparé, Lacan vise à la libération vise à la libération de lobjet lui-même, qui permet au sujet de décrocher tant de son identification à lidéal. Ce décrochage lui permettra lacte comme lieu de réalisation de son désir et certitude de sa jouissance.
Nous voudrions terminer en signalant que ce dernier point nous alerte sur ceci : un analyste lacanien pourrait être tenté dentrer dans la variante névrotique du piège, sil lui venait à lidée de demander au névrosé la production dun acte.
PULSION ET FANTASME DANS LES DIFFERENTES
STRUCTURES DE LA NEVROSE
FREUD
Habitués à aborder chez Freud la question du fantasme par lénoncé et le travail dun fantasme particulier, tel " Un enfant est battu ", nous lapprochons habituellement sur le versant dune production manifeste. A linverse nous prélèverons ici sur le texte freudien quelques fragments ou le fantasme est abordé sur le versant de la structure.
STRUCTURE FREUDIENNE DU FANTASME
Dès 1897, dans sa correspondance avec Fliess, Freud distingue dans la formation du fantasme lexistence déléments disparates quant à leur origine, leur nature et leur mode de fonctionnement.
" Les fantasmes procèdent de lentendu compris après-coup ". " Ils combinent ainsi vécu et entendu, passé (issu de lhistoire des parents et des aïeux) avec le vu soi-même (Selbstgesehense). Ils se comportent à légard de lentendu comme le rêve à légard du vu " (manuscrit L). cet énoncé, de par son caractère elliptique, pourrait paraître anodin, si nétait rappelé le statut de chacun de ses éléments dans la conceptualisation freudienne
Le vu caractérise les représentations de chose (Sach- Dingvor stelungen), complexe perceptifs ouverts, qui fonctionnent selon un glissement dans la chaîne et selon les opérations du processus primaire. Le registre de la relation - seconde inscription de la lettre 52 - instaure la coupure dans le fmus percetif, de telle sorte que le vu est le lieu de linspection de signifiants, selon les lois de la série.
Lentendu, prélevé sur le complexe perceptif, est lélément dou se constitue la représentation de mot (wortvorstellung), chose et exclusive. Ce registre est celui de la prise en charge des signifiants premiers par des signifiants verbaux, avec la perte inhérente à ce processus de traduction. Le caractère clos des représentations impose un fonctionnement fondé sur une articulation entre les éléments par la liaison, telle quelle se trouve dans lorganisation syntaxique dune langue.
Aux deux sortes de matériaux précédents et à leur fonctionnement propre, Freud fait correspondre respectivement linconscient et le préconscient. Ce dernier est le lieu de constitution du fantasme.
Le vécu (Erlebnis) est la rencontre du sujet avec le monde extérieur et intérieur, dou se constitue lobjet du désir, selon le plaisir et le déplaisir qui en adviennent. Le vécu primordial participe du vu et de son mode de fonctionnement.
Lhistoire parentale et des aïeux viendra par la voie du discours et de la tradition constituer lhéritage à laide duquel le sujet comblera les lacunes de la vérité individuelle par une vérité pré-historique.
Le fantasme, nous le voyons, est une construction qui sinstalle dans un registre soumis à une logique propositionnelle, mais qui admet des éléments soumis à dautres opérations. Il permet en particulier la conjonction du passé, du présent et de lavenir. Le présent, moment de constitution du fantasme, vient donner signification rétroactive aux traces mnésiques ; il est projeté sur lavenir avec une connotation dacte.
REUNION DES DISJONCTIONS
Les signifiants premiers sont le motif de la formation du fantasme, comme Freud lindique en 1915. " Le refoulement des représentants pulsionnels ne les empêche pas de se maintenir dans linconscient, de continuer à sorganiser, à former des rejetons et à établir des liens (....) le représentant pulsionnel prolifère pour ainsi dire dans lobscurité, et trouve des formes dexpression extrêmes qui, quand elles sont traduites au névrosé, non seulement lui paraissent étrangères, mais leffraient par le miroitement dune force pulsionnelle extraordinaire et dangereuse. Cette force pulsionnelle trompeuse est le résultat dun déploiement non inhibé dans le fantasme, et de la stase consécutive à la satisfaction manquante ".
Ce que Freud indique, à cette date, de la place, du fonctionnement et de la structure du fantasme renvoie à ses hypothèses de 1899.
" parmi les rejetons des motions pulsionnelles inconscientes (...). il en est qui réunissent entre eux des déterminations opposées. Ils sont dune part hautement organisés, libérés de contradiction, ils ont utilisé toutes les acquisitions du système conscient et seraient à peine différenciables pour notre jugement des formations de ce système "
Le fantasme est une articulation qui na de logique que lapparence en ce que, contrairement aux règles de jugement mais conformément au fonctionnement de linconscient, des déterminations contraires peuvent y co-exister sans former contradiction. Cette caractéristique implique que le fantasme soit exclu du champ de la conscience ou surgirait la nécessité dune résolution. Cest ainsi que Freud poursuit : " Ils sont inconscients et incapables de devenir conscients. Leur origine reste déterminante pour leur destin. De cette sorte sont les formations fantasmatiques des normaux comme des névrosés, que nous avons reconnues comme pré-étape de la formation du rêve comme du symptôme, et qui, malgré leur haute organisation, restent refoulées et comme telles ne peuvent devenir conscientes... lattraction de linconscient est la plus forte, ses rejetons peuvent tourner la censure, parvenir à un haut degré dorganisation, accroître leur investissement dans le préconscient jusqu'à une certaine intensité ..... mais sont reconnus comme rejetons de linconscient et se voient refoulés de nouveau à une nouvelle frontière entre conscient et préconscient (...) deuxième censure contre les rejetons préconscients de linconscient ".
Freud indique ici le statut particulier dune formation de linconscient qui sappuie, comme le Witz fondé sur le sophisme, sur larticulation du processus secondaire. Mais il lui manque la position particulière du sujet qui permet au mot desprit de surgir. Le fantasme reste interdit de circulation, comme lévoque limage freudienne de la réserve.
LE FANTASME CONSCIENT EST UN COMPROMIS
Si le fantasme inconscient est le lieu ou les motions opposées peuvent être articulées sans former contradiction, toute émergence consciente doit satisfaire aux différentes instances sans que les termes en paraissent contradictoires.
Il faut que puisse se réaliser une co-opération entre une motion préconsciente et une motion inconsciente ou, en dautre termes, entre le contre-investissement pulsionnel et linvestissement pulsionnel. Ce qui parvient à la conscience - du moins hors cure - à le caractère dun compromis qui sétablit en prélevant sur le représentation inconsciente investie par la pulsion un fragment qui doit remplir la condition suivante : fournir une expression aussi bien au but de désir de la motion pulsionnelle quà la tendance du système conscient à se défendre et à se punir. (" Linconscient .
ce fragment doit être prélevé en un point de coïncidence des contraires, point métonymique et conjonction des deux bords, fonction que remplit dans la langue léquivoque.
Il convient de différencier, du point de vue de la structure, le fantasme préconscient et lactivité fantasmatique consciente. Les énoncés travaillés par Freud ont ici un statut particulier, puisquadvenus lors du travail de la cure. La formation des fantasmes préconscients sinstaure, à la différence du rêve, dans la progression (Manuscrit L).
les effets du refoulement auxquels ils sont soumis produisent par la voie régressive du processus primaire des rejetons sous la forme du rêve, mais aussi bien une pensée visuelle, sous forme de rêverie diurne.
LE FANTASME PAR SA STRUCTURE EST TRANSCLINIQUE
En 1897, Freud indique comment les trois névroses, ou il inclut la paranoïa, sinstallent sur les mêmes constituants et se différencient par leur émergence consciente (lettre 61).
" Je me rends compte maintenant que les trois névroses : hystérie, névrose dobsession et paranoïa, présentent les mêmes éléments (conjointement à la même étiologie), cest-à-dire des fragments de souvenir, des impulsions (Impulse) et des fictions (Dichtungen) protectrices. Mais lirruption à la conscience, le compromis - cest-à-dire la formation symptomatique - arrive chez eux en des lieux différents. Dans lhystérie, ce sont les souvenirs, dans la névrose dobsession, les impulsions perverses, et dans la paranoïa les fictions protectrices (fantasmes qui, par linstallation de compromis, pénètrent dans le (champ du) normal).
La permanence dune structure sous-jacente commune aux formes névrotiques, ici repérée en des termes encore non fixés dun point du vue conceptuel, Freud la maintiendra, de même quil réserve à lhystérie un statut de proximité particulière à ce soubassement quest le fantasme. En 1916 - 1917, il consacre le chapitre des leçons dintroduction à la psychanalyse intitulé " voie de la formation du symptôme " à la question des fantasmes inconscient. Du point de vue structural, le symptôme est défini comme figuration de fantasme, équivoque choisie avec art entre deux significations se contredisant entièrement lune lautre. En tant quappuyé sur le fantasme, le symptôme est maintenu des deux côtés. Il est notable que toute la démonstration concernant les rapports du symptôme aux fantasmes ne se rapporte quà la formation de symptôme concernant lhystérie. pour la névrose obsessionnelle - en maintenant les énoncés de base, écrit-il en conclusion, il y a encore bien dautre (chose à travers....
lhystérie est au plus proche dune articulation signifiante, de telle sorte quelle met en scène le fragment métonymique du fantasme, ou apparaît parfois la contradiction inhérente à sa formation. Ainsi peut-on parler de discours hystérique. Lobsessionnel, lui, recouvre, met à distance larticulation sous-jacente, et produit en réaction des formations sophistiquées dans lart de la chicane.
Ce qui apparaît dans le fantasme comme spécifique à chaque forme clinique est conditionné par la réalisation de tableaux pulsionnels à lintérieur des formations fantasmatiques. Lorganisation des fixations pulsionnelles détermine les contenus des représentations fantasmatique, et le mode dinstallation de la névrose.
LACAN
LE FANTASME DANS LA DIACHRONIE DE LUVRE DE LACAN
Freud aborde les fantasmes tels quils se mettent en scène dans limaginaire du sujet. Dans " Quelques fantasmes hystériques dans leur relation avec la bisexuallité " (texte de 1908), il les rapproche des rêves ou des autres manifestations de linconscient dont ils peuvent constituer la source, pour répondre comme eux à la réalisation dun désir. Ici, les fantasmes sont multiples. Ils sexpriment différemment, selon les particularités propres à chaque type clinique. Si cest lhystérie qui est mise en évidence, les fantasmes pervers, ou les constructions délirantes paranoïaques sont également évoqués.
A linverse, dans " Un enfant est battu " (texte de 1919), il ne sagit plus de ce qui différencie les fantasmes dans ces diverses manifestations cliniques, mais bien de ce qui leur est commun, et se trouve donc au-delà de toute particularité clinique. Lexemple étudié se retrouve aussi bien chez les pervers que chez les hystériques ou les obsessionnels. Ce fantasme, il le décrit comme se réduisant à larticulation grammaticale dune phrase.
Si, dans un raccourci, on compare labord premier de Lacan concernant les fantasmes comme imaginaires, à son élaboration du fantasme $ à a, ou se marque la détermination symbolique et la référence réelle, on peut dire quil est, lui aussi, allé des fantasmes multiples à leur structuration commune par le fantasme fondamental. Mais J. A. Miller nous a montré que cette longue élaboration nest pas aussi simple. Lacan a dabord récusé la position freudienne faisant du fantasme la source du symptôme, car une formation symbolique ne peut résulter dune cause imaginaire. Tout au contraire, leffort de Lacan à été de souligner la mise en fonction de limaginaire par le symbolique : "imaginaire, elles ne le sont que pour autant que la vérité y fait apparaître sa structure sa de fiction ".
Nous remarquerons dailleurs que la première mise en mathème du fantasme $ à a sur le graphe, inscrit cette formule du côté de limaginaire et le rapproche du moi dans une homogie liée à une symétrie par ailleurs inversée, " inversion des méconnaissances ". Lobjet (a), pour Lacan, est encore imaginaire. Le fantasme y apparaît comme voilant la castration mais aussi comme soutien du désir de lAutre.
Le vrai tournant se situe en 1960 avec le séminaire : léthique a partir de ce séminaire, lobjet (a) peut être conçu comme réel. Dès lors, laccent est mis sur la place du fantasme comme étant celle du réel ou doit venir la réponse du sujet. Sagissant maintenant dune articulation du symbolique au réel, plus rien ne soppose à ce que le fantasme soit source du symptôme même si la voie inverse demeure possible grâce à la structure mise en place dans le graphe.
Dans ce trajet qui conduit de limaginaire au symbolique et du symbolique au réel, deux étapes doivent être marquées : celle qui articule le fantasme au désir et celle qui larticule à la jouissance. Que la première ait été dabord dégagée se trouve en relation avec le fait que le névrosé met la demande de lAutre en place dobjet, ce qui explique par ailleurs que le catalogue des pulsions ait pu être décrit chez le névrosé. Mais le névrosé nen demeure pas moins confronté au désir de lAutre, ce qui se dévoile dans langoisse lorsque le fantasme défaille. A contrario, le rôle pacifiant du fantasme se manifeste là.
Avec le séminaire : la logique du fantasme, cest le versant de la jouissance et larticulation au réel qui est accentué ; mais surtout est mise en place lopération dite : daliénation/ séparation, reprise du Séminaire XI, permettant de rendre compte du lien structural entre les formations de linconscient et le ça, soit entre ce qui relève de la logique du signifiant et ce qui relève de la logique de lobjet.
Prenant acte de ce que la découverte freudienne soppose au cogito cartésien, sauf à considérer comme vide lintersection du " je pense " et du " je suis ", Lacan articule un choix forcé et asymétrique : " ou je ne pense pas, ou je ne suis pas ". Quelque soit le choix le " je " en sera affecté dune négation qui en fera un " pas-je " mais avec une différence. Côté " je ne suis pas ", cest linexistence du sujet ($), il ny a pas de signifiant du sujet. Côté " je ne pense pas ", la négation porte sur la pensée du " je ", nexcluant pas un être dont les rapports au lieu permettant de situer lek-sistence, mais dont on ne peut rien dire, seule la structure grammaticale en témoigne. Ce " peu dêtre sujet ", cest par lobjet (a) quil se repère.
Ainsi, que laccent soit mis sur le désir et les formations de linconscient, quil soit mis sur le ça et la jouissance, soit, sur lun ou lautre des deux piliers du fantasme ($ et(a)), dans les deux cas ce qui le sous-tend cest la castration ( - j ) : " Le fantasme, dans sa structure par nous définie, contient le (- j ), fonction imaginaire de la castration sous une forme cachée et réversible dun de ses termes à lautre ".
Cette logique permet de concevoir le fantasme lorsquil est abordé par le biais des formations de linconscient comme une limite, une butée à linterprétation avec, au contraire, lorsquil est pris du côté du ça comme un point de fixité opposé au glissement indéfini des signifiants dans la métonymie, et permettant ainsi un point darrêt à partir duquel se produit rétroactivement un effet de vérité se manifestant dans larticulation signifiante. Le fantasme y fait fonction daxiome, soit du minimum darticulation supposable, à partir duquel le sujet viendra sinscrire comme variable dans une fonction.
Ici aussi le fantasme apparaît, dans cette articulation réduite, situé au-delà de ce que les structures oedipiennes (perversion, hystérie, obsession) offrent comme possibilités aux manifestations cliniques du fantasme, soit comme transclinique.
DU FANTASME FONDAMENTAL COMME AXIOME
concevoir le fantasme comme un axiome permettra de le saisir au plus près de la pulsion. En effet, si le fantasme est un axiome, la pulsion est définie par Lacan comme un montage grammatical.
Déjà Freud en pose les bases dans " pulsions et destins des pulsions " : la pulsion est le mythe nécessaire à articuler le corps et le sens. " la pulsion est le représentant psychique des excitations issues de lintérieur du corps ". Jamais connue directement, son destin cest ses vicissitudes : sublimation, refoulement, retournement sur la personne propre, renversement dans son contraire.
A partir de ces retournement qui nous sont accessibles par lanalyse, quelque chose comme une grammaire inconsciente pourrait être inféré.
La vie psychique, nous dit Freud, est dominée par trois polarités : plaisir / déplaisir certes, mais aussi sujet / objet et actif passif, qui mettent en évidence la position - clef du verbe.
Langlais traduit Trieb par drive, ce qui marque mieux son errance que le français pulsion, qui insiste plutôt sur la force. La pulsion est montage qui " dérive ", pourrait-on dire selon les règles du système primaire : ni temps, ni contradiction, condensation et déplacement. Lacan portera ces deux propriétés sur le versant du langage comme métaphore et métonymie.
La pulsion est labile, les représentants pulsionnels dans linconscient sorganisent selon ce double système. " Le noyau de linconscient est constitué des représentant de la pulsion ". On sait que linconscient peut être informé par la conscience ; ainsi les fantasmes sont-ils des représentants pulsionnels hautement organisé, qui ont utilisé les acquis du conscient.
Lanalyse du fantasme " Un enfant est battu " illustre cette construction. La formule inconsciente et active du fantasme, " je suis battu par le père ", organise la pulsion sadique retournée en masochisme, dans une phrase apte à venir à la conscience, à cette condition quelle soit désubjectivée : pas de " je " dans le fantasme. Un refoulement supplémentaire cache le père sous des figures anonymes. Le travail grammatical est là évident, même si ça nest pas le propos de Freud dy insister.
Lacan, dans trois textes majeurs, nous permet déclairer les concepts nécessaire à une juste compréhension de la structure d fantasme : linconscient et le ça, le fantasme et la pulsion, le sujet.
A linconscient appartient la propriété dêtre structuré comme un langage. Du côté du sens, les signifiants en réseau y jouent selon les règles de la métaphore et de la métonymie.
En tant que discours de lAutre, linconscient est le lieu dou le sujet désire, comme lillustre le graphe en faisant passer lintention première à travers le trésor des signifiants.
Lacan écrit alors... le représentant de la représentation est à sa place dans linconscient, ou il cause le désir du sujet selon la structure du fantasme ".
Le fantasme, fondamental, transclinique, cest un axiome : une formule close, insécable, une Bedeutung, une signification absolue. Voilà le premier caractère qui le spécifie du point de vue qui nous intéresse, cest-à-dire de sa structure. De là se déduit quil fonctionne comme un réel, car il nest plus alors du côté du sens : il résiste à linterprétation, ne se laissant pas traduire ; noyau dur, il reste tel.
Son deuxième caractère est dêtre désubjectivé. Le fait est cliniquement certain et lintérêt de ce système bien évident : jouir et désirer au compte du " pas-je " la logique de lalinéation / séparation).
Mais une question se pose alors : le sujet évacué, quel est-il ? le sujet de lénoncé est tout bonnement exclu de la formule du fantasme. Quant au sujet de lénonciation, il napparaît que dans la coupure, en fading, dans les trous du discours. " je peux venir à lêtre de disparaître de mon dit ". Néamoins il est repérable dans les formations de linconscient, ainsi dans le rêve ou il peut habituer tous les personnages à la fois.
Mais le fantasme fondamental est plus quune formation de linconscient. Lalgorithme dont Lacan lépingle, $ à a, fait apparaître le sujet barré du désir, mais dans un rapport tel à son objet, quil se pourrait que son peu dêtre y gite. Si bien quen vertu de la logique de laliénation / séparation, représentée par ce poinçon, le sujet serait des deux côtés. Comme désirant, on pourrait le dire sujet au fantasme, comme on est sujet aux cauchemars ...comme déchet, peu dêtre, objet chu de la coupure, on pourrait le dire sujet dans le fantasme.
Ainsi en est-il du fantasme de lhomme aux loups, qui correspond, et au rêve dangoisse, et à la scène primitive. Lacan nous dit " Le signifiant originaire de lhomme aux loup, brusque apparition des loups, le regard fasciné, cest le sujet lui-même. A chaque étape de sa vie , quelque chose vient remanier ce signifiant originel... ce signifiant primordial est pur non-sens. S1, cest cela qui constitue la liberté du sujet à légard de tous les sens ... la chute nécessaire de ce signifiant premier, Urverdrängung, constitue le sujet ".
Serai-ce le sujet du refoulement originaire ? le si couplé au S2, le signifiant premier qui tombe aux oubliettes dès quun deuxième signifiant apparaît ? le sujet, dans lintervalle, chute. Il sagit bien, au champ de lAutre, dun signifiant qui va représenter le sujet pour un autre signifiant.
Quand Freud parle du noyau de linconscient, il le fonde sur le refoulement originaire, qui nest pas le refoulement proprement dit, mais qui constitue ce qui va attirer le refoulé dans linconscient.
Mais linconscient nest pas le ça, et le fantasme nest pas une formation de linconscient.
Nous linconscient nest pas le ça, et le fantasme nest pas une formation de linconscient.
Nous disons que le fantasme, comme une formation hybride, a un pied dans linconscient, le $, et un pied dans le ça, le (a).
le (a), du côté du ça, réfère au masochisme primordial : jouissance dêtre lobjet de lAutre. Il sagit de lobjet perdu, coupé. Objet de la pulsion, il appartient au ça. Non spectaculaire, ni symbolisable, le (a).
le (a), du côté du ça, réfère au masochisme primordial : jouissance dêtre lobjet de lAutre. Il sagit de lobjet perdu, coupé, objet de la pulsion, il appartient au ça. Non spectaculaire, ni symbolisable, le (a) nest pas un signifiant, cest une commodité algébrique.
Le montage grammatical propre au ça exclut le " je " aussi bien dans le fantasme que dans la pulsion. Le ça cependant nest pas hors langage. Si les pulsions sont silencieuses, il leur faut néanmoins un représentant dans le ça. La pulsion ne peut exister sans son représentant psychique. La fonction organique ne lui sert que détayage. Force constante, elle échappe au rythme qui spécifie linorganique. Ses possibilités de retournement manifestent quelle na plus rien de linstinct. Ainsi le masochisme, ou lambivalence ou elle peut se complaire sont propres au parlêtre.
Observons la pulsion scopique : nul ne regarde pour se diriger dans lespace, mais plutôt par curiosité, poussé par un désir vers les tenants-lieu dobjet (a), les pièges à regard.
Mais nous ne tombons pas dans lidéalisme : dire que la pulsion est un montage grammatical, ce nest pas dire discours ou parole. La pulsion est un concept fondamental qui ne se laisse pas ramener sur le versant du sens. Au demeurant, lobjet (a) qui loriente est un plus-de-jouir insensé, ce nest pas signifiant. La pulsion, force constante, pousse vers sa satisfaction (Befriedigung), fût-elle pulsion de mort.
Dans linconscient règne un sens qui nest pas-je, dans le ça gite une ex-sistence qui signore. Cest en dernier lieu, ce que symbolise le poinçon du fantasme.
LHYSTERIE
Nous avons avec Lacan suivi le chemin des fantasmes au fantasme fondamental. De limaginaire par ou ils se manifestent, nous avons repéré la mise en fonction signifiante pour en découvrir la référence réelle ; il convient maintenant dexplorer le cheminement inverse.
Réduit à sa structure minimale : $ à a, ou sécrit son hétérogénéité radicale, le fantasme, contrairement au symptôme, na donc aucune vocation à la particularité, étant au contraire du côté de la généralité. Mais, en qualifiant dans " Subversion du sujet.. " le fantasme de " chaine souple et inextensible ", Lacan nous donne une clé. Si linextensibilité vise la structure radicale comme limite ultime, indépassable, butée sur le réel, rencontre inexorable quelle que soit la structure clinique envisagée, la souplesse de la chaîne évoque les multiples remaniements que permet la logique du signifiant et dont les manifestations dans limaginaire pourront se diversifier en une prolifération quasi illimitée.
Nous avons donc ici le fantasme qui, dun côté, celui du réel, apparaît comme un commencement absolu, de lautre, grâce aux possibilités signifiantes, manifeste les multiples aspects ou peuvent sinvestir les effets de cette matrice commune fantasmatique.
Si Lacan parle de construction d fantasme, cest bien cette limite quil évoque et sil est question dans la passe de " traversée du fantasme ", cest dans la mesure ou, dans un après-coup, peut être repéré ce qui est un effet de structure sur le sujet qui soffre à occuper la place dou se soutient lacte analytique. Le fantasme se traverse, il ne sinterprète pas.
De fait, Lacan dans les Ecrits (23) ne répugne pas à décrire les modalités différentes ou, selon les structures, sinvestit le fantasme. Evoquant en quoi les structures hystériques et obsessionnelles constituent des réponses respectivement aux questions sur lénigme du sexe et de lexistence , il indique que ces réponses " se constituent dans une conduite du sujet qui en soit la pantomime ". Cest bien du fantasme en tant que matrice commune des comportements du sujet quil sagit là, du fantasme en tant quil est lautre nom de la réalité psychique.
Si, à ce temps de son uvre (1957), il rapproche ces conduites des formations de linconscient, pour mettre en place derrière limaginaire la prééminence du signifiant, il nen demeure pas moins que nous voyons là se manifester le fantasme comme matrice du comportement, des conduites, de la " pantomime " du sujet et dans ces manifestations divergent obsessionnel et hystérique. La démonstration de lhystérique soppose ici à la stratégie de lobsessionnel.
Pour la première fois il évoque comment atteindre son objet : " Par un échange de place entre ses cavaliers, à confier dès lors à la dame, la démonstration du pas de lhystérique ", et " cest ainsi que lhystérique séprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à lhomme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir ". Le comportement de Dora vis-à-vis de Mme K. illustre à merveille ce quil en est du fantasme de lhystérique, se vouant à soutenir le désir du père.
Pour lobsessionnel : " cest la mort quil sagit de tromper par mille ruses, et cet autre quest le moi du sujet entre dans le jeu comme support de la gageure de mille exploits qui lassurent du triomphe de ses ruses ", et : " mais la jouissance dont le sujet est ainsi privé, est transférée à lautre imaginaire qui lassume comme jouissance dun spectacle ". Le fantasme de lhomme aux rats serait ici à développer.
Si le repérage se fait ici par la structure en tant quelle situe dune manière asymétrique le désir dans ces deux névroses, cest bien aussi deux manières de se situer par rapport à la jouissance dans un spectacles donné à lautre quil sagit. Au demeurant, cest limpossible de cette jouissance qui est situé, mais non sans une prime de plaisir, ce que J A. Miller souligne lorsquil dit : dit " Le fantasme soutire du plaisir à la jouissance ".
Mais cest dans " Subversion du sujet... ", en 1960, que Lacan nous fournit lindication la plus précise concernant larticulation du fantasme hystérique et obsessionnel. Laccent étant mis ici sur le fantasme comme désir de lAutre avec ses deux termes $ et (a) éclatés : " lun chez lobsessionnel pour autant quil nie le désir de lAutre en formant son fantasme à accentuer limpossibilité de lévanouissement du sujet, lautre chez lhystérique pour autant que le désir ne sy maintient que de linsatisfaction quon y apporte en sy dérobant comme objet ".
Et cette opposition se retrouve dans la conduite du sujet, que ce soit " le besoin de lobsessionnel de se porter caution de lAutre, comme du côté Sans-Foi de lintrigue hystérique ".
Ainsi, si tout fantasme névrotique inclut la fonction imaginaire de la castration, si tout fantasme est lillustration dune mise en fonction de limaginaire dans la structuration signifiante, qui le situe comme désir de lAutre, si tout fantasme vient " marquer de sa présence la réponse du sujet à la demande ", ce que Lacan situera dans la logique du fantasme de la place du réel et de larticulation à la jouissance, il nen demeure pas moins quà partir de cette matrice du fantasme fondamental, les fantasmes peuvent proliférer selon des modalité propres à chaque structure névrotique.
LAUTRE DANS LHYSTERIE ET LOBSESSION
Nous nous sommes proposés dexaminer ce qui caractérise lAutre dans lhystérie et lobsession, cest-à-dire dexpliciter un savoir déterminé par lexpérience analytique, qui puisse aller au-delà du sens des symptômes dun sujet.
Dire quil sagit dun savoir déterminé par le discours de lanalyste implique que nous allons traiter de ce quil se passe avec les hystériques et les obsessionnels en analyse. Egalement, exprimer notre pensée concernant le passage par le discours de lhystérie, tel que lintroduit le dispositif analytique en ouvrant la question du désir de lAutre. Ceci nélimine pas les types cliniques mais rend nécessaire linterrogation sur son utilité dans la direction de la cure.
Il est intéressant de constater que, pour la psychiatrie actuelle, l problème est résolu : lhystérie et lobsession nexistent plus comme entités nosographiques autonomes ; la première est diluée entre les troubles de conversion et les troubles somatoformes, la deuxième partage avec les phobies et la névrose dangoisse lensemble des troubles anxieux. Il nest pas difficile de rendre compte des raisons de cet effacement. La clinique psychiatrique réunit des symptômes similaires pour constituer les types cliniques. Comme changent - parce que linconscient est sensible à " lhistoire " - les types cliniques se multiplient jusqu'à combler les cinq cents pages du " moderne " DSM III.
Contrairement à la psychiatrie, la psychanalyse kleinienne ne prend pas en compte le symptôme : elle met au premier plan le fantasme dans sa perspective imaginaire - séparé, comme le remarque Freud, du contenu des névroses - de telle manière que la structure clinique est réduite aux modes de défense contre les anxiétés psychotiques.
Avec son graphe, Lacan place tous les deux, symptôme et fantasme, en rapport avec lémigme du désir de lAutre. Face à cette énigme, la névrose se structure comme une réponse quand la réalité psychique soutenue par le fantasme est troublée par lirruption dun commandement discordant : " Jouis ! ". Ce déclenchement de la névrose affirme le désir comme impossible ou insatisfait, et linstaure comme défense face à la jouissance. Si à ce moment-là, il se produit un appel à lautre, il ne faut pas se leurrer : il nexiste pas chez le névrotique le moindre désir de savoir. Le parlêtre est condamné à lexil de lAutre sexe. Entre ce savoir qui le mortifie et la passion de lignorance, qui le mène à interpeller lAutre du signifiant ou il ne trouvera pas de réponse, le névrotique dépole ses ruses.
Freud a eu le mérite, remarque Lacan, de reconnaître que la névrose nest pas structurellement obsessionnelle, et quau fond elle est hystérique. Si cest ainsi, cest parce quelle est liée ai fait quil ny a pas de rapport sexuel. Son absence spécifie le caractère traumatique de la sexualité humaine et donne un nouveau sens au " vécu primaire de déplaisir " que Freud signale comme condition de lhystérie, mais quil déclare, dès ses premiers travaux, avoir trouvé dans tous les cas de névrose obsessionnelle. Le déplaisir est corrélé à cette absence et le fantasme de séduction passive nest quune tentative dobturer avec le phallus la béance de ce qui ne cesse pas de ne pas sécrire. A partir de ce noyau hystérique, nous pourrons caractériser la stratégie obsessionnelle comme impliquant une double transformation de la séquence déplaisir - refoulement qui définit lhystérie. en premier lieu, lobsessionnel intercale entre " lexpérience traumatique " et la défense un temps caractérisé par le plaisir. En deuxième lieu, il remplace le refoulement par ses substituts : lannulation et lisolation.
Nous y reviendrons, mais auparavant nous voudrions différencier ce noyau hystérique de ce que Lacan introduit sous le non dhystérisation , en tant que condition subjective de La mise en acte de linconscient, selon la formulation proposée par J.A. Miller. nous voyons ainsi se coordoner hystérisation et transfert, articulation que nous allons développer. Dabord, soulignons que lhystérisation, à notre avis, porte sur le symptôme. Pour devenir analysable, lhystérisation doit prendre forme hystérique. Etant donné quil est jouissance pure et nappelle pas à linterprétation, lartifice du dispositif analytique est nécessaire pour produire la rencontre entre le symptôme et lAutre.
Mais quest-ce que veut dire que le symptôme doit prendre forme hystérique ? Freud nous donne un exemple de grande valeur dans le cas de " lhomme aux loups ", quand il analyse la perturbation intestinale qui accompagnait le sujet dès son enfance. Freud écrit : " Je reconnus enfin de quelle importance pouvaient être les troubles intestinaux en vue de mess desseins ; ils représentaient la parcelle dhystérie qui se retrouve régulièrement à la base de toute névrose obsessionnelle. Je promis à mon patient quil retrouverait intégralement son activité intestinale et lui permis, par cette promesse, de manifester ouvertement son incrédulité. Jeus alors la satisfaction de voir sévanouir ses doutes, lorsque lintestin, tel un organe hystériquement affecté, commença à se mêler à la conversation pendant notre travail, et eut recouvré en quelques semaines sa fonction normale si longtemps entravée. "
nous avons cité textuellement Freud dont lobservation semble exemplaire pour le point qui nous occupe, en tant que démonstration que le symptôme est analysable quand il devient hystérique parce quil " intervient dans la conversation ". Mais pour cela, il a été nécessaire que Freud occupât sa place, et quen jouant presque avec la suggestion, soutînt dès sa position de A celle de sujet supposé savoir. A lhystérisation comme condition subjective, le sujet supposé savoir répond en tant que fondament transphénoménal du transfert.
De plus, le symptôme prend une hystérique quand cest une formation de compromis et participe comme retour du refoulé dans le cadre du mécanisme de refoulement. Mais ce nest pas le mode typique de formation du symptôme obsessionnel. Quand Freud décrit lannulation et lisolation comme variantes du refoulement il nous indique la dénégation de leffet sujet que comporte la névrose obsessionnelle
hystériser le symptôme obsessionnel veut dire lintroduire dans la division, en lengageant à ce quil se représente face à un autre signifiant, dont la place sera occupée par lanalyste.
Si lhystérie est structurale pour toute névrose en tant que résultante de linexistence de la relation sexuelle, si lhystérisation est la condition de lanalyse parce quelle introduit le symptôme dans un lieu social, les différences dans la position subjective entre hystérie et obsession ne sont pas pour autant effacées. Contrairement à ce quon pourrait supposer, le point ou est placée lhystérique au niveau du semblant - loin dêtre le meilleur pour comprendre son discours, constitue son impasse.
La configuration subjective de lhystérique la présente comme divisée par le signifiant. Elle instaure un Autre duquel elle soustrait lobjet, creusant un trou qui le désigne dans son vrai statut : celui dune altérité à interroger. Lhystérique laisse la parole à lAutre comme lieu du savoir refoulé, et pour cela, le refoulé - en termes freudiens - est au pouvoir de lautre. Cette question est en réalité une feinte qui condamne à un triste rôle ceux qui se placent comme maîtres, puisque lhystérique à la réponse de son côté. Ce piège quelle ose met en réserve lélément vraiment refoulé quest la féminité, cest-à-dire le signifiant perdu qui occupe la place de lobjet dans son fantasme. Ce quelle a sous ses pieds et soutient sa division comme sujet est seulement ce point de non savoir de linconscient.
Cest cela lamnésie hystérique; la vérité quelle nénonce pas mais quelle possède. Le prix de cette vérité quelle fait payer à lAutre, cest limpuissance du savoir, que Freud constate amèrement avec Dora.
Pourrait-on mettre en évidence ici, quen plaçant lAutre dans ce lieu, lhystérique le loge au point daporie quelle promeut ? Cette position paradoxale détermine les avatars et inconvénient de la cure de lhystérique, parce quau fond elle préfère soutenir son désir comme insatisfait, laissant vacante la place de la jouissance que Freud sest obstiné à occuper avec le pénis. Cette substantialisation du phallus, dans la limite de laliénation signifiante à lAutre, marque le lieu du roc freudien.
Lhystérique est finalement une théoricienne implacable, puisquouvrant entre savoir et jouissance une frontière impossible à suturer, donne foi à la logique de fer dont elle est la plus vive incarnation : il y a du signifiant, mais ceci ne suffit pas à nommer lAutre sexe.
A partir de ce point - véritable " trauma précoce " - lhystérique se sépare de lobsessionnel. Elle se place comme sujet du signifiant, souffre dans sa propre chair la structure du langage qui cisaille son corps en le mortifiant, et se fait, finalement, promotrice de la division subjective. La position passive dans lexpérience traumatique nest pas autre chose que la formule même du sujet : S1 ® S2. Par contre, le plaisir actif dans le trauma est le mythe individuel de lobsessionnel que Freud déploie dans Totem et tabou. La construction dune jouissance à lorigine - que lobservation freudienne place comme un second temps par rapport au déplaisir - est lalibi avec lequel lobsessionnel se déclare agent de laction mortifiante du signifiant, en la redoublant. Dans " Subversion du sujet... " , Lacan dit : " la jouissance est interdite à qui parle comme tel, ou encore quelle ne puisse être dite quentre les lignes pour quiconque est sujet de la loi, puisque la loi se fonde de cette interdiction même ". Lobsessionnel prend cette interdiction à sa charge, prétendant être maître des lois du langage. Le paradoxe, cest que pour soutenir cette position de maîtrise, il vit condamné à porter sur son dos le poids dune culpabilité qui nest pas la sienne, et à payer avec du travail forcé une dette de personne.
Lui, voudrait réabsorber le S2 dans le S1, faire le signifiant signe, abolir le parasitisme du signifiant dans le sujet. De cet effort épuisant se déduit la phénoménologie de lobsession.
Cest seulement en dehors du langage que lobsessionnel peut simaginer propriétaire de son être. En voulant éliminer le " je ne suis pas " de linconscient, qui le ferait sujet dun savoir qui travaille sans maître, il affirme un être qui pense, calcule et juge : la conscience. Ce S1 auquel il saliène occupe le lieu de lAutre du signifiant, dont laltérité est mise en question.
Le " Je ne pense pas " auquel loblige son choix du " je suis " détermine la particularité de la pensée obsessionnelle, qui, dédiée à la tache impossible de comptabiliser la jouissance, cest-à-dire la faire passer dans le signifiant, prend la forme dune " compulsion de concentration " dont le sommet est lérotisation de sa pensée. Mais finalement, toutes les techniques obsessionnelles manquent le but déviter lapparition de " lélément contradictoire ", " le morceau de malédiction " quaucune conjuration ne réussit à supprimer, et qui nest que lobjet (a) apparaissant dans la faille du savoir.
Lobsession est tout ce système mis en place et qui cherche " déliremment " à soustraire la béance de la béance de la cause : en déterminant ainsi limpossibilité du désir. En combant avec la signification phallique lintervalle signifiant, lobsessionnel ne veut mettre aucun réel en jeu. La psychanalyse est un lien social ont linstallation dépend non seulement de laltérité d lautre, mais aussi de lobjet (a), mathème qui permet le tétraèdre des quatre discours
lhystérique, qui est déjà analysante, le garde comme soutien de son discours, le plaçant dans le lieu de la vérité : brandissant ainsi sa propre division du sujet. Lobsessionnel par contre, en prétendant fuir la jouissance, paie le prix de la négation du statut du sujet. Lopération analytique doit le conduire au lieu de sa division subjective avec lintroduction de ce réel de la jouissance. Seulement ainsi, et paradoxalement, une véritable altérité pourra se constituer pour lui.
( - j ) ET JOUISSANCE
DANS LES STRUCTURES CLINIQUES
DE LA NEVROSE
" Jai posé la question de ce quon pourrait appeler un mathème, pivot de tout enseignement, autrement dit, quil ny a pas denseignement autre que mathématique, le reste est de la plaisanterie ".
EN GUISE DINTRODUCTION
Il est faux de supposer que chez Lacan tout est signifiant ; au contraire comme le soutient J- A. Miller, " chez Lacan tout nest pas signifiant ... "
Mais il faut rappeler avec Lacan que le langage est le ver de la cause qui fend le sujet sans quoi il ny aurait rien dans le réel qui sappelât $.
Si dans la clinique psychanalytique il y a de la structure, cest-à-dire un rapport avec un certain savoir en termes de langage), elle se trouve dans le fantasme. Mais dans le fantasme même, tout nest pas signifiant ; ce qui fait fonction de centre, toujours en fuite du côté du sujet, cest le manque de signifiant, et le cur du chiffre, le petit " a ", résiste à toute significantisation. Il se présente alors comme ce quil attend du signifiant de la jouissance, en dépendance de laquelle le signifié serait : F
Cest pour cela que pouvant se penser comme sujet de la jouissance ... " il en vient à se constituer le fondement comme tel du sujet désirant non plus du sujet de la jouissance . Le rapport entre désir et jouissance est de disjonction (V) ; ou jouissance... " il en vient à se constituer le fondement comme tel du sujet désirant non plus du sujet de la jouissance . Le rapport entre désir et jouissance est de disjonction (V) ; ou jouissance ou désir ; et la fonction " a " représente le manque ; ou autrement dit l non-être là du F . De là, Lacan soutient le désir du côté de la défense et la jouissance... " comme ce quil faudrait quil ne fût pas ".
(- j ) COMME LIMITE MATHEMATIQUE
DANS LINTEGRALE DU SUJET.
" Je pars de la limite, de la limite de laquelle il faut partir en effet pour être sérieux, cest-à-dire pour établir la série de ce qui sen approche ..." La jouissance phallique est lobstacle par quoi lhomme narrive pas, dirai-je, à jouir du corps de la femme, précisément parce que ce dont il jouit, cest de la jouissance de lorgane. " cest bien là que se trouve le point tournant quinterroge le discours analytique ".
Une femme dans le devenir de son analyse dit : " ... use du pouvoir maintenant que tu las, me dit mon mari, parce que lui la (étant donné quil est fonctionnaire)... parce que mon Dieu !... ; toujours à jouer à des jeux de garçons, quand jétais petite, mes cousins, mon frère, je nai pas souvenir que comme fille on ait pu. Ils mavaient toujours à la course. Maintenant je men souviens : revanche cest le mot. Jai la sensation que je mai ... je veux dire que jai une grande colère et je veux ma revanche ". Le je mai du lapsus évidemment la désigne en tant que femme. Elle poursuit : " ... mon problème cest de ne pas pouvoir utiliser lagression comme lui... " ici, bien-sûr, il sagit du F . On demande : pourquoi votre problème sénonce-t-il ainsi ? dans quel but voudriez-vous pouvoir utiliser lagression ? question sur lutile qui contient déjà la réponse qui est : pour rien. Mais elle dit : " dans quel but je ne sais pas mais à cause de quoi ? ... moi, jétais poilue, laide, ma tante vieille-fille aigrie est morte dun cancer, maman était toujours à se plaindre, alitée, malade, me faisant des reproches. Moi jétais maladroite, revêche, toujours à donner des coups de pieds dans des ballons... jusqu'à ce quun jour, pour un défilé de printemps le coiffeur mait dit : " Quel joli visage !, tu est une jolie fille. Moi, je ny avais jamais pensé, je ne voulais quune chose, cest queux un jour macceptent dans leurs jeux ".
La question se pose : pourquoi maintient-elle ce lieu devant le quel le mur de la castration la arrêtée, (- j ) qui isole une jouissance derrière le mur ? sil ny avait pas de mur, sil sagissait de la perversion et de la-mur, elle compterait le phallus non pas comme objet petit (a) (-j étant déjà perdu) mais en tant quobjet nécessaire pour faire entrer la jouissance au corps de lAutre.
Mais suivons Lacan : si la jouissance de lAutre, du corps de lAutre ne se promeut que de linfinitude de la-mur, et si, suivant la série de Frege on démontre avec Lacan que " lun ne tient que de lessence du signifiant, si jai interrogé Frege au départ cest pour tenter de démontrer la béance quil y a de cet un (7) qui tient du signifiant... et quelque chose qui tient à lêtre, et derrière lêtre, à la jouissance...(8) ". Il ne dépend alors que du signifiant quil y ait de lun a) en termes de trait unaire, produit en fonction de la castration (- j ) dans le symbolique, et b) ce quelque chose de plus qui dépend de lêtre, produit lui aussi de la castration (- j ), corrélat dans le réel, objet (a) . en a) il ny a rien derrière la castration, pourquoi ? parce que là, la castration est la limite, le mur impossible à franchir, en b) il y a quelque chose, quelque chose qui dépend de lêtre, et derrière lêtre de la jouissance. Pourquoi ? parce quici, le mur, la limite devient a-mur et la jouissance devient signifiante du signifié phallus, soit : jouissance.
Phallus F
Si dans une série numérique, tout nombre a... " une limite (sil est réel), cest dans cette mesure quil est infini ". Si la jouissance est une instance négative, réel en tant que produit, mais qui maintient en dépendance le phallus comme signifié (du point de vue de lutile cest ce qui ne sert à rien ) et si à son tour le (-j ) est une grandeur négative dans le symbolique (équivalente aux grandeurs négatives de Kant), la question suivante souvre devant nous : comment est-il possible de repenser à lintérieur de la conception psychanalytique lacanienne et de ses mathèmes théoriques intérieurs, la limite mathématique dans une série dont lopposition constitutive de la structure comme ensemble de relations ne soit pas lopposition basique 0 et 1 mais (-j ), grandeur négative non dénombrable, mais début de la série dans une paire antithétique avec le phallus ?
et si avec Frege il est possible de soutenir que l1 (Un ) est le signfiant de linexistence, délimitation lacanienne, qui à lintérieur du champ conceptuel de la psychanalyse trouve son corrélât établi dans donné que (-j ) ¹ (nest pas égal) à 0 (zéro), nous sommes qui, sil ne manquait pas, sécrirait phallus (F ). Et sil est nécessaire de définir aussi la relation algébrique dans le champ conceptuel de la psychanalyse, cette autre question souvre alors devant nous : le (-j ) est-il par conséquent la limite mathématique de - ¥ à + ¥ dans lintégrale du sujet (en tant que signifiant et de son corrélat, le quelque chose de plus derrière la-mur, là ou il y a jouissance), quand souvre lespace de lintersection de la jouissance sexuelle ? jouissance sexuelle comme impossible, et la jouissance du corps de lAutre quil faudrait quelle ne fût pas...
a) Topologie et structure : application de lhypothèse de compacité et son complément à lintérieur du champ concept de la psychanalyse.
En poursuivant ce qui a été développé ici, on peut penser une relation algébrique qui ne serait possible dans sa formulation que si, et seulement si on part de la stricte équivalence entre topologie et structure et dune géométrie considéré comme lhétérogénéité du lieu et un rapport entre une géométrie algébrique et un algèbre de relations applicables aux mathèmes psychanalytiques. Il suffit de dire quen psychanalyse la formulation de mathèmes dans une algèbre de relations qui implique une topologie est indispensable. Topologie qui, en introduisant lhypothèse de compacité, fait que les espaces peuvent être pris un par un.
Nous citerons Lacan : ... " Rien de plus compacte quune faille, sil est bien clair que lintersection de tout ce qui sy ferme étant admise comme existante sur un nombre infini densembles, il en résulte que lintersection implique ce nombre infini. Cest la définition même de la compacité.. ".
Maintenant, si par lhypothèse de compacité les espaces peuvent être pris un par un, et lun (F ) étant à son tour exigence dinfinitude, sa limite cest (-j ), ouvrant un espace dintersection à la jouissance sexuelle, et sil sagit de limite (même avec une tendance vers linfini) il est possible de mettre en formule une séquence finie de ses éléments, qui peuvent être pris un par un, complément essentiel de lhypothèse de compacité, reconceptualisable dans le champ conceptuel de la psychanalyse, pour son application dans le rapport mathématisable du (-j ) et de la jouissance dans les structures cliniques de la névrose.
Structure et jouissance
De ce qui a été développé précédemment, il ne supporte que le réel du père, - existence impossible, qui avec son dire non, détermine lefficacité de la castration comme possible -, cest une présence nécessaire depuis toujours dans la structure comme celui qui, pour avoir droit à la jouissance, ouvre lespace à son complément : tous les hommes, de ce point, laissent à désirer. Relation nécessaire qui échappe déjà à la logique du mythe... " quil y ait une exception nous ne lappellerons pas, de ce point que nous appelons mythique. Cette exception est la fonction inclusive : quénoncer de luniversel si ce nest que luniversel est enfermé, précisément par la possibilité négative. Très exactement lexistence joue ici le rôle de complément ou pour le dire mathématiquement, du bord ".
Ceci détermine le passage en psychanalyse du mythe dOedipe chez Freud au mythe structure chez Lacan, qui nus permet daller au-delà de la présence symbolique du père-dont la pierre dachoppement est le mythe lui-même - à la présence réelle du père dans la structure, qui est présence du signifiant de la jouissance dont le signifié est le phallus.
Présence dans la structure subjective - qui est présence dans la clinique psychanalytique - dans le passage nécessaire à ce qui fait support vivant du sujet comme tel, " ... chaque fois quil sincarne, dans ce que nous pouvons appeler un " être ". " présence dans la clinique en termes de -1 dans le sens ou " ...lirréel nest pas limaginaire et quil précède le subjectif en le conditionnant, pour être directement en prise sur le réel ". Autrement dit, dans la théorie, cest le passage du désir au fantasme, de linterdit à la jouissance.
PONCTUATIONS FINALES
Le signifiant sépare la jouissance du corps, cest pourquoi, lorsque le désir est articulé, il ny a pas de jouissance.
Et quand il ny a pas de signifiant, quand le manque vient à manquer, mais pas en termes signifiants, il sagit de la proximité de la jouissance sexuelle.
Mais lorsque le sujet désirant sest constitué " x F x, il ny a pas de possibilité que son signifié soit le phallus. Là on est en présence du reste de lopération de séparation (a) no objet de jouissance mais actualisation de la castration.
Lacan formule ce que nous pouvons appeler métaphore de la jouissance : jouissance
F
Lhomme se propose au désir dune femme :
F ___ jouissance ® F 1
Jouissance (a) a
Il y a le réel du père (F , pas j ). Devant le réel du père en cause dans le désir dune femme en position de signifiant, se présente lunique signifié qui comme tel le supporterait. Là ou une femme attend depuis le manque à la jouissance, il y aurait de la jouissance.. à condition que ce soit d phallus quil sagisse ; cest pour cela que seul pour les dieux il ne serait pas interdit, pour le père non plus. Mais dans la névrose, quand le manque vient à manquer, seul apparaît la question : que me veut-il ? puisque je ne le suis pas et que je ne lai pas non plus.
Négativisation du phallus, (-j ® a ) qui apparaît dans la formule, réprimé.
Nous disions : il ny a pas de sujet du désir, sujet dans le fantasme, oui si ce reste, soutien de mon être du côté du vivant, cur du fantasme, se situe en entrant du côté de lAutre, d mon côté... imaginaire et symbolique sans support de mon être du côté du vivant.
Le désir est articulé en signifiants, cest pour cela que dans le sujet il fait fonction de défense. Celui qui désire nest pas malade, il est dans un arrangement possible, dans la possibilité de compter avec des représentations représentative, qui permettent à la répression dêtre efficace. Le désir causé et impliqué dans le fantasme, tient la jouissance " quil faut ny ait pas " à bonne distance, il ny a pas de véritable actualisation du champ de lAutre. Le manque cause.. une production signifiante, paradigme de laquelle est le désir de lobsessionnel qui ne compte pas lAutre comme tel.
lAutre dans son altérité se manifeste dans le vouloir faire rentrer la jouissance au lieu de lAutre, et " la jouissance ne connaîtra lAutre que par lintermédiaire du reste. Autrement dit, non seulement il ny a pas de rapport sexuel, mais il ny a ni jouissance avec le partenaire, ni fantasme qui ly incluse. La fonction de ce reste, support vivant du sujet, est représentée par le manque de phallus. Le fantasme supporte la jouissance perverse comme possible, mais quen " ait-il " du fantasme réalisé, quand le manque vient à manquer ! le manque est la disjonction qui unit le désir à la jouissance. Jouissance et désir ne se recouvrent jamais. Ou jouissance ou désir.
Mais comment aborder alors ce support vivant qui remet son être à lanalysant. Cela même qui par son efficacité produit des effets de structure le réel du père, se renvoie, non à la mère, mais au réel de la présence de ce manque réalisé dans une femme, qui évoque dans son désir pour cet homme, le réel de la jouissance qui y est manque.
Le père nécessairement présent dans la structure, est cependant corrélât non actualisé, puisque dans les temps logiques précédant la mère, mère qui symboliquement est toute. On lui demande de ne pas frustrer, de satisfaire.... le manque évoque ici une présence possible. Réponse impossible parce quelle se soutient de la spécificité de toute demande, à savoir celle dêtre demande dautre chose, le réel du phallus.
Lenfant demande, la mère signifie cette demande depuis son histoire " réalisée " dans cette rencontre hasardeuse avec son partenaire dans sa fonction de père. ( lhomme doit supporter dêtre sa propre métaphore, puisque comme père, il supporte le référent de cette fonction qui est le phallus).
Le moment où la mère devient pas-toute, moment ou se manifeste l réel du père, F , dans la mesure ou il lui manque, inaugure une nouvelle opposition ; elle, la mère, devient une femme, et cest de la tête de Méduse quil sagit, femme décomplétée, qui ni ne la mais qui supporte que $ x. F x, soit quil y a de lUn ; le père, qui en tant que tel, a droit à la jouissance, qui a dit non à la castration.
Autrement dit, la paire antithétique, nest pas père-mère, mais père/une femme. Etre homme implique daccepter quon lest en fonction de la castration, que le pénis est instrument pour la jouissance, ce qui éloigne le phallus du côté de la mère.
Une femme, en particulier lhystérique, espère trouver celui-là, cette exception, cet homme non castré, si souvent confondu avec un sadique, qui satisferait son désir.
LA CULPABILITE DU NEVROSE
Le mot lui-même qui fait ce titre - culpabilité - serait-il frappé de péremption en raison de ses connotations moralisantes et accusatrices serait-il dun emploi désuet en ce temps après que lon eut entraperçu la plage sous les pavés ?
Serait-il au contraire affermi, rénové, vivifié dès lors que lon évoque un peuple ou une classe qui seraient entachés dune faute foncière ou qui devraient séprouver coupables et jugés tels pour sêtre cru élus un jour ?
Freud, de 1895 à 1939, ne cesse dêtre confronté à ce déchirement de lhomme coupable et impuissant, à cette " malédiction essentielle ". Voilà ce quil rencontre dans linsistance de sa clinique, le poids de lHistoire et dans la part quil saisit dune force civilisatrice liée à la culpabilité. Culpabilite, comme le poing sur la table, frappe dun bout à lautre du texte de Freud, une constante de lénigme ou lon voit sarticuler la culpabilité et la civilisation : tel est le paradoxe. Pourquoi lhomme est-il donc si malheureux, pourquoi se donne-t-il tant de mal alors quune juste harmonie serait à portée de sa main ? tout pour être heureux ? si tel était, ne se trouverait-il pas réduit au silence ?
Du renoncement imposé par la loi, du mythe oedipien qui léclaire, de la culpabilité comme conséquence, Freud touche à ce fond dune faute originelle qui noue la culpabilité à la jouissance. Le dualisme pulsionnel peut en rendre compte moyennant que lui, Freud, pose sans sen départir jamais la radicalisé de la pulsion de mort.
Pour lhomme, placé sous limpératif, il lui faut donc se rompre au commandement du toi ne dois pas " ; mais il lui faut aussi obéir à un " tu dois " encore plus exigeant, voir délétère.
Linterrogation de Freud sur ce point constitue un véritable fil de trame, jamais lâché par lui dès le principe de son effort. Et Lacan, dans la dernière page de Télévision, insiste sur ce point quil est " impossible de se retrouver là-dedans sans un soupçon au-moins de ce que veut dire la castration ".
Le concept de castration réveille donc le thème : dune castration qui vise la division du sujet à une castration référée à lobjet irrévocablement perdu.
A partir de quelques phénomènes chez Freud avant 1920 :
la division du sujet
Dès les premiers écrits de Freud se constitue lébauche dune culpabilité à élucider. Par exemple, dans les lettres à Fliess, la rubrique des faits cliniques ne peut éluder les auto-reproches et le sentiment présent, conscient, de culpabilité. Le plaignant dans sa litanie saccuse dimpuissance en appelle au " devoir à accomplir " et révèle par là quil a pu commettre le péché par omission, par intention discrète ou ancienne. Le possible se dissimule derrière limpuissance : impuissance à aimer, impuissance à travailler à renoncer, à ne pas répéter, complaisance dans les records qui constituent, Freud le remarque déjà, un " frein au traitement ". La liste sallongera avec le sentiment inconscient de culpabilité qui recèle le complexe ou le sentiment dinfériorité, ou encore la culpabilité habituelle des survivants.
Pour Freud, la volupté sexuelle trop précoce, le choc sexuel prématuré conduisent par transformation à ces auto-reproches, sous leffet dune force contradictoire qui semble issue " dune source indépendante de déplaisir ". Un voile se lève cependant sur ce " coin vraiment inconnu du psychisme " sitôt que Freud y introduit la rivalité, la vengeance, " les méchants souhaits ", et la satisfaction obtenue dune contrainte au libre jeu des émonctoires. Freud à cet endroit met en avant la rupture intervenue dans le déroulement de la maturation sexuelle, les fantasmes incestueux et la reviviscence de " processus posthumes " du fait dune puberté retardée qui est le propre de lhomme. Lordre de la nature ici est subverti : lhomme est un animal contre nature.
Cest donc sur son naturel plutôt rêveur que Freud dirige sa réflexion et cest au pivot de ce siècle, la Traumdeutung qui inaugure linvention de la psychanalyse. Du rêve est révélé que le principe de plaisir se trouve satisfait malgré la censure.
Tout est possible dans le rêve " ou règne une entière indifférence morale ". Certes au réveil, on rirait peut-être dun manifeste outrancier qui défie apparemment toutes contraintes ; mais pourrait-on se gausser de " cet obscur minimum de culpabilité " qui aurait fourni la matière ? la nudité qui rend honteux, la pudeur outragée qui signale une jouissance, montrent aussitôt que linnocence et son paradis sont entachés. " lappareil " est composé de deux instances concurrentes dont lune, par la censure, réprime, soppose et contre-carre.
Il ne saurait être question ici de suivre le détail du développement de lélaboration freudienne. Sur cette route de Thèbes, jalonnée par les premières analyses, on aura aperçu un passage, plutôt que des références fréquentes à la culpabilité elle-même, la multiplicité des occurrences proches traçant un entour, laissant la marque au centre dune théorie encore à produire.
Route pavé de bons sentiments, fusent-ils sentiments de culpabilité, dont tout un chacun sempresse de faire son fardeau le plus commun. Freud lui-même sarrête un instant pour sinquiéter des ravages que " la morale sexuelle civilisée " commet sur un bon sauvage qui naurait pas encore lu Totem et tabou. Mais sil lâche Reich à ce point dillusion, lui Freud continue. Le fardeau se supporte tout aussi bien de laltruisme de lhystérique à faire avancer cette psychanalyse naissante que de lobstination de lhomme aux rats à y faire suite, lui dont la dette introduit Freud, par une voie nouvelle, celle de lobsession, à lautoroute oedipienne.
" La note en guise dépitaphe quen 1923 Freud dédie à ce jeune homme qui, dans le risque de la guerre, a trouvé " la fin de tant de gens de valeur sur lesquels on pouvait fonder tant despoirs ", concluant le cas avec rigueur du destin, lélève à la beauté de la tragédie ".
faire dun succès un crime, voilà bien le comble ! trébucher alors quune seule foulée suffirait à franchir la ligne ! hasard ou sottise ? non. Débat apparemment insoluble mais dont Freud a déjà une clé. Le paradoxe de léchec, sil ne porte pas encore le non de " division ", est pour e moins lobjet de son étonnement et de son astreinte depuis plus de vingt ans. Il introduit là une proposition centrale, le fantasme de désir, avec sa force : fantasme toléré aussi longtemps quil reste imaginaire. Mais dès lors que le monde impose ce fantasme, dès lors quil touche à une réalité, la conscience morale sinsurge et se manifeste punitive. Certes, il ny a pas faute commise dans la réalité daujourdhui : cest quelle est à linsu. La culpabilité endossée, la punition infligée proviennent donc dun en-deça de la révélation : la fable doedipe, réduite à la fable, rendait-elle compte de ce que la culpabilité ne chercherait quà sarrimer à une faute, enfin. Le crime ou le délit ne seraient-ils que loccasion de justifier une justice déjà rendue ? sous lécran de la faute alléguée se masque, jusqu'à la provocation, la faute oubliée, en sursis de peine, et faisant de la sorte quun acte manqué soit un acte de délivrance. La cause est à lire là ou elle est inscrite, cest à dire au tableau des résultats, sans pour autant quun soulagement sensuive.
La pulsion de mort : lobjet irrémédiablement perdu.
Les interprétations ont perdu de leur tranchant. Les patients guérissent moins. " Cette force qui sagrippe entièrement à la maladie et aux souffrances ", cest la " réaction thérapeutique négative ".
A la révélation de la loi de linterdit de linceste soppose un autre fait, tout aussi encombrant pour lissue de la cure : la mauvaise foi de lanalysant. A cet analysant devenu sans foi ni loi, Freud va opposer une riposte. Au sentiment de culpabilité bien évidemment conscient, puisque cest ce dont les malades se plaignent, ou plus exactement ce quils donnent comme explication vague à leur malaise, sorte de bouchon tous usages à lirruption de ce que linvention freudienne avait pu justement dégager, à savoir linconscient, Freud allait opposer, puisque laffaire nétait plus conclue, une nouvelle opération dans laquelle cest la culpabilité elle-même qui devenait inconsciente. Il souligne le caractère apparemment incongru de cette nouvelle qualification : " Quand nous parlons aux malades de sentiment de culpabilité inconscient, ils ne nous croient pas facilement. Ils savent trop bien par quels tourments se manifeste un sentiment de culpabilité conscient, une conscience de culpabilité et ils ne peuvent donc pas admettre quils pourraient héberger en eux des motions tout à fait analogues dont ils ne ressentiraient rien du tout ".
Le patient ici plaide non coupable, dans ce biais ou son analyse se traîne interminablement ou dans celui qui le fait échouer à un examen ou dans sa profession. La culpabilité nest plus alléguée comme causale mais refoulée, passant du débit de la plainte au crédit du bénéfice secondaire.
La culpabilité dépasse le dispositif signifiant là ou Freud indique un "au-delà " du côté de la pulsion de mort.
Dans malaise dans la civilisation, paru en 1930, Freud, revenu aux grands problèmes culturels qui lont souvent fasciné, sinterroge : " quels sont les desseins et les objectifs vitaux trahis par la conduite des hommes, que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? on na guère de chances de se tromper en répondant : ils tendent au bonheur ; les hommes veulent être heureux et le rester ".
Mais ce quil va constater dans sa pratique et que la guerre sanctionne à grande échelle, cest que la pulsion ne peut être lobjet dun dressage par la civilisation : lhorreur et le cauchemar en pleine lumière. La guerre est un scandale pour la civilisation puisquà leur stade le plus avancé du développement, les nations sentretuent.
Il ny a aucun à entretenir sur lamélioration de la nature humaine : cest un avenir sans illusion. Ainsi, à mesure que Freud savançait dans lexpérience, ce quelque chose qui surgissait, qui sétalait au-delà du principe de plaisir, cest la tendance de lhomme à lagression, à destruction, à la cruauté au dépens de son prochain.
Il va nommer cela la pulsion de mort, introduite dans " Au-delà du principe de plaisir " et constamment réaffirmée jusqu'à la fin de son uvre.
Mise en place à partir de phénomènes de répétition, irréductible à la recherche dune satisfaction libidinale, marques du " démoniaque ", la pulsion de mort simpose comme un effet exigible.
Du coup, Freud réinterprète le sentiment de culpabilité en le portant dans un autre registre . il ne fonctionne plus dans la " langue fondamentale " de lhystérie, sur le modèle du refoulement. Il devient le problème capital " du développement de la civilisation et fait voir pourquoi le progrès de celle-ci doit être payé dune perte de bonheur dû à ce sentiment ".
Directement dérivé de la pulsion de mort, il maintient la construction dualiste pulsion de vie - pulsion de mort et rétablit léquilibre de lensemble de cette composition. Dun côté, les pulsion sexuelles se transforment en symptôme, de lautre la pulsion de mort se transforme en sentiment de culpabilité.
Mais dautre part, ce qui peut apparaître comme un assemblage de termes disparates : sentiment - inconscient - culpabilité révèle un point doscillation entre deux positions de la pensé freudienne ; entre linterprétation oedipienne de linconscient, versant symbolique et la théorie des pulsions, versant de lobjet : de la dette de lhomme aux rats au fantasme masochiste, du désir à la jouissance.
Dans " le problème économique du masochisme ", Freud remplace lexpression " sentiment de culpabilité inconscient " par celle de " besoin de punition ". Mais il complète cette définition phénoménologique en tirant la perspective du côté métapsychologique, désignant ce sentiment de culpabilité inconscient comme étant le masochisme moral.
Inaugurée avec les trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) où le masochisme (dans sa dimension, alors, de phénomène pervers) nétait jamais primaire mais toujours secondaire au sadisme - un retournement du sadisme sur le sujet - une sorte " dautosadisme ", sa théorie du masochisme est complètement reprise en 1924. Le masochisme devient le pendant du sadisme qui était une motion pulsionnelle sexuelle dans la première topique. Avec lintroduction de la pulsion de mort se rééquilibre lensemble de la composition dune façade théorique néoclassique : maintenant deux colonnes, la pulsion sexuelle et la pulsion de mort, soutiennent chacune leur chapiteau. La première, le sadisme, la seconde, en vis-à-vis, le masochisme primaire. Dans larchitrave et la corniche se mêlent les fioritures des intrications de lune et de lautre.
En somme, Freud est parti dune remarque infirmant le principe général des pulsions, quune tension tende vers labsence de tension, en notant quil existe des tensions qui saccompagnent de plaisir, et quil existe des détentes déplaisantes. A la question de lorigine du masochisme nest plus répondu quil est le retournement du sadisme sur le sujet - ce qui devient le masochisme secondaire - mais est posée lexistence dun masochisme primaire, directement issu de la pulsion de mort. Ce masochisme érogène ne peut plus sexpliquer par la sexualisation dune excitation douloureuse, mais devient le rejeton de la conjonction de la libido et de la pulsion de mort, qui entraîne, si elle est tournée vers lextérieur, " la volonté de puissance ", et qui, si elle reste liée libidinalement, entraîne le masochisme primaire. Ces catégories cliniques sous lequel on le trouve sont, du côté dun agencement pervers, une conduite qualifiée de masochisme féminin, et du côté dun agencement névrotique, le masochisme moral.
Cette architecture symétrique permet de bien dégager la structure du masochisme. Elle rend compte de la réaction thérapeutique négative tout aussi bien que de la pente foncière de lêtre-parlant à se donner du mal. A la différence du masochisme pervers, organisant une stratégie de la jouissance, le masochisme moral est plutôt un autre non pour la névrose déchec dans une version rénovée par rapport à 1915. (" ceux qui échouent devant le succès "), régénérée de trouver maintenant sa racine dans la pulsion elle-même.
Freud sarrête à ce point en rabattant encore sur le noyau oedipien la question déjà ouverte cinq ans plus tôt, dans " on bat un enfant ", sur la génèse du fantasme masochiste. Louverture à la pulsion avancée par ce texte se clôt sur lexplication oedipienne bouchant la piste à peine ouverte : le sentiment de culpabilité inconscient est le besoin de punition de la part dune puissance parentale. Le fantasme dêtre battu par le père est la déformation du désir davoir des rapports sexuels passifs avec lui : résurrection du complexe dOedipe, terrain familier dont le contour ne se balise daucune incertitude particulière. Retour du pire au père, laissant en jachère le caractère dangereux, dit Freud, voire suicidaire, du dit masochisme moral.
Est-ce pourquoi Lacan a pu déclarer à son propos dans le discours de Rome quil sagissait dune " notion périmée " ?
la péremption de cette époque-là est plutôt à ranger du côté de la trouvaille de Lacan de linscription du sujet dans lordre signifiant. Le père à-tout-faire freudien se trouvait dun coup dépassa par la nouvelle que les fils sont dabord les fils du signifiants avant que dêtre les fils de leur père.
Treize ans plus tard par contre, Lacan note que le masochisme est ce qui épingle lêtre dans son rapport à " lAu-delà du principe de plaisir ", commentant le texte freudien de la pertinence dune double articulation.
Premièrement, " lAu-delà " permet de comprendre le concept de répétition et en particulier de le comprendre comme effet de chaîne, " installer dans le circuit de la réalité comme processus primaire, larticulation signifiante de la répétition ".
Deuxièmement, " lAu-delà " a un autre intérêt, un autre sens, " plus nouveau encore ", précise Lacan, celui de " porter au forçage de sa barrière traditionnelle du côté dune jouissance, dont lêtre alors sépingle du masochisme, voire souvre sur la pulsion d mort ".
Cest-à-dire que lon voit souvrir une perspective sur un masochisme qui nest plus tout à fait une notion perspective sur un masochisme qui nest plus tout à fait une notion périmé. Il retrouve sa fraîcheur à ce point ou lenseignement de Lacan sest décalé dun système tout signifiant, par ladjonction dans le discours de linconscient, du reste du produit de cette opération signifiante :
S1 ® S2 S1 ® S2
$ $ a
derrière lAutre, " trésor des signifiants ", pointe le manque de signifiant dans lAutre. Cest particulièrement illustré dans le Séminaire XI, par les opération dites daliénation et de séparation.
Si la culpabilité renvoie chez Freud à la loi, précisément à la loi de linterdit de linceste, elle réfère chez Lacan au langage lui-même. Le sujet pense quil ne mérite jamais son nom, quil nen est jamais à la hauteur. Plutôt que dimputer la faute à lAutre, il le prend sur lui. Toujours impuissant à sexprimer, les mots lui manquent. Si, pour Freud, lhomme se rend coupable pour conserver lidée que Dieu est sans faute, pour Lacan, lhomme se rendrait coupable pour conserver lidée que tout pourrait se dire. Ce sujet ouvert à tous les sens, celui de la religion tout aussi bien que celui au début dune analyse, cest ce quillustre avec les cercles dEuler lopération daliénation.
Le masochisme au contraire correspond à un point de non sens : pourquoi tendre lautre joue à une deuxième gifle ? ça na effectivement pas de sens sauf, peut-être, à envisager le sujet comme étant séparé de lAutre, un sujet privé du langage. " privé ", à entendre ici comme dans lexpression " la vie privée ". Dans cette intersection entre le sujet et lAutre pointe le fantasme.
Pourrait-on dire que la culpabilité renvoie le sujet, comme être de langage, à lopération daliénation, tandis que le masochisme renvoie le sujet, comme lié à un fantasme, à lopération de séparation ?
mise en parallèle un peu forcée sans doute puisquil faut remarquer que, si la culpabilité comme effet de signifiant fonde - ou cause - le sujet, le masochisme est plutôt, lui, un effet de sujet, en tant quil est lié à la pulsion de mort.
Le terme de " couardise " dont lépingle Lacan signe bien leffroi de ce sujet à ne pas vouloir voir ce qui léclaire.
Si lanalyse peut effectuer sur la culpabilité un travail de dissection, en révèlent de limpuissance à limpossible de rapport sexuel, comment peut-elle travailler sur le masochisme primordial ? un phare, dont lintérêt est quil marque quelque chose qui serait à éviter, si cela était possible, en tout cas un danger, un point obligé aussi.
La position masochiste a au moins le mérite de faire signe à ce sujet sur sa jouissance, dautant plus quelle lui paraît étrangère. Elle retourne le sentiment de culpabilité ou se suffisait la plainte, là ou le névrosé, " le fantasme, il ne approche quà la lorgnette ". Cest du bon bout de celle-ci que le masochisme moral, en linversant confronte le sujet à son rapport à la jouissance.
La question du Surmoi
Si de cette moisson de faits que Freud a épinglé de culpabilité consciente, mais plus encore inconsciente, on a remarqué que le recours à la castration nomme, avant la lettre, la division du sujet ; cette visée initiale bascule ultérieurement vers le Surmoi, la genèse de limpératif et là, devrait apparaître un autre repérage de la castration, versant " dessert de jouissance ".
" Je me suis seulement trompé en attribuant à ce Surmoi la fonction de lépreuve par la réalité ". Ainsi en c même temps ou sinverse le lien qui, du refoulement fait découler langoisse, apparaît le Surmoi. Une irréductibilité, un interminable, un achoppement sur lêtre même du sujet simposent à partir de la réaction thérapeutique négative " foncière " et du peu despoir qui sensuit. Il règne ce Surmoi " incarnation des scrupules de consciences et dun sentiment inconscient de culpabilité ", dominateur, juge, critique et dépréciateur. Il simpose par des effets qui sont ceux-là même dont la névrose et sa torture témoignent : " Quand le précepte est survenu, le péché a pris vie et moi je suis mort. Le précepte fait pour la vie me conduisit à la mort ". (Epitre aux Romains). Mais dou vient-il ce Surmoi ? question difficile qui est ramassée dans le dernier chapitre de lAbrégé sous les rubriques de " lexterne " et de " linterne ".
Ce " nouveau venu " assume dans le monde intérieur le rôle du monde extérieur, moyenant une introjection qui ouvre à la question : " que veux-tu de moi " ?
Lacan, en 1957, avance sur ce point une proposition ou les rapports de " lexterne " et de " linterne " énoncés par Freud laissaient un blanc sur cette vivacité dun Surmoi extérieur au sujet. Lacan dit en effet que la voix impérative intérieure est soumise ou bien passe sous leffet dune verwerfung : rejetée du symbolique, la voix reparaît dans le réel et le commandement intériorisé se manifeste comme extérieur.
Un mot de Freud vient-il là à propos ? cest à la fin du moïse, ou le commandement, les commandements les commandements ne visent plus les seules exigences de renoncement, ou limpératif nest plus sous le strict signifiant paternel. Limpuissance de Dieu à faire le monde tel que lattend le peuple élu, cette faillite de Dieu, jen faits ma faute, dirait lhomme.
Le mot de Freud, cest " disculper Dieu " - " Entschuldung Gottes ". Touche-t-il là au point de manque radical que portent les parents ? la faute de lautre, mais plus encore faute de lAutre, ce qui fermerait le chemin à toute réparation et à toute complétude, prendre sur soi la faute initiale rétablit Dieu dans son droit absolu à imposer sa loi jusqu'à labsurde.
La voix impérative dont la censure est un premier témoin par le blanc quelle impose dans la texture du rêve est dès lors liée à la déchéance du pouvoir de réponse qui signale la défaillance foncière de la mère. La déchirure initiale et la perte quelle suppose ne sont pas simplement une amputation dun narcissisme et elle devra retrouver une valeur, un efficace dans le remaniement du complexe dOedipe. La rupture du support maternel conduit à une tentative de suppléance selon un ordre différent. Cette " père-version ", lien amoureux du père, ce virage est celui de lidentification à lobstacle qui vise tout autre chose que le retour à la mère première entachée de létalité. Un tel lien au père conduit-il à une possible dissolution ? le chemin à parcourir sera différent chez le garçon et chez la fille selon la tournure spécifique que prend pour lun et lautre la barrière de la castration. Perdre cet amour, voilà son lot et son angoisse pour elle ; tandis que le garçon garde la possibilité dune identification dite régressive ou il saffublerait des " insignes de la puissance paternelle ". Cet héritage de lOedipe, cette restauration dune nouvelle alliance, emportent avec eux, sils réussissent, un effet pacifiant, un versant exaltant. Une impasse cependant : comment perdurerait la hargne contre soi-même si lincorporation du Surmoi oedipien nentraînait avec elle un contentieux de reproches, incorporés du même coup, avec un solde dexigence bien plus astringentes que nen veut la seule conscience morale ? cet héritier de lOedipe, ce Surmoi-là " émane dune source plus haute " et " sa sévérité dépasse celle même des parents ", dans cette mesure ou les parents "oublieux de leur propre enfance " transmettent leur propre Surmoi parental (1932). Cette transmission : rien dautre que le signifiant sous le sujet sefface et disparaît aussitôt quil est saisi du signifiant même.
Sitôt, sous la voix qui lui impose lêtre. Premier impératif qui lassujettit à la chaîne signifiante, sintroduit la distance qui le sépare de lobjet irrévocablement perdu, place vide dont nul signifiant ne rend compte, vacuité ou se place la jouissance, au lieu ou ce vide fait appel de jouissance. La malédiction du Surmoi sétablirait du premier mot qui désigne et interpelle puisquil ne se prononce et ne sentend que de cette défaillance inaugurale. Jouis, puisquil ne te reste que ça à vivre.
La culpabilité du névrosé à fourni lamorce et lentretien dune lecture de Freud ; concomitamment simposait la recherche de quelques pivots chez Lacan. Essayons den ramasser lessentiel sous trois aspects.
Initialement serait lordre du constat clinique ou la culpabilité apparaît comme un phénomène énonçable, plainte et malheur, ou bien ce phénomène est-il discret, fait dimpuissance et de complaisance. Cette culpabilité, bien sûr, le chemin à une prophylaxie généreuse dans sa simplicité, dune inventivité sans variété, comme si limaginaire ici se mordait un peu la queue.
Freud, évidemment, tient pour rien une conclusion réduite à des préceptes hygiénistes. Il déplace laffaire, en fait une vraie affaire, cruciale. Les termes eux-mêmes ont alors changé : le tabou de linceste, lOedipe et la castration. La culpabilité sefface loin du monde des anecdotes et de la soumission à des règlements bornés, pour devenir un temps fort dans lapparition et le déploiement de la civilisation. Le Surmoi que Freud traque sans le nommer jusquen 1920, sarticule à la castration, elle-même du sujet divisé. Sous légide du signifiant paternel une issue cependant, une pacification semble accessible, une sorte de paix des chaumières. Lentreprise de déchiffrage peut prendre la tournure dune thérapie.
Mais, avec le " Surmoi maternel ", avancé en 1958, sans suite cependant sous ce vocable - Surmoi " encore plus ravageant, plus exigeant "- un virage est pris. Il sappuie dune castration corrélée à la perte de lobjet, objet a . cette perte radicale marque lentrée dans la vie quanime la pulsion de mort, et en appelle à la non-castration. " lordre impossible à satisfaire " le " jouis " (1971) impliquent limpossible du rapport qui viendrait obsturer, étancher - paix du silence et du tombeau - face à cette forme nouvelle de la castration.
A quelles conditions ici une entreprise de déchiffrage est-elle de mise ?
LE PERE DE LHYSTERIQUE ET DE LOBSESSIONNEL
CHEZ FREUD
La fonction paternelle est au principe de la psychanalyse. Cest au père quest rapportée la causalité psychique, qui est dabord pour Freud, séduction par le père ou un de ses substituts, dans les Etudes sur lhystérie, " complexe nucléaire " ensuite, avant que dêtre nommée, pour la première fois dans " contribution à la psychologie amoureuse " en 1912 : complexe dOedipe.
A côté de ce rôle, disons pathogène pour reprendre lexpression de Lacan dans " Le mythe individuel du névrosé ", Freud assigne à cette fonction paternelle un rôle de support du désir du sujet, de normalisation dans lidentification. Cest dans ce mythe dOedipe que Freud repère en effet la fonction paternelle comme initiatrice de ce quil appelle : complexe de castration.
Freud fait référence, pour la première fois, au mythe dOedipe dans la lettre 71 du 15 octobre 1897.
" Jai trouvé, dit-il, en moi comme partout ailleurs des sentiments damour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments damour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants... sil en est bien ainsi on comprend en dépit de toutes les objections rationnelles qui sopposent à lhypothèse dune inexorable fatalité, leffet saisissant " dOedipe-Roi " ... Mais la légende grecque a saisi une compulsion que tous reconnaissent parce que tous lont ressentie. Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, un Oedipe et sépouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité ". Cette découverte de limportance centrale de linstance paternelle est contemporaine du transfert à Fliess et consacre leur désaccord fondamental. La lettre 71 est la seule lettre à laquelle Fliess ne répondra pas. A laccent mis sur le rôle de la mère par Fliess, Freud substitue le père comme fondateur de la loi. Mais ce père, support de la loi est aussi bien le point de départ dun conflit, soit aussi bien cause du dérèglement de la loi. Cette fonction paternelle, donc, avec ces deux aspects, ces deux versants antinomyques, va se voir illustrer successivement dans luvre de Freud par trois mythes freudiens du père : lOedipe, Totem et tabou, Moise et le monothéisme. Cette fonction paternelle va subir des vicissitudes au cours de cette évolution dans le sens dune accentuation toujours plus grande du rôle pathogène du père par rapport à son rôle normatif.
Dans le mythe dOedipe, laccent normatif est souligné, et placé au premier plan. Cest en tant que porteur du phallus que le père peut endiguer la puissance obscure du sexe féminin, comme sexprime Freud à cette époque. Le père soffre là comme le support identification pour le sujet qui va dans le sens du désir, dans le sens du désir contre la jouissance, mais cependant au prix de ceci : la rivalité par rapport à la mère et sa conséquence : le désir du meurtre chez lenfant.
Dans le mythe de Totem et tabou, lambivalence est là encore accentuée. Ce nest plus comme support du désir que le père apparaît, mais au contraire comme un père qui fait exception à la règle. Ce nest plus un père qui se soumet à la loi quil transmet. Cest un père égoïste et jaloux qui garde les femmes par devers lui, qui chasse et castre les fils. Cest un père à la jouissance infinie. Cest un père dont le meurtre ne fait que renforcer la puissance auprès des fils par lamour coupable quils lui portent, par ou sa loi dinterdiction fait retour.
Le totem, substitut de ce père originaire, a pour fonction dinterdire la jouissance, par la dévotion qui, requise, en même temps que a dévoration au cours du reps totémique, ajoute à cette loi un commandement de transgression. Ici lidentification au père se manifeste sous ses deux versant opposés : celui dune loi qui interdit la jouissance et celui dun commandement qui contraint à cette jouissance interdite. Cette double polarité de la fonction paternelle, intriquée dans le mythe de Totem et tabou va se voir vingt-cinq ans plus tard dans Moïse et le monothéisme resituée dans une opposition complète, inconciliable, ou cest finalement la polarité la moins normative de la fonction paternelle qui va lemporter. Cette bipolarité est supportée dans ce texte par les deux figures de Moïse : celle de lEgyptien, serviteur du Dieu rationaliste de la religion dAakhenton ; celle du midianite, serviteur de Iahvé, obscure divinité des volcans. Ces deux figures illustrent cette polarité. A la grandeur du père sublime, du grand homme, pacificateur, tout amour, du père qui réclame non pas la reconnaissance mais obéissance à son autorité et exige la croyance.
Au terme de son parcours, Freud sera conduit à accorder la prééminence à cette seconde figure paternelle, à lencontre de ce quétait son projet de départ. Linstance paternelle na pu apporter quune partie seulement le principe de la rationalité, des lumières, de l raison, cette instance paternelle se trouve porteuse elle-même de lobscurité et de la cruauté quelle était censée dissiper.
Chez Lacan
Lambiguïté de la fonction du père freudien na pas échappé à Lacan ; il nest pour cela quà se reporter à son " Mythe individuel du névrosé " pour y retrouver là double polarité dans ce quil nomme rôle pathogène et rôle normatif. Lacan apporte un éclairage sur cette discordance du Moïse et le monothéisme avec les trois registres de la structure : le réel, le symbolique et limaginaire. Il reprend lexamen de la fonction paternelle selon ces trois registres ou le père se trouve à fonctionner sous les espèces du père réel, du père symbolique et du père imaginaire. La théorie du signifiant et la théorie du désir avec Lacan vont permettre la réécriture de la double fonction du père chez Freud.
LE PERE SYMBOLIQUE
Cest le père mort, dit Lacan, en tant que par la dette symbolique le sujet de trouve lié à la loi, issue du meurtre du père. " Le père symbolique en tant quil signifie cette Loi est bien le père mort ".
Lacan élève la paternité à la dignité dun dignifiant particulier : le nom-du-père, particulier en ceci quil est un pur signifiant, ce qui veut dire, sans corrélat dans la représentation. A ce titre, cest un des signifiants minimum, nécessaire à larmature signifiante du sujet. Cest un signifiant qui, sil est sans corrélat dans la représentation, est la condition de la représentation du sujet par le signifiant, ce qui a pour conséquence quil ny a pas de subjectivité paternelle. Le père est un Nom. A ce défaut de subjectivité paternelle font pendant les figures paternelles, nombreuses. En tant que tel ce signifiant Non-du-père est totalement disjoint du père imaginaire et du père réel.
Comme signifiant, le Nom-du-père est support du système symbolique, clé de voûte, point de capiton , nouage, selon les termes de Lacan. Cest un signifiant supposé à cette fonction de support de lédifice symbolique. Il est supposé, dabord, pour rendre compte des phénomène es rencontrés dans la névroses et la psychose. Cette fonction de support comme le souligne C. Soler est par Lacan tantôt attribuée à un signifiant supplémentaire dans la " question préliminaire à tout traitement possible de la psychose " par exemple, ainsi que dans le séminaire le sinthome avec cet élément supplémentaire. Remarquons que lorsque Lacan fait intervenir un signifiant de supplémantarité, cest à chaque fois concernant la psychose, ou précisément le signifiant du Nom-du-père est rendu nécessaire dans le cas ou il fait défaut. Cest son défaut qui requiert sa nécéssité.
A dautres moments de son enseignement, Lacan tente de faire léconomie de ce signifiant supplémentaire, en valorisant cette fois la fonction paternelle comme telle. Cest ce quindique par exemple la pluriel des Noms-du-père en 1963, le nouage même dans le noeud borroméen à trois.
Dans ces deux cas de figure, ce signifiant Nom-du-père va devoir pour nous être rapporté à la structure de lAutre : de lAutre complet dabord. Comme signifiant particulier supplémentaire, le Nom-du-père comme autre de la loi, répond à la complétude de lAutre quil vient redoubler. De lAutre décomplété, ensuite, ou le signifiant Nom-du-père répond au signifiant du manque dans lAutre par le phallus. Il répond du manque de signifiant dans lAutre sur le versant du désir sous les espèces du (-j ). Il répond du manque de jouissance dans lautre sous les espèces du f , signifiant de la jouissance.
Le couple Nom-du-père, phallus, est un couple de signifiants particuliers, dit Lacan. Si le Nom-du-père est un pur signifiant, le phallus est par contre un signifiant impur, qui prend ses racines dans limaginaire. Cest le Non-du-père, comme agent de la métaphore paternelle qui engendre le phallus. La métaphore paternelle qui engendre le phallus. La métaphore paternelle résume la fonction du père symbolique de substituer le signifiant de la paternité au signifiant de la maternité afin de produire une signification nouvelle : la Bedeutung du phallus. Cette fonction paternelle est toujours attachée à la métaphore paternelle chez Lacan, quil sagisse par là pour le père dassurer sa fonction de soutien de lassise subjective ou quil sagisse dassurer lidentification au sexe dans la relation normée au signifiant du phallus. Le phallus vient ici traduire larticulation du désir à la structure de langage. Le phallus comme signifiant rend conforme la théorie du désir à la théorie du signifiant, et permet à Lacan de structure lOedipe freudien à partir des lois du langage avec la métaphore paternelle. Cest par la castration qui fait du phallus un signifiant qui se trouve liée une loi, celle de la castration, à la fonction paternelle. Ainsi la métaphore paternelle produit-elle la signification phallique qui permet de donner sens au sexe, à lexistence. Cette métaphore paternelle est mise en jeu par le père réel dans son rapport à lautre maternel.
cest le père qui autorise, dans son rapport à lAutre maternel et à lenfant, le fonctionnement du signifiant Nom-du-père dans la métaphore paternelle.
LE PERE IMAGINAIRE
Le père imaginaire : ce sont les figure du pères du père qui résultent de la discordance du père réel par rapport à sa fonction, symbolique, figures du père dont le paradigme est la carence.
Carence qui fait que le complexe dOedipe a sa valeur non pas du tout normative, mais le plus souvent pathogène.
DORA
Nous allons présenter une de ces figures du père imaginaire avec lexamen du Surmoi de lhystérique à propos du cas de Dora. Dans les Essais de psychanalyse, Freud accentue deux points essentiels :
- Dune part lidéal dissimule la première et la plus importante identification, celle avec le père, mythique incorporation totemique du père dune identification primaire à limage du père, intériorisation de la loi.
- Deuxième point, Freud accentue le versant langagier du Surmoi. Le " sois ainsi " comme ton père et le " ne fais pas tout ce quil fait " ramassant : un dit impératif, une voix qui profère, en attestant les guillemets, voix qui nest autre que celle de la conscience.
- Freud donne à lire que le Surmoi est constitué de trois registres : du réel avec la voix, du symbolique avec le dit, interdit de linceste, de limaginaire de la conscience. Le Surmoi est donc une instance composite, ce qui fait lintérêt de sa question de mettre en avant le problème de lidentification avec le prototype paternel.
Retrouver chez Dora ce qui exemplifie cette question relève un peu dune gageure, puisquen 1905, Freud est encore loin davoir isolé ce concept. Léchec relatif de Freud dans lissue de cette cure nest pas non plus sans lien avec la découverte future.
Du cas Dora, peut sextraire ce que Freud nomme ses idées prévalentes, ses pensées réactionnelles. Celles-ci font de son père le personnage central discours. Le " mon père ma sacrifiée à cette femme " est sous-tendu par un " je ne peux pas pardonner à mon père ". Ces pensées, nous dit Freud, intensément conscientes, sont lantagoniste de ce qui doit demeurer refoulé.
Freud indique alors comment, par le canal de lidentification aux deux femmes aimées par le père : Mme K. et la mère de Dora, celle-ci était amoureuse de son père. Précisons quil sagit ici didentification par le symptôme. Cest le " elle ou moi " que Freud rapporte à la rivalité jalouse. Dora sidentifie à ces deux femmes en tant quelles causent le désir du père.
Ici nous sommes en présence de deux des modes didentification que Lacan repère chez Freud, au trait unaire, identification qui vaut comme idéal du moi car liée à quelque abandon de lobjet mais aussi identification qui vaut comme idéal du moi car liée à quelque abandon de lobjet mais aussi identification du sujet à lobjet. En sidentifiant à ce qui cause le désir du père, Dora sidentifie au désir de lautre. Cette identification vise lobjet (a) en tant que lAutre le recèle. Mais en même temps elle maintient limaginaire du " a la place de sa mère ". Dora ne bougera plus, du moins dans le cadre de la cure avec Freud, de cette place.
Le père protecteur, celui quelle appelle régulièrement au secours de ses déboires avec Mr K... autant dire de son insatisfaction, nest autre que le père idéal, celui à qui sadressent ses symptômes et qui ayant le rôle maître dans son discours est proprement châtré, Dora ne lui reconnaissant pas le droit de jouir de Mme K, ou de sa mère.
Dora maintient, au prix de ses symptômes, la non-castration de lAutre. LAutre ne doit manquer de rien. Dora complète lAutre du petit (a) au lieu de le décompléter. Lobjet (a) ne peut dès lors venir à fonctionner comme cause par quoi Dora comme sujet pourrait sidentifier à son propre désir. Lobjet de nêtre pas père-du se maintient comme objet de jouissance.
Freud à propos des idées prévalentes de Dora nous dit : " Dora ne cessait de répéter que son père lavait sacrifiée à Mme K. manifestant ainsi bryamment quelle lui enviait la possession de son père et se dissimulait le contraire, à savoir quelle ne pouvait pas ne pas envier à son père lamour de cette femme... " et Freud dajouter à propos de la déception de Dora davoir été trahie par Mme K. quà la jalousie féminine inconsciente était accouplée une jalousie virile. Sous la plainte surmoïque sacrificielle se profile au contraire, lamour de Mme K. que Freud tient pour le désir le plus profondément réprimé de Dora. Le souhait inconscient de Dora est donc la possession de Mme K., cest-à-dire de sa mère, soit lobjet de jouissance suprême sur quoi porte linterdiction première.
Il y a trop de père dans lhystérie qui masque léchec de la métaphore paternelle. Le père tout puissant et châtré de Dora est un maître, un idéal sur lequel elle puisse régner. Cette place du père tout puissant, idéal, surmoïque, Freud viendra loccuper et sy maintenir à partir de ce quil nomme son erreur. La jouissance du symptôme lemporte de ce que Freud, occupé de sa découverte, nait pas occupé celle du semblant . petit et I sont restés accolés. Freud sera rejeté, châtré par Dora à la mesure de la position idéale quil occupait.
Le Surmoi hystérique, pour autant que le cas de Dora puisse être porté au paradigme, se confond avec la figure du père idéalisé et se soutient des trois registres du réel, du symbolique et de limaginaire. Censure de la vérité, incapacité daimer du névrosé, le Surmoi se singularise dindiquer, dans leur contraire, amour et vérité de maintenir refoulés les signifiants permettant leur reconnaissance. La visée de la cure semploie à la disjonction de lidéal et de lobjet, là ou seulement le sujet peut se soutenir de la cause qui le divise.
Lhomme aux rats
la question que pose lêtre avec le sujet dans la névrose obsessionnelle est celle de son existence. La réponse à cette question sanime de la pantamine du sujet. Le Surmoi " doiseau charognard " donné au Dr. Lehrs pour lappeler par son nom, en dit assez sur cette pantamine de lobsessionnel. Léchec de la métaphore paternelle va consister à accentuer la capture dans limage du semblable ou lobsessionnel est pris en un rapport mortifère. La maîtrise imaginaire est la figure centrale de cette mise en scène. Lobsessionnel donne à voir, nous dit Lacan. Cest spécialement le cas pour lhomme aux rats dans la scène de la contemplation de son pénis érigé devant la glace à lappel répété sous la forme de coups frappés à la porte par son père. Ce quil donne à voir comme le rappelait. Miller dans son intervention lors des dernières journées de printemps de lE.C.F. à Bordeaux, cest " la présentification au père mort du signifiant de la jouissance ".
Lacan reconnaît à Freud cette intuition davoir mis en correspondance : les éléments initiaux de la constellation subjective (pacte parental, dette du père) avec les développement derniers de la crise qui conduisirent le sujet à consulter Freud, cest-à-dire la série des comportements délirants du sujet pour trouver une solution à langoisse que le déclenchement de la crise avait fait surgir.
Langoisse ne trompe pas sur la présence de lobjet. Le dédoublement imaginaire se produit dans le scénario ou les termes, tels quils étaient mis en place dans la dette du père, trouvent à sinverser en : rembourser non pas lami mais la femme pauvre, substituée à la femme riche.
Ce déclenchement de la crise a été occasionné par le récit du capitaine cruel du supplice des rats. Récit qui a provoqué chez le sujet la crainte quon puisse infliger le supplice aux personnes qui lui sont chères, son père, la dame de ses pensées, et la suite des comportements délirants.
Lhomme aux rats, en la personne du capitaine cruel a fait la rencontre dun père jouisseur dont la cruauté en dit assez sur la jouissance quil exige. Après un premier mouvement de refus, sanctionné par la défense : " Ne pas rendre largent sinon cela arrivera " vient, dit Freud, le serment : " Tu rendras les trois couronnes 80 au lieutenant A ", qui traduit déjà leffort du sujet pour virer cette jouissance à linconscient.
Ce serment fait à soi-même, si caractéristique du mode de pensée de lobsessionnel, nous a semblé être à même dillustrer la fonction paternelle chez lobsédé.
En matière judiciaire, quil soit promissoire, décisoire ou supplétoire, le serment fait pleine foi au profit de celui qui prête. Il tranche le litige de façon péremptoire. Il sagit dune attestation en prenant pour témoin Dieu ou ce qui en tient lieu.
Dans la névrose obsessionnelle, il sagit là dun simulacre de serment, annulable, toujours présenté dans son échec possible, modifiable dans ses termes et dans les conséquences de sa transgression. Le meurtre du père y est évoqué continuellement. Le désir sy lie dans la crainte quil nadvienne quelque chose de funeste au père. Le votif sen exprime dans le mode subjonctif. Mais il ne sagit que dun simulacre de meurtre du père. Dans lhomme aux rats, le sujet est obligé de parier sa vie sur le meurtre possible du père ; pour ne pas advenir, il se maintiendra dans la crainte dun meurtre impossible qui lui signifierait sa mort et sa place dans la génération.
Le père nommé, advenu au symbolique, na pas besoin dêtre tué. Lobsessionnel élude cet avènement en le figeant en le figeant dans une incantation, surdéterminée qui lie sa vie à lintégrité du père. Il ny a en tout cela quun jeu avec la menace de la mort du père qui permet den ajourner indéfiniment la perspective, voire den occulter la réalité. En fait, le père de lobsessionnel est un père increvable. Ce père est lobjet dun amour intense de la part de lhomme aux rats, dun amour qui maintient refoulée la haine pour le père ; ainsi confia-t-il à Freud : " Mon père et moi, nous étions les meilleurs amis, excepté dans quelques rares domaines où père et fils ont lhabitude de sécarter lun de lautre, lintimité entre nous était plus grande quavec mon meilleur ami actuel ".
Lhomme aux rats prends en compte, dans sa mission de remboursement, un fragment dhistoire qui nest pas la sienne. Il est demblée redevable dans une sorte de " fait générateur " dun solde débiteur laissé par son père, comme une dette de jeu irremboursable qui ne trouvera jamais son créancier véritable. Dans sa mission votive, lhomme aux rats entreprends de faire cette restitution, mais lexécution de cette consigne est demblée annihilée dans sa réalisation par le doute et une série de démarches antagonistes. Tout est organisé pour faire échouer le paiement de la dette, cest-à-dire la reconnaissance du père, son meurtre et partant lacceptation de la mort que lobsessionnel refuse en faisant quy penser.
Au total, les serments comme les voeux rencontrés chez lhomme aux rats apparaissent comme des figures du désir, dun désir fondamentalement ambigu de ne pas choisir, de maintenir dans une disposition spéculaire les deux alternatives : la vie du fils et /ou celle du père. Les énoncés truffés de particules de négation le réintroduisent dans le discours (pourvu que ... ne pas ). Il sagit là que le père et le fils soient rendus inséparables. Le véritable pouvoir séparateur de la métaphore paternelle ici ne fonctionne pas. Plus quun père mort, il sagit là dun père qui nen finit pas de mourir .
la carence paternelle dans la névrose obsessionnelle de lhomme aux rats est imputable à ce que le père a failli dans son rapport à son désir. Dès lors le sujet obsessionnel essaie de construire un Autre dont il ait la maîtrise, dont il puisse vérifier quil est toujours là, à sa mesure, à la mesure du sujet, soit le signifiant. Dun Autre qui ne change pas les règles du jeu en cours de partie. La dette, ce manque que lobsessionnel essaie de masquer, le signifiant ne suffit pas à la recouvrir, le réel de la jouissance se manifeste : " tant de florins, tant de rats ".
Le père mort assure lobsessionnel de la nature du manque dans lAutre et lui permet de le recouvrir avec du signifiant. Il suffit dune rencontre avec un Autre qui lui nest pas mort, qui réclame dêtre payé avec de la jouissance pour que " les intentions agressives " du sujet obsessionnel se mobilisent en tentative de le réduire à néant et que se déclenchement aussi bien les mouvements de catastrophes qua connus lhomme aux rats dans son histoire. Rappelons ici ce quil nomme comme la plus grande frayeur de sa vie, un souvenir denfance ou jouant avec un oiseau empaillé il avait été pris deffroi à lidée que loiseau était redevenu vivant, ou encore cette terreur lorsquil vit une bête semblable à un rat passer furtivement à côté de la tombe de son père et qui pouvait venir de se nourrir des restes de celui-ci.
Lopposition père symbolique, père imaginaire nous a permis dévoquer la période dite de lintersubjectivité dans lenseignement de Lacan. Avec la promotion de lobjet (a), Lacan se distingue de Freud. Si celui-ci en effet fonde lissue subjective du désir sur lautorité oedipienne du père dans sa fonction signifiante, Lacan traite cette issue à partir de la part non signifiante mais réelle du sujet soit lobjet (a) d fantasme. Lacan tente de se passer du père en pariant pour le pire. Cette pente va saccentuer chez Lacan avec la théorie de la jouissance qui disqualifie la référence au père qui devient symptôme dans la topologie du noeud borroméen.
POUR CONCLURE
Les premières hystériques de Freud étaient très préoccupées par leur père. Ce sont elles qui lui ont appris à en apercevoir la dimension symbolique. Ce sont elles qui lui ont appris à en apercevoir la dimension symbolique. Ce père chez qui la puissance de création sécrit toujours au présent est le père idéal. Limpuissance du père témoigne là de sa carence à transmettre le signifiant du désir, mais cette carence nest pas totale. La question du sexe et du désir de lhystérique témoigne en effet que néanmoins la métaphore a opéré. Si le père dans lhystérie est le père châtré, cest la castration du père idéalisé qui a livré le secret du maître. Le meurtre du père dans le complexe dOedipe découvert par Freud à la suite de ses Etudes sur lhystérie nest que le substitut de la castration que lhystérique refuse.
Le père de lobsessionnel est aussi un père aimé, mais dont lamour condamne la haine à demeurer inconsciente et à perpétuer ses ravages dans la vie du sujet.
Dans le séminaire lenvers de la psychanalyse, J. Lacan soutient que le mythe de Totem et tabou, comme le sujet obsessionnel réalisent un évitement de la castration mais cette fois sur le versant de lexistence, lobsessionnel se dérobe à la castration de faire le mort, de ne pas exister. Il est dans la dette de ne pas exister au regard dun père tout autant mythique que celui de Totem et tabou.
Ces deux mythes freudiens se voient par là, dans les deux modes dévitement de la castration en quoi ils consistent, corellés aux deux grandes névroses ; le complexe dOedipe à lhystérie, Totem et tabou à la névrose obsessionnelle.
Mais pourquoi Freud a-t-il substitué le complexe dOedipe au savoir de lhystérique sur le maître ? pourquoi Freud a-t-il substitué le meurtre du père au refus de la castration hystérique ? cest la question que pose Lacan dans ce séminaire : lenvers de la psychanalyse. La réponse est de première importance. Cest quici un trognon de mythe (on couche avec sa mère, on tue le père) suffit comme savoir en place de vérité. Le meurtre du père, cest la jouissance même, ce quénonce le mythe de Totem et tabou. Le meurtre du père, cest le père réel, dont le père imaginaire nest quune dépendance structurale.
Comme réel ce père est exclu du symbolique. Mais cest cette position dexclusion qui fonde aussi bien le symbolique, la castration, dont ce père réel est lagent par la métaphore paternelle. Cest peut-être ce qui nous permet de comprendre mieux cette phrase de Lacan : " Le père, cest une fonction qui se réfère au réel ". Lacan parle à ce propos dun réel mythique, plus fort que le vrai, pour désigner ce point dombilication, dorigine du symbolique. La fonction paternelle se réfère à ce réel mythique. Cest le père réel qui fait énigme de linterprétation analytique, doccuper cette place de la production dans le discours analytique. En quoi lobsession vient interpréter lhystérie. car si lhystérie nous révèle le savoir inconscient, lobsession en montre la connexion avec la jouissance.
HYSTERIE ET OBSESSION
DANS LA CURE AVEC LES ENFANTS
Hystérie et obsession, deux termes qui sont loin de dominer habituellement la pratique analytique avec les enfants, comme si cette pratique nétait vouée quà repérer la place de lenfant par rapport à ses géniteurs ou à répondre à leur demande, la seule le plus souvent exprimée au départ, celle de réduire les symptômes au non de ladaptation scolaire ou sociale. A lanalyste, au non de son éthique, de trouver au-delà du réel des symptômes de lenfant, la demande de celui-ci ; à lanalyste de dépasser ce statut de lenfant dêtre inévitablement par autrui et pour autrui pour atteindre à la question du sujet, cest-à-dire comment celui-ci a organisé et fait " je " - ou pas " je "- avec ce qui lui a été proposé du désir, du savoir et de la jouissance des parents. Cest proprement alors, remettre lenfant dans le discours analytique, comme analysant à part entière, selon le manifeste du CEREDA.
Nous sommes ici au plus près de Freud et de Lacan. Freud, dans " La disposition à la névrose obsessionnelle " écrit : " La sériation suivant laquelle les formes principale des psychonévroses sont habituellement énoncées - hystérie, névrose obsessionnelle, paranoïa, démence précoce - correspond à la suite chronologique dirruption de ces affections dans la vie. Les formes morbides de lhystérie sobservent déjà dans la première enfance ; la névrose obsessionnelle manifeste habituellement ses premiers symptômes dans la deuxième période de lenfance (de 6 à 8 ans) ; les deux autres psychonévroses, que jai comprises sous le nom de paraphrénie, ne se présentent quaprès la puberté et à lâge de la maturité ...(En réalité) ces formes de développement morbide qui apparaissent si tard, remontent à des inhibitions et à des fixations très anciennes ". Il ajoute un peu plus loin, comment il a dû introduire entre " lauto-érotisme, dans lequel les pulsions partielles séparées les unes des autres, cherchent, chacune pour soi, leur satisfaction de plaisir sur le corps propre " et dautres part, la concentration de toutes ces pulsions partielles sur un choix dobjet effectué sous le primat des organes génitaux, un stade du narcissisme ou lobjet coïncide avec le moi, ainsi quun stade dune organisation pré-génitale ou dominent les pulsions érotico-anales et sadiques.
Cette référence au développement, Freud lapplique principalement, comme il le dit lui-même, aux névroses narcissiques (paraphrénies) et à la névrose obsessionnelle. Lhystérie émerge, au contraire, dans son approche comme ayant structure de discours, ce que Lacan reprendra dans lun des mathèmes de ses quatre discours.
En effet, dans " Le fantasme hystérique et la bisexualité ", Freud, en neuf propositions, définit la co-variance déléments : symboles mnésiques, substitut, accomplissement de désir, symptômes, satisfactions sexuelles, pulsions et surtout signification du symptôme hystérique en tant quexpression dun fantasme inconscient masculin et dautre part dun fantasme inconscient féminin. Cette co-variance est la signature dune structure quil rattache directement à lenfance par lintermédiaire des traces mnésiques refoulées et " dune satisfaction sexuelle qui a été réelle dans la vie infantile ". Cest la structure du sujet encore quil résume dans le symptôme hystérique quand il en fait la " réalisation dun fantasme inconscient servant à laccomplissement de désir ". La dimension métaphorique du symptôme hystérique est soulignée par lui comme " substitut, produit par conversion, du retour associatif des expériences traumatiques ".
Tout est déjà là dans Freud de ce qui fait de lhystérie un discours à lorigine de sa découverte, situant la psychanalyse comme un discours ou lontique dune psychologie fait place à léthique, mais il faudra Lacan pour donner à la texture dun tel discours la forme topologique des mathèmes, qui imposent leur rigueur à la pratique des psychanalystes dans la conduite de la cure ; nous ajouterons, plus spécialement avec les enfants puisque ce nest plus denfants quil sagit alors mais de sujets. Le cas de Nadia en est une illustration, si jeune soit-elle, dans son accession à ce vide central du sujet, et, a contrario, la psychose infantile de " lenfant au loup " fait la preuve de limpossible de lobjet non chû, restant dans le réel et faisant ainsi trop plein. Le manque du manque dobjet, qui promeut aussi bien la " destrudo " ou la pulsion de mort que lautomutilation, manque à faire symptôme par absence de signifiant , donc de substitution métaphorique.
Cette dialectique de lobjet nous amène directement sur la théorie de Mélanie Klein dont le mérite est davoir déduit de sa pratique, la présence active de pulsion de mort, dès après la naissance. Le développement de lenfant pour elle, se trouve ordonné sur laxe qui se tend entre les deux pôles dun binaire qui caractérise deux positions subjectives par rapport à lobjet : dune part la position paranoïde-Schizoïde où lon trouve les objets partiels et la prédominance des processus de clivage comme mode de défense face à langoisse paranoïde, effet de la pulsion destructrices ; dautres part, la position dépressive, laquelle se constitue au moment ou la mère est perçue comme objet total ; lambivalence et langoisse dépressive y font cortège.
Le tiers terme de la position oedipienne, le père, napparaît ensuite que sous la forme dun organe réel, le pénis, en tant quobjet réel appartenant à lempire maternel. il nest pas étonnant alors que Mélanie Klein puisse décrire le caractère ravageant dune relation sur laquelle repose sa théorie du transfert, puisquelle y injecte cette position duelle entre la mère et lenfant.
Labsence de grand Autre comme lieu des signifiants, labsence de symbolisation du père qui na quun représentant réel, le pénis, et non un vorstellungerepräsentanz, leffet de complétude de l Autre à qui est attribué cet objet, ce qui en fait un Autre absolu, non barré, hypostasie de la frustration), débouchent sur un tableau de " psychose normale " par ou passerait tout enfant au cours de sa première année ; ce qui est proprement impensable.
Par contre, on sent bien, pour peu quon ait eu affaire à des enfants psychotique, combien ce tableau leur correspond dans leur fixation à un mode de défense paranoïde, faute que lobjet puisse manquer. Alors, cet objet devient source de persécution et dhypertrophie du moi, par retrait, dont tous les efforts et constructions délirantes seront vains pour faire du réel la réalité subjective, cest-à-dire celle du fantasme et du désir quil fonde. Le transfert, dans ces conditions, peut donner lieu au surgissement dun signifiant, comme " le loup ", qui boucher, non pas le trou de lobjet qui ne manque pas, mais le trou du signifiant, qui rate la signification et fait psychose de transfert, en même temps que lien social (raison de plus comme a dit Lacan, pour prendre les psychotique en analyse).
Rien structurellement ne permet de justifier, même par lamour, les possibilités de sublimation et de gratitude qui triompheraient à la fin de la cure sur lenvie mortifère et la haine, à partir du déchiffrage sans cesse asséné à lanalysant, sous forme dinterprétation, du sens sexuel inclus dans le fantasme.
Si le sujet comme x, dit Lacan, ne se constitue que de lUrversrängung, de la chute nécessaire dun signifiant premier - le petit Hans le confirme fondamentalement - il faut que le pénis réel doit hors du corps et ceci se fait pat lordre, la loi quintroduit le père. " laffaire sort des mains de lenfant " et le désir, qui est manque ne se pèse et ne se pose que dans les plateaux de la logique ou les mathèmes lécrivent.
Toute la visée Kleinienne a cependant eu le mérite dans la clinique des enfants, de marquer une référence constante aux pulsions sadiques et masochistes du petit sujet, cest-à-dire de cerner ce que Freud a défini comme la phase prégénitale. Il y manquait cependant, comme on vient de le voir, un statut de lobjet, celui que Lacan a introduit avec le concept de lobjet (a) - en tant quobjet chû dans le réel, exclu du signifiant - qui seul permet darticuler la relation dobjet en tant que relation au manque, cause du désir, et la relation fondamentale du fantasme. Alors, dans cette phase prégénitale, ce nest pas seulement de lobjet quil sagit en tant que reste de la constitution du sujet de linconscient au lieu de lautre, mais de la tentation de ce sujet déchapper à la castration (celle de lAutre aussi tout particulièrement) en venant prendre cette place dobjet (a) qui fonde toute une clinique, pas seulement privilégiée chez lenfant : la clinique du réel et de la jouissance. Les pulsions sadiques et masochiste y dominent, qui ont fait connoter lenfant par Freud, dans cette phase prégénitale, comme un pervers polymorphe.
Ce qui est visé dans lintention sadique, ce nest pas la souffrance de lAutre, mais son angoisse. Ainsi e désir sadique veut faire vibrer langoisse de cet Autre qui, ainsi repère, fera exister le sujet. Ce qui réduit le sujet sadique à une fonction de pur objet cause de langoisse de lAutre.
Pour lintention masochiste, il sagit de faire apparaître le désir de lAutre comme faisant loi. Autrement dit, le sujet dans son intention masochiste tente dincarner lobjet (a) comme objet commun sans valeur.
Ce qui dans lun et lautre cas tourne autour de lobjet (a) comme manque, ou cest le sujet lui-même qui vient occulter ce manque, soit pour le masochisme par le corps-déchet ou le sujet se fait objet dune jouissance de lAutre, soit dans le mouvement sadique ou cest langoisse de lAutre qui est recherchée comme objet (a).
chez lenfant, ces deux mouvements, à prendre comme intentions et non comme points de structure, sont repérables cliniquement parce que, ce dont il sagit pour lenfant, cest de lobjet (a) en tant quil est pour le sujet cause de son manque. Cette nécessité de lobjet (a) comme cause dans sa constitution de sujet, fait que lenfant se situe dans cette alternative comme sujet entre ce manque et lAutre qui le détermine. Cest une telle dialectique qui peut faire évoquer lenfant comme pervers polymorphe.
Si particulièrement dans la névrose obsessionnelle, lenfant manifeste ce dessein sado-masochiste, comme la clinique en témoigne, cest quen effet dans son travail dannulation ou de dénégation, lobsessionnel vise ce point de manque " sans dailleurs le rejoindre " précise Lacan.
Ainsi, par la tentation sadique ou masochiste, lenfant redouble le signifiant du manque. Toutefois, chez lenfant, nest pas fixé ce redoublement, ce qui fera ensuite le fond de la structure perverse (génitale), à savoir que rien ne manque qui ne soit dordre symbolique.
Il existe une autre perspective de cette place de lobjet (a), selon quil se révèle ou pas comme perte nécessaire pour faire sujet, mais précisément la constitution du sujet dépend de cette alternative. Cest ce que lun de nous a questionné dans une note ; " Les enfants jouent à la guerre, ou les avatars du S2 dans la position hystérique, obsessionnelle et psychotique " en référence à la fois à Freud et à Lacan.
Si lécriture du sujet est celle du discours hystérique
$ ------------ ---> S1
a impuissance S2
le (a) en position de vérité ne se révèle pas en tant que perte, parce que le S2, le signifiant binaire, a chû dans le dessous, dans lUrverdrängung, et si les enfants jouent à la guerre, ce refoulement primaire fait que cest un jeu et non pas la guerre réelle. Dans la psychose ou il ny a point de refoulement primaire du S2, $ a accès au (a) ($ ® a) dans le réel, et lholophrase de S1-S2 fait obstacle à toute pacification symbolique. En tout cas, aucun des différents symptômes : phobies, terreurs infantiles ou obsessions, ne peuvent sinscrire dans une dislectique signifiante comme dans la névrose, hystérique en particulier ou ce qui est visé cest la stratégie d discours qui agite lAutre et renvoie son manque au sujet.
Si la place du sujet en tant quobjet (a) ne se complète vraiment que dans la psychose, ou le sujet se fait alors objet de jouissance de lAutre, il nen est pas de même dans la névrose obsessionnelle qui, on le sait, nest pas rare chez lenfant. Cette tentation chez lobsessionnel, qui nest pas dans le réel, mais dans le symbolique et limaginaire, est constamment contrebalancée par lannulation de lAutre ou du semblable.
Lun de nous a illustré cette position dans un fragment clinique ou simaginarise, en quelque sorte, ce que comporte de mort la symbolisation du rapport à lAutre. Lenfant dont il est question y apparaît clairement dans lattente de la mort de lAutre, sidentifiant à lui comme mort, moyennant quoi, il est lui-même déjà mort. Il sexprime dailleurs demblée dans un dessin en début de cure ou cow-boy aux yeux vides combat un autre cow-boy devant lui, " mais, dit-il, je ne lai pas dessiné, parce que je ne pouvais pas ".le poignard destiné à lautre, il le retourne contre lui à la hauteur du sexe marqué du rouge du réel dune intervention pour ectopie testiculaire. La cicatrice vient marquer la place de lintervalle entre les deux signifiants du sujet S1-S2, à lendroit même ou lobjet (a) a chû, dans une tentative de faire suture métonymique, mais à la différence de lholophrase, lintervalle ici persiste et est marqué parla trace cicatricielle de lobjet chû. Lobjet demeure en jeu, fondant laltérité de lAutre dans le réel, malgré les tentative den faire un objet signifiant métonymique. Le travail de la cure permet la restauration de lécart spatio-temporel de limage spéculaire : spatialement dune part dans un épisode phobique de fascination par la scène primitive, et temporellement, dautre part dans larticulation signifiante qui inclut le temps, celui de lintervalle de quatorze jours qui sépare le jour de Noël - le prénom de cet enfant - du jour de son anniversaire, un chiffre qui a marqué lhistoire traumatique de son père.
Un autre cas clinique a été rapporté, réalisant le tableau dune structure hystérique chez une enfant de quatre ans. Le motif de son entrée en analyse a été un viol, ayant entraîné des dégâts anatomiques, quelle a subi de la part dun adolescent. La question complexe du traumatisme élaborée par Freud trouve ici son illustration dans le fait que lenfant ne reprend pas dans les séances lagression subie en tant que telle, mais élabore un questionnement sur la fonction phallique et sur un " quest-ce quune femme ? ". La cure se déroule, non pas au niveau de sa propre trace mnésique de lévénement subi, mais de ce quinduit sa mère chez elle en fonction de son vécu traumatique à elle de sa sexualité et quelle projette sur sa fille. Se dégageant dune telle empire, lenfant prend appui dans le transfert pour poser la question de savoir si lanalyste est une fille ou un garçon, décidant que celle-ci est un garçon parce quelle est docteur et porte un pantalon, non sans affirmer de façon péremptoire et étonnante étant donné son âge : " mais une femme, ça existe " !. a partir de ce moment, elle entre dans cette bisexualité du fantasme hystérique en voulant prendre la place de lanalyste en tant que docteur masculin, mais tout en prenant aussi son image féminine par lintermédiaire de son rouge à lèvre. Elle atteint là lexpression orale du (- j ) quelle développe dans une séance ou les coquelicots quelle évoque doivent avoir la queue coupée, combinant à la fois le rouge-sang des lèvres, mais aussi la castration de lagresseur. Alors , elle aborde son appel au père comme protection contre les fantasmes maternels ; mais cest un père complètement féminisé qui apparaît dans ses dessins et son discours, trait hystérique " pour soutenir son désir dans lexaltation du défaut phallique ( - j ) ". La voie est ouverte, cependant, de son identification à ce père dont limpuissance supposée se retrouve dans le transfert au niveau de lanalyste quelle agresse et quelle défie. Il est à noter que tout au long de la cure, cette petite fille sest exprimée de façon prévalante en termes doralité et la métaphore a signé lexistence dune structure quon peut qualifier dhystérique.
On sait combien " dans lexpérience analytique, la pulsion orale se rencontre au dernier termes. Dans une situation ou elle ne fait rien dautre que de commander le menu " et cest bien en cela que cette enfant démontre la facticité du traumatisme quelle a subi, que, pour le dialectiser, elle métaphorise en étant capable par ce biais de négativer lobjet, le marquer dun signe " -" et faire, comme le dit Freud, que " pour ce qui est de lobjet dans la pulsion, il na à proprement parler aucune importance ; il est totalement indifférent ". Cest en ce sens que la structure hystérique qui affecte toute enfant, peu ou prou, surtout la petite fille, au cours de la première enfance, est la voie pour mettre lobjet en position de (- j ), cest-à-dire de signification phallique par rapport à lAutre. Cest ce que son analyse lui a permis. On pourrait dire quun tel traumatisme survenu plus tard dans sa vie denfant aurait augmenté considérablement le risque de réveiller des traces mnésiques refoulées et toujours actives, et entraîné les symptômes dune névrose de défense. La dialectique orale, encore si proche à son âge si tendre, a pu mettre en jeu le passage brutal de la perte du (a) à la signifiance de (-j ).
Cest toute la question de la jouissance et de lAutre, de la jouissance en tant quimpossible, que lun de nous a abordée à propos de sa pratique avec les enfants, dans une note ou il oppose cette place de la jouissance et de lAutre dans la névrose et dans la psychose.
Dans la névrose, au manque dans lAutre répond le signifiant du manque qui fait pour le sujet signification phallique ; lAutre de la jouissance se fait autre du désir, et le sujet par son désir, qui est le désir de lAutre, sidentifie au signifiant de ce désir ( - j ), recouvrant ainsi la place vide de lobjet perdu (a) et méconnaissant son être dobjet ou il lui a fallu dabord sidentifier dans lAutre. Il construit ainsi le fantasme dont, dans le registre imaginaire, il fait la matrice, la cellule élémentaire dun mythe individuel qui habille de significations narcissiques, tout en le préservant, son être de jouissance. Cette identification au signifiant du manque de lAutre fait le sujet foncièrement hystérique, tel quil sinscrit dans ce discours même.
Dans la psychose, par contre, les signifiants de lAutre, de nêtre pas ordonnés par la signification phallique du manque, restent la manifestation intrusive dune volonté de jouissance qui sexerce réellement sur le sujet appelé à incarner cet objet de la jouissance de lAutre, sil ne veut pas être laissé en plan.
La construction délirante, prolifique, dun Schreber vise à localiser cette jouissance et à lui trouver une signification, mais au prix de labsence de signification phallique : son éviration.
" Lenfant au loup ", lui, commence par une tentative de mise en acte de cette éviration, complètement soumis quil est à la parole surmoïque de lAutre et à la volonté de jouissance de cet autre dont la parole est le véhicule. Le seul signifiant qui le traverse, cest " Madame " ! ", hors de tout contexte et de toute adresse. Mais très vite, au cours de son analyse, son signifiant " loup ! " va venir, en tant quéquivalent délirant, révéler le vide, le trou réel de lobjet (a), en tant quobjet détachable de son propre corps et condensateur de la jouissance de lAutre. Quil soit dans le réel de son éviration ou dans le signifiant de son " loup ! ", cest toujours de la jouissance de lAutre quil sagit et du trou réel de son corps, ou tous les objet (a) sengouffrent, ce qui a pu faire évoquer à son sujet, des symptômes obsessionnels graves. Ce nest quau cours de lanalyse que le trou arrive à affecter lanalyste en tant quAutre et hystériser le débat, voie minimale du progrès de la cure dun psychotique.
Comment maintenant, en conclusion de ce court rapport, ne pas poser le stade du miroir qui traverse toute luvre de Lacan, et qui conditionne ou module, selon quil est présent ou ne lest pas dans la structure dun sujet, les versants de la névrose ou de la psychose.
La différence apparaît clairement dans la comparaison entre, dune part Nadia, qui dans sa cure développe tout son rapport au miroir et , dautre part, Robert, " lenfant au loup ", dont la structure psychotique révèle toutes ses failles à propos de sa rencontre avec le miroir. Si, pour lui, en effet, le spéculaire nadvient que de façon très partielle, cest que le scopique en tant que pulsion est resté tronqué à cause de labsence dobjet (a).
Nadia , dans son trajet scopique pourrait-on dire, a montré trois étapes : linvidia, la fascination et le spéculaire ou stade du miroir proprement dit. Linvidia, cest lil désespéré par le regard, au moment d repas, quand Nadia voit les autres enfants nourris. Elle semble prête à se jeter sur la nourriture, mais quand son tour arrive, elle la refuse et ferme la bouche. La complétude du petit autre est ailleurs que dans la nourriture. Ce qui désespère Nadia, cest lunité de corps du semblable supposée complétée par lobjet de lAutre, dans le champ scopique et non dans le champ oral. Lobjet du besoin, ce nest nullement de lui quil sagit.
La fascination, elle la rencontre devant le tableau dune infirmière qui fait sauter un autre enfant sur ses genoux. Cette fascination " est " à ce point le sujet lui-même, que Nadia fonctionne alors en tant que tel. lobjet nest pas dans le tableau ; il est en quelque sorte halluciné et cause les mouvement bruyants de succion qui laniment. Il ne faut pas moins de trois appels " Nadia " de ma part pour quelle renonce à ce qui la fascine alors cest lAutre que je suis qui est trop réel et elle se rejette en arrière. Elle se contente de me tendre lobjet métonymique de son pied avant de tripoter lobjet métonymique de ma bague, pour conclure sur la jaculation dun " mama " en réponse à mon appel " Nadia " du début.
Troisième étape enfin, celle du miroir. Elle le réclame à la fin dune séance comme pour y retrouver la complétude supposée des deux étapes précédente et quelle vient de tenter de réaliser, cette fois sur lAutre, en se faisant lobjet chû à mes pieds pour que je la ramasse. Elle va devant le miroir avec son objet à elle, un marin en caoutchouc, mais elle ne voit que son image, pas celle du marin, ni la mienne, et se retourne pour se réfugier dans mes bras. Sous la forme du marin, elle vient de faire lexpérience dune perte, celle de lobjet (a) non spécularisable. Cest sa porte dentrée dans le débat imaginaire d fantasme par rapport à moi et à lobjet perdu, quelle va poursuivre par lintermédiaire du miroir, tout au long de ses rencontre volontaires avec ce miroir (17 en tout ).
Le repérage topologique de ces trois étapes se fait dans le schéma de la pulsion pour linvidia, et dans le schéma optique pour la fascination et le miroir, en même temps que la fonction du moi idéal et de lidéal du moi, par le miroir orientable A.
Tout autre que le trajet de Nadia est celui de Robert, " lenfant au loup " dans sa rencontre avec limage et avec lobjet. Il ny a pas eu pour lui ni invidia, ni fascination : aucune dialectique de lobjet perdu ne vient faire signe dun manque, ni pour lui, ni pour lAutre.
Le première fois quil rencontre son image dans une vitre, il ne peut y voir que son " loup " et frapper cette image. Il " est " ce " loup " et il le montre ensuite dans une scène destructrice - sans référence à lAutre, autre que surmoïque et réduit à la voix.
Lorsque, beaucoup plus tard dans sa cure, il rencontre son image dans un miroir de sac à main, il ne sait pas ce que cest, me le demande et explore de son doigt le dos de la place à la recherche dune consistance de ce quil voit : faire i(a) avec i(a) puisquil lui manque le miroir a en tant que tel, bien quil sourie à mon image quil accroche avec ce petit miroir. Aucun indice de lobjet perdu, comme chez Nadia, et même il veut sassurer de lobjet dans son image-objet, lorsquavec un crayon, représentant de son pénis, il veut faire deux traits sur le miroir. Comme ça nécrit pas, il est renvoyé à la perte réelle de son pénis comme la mutilation du début. Il exprime cet impossible comme un commandement de " pousse-à-la-femme " : il va chercher des chaussures de femme pour se les mettre.
Dans cette opposition entre Nadia et Robert, le spéculaire apparaît paradigmatique de ce quest un sujet en tant que divisé et marqué par le vide. Telle est cette réalité que lanalyste doit savoir et tester dans tout ce qui touche au miroir - et non pas être lui-même ce miroir imaginaire.
" La réalité, dit Lacan, est conquise au départ sous la forme virtuelle de limage du corps ". Dorthopédie, point, mais de structure, ô combien, et cest le schéma optique qui en prend compte.
CLINIQUE DIFFERENTIELLE DE LHYSTERIE ET DE LOBSESSION
LA NEVROSE OBSESSIONNELLE
DIALECTE DE LHYSTERIE
" Lhomme ne pense pas avec son âme, comme limagine le philosophe. Il pense de ce quune structure, celle du langage - le mot le comporte - de ce quune structure découpe son corps, et qui na rien a faire avec lanatomie. Témoin lhystérique. Cette cisaille vient à lâme avec le symptôme obsessionnel : pensée dont lâme sembarrasse, ne sait que faire ".
Cest dans lintroduction à lhistoire de lhomme aux rats quon trouve la formulation qui va nous servir de fil : " Les moyens dont se sert la névrose obsessionnelle pour exprimer les pensées les plus secrètes, le langage de cette névrose nest en quelque sorte quun dialecte du langage hystérique ". Lacan va jusqu'à voir dans cette dépendance de la névrose obsessionnelle par rapport à lhystérie lessence même de la découverte freudienne.
Il convient cependant de remarquer demblée que la phrase de Freud témoigne dune difficulté car elle se poursuit : " Mais cest un dialecte que nous devrions pénétrer plus aisément, étant donné quil est plus apparenté à lexpression de notre pensée consciente que ne lest celui de lhystérie ". Que la pensée soit plus accessible à la pensée que les mystères du corps (le bond du psychique au somatique, la conversion hystérique qui défie lentendement appelée là par Freud à la rescousse) : nest-ce pas là quelque trace des préjugée du philosophe, qui fait que de ce paradoxe, que la névrose obsessionnelle soit en fait bien plus compliquée à comprendre que lhystérie, Freud ne parvienne pas à ce moment à rendre compte, alors même quil déploie tout son talent à déchiffrer les logogriphes du docteur Lehrs.
Il faut signaler ici que, dès son article sur le stade du miroir, Lacan ne voyait pas grand mystère dans la conversion hystérique, comprise comme manifestation particulière du corps morcelé et voyait dans " les symptômes de schize ou de spasme de lhystérie " la manifestation des " lignes de fragilisation qui définissent lanatomie fantasmatique ", les image de camp retranché quévoque le terme même dobsession en français étant corrélativement attribuées au pôle opposé de la formation du je
le mystère de la conversion renvoie toutefois au premier exposé systématique que Freud ait publié sur les deux grandes névroses, larticle de 1894 sur " Les psychonévroses de défense ", dont il convient de rappeler le sous-titre, " Essai dune théorie psychologique de lhystérie acquise, de nombreuse phobie et obsessions, et de certaines psychoses hallucinatoire ", articles dont lobjet est de dégager un caractère commun à ces affectations, caractère commun qui réside dans lapparition dans la vie de ces sujets dun événement donnant lieu à une représentation intolérable pour le moi, en ce quelle nest pas intégrable à la chaîne de ses représentations propres. Freud repère trois destins possibles à ce conflit, basés sur des traitement différenciés de la " trace mnésique " et de laffect, tous deux indestructibles :
1) report de la " somme dexcitation " dans le corporel (conversion),
2) détachement de laffect se reportant sur des représentations anodines (fausse connexion, à lorigine des pensées obsédantes),
3) rejet enfin de la représentation et de laffect, ce qui serait responsable dun état de confusion hallucinatoire. (Nous sinsisterons pas sur cette formation précoce de ce que Lacan appellera plus tard forclusion, formulation qui a été peu remarquée des auteurs).
On voit donc que lhystérie, lobsession , et certains phénomènes psychotiques se voient traités sous le chef dune langue unique (traitement dune représentation inintégrable au moi) aboutissant à des phénomènes distincts. Lhypothèse inverse (traduction dans deux ou trois langues différentes de phénomènes semblables) a été explicitement rejetée par Freud dans son article de 1913 sur " La disposition à la névrose obsessionnelle ". Cette hypothèse est celle de la clinique psychiatrique contemporaine de Freud, bien capable de saviser de la parenté, en effet patente, des phénomènes hystériques et des obsessions et phobies, mais les plaçant dans le cadre de la " dégénérescence " et de ses stigmates. On peut sen aviser en consultant par exemple Kraepelin. Pierre Janet, pour sa part, résistera à la promotion de la névrose obsessionnelle par Freud, par linvention de la promotion de la névrose obsessionnelle par Freud, par linvention de la psychasthénie dont le ressort est de ne pas faire de distinction entre les obsessions et certaines idées délirantes que lon trouve par exemple dans les accès de mélancolie anxieuse.
Avec ce tripode, Freud dispose dune grille clinique solide, mais qui nest pas tout à fait, dans sa robuste simplicité, exemple de défauts. Cest pourquoi il reviendra deux ans plus tard sur la même problématique dans son article " Nouvelle remarques sur les psychonévroses de défense ". Cest un article qui contient une remarque cruciale pour notre sujet, puisque la filiation de la névrose obsessionnelle à lhystérie y est plus clairement affirmée que partout ailleurs : " Dans létiologie de la névrose obsessionnelle, les expériences sexuelles de la première enfance ont la même importance que dans lhystérie, mais ici il ne sagit plus dune passivité sexuelle, mais dagression pratiquée avec plaisir, dune participation, éprouvée avec plaisir, à des actes sexuels : donc dune activité sexuelle. Cette différence dans les conditions étiologiques est à relier au fait que la névrose obsessionnelle montre une préférence visible pour le sexe masculin. Du reste, jai trouvé dans tous mes cas de névrose obsessionnelle un substratum de symptômes hystériques, ceux-ci se laissant ramener à une scène de passivité sexuelle qui avait précédé laction génératrice de plaisir ".
Dans ce texte, deux types doppositions différentes sont mises en jeu ; la distinction paranoïa-névroses et celle dhystérie-obsession. " " Propre à la paranoïa devrait être une voie ou un mécanisme particulier de refoulement de même que lhystérie opère le refoulement par la voie de la conversion ou innervation corporelle et la névrose obsessionnelle par substitution (déplacement le long de certaines catégorie associatives) ". Ce que Lacan développera ultérieurement en décentrant cette question par lavancée du concept de forclusion. Mais : " ce qui est tout à fait particulier à la paranoïa et ne peut plus être éclairé par cette comparaison, cest le fait que les reproches refoulés font retour sous forme de pensées mises à voix haute ". Il y a donc là un rapport du sujet à ce qui lui vient du langage qui est tout à fait particulier. Par contre, entre hystérie et obsession la différence est dialectale à lintérieur dune même langue.
On trouve toujours dans la névrose obsessionnelle un noyau de symptômes hystériques, qui se laissent ramener à ce que Freud définit à ce moment comme létiologie de cette névrose : un traumatisme sexuel subi (" passif ") dans la première enfance et accompagné par une excitation réelle des organes génitaux. Toutefois, dans le cas de la névrose obsessionnelle, ce noyau hystérique se supplémente dune tendance sexuelle active survenue plus tard. On voit que pour Freud hystérie et obsession ne sont pas opposables point par point, fût-ce selon cette opposition passivité - activité quil tentera dappliquer aussi dans le domaine de la sexuation, ni que lhystérie se transforme en névrose obsessionnelle suivant certaines conditions, mais bien que la dite névrose est en quelque sorte une hystérie compliquée de par lajout de mécanismes nouveaux agissant dans un temps ultérieur.
Le tableau des rapport entre la névrose obsessionnelle et lhystérie ainsi esquissé ne variera plus dans luvre freudienne, quelle que soit la richesse de lélaboration de détail par quoi la clinique des deux grandes névroses se trouve élaborée. Si lon se reporte par exemple à inhibition, symptôme et angoisse, on peut constater que la nuance majeure est lintroduction par Freud du rôle du Surmoi dans les formations obsessionnelles.
Quant à Lacan, il convient de souligner quil parle la plupart du temps des deux névroses ensemble, attendant plus de leur comparaison que de lexploration de la phénoménologie de lune de lautre. Il ira jusqu'à tenter de donner les mathèmes des fantasmes de lune (a /- j ) et de lautre (A à (a , a , a ...an) dans son séminaire Les formations de linconscient.
Le rappel de ces points de repère élémentaires nest sans doute pas inutile étant donné quils sont souvent méconnus.
Si nous nous reportons à un point beaucoup plus récent de lélaboration psychanalytique, à savoir la mise en mathème par Lacan du discours de lhystérique, nous verrons que ces points se trouvent repris. Quil y ait un discours de lhystérique et pas de discours de lobsédé nous indique assez, quoique discours et langage ne se confondent évidemment pas, que Lacan reprend à sa manière la métaphore freudienne de lobsession comme dialecte de lhystérie, cest-à-dire dune opposition radicalement dissymétrique entre ces deux termes. Certes les discours ne sont pas des catégorie cliniques.
Il est dexpérience courante, par exemple, que lobsédé trouve à se loger avec quelque confort sous le pavillon de luniversité, ce à quoi lhystérique peut avoir plus de mal. Ceci nest pas une raison pour faire du discours universitaire une formation obsessionnelle. La question est bien plutôt dapercevoir que tous deux, hystérique et obsédé, ont au discours premier, celui du Maître, qui est aussi bien celui de linconscient, et à ceux qui lincarnent, un rapport distinct.
On sait que Lacan a martelé les choses sous forme daphorismes : lhystérique cherche un maître pour le dominer, lobsédé la trouvé et il attend sa mort pour prendre sa place, lui démontrant en attendant sa bonne volonté au travail.
Voyons comment nous pouvons retraduire en termes de discours les premières découvertes freudiennes concernant les névroses.
$ ® S1 S1 ® S2
a / / S2 $ / / a
Que lhystérique mette en position dagent du discours ce quon peut appeler aussi bien son symptôme, sa souffrance, que sa division de sujet, cest ce qui apparaissait déjà dans la clinique préfreudienne sous deux formes : le côté division était accentué par Janet sous le chef du clivage (mais il y voyait leffet de quelque faille organique), et le côté fading, soit laction de la barre, par Breuer et ses états hypnoïdes. Vint Freud qui affirme : le clivage est le résultat de la volonté de lhystérique, mais il saccompagne dune phénomène inconscient, qui est la conversion : soit $ en place dagent. Sur le second versant, cest à dire celui ou le maître se trouve mis à la place de lautre, Freud ne sexplique pas beaucoup. Cest pourtant là que se trouve lastuce, la complication, propre à lobsessionnel, puisque cest à ce maître, comme mort, quil sidentifie, évitant lépreuve hégélienne à laquelle lhystérique ne se dérobe pas ( on se souviendra que Lacan qualifie Hegel dhystérique, ce pourquoi il a pu désigner le maître comme le cocu magnifique de lhistoire).
De ce point de vue en pourrait donc soutenir que, parti du discours de lhystérique, lobsessionnel opère un certain retour au discours du maître, ou il ne figure cependant que comme mort ou comme ombre, ce qui revient au même : " (...) le faisant être toujours ailleurs que là ou se court le risque, et ne laisser sur place quune ombre de lui-même, car il annule davance le gain comme la perte, en abdiquant dabord le désir qui est en jeu " .
cest ainsi que Lacan oppose, dans " La psychanalyse et son enseignement ", le pas de lhystérique à la stratégie obsessionnelle : " (...) lhystérique séprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à lhomme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir ", alors que pour lobsessionnel " la jouissance dont le sujet est ainsi privé, est transférée à lautre imaginaire qui lassume comme jouissance dun spectacle ".
Déjà dans ce texte de 1957, et de manière donc très cohérente avec les premiers textes freudiens, Lacan oppose hystérie et obsession , mais de façon dissymétrique puisque aussi bien les deux structures se placent sous le signe de lhystérique : " contrariées sous bien des aspects, mais dont il faut remarquer que la seconde nexclut pas la première, puisque, même élidé, le désir reste sexuel ".
Cest pourquoi dailleurs la névrose obsessionnelles est compliquée : elle ne se laisse pas aisément ramener à une structure de discours. Ce que la découverte freudienne indique, en tout cas, cest quelle ne peut se décrypter quà partir du discours de lhystérique. Même si, sur le plan des phénomènes, il est patent que lhystérique occupe volontiers la place du révolté celui du contre-maître.
LHYSTERIE : OBSESSION AMOUREUSE
Certainement, lhystérie se rapproche - dans lexpérience analytique - de lobsession tout en présentant, elle même, une forme dobsession : la passion amoureuse. Cest pourquoi nous nous proposons de discuter une limite dont lessentiel est, non pas phénoménologique, mais clinique et structural. En fait, la similitude avec lobsession a été soulignée par Freud lui-même :
En posant que lamour (plutôt lénamoration - Verliebheit -) comporte un caractère dobsession. Il sagit de lidéalisation ou lautre de lénamoration se revêt dune splendeur inversement proportionnelle à la misère du moi ou à lévanouissement du sujet.
en posant dans " Disposition à la névrose obsessionnelle ", la possibilité du passage de lune à lautre. Dans la cas freudien, cest au moment ou lhomme lui manque effectivement que lhystérique développe son obsession.
Quant à nous, nous dirons que sa parenté avec la névrose obsessionnelle va jusquau point de soutenir - elle aussi - un Maître. Mais cest déjà ici que se pose sa différence ; tandis que lobsessionnel sy pose dans une lutte qui touche à la servitude et à la mort, lhystérique sy maintient dans la feinte de lamour, même masqué, sous lair dune belle indifférence.
LAMOUR DU SIGNIFIANT MAÎTRE
Il faut dire que lhomologie que la passion amoureuse nous permet détablir entre lhystérie et la névrose obsessionnel, ne suppose pas un effacement de la frontière clinique
Dailleurs, le discours de lhystérique nétant pas une modalité psychopathologique mais un lien logique, ce qui sy écrit cest le rapport damour qui sétablit entre, le sujet et le signifiant : $ ® S1. Cest dans lamour du signifiant maître quil fixe un trait et, par là, son être. Cest le trait qui se précipite dans la structure de lidéal : le trait unaire.
Remarquons que nous sommes en plein dans le plan de lidentification primaire, celle qui fixe la demande damour. LAutre de la demande est en même temps maître et savoir ; ceci lui donne un statut vraiment particulier : " Le dit premier décrète, légifère, aphorise, est oracle, il confère à lautre réel son obscure autorité ".
Donc, cest ici que se pose lintersection de lamour avec lautre pôle du drame hystérique : lidentification. Cest un des points le plus largement traité (maltraité, aussi) puisque H. Deutsch finit par accuser lhystérique fictive, inauthentique, cest-à-dire, de jouer au jeu menteur dêtre toujours lautre. Cette identification posée en série (ou non, puisque la série amoureuse nest pas chez elle condition absolue, à lopposé de ce qui se passe chez lhomme) fait surgir le problème de lillusion. La fiction hystérique nest pas seulement leffet de la primauté du trait unaire, mais aussi dun propos ou elle perd la peau.
Lécriture : S( A ), pose le manque au niveau su signifiant. Ce manque chez lAutre peut se lire comme : lAutre manque, et cest exactement cette lecture quelle sefforce déviter. Cest la peur panique qui surprend les armées - les mettant en fuite quand Holo fernes perd la tête. La tête coupée du maître dissout la masse, comme le manque de lAutre fait seffondrer lhystérique. Voilà donc quelle préfère soutenir un Autre (non barré), même si dans ce travail, cest elle qui se perd. Son mensonge vise le maintien de lAutre : il lest. Mais là, cest elle qui ny est plus, comme le veut laliénation propre à la solution amoureuse.
2 . LA FEMME
Dès 1956, Lacan formule (justement dans le séminaire : les Psychoses) cette particularité de se poser comme étant folle, donc, confondue avec une psychose. Nest-on pas arrivé a point de parler des " Psychoses hystériques " ? Néanmoins, Lacan pointe une question de poids. Il remarque que chez elle, il y a de limpossible. Plus précisément, que limpossibilité de symboliser lorgane féminin loblige à passer par lidentification au père pour accéder à la position sexuelle.
Il sen déduit que le rapport au Non-du-père découle radicalement et définitivement dun impossible à symboliser. Le point de départ étant la question " être un homme ou une femme ", il faut dire que cette question ne se soutient que parce quil y a quelque chose dindécidable. En effet, " être une femme " nest pas chose facile à résoudre quand la langue noffre pas de signifiant qui puisse dire luniversel de la femme. Etre particulière nest que ce qui résulte de la forclusion primordiale (Verwerfunng) du signifiant féminin. Ceci veut dire que la femme ne sécrit quen barrant la. lidentification au père et limpossible de luniversel féminin sont les assises de cette solution hystérique quest le pousse-à lidentification-virile, quest sa vocation pour la langue des hommes, quest, enfin, sa foi obsédée dans lAutre. Ajoutons que le (- j ), phallus imaginaire négativé, (qui indique léchec de la Bedeutung) décrire le rapport sexuel dans linconscient ) ne lui permet aucune possibilité détablir équivalence entre lhomme et la femme. Ceci explique que lêtre parlant fasse sympt(h)ôme, sans autre issue. La femme est le sympt(h)ôme de lhomme, nous dit Lacan. Mais, de lautre côté, lhomme pour elle ... cest le pire, ( - j ) ® S1
3. LOBJET
Nous avons déjà dit que lamour se pose au niveau du signifiant maître. Disons maintenant que dans le discours de lhystérique ( qui nous sert de guide) cette insistance décèle langoisse dont la cause est lobjet réel.
retenons que dans lécriture de ce discours, Lacan pose une impuissance et, justement, en ce qui concerne la jouissance. Le signifiant maître ne peut pas dire lobjet. Cet objet, nous le savons, est reste, plus-de-jouir et par là, cause du désir. Or limpossible veut que cette cause ne soit pas mesurable dans le signifiant. Cest même là que réside la misère du maître ou encore, la misère de la philosophie.
La jouissance ne se coordonne pas avec le signifiant, ce qua un étroit rapport avec le manque du signifiant S(A). en somme, lobjet ne sécrit que dans le manque
Or , comment tenir lieu de cause, sil est impossible de la dire ?comment tenir ce lieu si le signifiant maître ne parvient pas à le recouvrir ? cest ici que seffondre le château du prince que lhystérique tissa avec la force de sa passion rêveuse.
Finalement, lobjet est ce qui met par terre ses rêves. Là, elle ne sy rencontre que malaimée, et elle a raison :
le savoir du maître ne peut rien lui dire sur cet objet : a impuissance S2.
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4 . " Y A D LUN "
" Y a d lun ", nous dit Lacan . quest-ce à dire ? quil y a Un-tout-seul qui ne fait pas lien. Ce qui vient du réel va contre ce lien et est de lordre de la dispersion. Il présentifie donc labsence de rapport. Freud lappela : pulsion de mort, par sa tendance radicale à la séparation.
Face à cette insistance radicale de lUn du réel, le refus de lobjet - propre à lhystérie - lui fait bâtir une croyance, ou même une foi à lun de lEros : cest sa religion de lien et dunion. On en dira que cest sa grâce.
Mais " il y a de lUn " ...lUn de lUnbewuste, de lUnbergriff,
S 1 ____1_____
S1 impossible R
1___
I amour
cest face à cet impossible que le drame se déchaîne, puisque cet impossible fonde langoisse chez lhystérie : limpossible du rapport sexuel la pousse à langoisse ; ceci dans les cas ou le destin ne lui a pas rayé le disque de la belle chanson despoir (Edith Piaf est notre référence), puisque là il ne lui restera quà sasseoir devant le disque rayé.
LAMOUR
Quant à lamour, Lacan le pose dans une opposition : " lacte damour / faire lamour ", quand il parle de Dieu et de la jouissance de la femme...
Faire lamour, nous dit-il , cest de la poésie. Nous pensons donc à la métaphore et par ce biais, au signifiant. Mais de lautre côté, il place lacte damour en le rapportant à lobjet : " ...ce quil aborde, cest la cause de son désir, que jai désignée de lobjet a. cest là lacte damour ".
La clinique ne laisse pas dautre issue que de remarquer que cest là ou lhystérique se précipite dans la belle indifférence, comme si cétait le point dont elle ne voulait rien savoir. La voilà, donc, condamnée à faire de poésie, et , de par sa façon daimer, à se démettre de lacte... cest ici que nous entendons en quoi certaines femmes sont les pires quant au discours de lanalyste, étant donné que, par définition, leur pente serait dêtre les meilleures.
POUR CONCLURE
Lamour de lhystérique pour le signifiant maître se fonde d fait que ce signifiant suppose un savoir (déjà là) sur sa condition féminine, étant donné que la forclusion du signifiant de la Femme loblige à faire face à lénigme de lêtre. Et nous savons quelle aime résoudre cette énigme dans le paraître (parêtre). A partir de quoi on peut dire que son échec est éthique.
Limpuissance, dont nous parle le discours de lhystérique, se traduit dans la névrose comme une impossibilité quant au " quoi faire " ? en effet, elle se démet dun acte qui ne peut avoir lieu. Le Tsar doit survivre (Dosstoïevski est ici notre référence), puisque sans ce maître elle ne se soutient point.
Mais ce " soutient " mérite dêtre articulé : elle veut se soutenir comme cause, oui, mais cause damour. Cest sa demande, qui dailleurs est radicale : être reconnue. " Quon maime pour ce que je suis ", dit-elle souvent, mais jamais, " pour ce que je ne suis pas ". Or, " ... les partenaires de la relation, ne peuvent se suffire dêtre sujet d besoin, ni objet de lamour, mais quils doivent tenir lieu de cause du désir ".
Ce lieu, la demande hystérique veut le méconnaître. Cest ce dont elle ne veut rien savoir. Et sil y a quelquun qui, dans le champ freudien, peut croire à la consommation du désir dans lamour, cest bien lhystérique. Le refus du lieu de la cause est inhérent à sa position, à sa logique et à son cur. Dans le séminaire : " le transfert ", Lacan écrit le fantasme de lhystérique ainsi :a___ à A,
- j
que nous lirons en disant que ce qui la soutient est son absence de phallus, mais jamais un savoir sur la castration. elle ne peut donc se place dans le discours de lanalyste : a_
S2
Le résultat en est que sa position lui est masquée dans un rapport à un Autre ou labsence du manque la laisse sans recours. Cest le cas de le dire : voilà une obsession, bien que, pour ne pas la confondre avec celle de lobsessionnel, nous lappellerions volontiers : " lAutre obsession ".