PREMIERE CLINIQUE FREUDIENNE DES NEVROSES

Les formes de la clinique freudienne se sont stabilisées très tôt en une différenciation entre névroses actuelles et psychonévroses de défense. A l’intérieur de ces dernières, les névroses de transfert - hystériques, phobiques et obsessionnelles - sont encore celles avec lesquelles le praticien travaille. Lacan n’a pas brisé avec cette clinique, mais élevé au rang de discours une de ces névroses, celle avec laquelle Freud à découvert les lois de l’inconscient. Ce qui se trouve dès lors " mathémisé "  doit exister en germe dans les premières recherches freudiennes visant à fixer une clinique utilisable dans la pratique. Freud, demeurant au départ au niveau du symptôme, a pu faire jouer les différentes formes des maladies névrotiques qu’il regroupait progressivement, en autant de faits de discours, non réductibles à une sèche nosographie. L’hystérie en donnera la trame matricielle, sur quoi se bâtiront les grands concepts de la psychanalyse.

" le sens d’un retour à Freud c’est un retour a sens de Freud ", écrit Lacan dans " la chose freudienne " ; deux pages avant, il précise que le " dessein " de ce retour n’est pas " un retour du refoulé " : il s’agit " de prendre appui dans l’antithèse que constitue la phase parcourue depuis la mort de Freud dans le mouvement psychanalytique pour démontrer ce que la psychanalyse n’est pas ".

Pour parler vite et dire notre projet, avec ce qui le limite, nous constatons que cette " antithèse, et cette " phase parcourue " se sont souvent soldées par une désaffection pour la recherche du spécifique des structures cliniques ; dans la rencontre avec un patient dans la prise en compte de ce qui fonde sa plainte, on a volontiers soutenu que le repérage diagnostic s’oppose à la saisie d’un mouvement, contrevient aux conditions d’une écoute, à la dynamique d’une cure. Nous savons cependant que le discrédit, jeté à bon droit sur celui qui classe et sur ce qui se fige, n’a pas abouti " lipso-facto " au remplacement de l’étiquette par l’éthique.

L’invention au gré des circonstances et des ambitions de catégories nouvelles (névroses de caractère, états limites, psychoses hystérique, etc..) signent, par le flou obtenu et le privilège accordé à ce qui se transmet pas d’une expérience, l’appel au retour de l’arbitraire et du vétilleux : les succès du recours à la statistique intercontinentale sont certes liés aux effet désorganisateurs de la chimie, mais la " disparition de l’hystérie en fait foi - sont a mettre également a compte du pari non tenu par les héritiers de Freud, de poursuivre une argumentation qui vaille dans le repérage des structures du sujet.

Il est frappant qu’en matière de diagnostics, Lacan, ne se soit jamais servie des siens dès les premiers débuts de son œuvre. Névroses, psychose puis perversion, presque de manière obligée, les choses se mettent rapidement en place. Les cinq psychanalyses en témoignent, Freud dispose, dès avant 1910, des repères distinctifs que Lacan réutilisera tout au long de son enseignement. Il faut noter cette recommandation extraite du " discours de Rome " :

" Il ne suffit pas de se dire technicien pour s’autoriser, de ce qu’on ne comprend pas un Freud, à le récuser au nom d’un Freud, que l’on croit comprendre et l’ignorance même ou l’on est de Freud n’excuse pas qu’on tienne les cinq grandes psychanalyses pour une série de cas aussi mal choisis que mal exposés, dût - on s’émerveiller que le grain de vérité qu’elles recèlaient en ait réchappé ".

L’on peut avancer, sans forcer le trait ni courir grand risque, que la psychanalyse commence en même temps qu’une raison est découverte d’opposer, ou de faire jouer terme à terme, l’hystérie et l’obsession. Sitôt l’angoisse resituée, quelques années suffiront pour que la phobie se place en regard même de cette distinction et la paranoïa est reconnue presque d’emblée ! l’intérêt croissant, plus haut dénoncé, pour les " zones cliniques intermédiaires, les propos désabusés des analystes internationaux sur l’impureté des formes névrotiques contemporaines rendent compte que, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’enseignement de Lacan contraste, dès son départ, avec un paysage de décombres ou les gravats sémiologriques le disputent aux édifices nosologriques rocambolesques. Ce paysage n’était pas celui de Freud, qui a fondé sa propre clinique - en opposition certes - mais à l’âge d’or de la clinique classique. Aussi la première tâche de Lacan n’est pas de prolonger un effort, mais de le rétablir, de redonner à la clinique ses chances, c’est-à-dire de rappeler que ses " conditions de possibilité sont les premières conditions freudiennes.

Distinguer l’hystérie de l’obsession, situer la phobie, est remettre la clinique sur ses pieds. Faut-il rappeler que Lacan le fait en portant le vif de la question au joint du symbolique et de l’imaginaire, puis dans la dialectique du désir " et ce qui s’y trouve nommé : " le fil qui permet de poser le fantasme comme désir de l’Autre ". On doit cependant noter, qu’avant l’avancée décisive de l’autre barré, permettant de mettre en cause, à côté du symptôme, le fantasme, Lacan, tout comme Freud singulièrement avant les premiers débuts de sa théorie du fantasme, - Lacan demeure méthodologiquement fidèle à une confrontation raisonnée mais constante de l’hystérie et de l’obsession.

L’une et l’autre sont mises en situation dès le " discours de Rome ", comme Freud le fait dès avant 1894. Dans " la direction de la cure ", l’exemple freudien de la belle bouchère est suivi de celui, lacanien, de l’obsessionnel impuissant, soulagé une nuit par le rêve de sa commère. Paire contrastée majeure, l’intersubjectivité de l’hystérique et l’intrasubjectivité de l’obsessionnel, se répercutent à l’occasion d’un didactisme audacieux de " la psychanalyse et son enseignement ", dans la coïncidence de ce qui sépare l’homme et la femme : à la " dame " est confiée " la démonstration du pays de l’hystérique ", et au " masculin " est attribué " le sujet de la stratégie obsessionnelle ". Entre 1893 et 1900, l’on n’aurait pas assez de place pour montrer que l’inspiration originelle de Lacan est celle que l’on pressent dans le moindre texte de Freud.

Bien sûr, Lacan pousse d’emblée plus avant avec les " hiéroglyphes " de l’hystérie, les " blasons " de la phobie, les " labyrinthes " de l’obsessionnel. Bien sûr, on peut relever que dans la suite énumérée des désirs insatisfait, prévenu et impossible on est au-delà de l’héritage, mais cela achève de convaincre que loin du " jardin des espèces ", dans une nosologie minimale, Lacan fait immédiatement le meilleur cas de ce que Freud a tout de site différencié d’une structure à l’autre. Il y va de la cause de l’expérience, du réel dégagé par Freud dès sa théorie du traumatisme étiologique des névroses.

La clinique vaut par le réel qu’elle concerne et nous pouvons aujourd’hui la répartir dans les manières variées du rapport à l’Autre barré. Jacques-Alain Miller a rappelé dans un cours que les structures isolaient autant de modes de jouissance ; l’aspect aversif et insatisfait de l’expérience primaire avec la " chose " pousse l’hystérique au dérobement ; avec cette " chose ", l’obsessionnel témoigne par son pathétique d’un trop de plaisir et du labyrinthe nécessaire pour éviter l’extrême du bien, générateur de chaos : que l’on relise ligne à ligne en 1894 " les psychonévroses de défenses " ou, en 1896, " l’étiologie de l’hystérie ", voire en 1895 la fin de l’Entwurf, et l’on y trouve cette répartition, avec son motif, clairement devinés. Nathalie Charraud : " La topologie de l’Antwurf, à paraître). Mais sans Lacan, aurions-nous relevé l’intuition fulgurante de Freud : dans la paranoïa, le sujet lie la " chose " à l’Unglauben, à l’incroyance ?

on mesure l’enjeu renouvelable de cette première clinique : avant même, en 1897, l’implication par l’identification du fantasme en tant que précurseur du symptôme, une clinique s’impose au souci de vérité de Freud, comme elle s’impose à Lacan avant qu’il se soit, lui aussi, pourvu de moyens à fonder en raison la dissenssion structurelle entre l’hystérie et l’obsession par " les deux termes éclatés " du fantasme.

Freud l’assène : la différence, dans la clinique des névroses, porte sur la cause : en 1898, dans son texte " La sexualité dans l’étiologie des névroses "  résultats, idées, problèmes, tome " le diagnostic important qui peut être à chaque fois obtenu par appréciation soigneuse des symptômes " repose sur ceci que " la morphologie des névroses est, en effet sans grand effort, traduisible en étiologie, et à partir de celle-ci se déduisent, comme allant de soi, de nouvelle indications thérapeutiques ". Il vaut de le citer à la même page plus longuement : " le médecin a bien le droit d’être indifférent à de telles distinctions tant que le diagnostic établi reste sans plus de conséquences, ni compréhension plus profonde, ni aucune indication pour la thérapie... mais il en est autrement si l’on adopte nos points de vue sur les relations causales entre la sexualité et les névroses ".

Dans son court écrit, " d’un dessein ", Lacan précise que son retour à Freud et " cette exigence de lecture " dans laquelle " se laisser conduire par la lettre de Freud " oblige à " ne pas reculer devant le résidu, retrouvé à la fin, de son départ d’énigme ". Le point de départ, la preuve de l’étiologie sexuelle des névroses, avant que Freud ne mesure combien l’entremise du fantasme décourage la certitude, s’articule entre les années 1895-1897 dans le jeu des deux notions de traumatisme et de défense. Dans " l’étiologie de l’hystérie, en 1896, Freud, par " le chemin de la recherche anamnestique " ainsi que " par une méthode breuerienne modifiée Névrose, psychose et perversion, guigne un moyen avec lequel " on se sentirait plus indépendant des déclarations du malade, un moyen qui offre " la possibilité de remontrer des symptômes à la connaissance des causes ". Déçu par le disparate " et " l’inégale valeur " des scènes découvertes à la puberté qui s’intègrent mal à " la causation des symptômes. Freud débouche dans la prime enfance sur " un matériel réel " d’expériences sexuelles vécues dans le propre corps. Il ne s’agit plus " de l’éveil du thème sexuel par le moyen d’un quelconque impression des sens " mais de quelques chose qui s’oppose a souvenir, refusé par le malade, dont il a honte , de quelque chose qui rompt avec la surdétermination du symptôme et que Freud enfin compare au " dernier morceau du puzzle ", celui qui correspond à l’espace vide " et dont tout dépend lorsqu’aucune " superposition ne s’impose " : le traumatisme prend la place du manque qui l’engendre en retour.

La notion du traumatisme, " couple inégalement assorti ", n’est pas équivalente aux rencontres sexuelles entre enfants de même âge ; elle exige d’un côté l’intervention " d’un adulte impuissant " et de l’autre " un enfant sans recours ". Cette précision plus conceptuelles que réaliste n’est-elle pas associable à ce que Lacan cerne en 1960 : " ... ce fantôme de la cause, que nous avons poursuivi dans la plus pure symbolisation de l’imaginaire par l’alternance du semblable au dissemblable ". Quelque mois avant la découverte du fantasme, Freud appréhende que la souffrance du symptôme renvoie au réel d’une jouissance qui commande les distinctions cliniques, la forme princeps, accoucheuse de la nosographie freudienne - l’hystérie - révèle ainsi que c’est dans le trauma (qui, " tout comme le souvenir qu’on en a , agit à la façon d’un corps étranger " que réside véritablement la nature de la causalité psychique, celle qui se marque d’une rencontre du réel ; ici l’on saisit toute la portée de la phrase canonique ou Freud appréhende le noyau pathogène de cette " souffrance morale " de la névrose : " l’hystérique souffre de réminiscences ".

On doit ressaisir cette force de la pensée freudienne comme Serge cotter (in Freud et le désir du psychanalyste) le conseille en montrant que pour Freud " la vérité est défini comme la limite de ce que l’appareil psychique peut tolérer ". Cela indique qu’avant qu’une théorie du fantasme permette de s’orienter vers un réel indépendant de l’événementiel, la recherche d’un réel de la jouissance guide déjà la technique du déchiffrement. Freud, dans le texte que nous citions comme dans tant d’autres, soumet le progrès de la cure et explicitement sa thérapeutique à la condition nécessaire de la levée d’un secret ; l’inconscient est par là fondé comme un savoir qui concerne la jouissance. Serge Cottet souligne que l’aveu et la résistance, liés au dispositif lui-même, font du traumatisme le produit par la sexualité de l’effroi du patient en réponse à un désir de Freud ; n désir qu’il faut pister sous " l’égide des passions " de Freud t non sous " la rubrique de l’épistémologie ".

Déjà le traumatisme, sa notion, modifie la première conception de la défense, celle des études sur l’hystérie et l’associe désormais à la notion cruciale de l’après-coup, en la corrélant au refoulement.

Dans les études sur l’hystérie, le refoulement valait comme succès direct de l’action défensive du moi : " Une représentation s’approche du moi du malade, s’avère insupportable et subit une force de répulsion du côté du moi dont le but est la défense contre cette représentation insupportable. Cette défense parvient à ce que la représentation soit poussée (gerdrängt) hors du conscient et hors du souvenir, à c que sa trace psychique, apparemment, ne soit pas découverte. Par contre, dans " l’étiologie de l’hystérie " l’effort de défense du moi " ... dépend de tout le développement moral et intellectuel de la personne ", ne peut atteindre son but que si " ...la représentation à refouler (est) mise en relation par un lien logique et associatif avec une expérience infantile " (Névrose, psychose, perversion. Ainsi, du traumatisme à la défense, par la conception revisée de l’après-coup et le réglage du mécanisme du refoulement, se met en place une articulation analogue à celle que Lacan établit entre les signifiants unaire et binaire.

Le point est d’importance : par cette nouvelle acception du concept de défense, et contrairement à ce que soutiendra plus tard Jung, Freud améliore un outil déjà capable de discriminer, de l’hystérie et de l’obsession, le registre des psychoses. En 1894, dans " les psychonévroses de défense ", les trois formes de maladies " sont référées aux " trois formes de défense ".

Quand il s’agit d’une névrose, le moi se défend par la séparation de la représentation et de son affect (conversion de l’affect chez l’hystérique, transposition chez l’obsessionnel) : " la représentation, même affaiblie et isolée (reste) dans la conscience. Il existe pourtant une espèce beaucoup plus énergique et efficace de défense. Elle consiste en ceci que le moi rejette la représentation insupportable en même temps que son affect et se comporte comme si la représentation n’était jamais parvenue jusqu’au moi. Mais au moment ou ceci est accompli, la personne se trouve dans une psychose " (Névrose, psychose, perversion. Il n’est pas besoin de revenir sur l’usage que Lacan a fait de ce passage grâce à lui célèbre : c’est l’objet de sa découverte de la forclusion et de tout un séminaire ! un peu plus tard, dans ses " Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense " et dans les manuscrits H et K de sa correspondance avec Fliess, Freud rend compte du caractère d’hostilité au moi, du caractère persécutif des hallucinations délirantes de la paranoïa, en introduisant le mécanisme de projection. Freud toutefois mentionne (Manuscrit H) sa relative absence de spécificité. La paranoïa s’oppose à la névrose obsessionnelle : il n’y a pas formation d’un reproche au moment du nouveau surgissement du souvenir sexuel.

La séparation entre paranoïa et névrose est nette, mais, bien naturellement, ce que Freud nomme " verwerfung " n’a pas l’empanque ce concept aura chez Lacan. Lorsqu’à l’occasion celui-ci évoque la première théorie freudienne de la psychose, il souligne, ainsi que nous l’avons suggéré plus haut, un mot souvent employé par Freud, l’Unglauben, l’incroyance : " Au fond de la paranoïa elle-même, qui nous paraît pourtant toute animée de croyance, règne ce phénomène de l’Unglauben. Ce n’est pas le n’y pas croire, mais l’absence de l’un des termes de la croyance, du terme ou se désigne la division du sujet ". Dès les années 94-95, Freud devine que le sujet de la confusion hallucinatoire ne croit pas au conflit réglé par le rejet, la Verwerfung de la représentation menaçante, de même que le sujet de la paranoïa ne croît pas au reproche qu’il projette. Dans aucun des deux cas ne se produit la division du sujet qui chez le névrosé est manifestée par le contraste entre une représentation et un affect associés après-coup.

Notre reprise, franchement cursive, indique que, bien antérieurement à ses découvertes essentielles, Freud s’est procuré les moyens suffisants à un repérage diagnostic qui demeure presque le notre. La différenciation des structures porte sur les modalités d’une défense contre le réel d’une jouissance et révèle, à la façon des lignes de fracture d’une cristal, les axes des formes de la souffrance et des voies de la plainte, axes obligés sitôt que la causalité psychique est postulée.

Dans sa quarante-sixième lettre à Fliess (Naissance de la psychanalyse, Freud note que " le réveil à une époque plus tardive d’un souvenir sexuel ancien produit dans le psychisme un excédent de sexualité ", cet " excédent sexuel empêche la traduction (en image verbale) " ; il est fauteur de troubles car " ce qui reste intraduit aboutit a une conversion ". Freud précise que " cet excédent sexuel ne peut produire à lui tout seul un refoulement. Il doit s’ajouter une défense ". Excédent sexuel réveillé dans l’après-coup traumatique d’une défense, soit entre jouissance et désir, la clinique de Freud, au travers de ce qui oppose un réel (effraction dans le corps) à la substitution des souvenirs, prends sa part d’une clinique différenciée de la cause, cause matérielle ici d’un symptôme par ailleurs surdéterminé et refendant le sujet dans son rapport à l’Autre Névrose, psychose, perversion.

Pour le symptôme, mais aussi pour l’inhibition, cette première clinique dégage les structure, elle ne fait pas pourtant sa place à l’angoisse, conçue alors comme hétérogène au psychisme. C’est l’un des enjeux, à la fin des années 1980, du passage de la théorie du traumatisme à la découverte du fantasme : le statut de l’angoisse change, symptôme somatique dans une définition quasi-médicale, l’angoisse sera alors incluse dans les phénomènes ressortissant à une causalité psychique. Danièle Silvestre (Ornicar ? n° 20, dans un article sur la phobie, et après une recherche menée avec Eric Laurent, montre qu’avec la théorie du traumatisme comme mode d’insertion du sujet dans la névrose, l’angoisse résulte encore de la transformation directe de la libido ; elle correspond à une excitation accumulée d’origine somatique et n’admet pas de dérivation psychique. On peut avancer qu’elle effectue sa " rentrée dans une clinique véritablement freudienne avec le début de la découverte du fantasme qui lie le symptôme à l’identification. Danièle Silvestre cite la fin du manuscrit M, daté de l’année1897 : " l’agoraphobie semble liée à un roman de prostitution se rattachant aussi à ce roman familial. Une femme qui refuse de sortir seule, témoigne ainsi de l’infidélité de sa mère " (Naissance de la psychanalyse située à l’extérieur des psychonévroses de défense, la phobie comme tierce névrose pourra être " mise en série " avec l’hystérie et l’obsession : le hors-sens présent dans le trauma retrouvé dans le fantasme sera plus tard retrouvé au cœur de ce qui fait structure pour toutes les névroses sous l’égide du père en tant que porteur de l’interdit de la jouissance. Avant d’en venir là, dès sa première clinique, Freud, par la distinction des névroses actuelles et des psychonévroses de défense, prenait dans l’économie libidinale toute la mesure de l’inadéquation sexuelle : témoignant du refoulement sans y être rigoureusement liée, accompagnant le symptôme dans le temps de son surgissement, l’angoisse se trouvait de la sorte située dans la béance constitutive de l’inconscient. L’irréductible intrusion du réel dont elle fait état n’est sans parenté avec l’insatisfaction sexuelle que Freud conçoit alors à son origine. En accord relatif avec les autres médecins de son temps, il l’associe à l’attente. Quoiqu’estimée hétérogène au psychique, n’était-ce pas déjà en situer la fonction primordiale, comme elle le sera en 1920 : dans les pourtours que dessine " la différence qui s’établit entre la jouissance de la satisfaction trouvée et celle exigée ", par le sujet " qui donne lieu à la pulsion ". (guidé par ce que Lacan nomme à la page 101 d’encore, " le cri par ou se distingue la jouissance obtenue de celle attendue ", l’un des notres traduit ainsi ce propos du chapitre V de l’au-delà du principe de plaisir " : " der differenz zwischen der gerfundenen und der gerforderten befriedigngslust ergibt das treibende Moment ".

Ainsi , dès son commencement, la démarche freudienne revêt son originalité foncière en cela que la distinction nosologique ne se déduit que de la structure même qui supporte l’inconscient. " la pratique analytique, soutient Lacan dans " la chose freudienne ", toujours refait la découverte du pouvoir de la vérité en nous et jusqu’à notre chair ". Outre ses raisons dans l’ordre de la causalité, Freud abandonne la considération breurienne des états hypnoïdes, parce qu’elle n’apporte rien non plus sur le plan thérapeutique (névrose, psychose, perversion . " c’est là le fait énorme ", précise Lacan (Ecrits, qu’à l’endroit des états hypnoïdes " , Freud " y préfère le discours de l’hystérique ".

" Que la psychanalyse, dès ses débuts, ait eu pour cadre non pas la relation médecin - malade, mais la relation d’une femme à Freud... " ( Serge Cottet), mérite d’être rappelé ; en 1895 : un siècle après Charcot la médecine officielle abandonne la partie et lâche l’hystérie pour en diffracter la plainte sur tous les items d’une pratique désormais computérisée. Dès qu’il se sépare de Breuer, Freud rompt avec la recherche médicale. (P. Bercherie dans sa Genèse des concepts Freudiens montre que la position théorique du médecin d’Anna O ; est assez semblable à celle de ... Pierre Janet).

Lacan, par les mathèmes des quatre discours, révèle que la première clinique de Freud était une clinique de l’hystérisation. Gérard Wajeman (" le maître et l’hystérique) " dresse le bilan de l’échec séculaire à décrire l’hystérie autrement que par un ensemble de traits négatifs : "  les seuls caractères positifs qu’on lui concède relèvent non de la clinique mais de l’étiologie ... le diagnostic surgit du fait de la non coïncidence avec le savoir que constitue la physiologie ". En ne répondant pas comme le fait Charcot à la demande du sujet hystérique qui " condamne le savoir à perpétuité " (Wajeman), Freud, par la relève, avec l’hystérie, du défi d’une question clinique, fera de sa clinique une question sur la cause et un enjeu quant au réel.

FREUD ET L’HYSTERIQUE

En 1985, l’hystérie comme entité clinique est sur le point de disparaître du champ de la psychiatrie. Cependant ceci n’empêchera pas que l’hystérie existe. Il y a même lieu de se demander si ce n’est pas à l’hystérique même lieu qu’il faut attribuer ce travail de disparition de ce nom qui est devenu une insulte. Il est certain qu’il est plus " élégant " et n accord avec les temps qui courent, d’avoir une " réaction dépressive " par exemple, qu’une " attaque hystérique ". Mais présupposer que l’hystérique modifie le savoir, implique de lui donner une grande importance.

En effet, Freud donna une grande importance à l’hystérique, au point qu’il choisit de laisser de côté ses connaissances médicales pour pouvoir s’en occuper. En 1909, dans ses conférences à la Clark University, Freud établit une équivalence entre la position du médecin devant l’hystérique et celle du croyant devant l’hérétique. Cette position du médecin fait de l’hystérique une personne " capable de tout le mal, l’accuse d’exagérer, de tromper volontairement et de simuler, et il la punit en lui retirant son intérêt ". Il est à remarquer que c’est Freud qui utilise le terme " position ".

Cette position du médecin devant l’hystérique est donnée par ses préjugés, mais ceux-ci ne sont pas autre chose que ses connaissances anatomo-physiologiques et pathologiques, c’est-à-dire tout son savoir. Freud dut adopter une autre position et , pour cela, il eut à renoncer à ses connaissances médicales et donc à adopter une autre éthique que l’éthique hypocratique.

Quelle " merveille " trouve-t-il chez l’hystérique qui le fait renoncer à un brillant avenir comme médecin ? ce doit être quelque chose d’important, car évidemment, ce n’est pas rien que Freud renonce à la médecine. Ce qu’il découvre, nous le savons, n’est autre chose que l’inconscient. Inconscient, nous dit lacan, structuré comme un langage et que personne n’avait mis en évidence avant lui. Nous pouvons l’appeler de droit l’inconscient freudien.

S’il y a un inconscient freudien, pouvons-nous dire qu’il y a également une hystérique freudienne ? freudienne ou non, ce qui est à tout point de vue évident, c’est que Freud est impliqué lui-même dans ce que l’hystérique lui a raconté. Freud nous dit qu’on ne peut pas parler de psychanalyse sans transfert et en psychanalyse il n’y a pas de transfert sans la présence de l’analyste.

Si nous tenons compte du discours de l’hystérique tel que Lacan le formule dans son mathème, l’hystérique produit S2, sans le savoir. Le savoir a pour l’être humain un véhicule : la parole. Freud est conscient de cela jusqu'à ses dernière conséquences : " je posai le problème de rechercher de rechercher de la bouche du patient quelque chose qu’on ne savait pas et que le patient lui-même ignorait ". En effet c’est a travers la parole de l’hystérique qu’il obtient un savoir jusqu’alors caché. Cela exigea de la part de Freud une écoute. En termes lacaniens, nous dirions que l’inconscient - car il s’agit de la psychanalyse - exige qu’on l’écoute.

Dans ce savoir que l’hystérique produit, la sexualité va très tôt émerger. Et cela n’est pas par hasard, mais par raison de structure, car, au fond, le savoir inconscient est un savoir sur le sexe, et même s’il émerge comme méconnaissance, doute ou négation, il émerge. Un savoir que Freud va souffrir en lui-même, à travers le transfert qui n’est pas autre chose - dit Lacan - que " la mise en acte de la réalité de l’inconscient ".

Dans les études sur l’hystérie, Freud, déjà, découvre que derrière le symptôme, il y a une jouissance. Il attire fortement l’attention sur ce qui rend irréfutable le diagnostic d’hystérie chez Elisabeth von R. : " si l’on pinçait la peau ou les muscles hyperalgiques, ou si l’on exerçait une pression sur eux, ses traits prenaient une singulière expression de satisfaction plutôt que de douleur ". Une jouissance qu’elle, certes, méconnaît, une jouissance à placer dans une Autre scène. D’autres hystériques avant Elisabeth von R. lui avaient montré le chemin.

Un chemin, qui n’a, certes, rien d’agréable. Même en 1914 quand il écrit son " histoire du mouvement psychanalytique ", bien qu’il reconnaisse la psychanalyse comme son œuvre à lui, Freud essaie de refiler à d’autres la découverte de ce que, dans le symptôme de l’hystérique, la sexualité parle. Ces autres sont Breuer, Charcot et Chrobak. Mais n’est-ce pas réellement ces autres qui découvrent que dans le symptôme de l’hystérique, la sexualité est en jeu ?

Breuer parle de secrets d’alcôve, Charcot de la chose génitale et Chrobak. Rédige l’ordonnance de " pénis normalis, dosim : repetitur ".

Ne s’agit-il pas chez eux plutôt de la génitalité que d’autre chose ? mettre en rapport l’hystérique et la génitalité n’est pas une découverte scientifique pour laquelle il faut un Breuer, un Charcot ou un Chrobak. C’est un fantasme masculin de croire que l’hystérique, avec ses symptômes, demande un pénis ; mais elle sait bien qu’elle peut en avoir plusieurs si elle veut, mais hélas le pénis lui sert peu. En paraphrasant ce que dit Lacan dans le séminaire Encore, à propos de la mystique, nous pouvons dire que dans l’hystérie, il ne s’agit pas d’affaires de foutre.

Bien que Freud essaie parfois de fuir " l’horreur de son acte ", il découvre que la sexualité n’est pas la génitalité. L’hystérique lui montre, en lui racontant ses fantasmes, qu’elle est " bisexuelle ", pour autant que pour la jouissance il n’y a pas besoin de rapport sexuel. Il ne s’agira plus que de la pulsion, pulsion partielle, pulsion qui comporte des zones érogènes qui sont des bords du corps propre, donc il ne concerne pas l’autre sexe. Il concerne, comme le dit Lacan, l’objet (a), qui peut être n’importe quel objet.

N’importe quel objet, ce peut être aussi l’analyste. C’est ainsi que l’analyste peut être impliqué dans le désir de l’hystérique, être objet de son désir. Ce qui place l’analyste dans une position de déchet.

Si Lacan distingue le discours du maître du discours de l’analyste, ce n’est pas pour rien. Le maître, le médecin par exemple, place l’hystérique en position de (a) - il faut dire ici tant en position d’objet cause de désir, que de déchet - tandis que dans le discours de l’analyste, c’est l’analyste qui se place en position d’objet (a). nous ne pouvons pas dire, certes, que Freud n’ait pas échangé la position de l’analyste contre celle du maître, par exemple avec Dora, mais nous pouvons dire qu’il a su nous indiquer que cette analyse a raté à cause de la position ou il s’était placé.

Et c’est qu’en effet si Freud n’est pas étranger au dénouement de l’analyse de Dora, nous le savons parce qu’il l’a dit. Freud n’a jamais essayé de cacher que l’analyste est impliqué dans une analyse jusqu’au plus profond de son être. Il s’agit d’une question d’éthique. De plus, son désir va être déterminant dans une cure, nous dit Lacan. C’est ainsi que nous pourrions parler d’une hystérique freudienne. Il ne s’agit pas, comme ce sera le cas chez P. Janet, d’obtenir un produit de laboratoire, - absolument pas : il y a une implication de l’analyste.

Mais parler d’une hystérique freudienne, c’est parler d’une structure ou elle se maintienne en statut de sujet et non d’objet. Et un sujet est toujours divisé. Par son acte, Freud a énoncé que le sujet est divisé. Acte inaugural qui fit fleurir l’inconscient. Certes, comme le dit Lacan dans son discours du 6 décembre 1967, il n’y a pas d’acte de l’acte. Mais cela n’empêche pas qu’il y ait d’autres actes comme l’enseignement de Lacan, à propos duquel lui-même disait : " j’ai seulement réouvert un accès à Freud que je ne veux pas voir se refermer ". Il s’agit d’y être, dans cet enseignement.

 

LECTURE DE DORA

Le " fragment d’une analyse d’hystérie ", plus connu sous le non du cas " Dora ", présente la particularité d’être lu comme une relecture de Freud par lui-même. C’est l’après-coup de la note ajoutée par Freud en 1923 qui guide tout abord du texte, et le met sous la bannière de l’erreur reconnue. " Il me semble que mon erreur technique consista dans l’omission suivante : j’omis de deviner à temps et de communiquer à la malade que son amour homosexuel pour Mme K. (...) était sa tendance psychique la plus forte ".

Avant cette relecture par Freud, " Dora " est lue comme un guide dans l’exploration des symptômes hystériques et leur lien aux mécanismes du rêve. C’est l’application clinique de la Traumdeutung. Il suffit de lire K. Abraham (1909) là-dessus. Le cas est aussi présenté comme exemplaire de la difficulté du maniement du transfert. La lecture est d’emblée rendue complexe par la tension introduite par Freud entre les symptômes et la structure (der Aufbau) interne de la névrose qu’il tente d’établir. Freud oppose ainsi les deux termes : " je tenais à mettre en évidence dans cette observation la détermination des symptômes et la structure interne de la leur réduction à un mécanisme commun. Il faudra attendre le chapitre sur l’identification de Psychologie des foules et analyse du moi pour que les rapports de l’identification hystérique et du refoulement soient déplacés de façon décisive (Fenichel s’en aperçoit en 1926).

L’identification est bien l’axe essentiel d’ou Lacan lit la relecture de Freud. Il s’agit de dénoncer l’à vau l’eau du recours naïf à l’homosexualité. C’est bien ce que Lacan isole dans " la direction de la cure " : " Freud, dans toute la première partie de sa carrière (...) (forçait) l’appel de l’amour sur l’objet de l’identification (pour Elizabeth von R., son beau-frère ; pour Dora, M. K. ; pour la jeune homosexuelle du cas d’homosexualité féminine, il voit mieux, mais achoppe à se tenir pour visé dans le réel par le transfert négatif ".

En suivant les indications de l’enseignement de Lacan, nous relirons donc Dora avec Freud, puis nous examinerons la bibliographie de langue française des auteurs de l’ I PA, avant d’examiner la bibliographie de langue anglaise. Une référence en langue espagnole nous retiendra. Nous ferons ensuite le point sur les recherches historiques sur l’identité de Dora, avant de présenter une bibliographie, la plus complète possible, des références psychanalytiques sur Dora, index des relectures effectuées.

DORA AVEC FREUD

C’est dans l’examen de la doctrine de l’identification que Lacan reprend conjointement l’examen du cas Dora et de la jeune homosexuelle, selon la méthode éprouvée dans sa leçon sur " la lettre volée ", Lacan montre l’efficacité du graphe conçu comme parcours obligé du sujet, la confusion des circuits imaginaires et symboliques produisant les ruptures que marquent acting out et passage à l’acte.

Lacan commence par constater que Dora et la jeune homosexuelle ne se soutiennent dans le triangle symbolique qu’en ayant recours au quart terme de la Dame dans sa relation au phallus. La position de Dora et celle de la jeune homosexuelle se définissent à partir du même schéma au quart de tour près, en reconnaissant l’équivalence de l’homme porteur de pénis et de l’enfant dans sa valeur phallique. Soit les deux schémas suivants :

Mme K. $ ------- M. K. Enfant ---------- Dame

Dora ------- Père Père ----------- Symbolique

Dora La jeune homosexuelle

Dora ne peut se soutenir dans une situation triangulaire avec son père et Mme K., elle introduit le quart terme phallique avec M. K. elle s’assure d’être aimée par M.K. au-delà de sa femme, tout comme Mme K. est l’au-delà de Dora pour son père. C’est-à-dire que son père aime en Dora ce qui lui manque.

Ce qui reste ainsi voilé, c’est la valeur phallique de la femme comme objet d’échange ou le père qui prend une femme, doit donner une fille.

Tout le comportement d’intrigante raffinée de Dora n’a qu’un seul but, soutenir son désir comme insatisfait en tant que son désir est désir de l’Autre. Elle sait, comme en témoignent ses symptômes, que son père est impuissant. Ce désir insatisfait pour le père, elle le soutient par son identification virile aux insignes de M. K. qui, lui, n’est pas impuissant. C’est par cette identification au trait - vermögen - qu’elle normalise sa position subjective inconsciente d’être une femme. Mais cet être le phallus, elle ne l’atteindra que dans la perspective fuyante de ses symptômes, il reste toujours à l’horizon, et sa question du savoir sur la jouissance féminine. Pour la jeune homosexuelle, cet être le phallus est au cœur même de la situation. Tout son comportement de chevalier servant au service de la Dame n’a qu’un seul but : démontrer au père comment on est soi-même un phallus abstrait. C’est-à-dire comment on aime une femme pour ce qu’elle n’a pas. La structure du passage à l’acte, isolée par Lacan dans une perspective entièrement distincte de celle des auteurs post-freudiens, spécialement anglo-saxons, s’appuie sur la même structure.

Le passage à l’acte répond dans les deux cas à la mise en cause de l’Au-delà du désir, et à la valence propre de l’objet a comme objet de déchet. Lorsque M.K. dit à Dora qu’il n’y a rien au-delà de sa femme, elle le giffle. Car si M. K. ne s’intéresse qu’à elle, c’est que son père ne s’intéresse qu’à Mme K., ce qui est intolérable. L’Au-delà du désir ou elle s’est constituée comme sujet se rabat subitement sur la demande. La condition absolue du désir revient au caractère inconditionnel de la demande d’amour qu’elle adresse à son père.

Cette mise en rapport soudaine avec ce qu’elle est comme objet provoque l’épisode " paranoïde ".

Le rien qu’avait instauré la jeune homosexuelle pour soutenir son désir n’a plus de raison d’être après le regard furieux, plein de dédain, du père qui la croise, et la scène que lui fait son amie. Alors elle se jette du haut d’un parapet. L’exigence du phallus non négative est repérable dans le don d’elle-même qu’elle fait à son idole lorsqu’elle saute du pont. Le déchet d’elle-même qui en résulte indique par le signifiant niederkommt qu’elle réalise son désir inconscient d’avoir un enfant du père. Elle est bien sa femme puisque cette mise bas s’est produite par sa faute à lui. Cette analyse, effectuée dans le séminaire sur " Les formations de l’inconscient " (1957-1958) amplifie les questions soulevées dans l’intervention sur le transfert quelques six années auparavant. Mais c’est dans les années soixante-dix que Lacan reprendra la question de l’hystérique sous le double rapport de la supposition du savoir et de la jouissance.

Dora, dans sa distinction entre le bijoux et la boîte à bijoux, séparé la jouissance phallique de la jouissance qui l’enveloppe, jouissance qu’elle tente d’élever au signe de l’amour. En 1958, Lacan l’indiquait ainsi : " La sexualité féminine apparaît comme l’effort d’une jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté pour se réaliser ". C’est l’isolation du signe qui lui permet de faire du sujet-femme un S1. " elle le fait supposer savoir ", dira Lacan dans son séminaire " D’un autre à l’Autre ".

EXAMEN DE LA BIBLIOGRAPHIE DE LANGUE FRANCAISE IPA

EXAMEN GENERAL

En 1928, le cas Dora est publié en français (R F P ) ; malgré l’antécédence de quelques commentaire (Schmiergeld et provotelle, Régis et Hesnard, et surtout Kostyleff), c’est à partir de cette date que Dora devient connue dans le public spécialisé et même au-delà.

Curieusement, en contrepoint de la renommée grandissante de Dora, c’est le silence du commentateur, psychanalyste. A quelques exceptions mineures près (Parcheminey 1932, Anzieu 1959) et à l’exception, majeur, de Lacan (commentaire continu de Dora à partir de 1951), il faudra attendre quarante ans (1968) pour que la référence à Dora apparaisse de manière significative. Encore doit-on nuancer le " significatif " : sur les soixante références recensées (trente-cinq articles, vingt-cinq livres), moins de la moitié dépasse les deux pages. Quant à celles qui constituent une lecture un peu détaillée, voire une relecture argumentée, limitons-les à une demi-douzaine (P. Marty et Co, Cournut, Neyraut, Viderman). En général, le cas n’est pas repris dans son ensemble, évitement sans doute d’avoir à rendre compte d’un point de vue structural intégrant l’ensemble des données. A vrai dire, là encore, Lacan fait figure d’exception : il est le seul à avoir considéré que véritablement Dora, l’un des cinq textes fondateurs de la clinique freudienne, avait été donné pour que les analystes y confrontent leur travail et y mesurent leurs élaborations, voire leurs formalisations. Le commentaire de Dora par Lacan est un commentaire en mouvement, en évolution, privilégiant la structure sur le point isolé.

Précisément, parmi les points qui ont focalisé une attention partielle, on trouve une assez grande variété. Citons, à peu près dans leur ordre de fréquence, les points suivants : le transfert de Dora, ses rêves (deux points souvent couplés), le contre-transfert de Freud, son interprétation, sa direction de cure, les symptômes de Dora et le problème de la complaisance somatique, les identifications, la giffle, l’homosexualité (souvent couplée avec l’arrêt de la cure et le contre-transfert de Freud), l’intrigue hystérique.

Dernière remarque, dans cet examen général, sur les références à Lacan comme lecteur de Dora : il est frappant de voir que, pour les auteurs non lacaniens, elles se sont arrêtées à 1951, l’année de "l’intervention sur le transfert ", texte qui devient la position de Lacan sur Dora ! Quant aux lecteurs lacaniens, ils ont aussi cette tendance, quelles que soient les références, à poser comme une et constituée la lecture de Lacan, et donc à méconnaître le déploiement d’un commentaire couvrant au moins vingt ans.

QUELQUE REMARQUES PARTICULIERES 

Parmi les points qui ont retenu l’attention des commentateurs, trois nous paraissent être des plaques tournantes par rapport à tous les autres : le transfert, qui ouvre aux questions relatives aux rêves, à l’interprétation, le contre-transfert, qui pose aussi bien la question de l’arrêt de la cure que celle du désir du psychanalyste ; et les identifications, qui éclairent le problème des symptômes, comme celui de l’homosexualité ou l’intrigue hystérique. Nous allons, pour chacun de ces points, tenter d’épingler la caractéristique essentielle de leurs abords.

a. Concernant le transfert, les auteurs remarquent en général que le cas Dora constitue, dans l’élaboration de Freud, un tournant : avant Dora, le transfert, en tant que déplacement particulier, est une " mésalliance " introduite dans la chaîne, au titre d’une compulsion associative servant la défense, et dont l’analyste fait en quelque sorte les frais, puisqu’il supporte, par erreur, un affect refoulé. Ce qu’ajoute Freud, dans l’après-coup de la cure de Dora, c’est que le transfert est plus structural que conjonctural, puisqu’il est déploiement dans la relation actuelle d’états psychiques antérieurs, déploiement soutenu par la cure même, et dont la variété fait apparaître en fait une insistance. Est-ce pour autant que Freud abandonne le fondement associatif, c’est-à-dire la matérialité signifiante de la chaîne, pour localiser le transfert ?

certainement pas, et il suffit de se reporter au cas Dora, notamment à sa conclusion, pour voir que l’insertion transférentielle, si elle est référée à des éléments réels de la situation, ces éléments sont traités comme discursifs, comme signifiants. C’est en ce point, à quelques exceptions près (M. Neyraut par exemple) que les analystes de l’ I P A , toute tendance confondues, prennent avec précipitation le virage freudien, et sortent souvent de la voie symbolique de l’analyse. Ainsi e transfert devient-il une simple réitération, à l’identique d’une Gestalt globalisante qu’ils appréhendent en termes d’imago, de scénarios fantasmatiques ou de relations d’objet. Corrélativement, l’accent est mis sur la projection, ce qui scelle le transfert dans un dualisme imaginaire, et autorise une pratique de l’interprétation qui, se servant comme d’un alibi de l’emploi de l’expression " deviner le transfert " dans Dora, fait basculer le savoir du côté de l’analyste. Ce qui ne manque pas de saveur au regard du :

Contre-transfert de Freud, que certains auteurs imputs à son usage du savoir, qui nourrit le piège ou l’hystérique enferme le maître. Ce reproche, comme ceux, plus classiques, qui ne font que reprendre les indications que Freud lui-même donne, se double d’une critique de l’analyste, parfois de l’homme, qui frise le ridicule quand, précisément, elle confond interprétation et verbalisation du savoir. Ajoutons que dans ces abords du contre-transfert de Freud, deux points sont toujours laissés de côté : la position spécifique du dit freudien au regard de l’univers de discours dans lequel il s’avance comme découvreur et " inventeur " de l’inconscient ; et l’énonciation de Freud, soit ce qui permet d’apprécier l’effet du préjugé, suivant que l’analyste cède ou non sur ce que Lacan a nommé son désir.

Quant à , soit la questions des identifications, il faut bien dire qu’en dehors des élèves de Lacan, c’est la confusion dans les commentaires de Dora, confusion immédiatement vérifiable dans la mise sur le même plan de tous les symptômes (à l’exception du travail de Fain, qui isolent une symptomatologie psychosomatique). Autrement dit, les auteurs ne commentent pas Freud avec Freud, c’est-à-dire les symptômes de Dora avec la grille des identifications qu’il donna dans Psychologie collective et analyse du moi. Le résultat est que la dite identification est non seulement responsable de la formation des symptômes de Dora, mais de surcroît, les auteurs n’en ont pas la même acception : tantôt elle est ravalée, cette identification, à l’ancienne conception de la sympathie, de l’imitation, tantôt elle correspond à l’identification formatrice du symptôme hystérique (deuxième type d’identification selon Freud), tantôt enfin, c’est de l’identification par le symptôme dont il s’agit (troisième type d’identification par le symptôme dont il s’agit (troisième type d’identification son Freud). Ainsi voyons-nous un symptôme comme le toux de Dora (sur lequel les auteurs sont loin d’avoir l’insistance de Lacan) relever tour à tour des modes précédemment cités. Ici, le défaut de lecture de Lacan est flagrant, lui qui a ramené l’attention sur les trois registres identificatoires freudiens, en les articulant au réel, au symbolique et à l’imaginaire.

EXAMEN DE LA BIBLIOGRAPHIE DE LANGUE ANGLAISE IPA

Chez les auteurs de langue anglaise, il y a ceux qui considèrent le matériel associatif et le transfert chez Dora comme une répétition du passé dans le présent des séances. D’autres, au contraire, considèrent plutôt qu’elle utilise le matériel du passé pour exprimer les relations actuelles avec l’analyste.

Mark Kanzer est représentant de ceux qui soutiennent la première thèse. Il considère que Dora a quitté l’analyse parce qu’elle s’identifie à l’agresseur (M.K.) et déplace sa vengeance contre Freud (au lieu de M.K.). il considère cela comme un acting out qui correspond à ce qu’il dénomme la sphère motrice du trasnfert. Cet acting out indiquait à Freud qu’il devait corriger les constructions qu’il avait faites jusqu’alors. Cela nous rappelle la remarque de Lacan, que l’acting out indique à l’analyste que sa position dans la cure est à modifier.

Soutenant la deuxième thèse, Merton Gill considère Dora comme un exemple d’allusion indirecte du transfert. Quand Dora parlait de M.K., cela n’était qu’un déplacement des sentiments qu’elle avait envers Freud. Il suggère aussi que les interprétations de Freud, sur le jeu du réticule comme masturbation et sur la boîte à bijoux comme le sexe de Dora, ont été pris par Dora comme la preuve de l’intérêt sexuel de Freud pour elle.

Ces auteurs prennent le transfert au niveau de sa signification possible. A ce niveau-là, on trouve de multiples interprétations, selon les préférences de chaque auteur. Choisir entre la répétition du passé et l’allusion au présent, cela relève en définitive que d’une question de prédilection. Au niveau imaginaire, on ne s’en sort pas.

Il nous semble qu’en prenant le transfert au niveau de la structure, comme l’a fait Lacan, nous avons plus de chances.

D’autres auteurs, prenant comme référence l’ego-psychologie, considèrent en partie le transfert comme une répétition du passé, et ils pensent qu’avant de l’analyser, il faut fortifier le moi, pour qu’il puisse supporter les conflits inconscients (Loewenstein).

Erickson se demande ce que Dora voulait de Freud. Il dit qu’en tout cas, le père de Dora avait demandé à Freud de la ramener à la raison, et que Dora voulait que son docteur soit sincère dans le rapport thérapeutique. Erickson considère que l’insight de la situation ne pouvait être effectué que par un moi mûr, pas celui de Dora. Si elle a fait un acting out, ce n’était pas seulement pour faire émerger sa rage infantile, mais aussi pour mettre en évidence de façon claire le passé historique, pour pouvoir envisager un futur social et sexuel de son choix. Il fallait, donc, nommer les infidélités par leur nom, et établir son identité avant tout.

Selon Lang, le cas Dora est un effet de " mésalliance thérapeutique ", c’est-à-dire une déviation de l’alliance thérapeutique, provoquée par le fait d’avoir négligé des facteurs de la réalité et des éléments non transférentiels de la relation analytique. Les facteurs qui, selon Lang, ont provoqué la mésalliance thérapeutique sont :

le fait que Freud connaissait le père de Dora et M.K. avant l’analyse, et qu’il a continué à rencontrer le père pendant l’analyse. Ce qui a conduit à ce que Dora n’ait jamais différencié M.K., son père et Freud.

Freud était suspecté de vouloir donner satisfaction aux voeux du père, c’est-à-dire que Dora accepte le rapport du père avec Mme K. pour cela, Freud est perçu comme un amant substitut (comme M.K.). ces facteurs, entre autres, ont provoqué la terminaison prématurée de l’analyse.

Les analystes de l’ego-psychology essayent d’établir un autre rapport que le transfert avec le patient (alliance thérapeutique avec la partie saine du moi), à partir de laquelle ils prétendent analyser le transfert. Mais de même qu’il n’y a pas d’autre de l’Autre, Lacan nous a démontré qu’il n’y a pas de transfert du transfert.

UNE REFERENCE EN LANGUE ESPAGNOLE

A partir de sa conception traumatique dans la genèse des rêves, Garma a fait une réinterprétation du cas dora, notamment du premier rêve.

Il a signalé l’importance secondaire que, dans l’origine des rêves, a la réalisation et satisfaction du désir, ces dernières elles-mêmes secondaires, dit-il, à une activité intellectuelle large des pensées, des propos, des jugements, des réflexions, des critiques tels qu’on les trouve dans la pensée éveillée, et qui seraient cause efficiente, traumatique, dans l’origine des rêves.

Garma se réclame de Freud, pour rebâtir la conception freudienne de la réalisation du désir humain.

Voyons le premier rêve de Dora :

Pour Freud, le rêve s’origine dans le désir de situer son père en tant qu’amoureux d’elle. Dora désire être désirée par son père. Pour Freud, il y a l’autre à l’intérieur du désir.

Pour Garma : c’est une proposition qui origine le rêve : " je dois sortir de cette maison ". En privilégiant le propos par rapport au désir, Garma obture la place de l’Autre dans le désir.

Continuons, et nous verrons comment Garma substitue sa conception traumatique à la théorie du désir. Dora dit : " Je dois sortir de cette maison. Ici, je cours un danger ".    Danger de quoi ? de perdre sa virginité. La pulsion sexuelle (génitale) de coït avec son père est venue comme une irruption traumatique, dépassant les possibilité de défense du moi. Cet état de panique et de frayeur est traumatique et est à l’origine du rêve.

Dans l’interprétation que Garma fait du premier rêve comme communication de Dora à Freud de l’abandon futur du traitement, selon lui, ce propos d’abandon à lui tout seul a pu être une cause suffisante pour déclencher le rêve. Pour Garma, " l’ erreur " de Freud dans le transfert est de ne pas avoir interprété le propos d’abandon dans le futur.

QUI ETAIT DONC DORA ?

Ernest Jones a laissé deux identifications qui ont été les premières traces pour le dévoilement de l’identité de Dora :

" Elle était la sœur d’un chef socialiste, mais je ne puis divulguer son nom ".

" (...) (elle) mourut à New York, il y a quelques années ".

C’est en 1957 que Felix Deutsch, à partir de cette deuxième indication, publie un article s’autorisant à lever le secret sur deux entretiens qu’il avait eu avec Dora vers la fin de l’automne 1922, appelé à son chevet par un oto-rhino-laryngologiste mis en impuissance à la soigner " de symptômes prononcés du syndrome de manière ". C’était donc lui le " collègue expérimenté " auquel Freud fait allusion dans la note de 1923 de l’avant-propos du " Fragment... "

L’intérêt de ces entretiens porte beaucoup plus sur la persistance de la structure hystérique que sur les types de symptômes. Son déchirement symptomatique constitue sa vérité, tout comme dans le récit freudien, en inscrivant sur le corps la jouissance phallique. Elle ne cesse d’afficher son désir insatisfait par le biais de plaintes multiples. La question " suis-je homme ? suis-je femme ? est posée aussi bien par rapport à sa vie conjugale qu’en ce qui concerne sa maternité. Elle met en série tous les hommes : le mari, aussi infidèle que le père ; le fils adolescent, s’intéressant aux filles avec un manque d’affection à son égard ; M. K . (sans le nommer ) ; le frère. Là ou elle s’identifie à ce qui manque à l’Autre (l’homme), là ou elle se reconnaît, elle témoigne de l’impuissance du maître à produire un savoir qui puisse combler l’être qu’elle incarne dans sa question. Elle défie Deutch à produire ce savoir, déplie sa séduction, laisse de côté ses plaintes, mettant en scène ce que constitue le signifiant du désir de l’Autre : elle " s’empressa de dire qu’elle était " Dora " (...) et manifesta une intense fierté d’avoir fait l’objet d’un écrit aussi célèbre (...) puis elle se mit à discuter l’interprétation que Freud avait faite de ses deux rêves (...) ". Moment de bascule du premier entretien, suivi d’une intervention de Deutch qui relie ses symptômes à son intérêt pour son fils (dont elle guettait continuellement le retour de ses excursions nocturnes) dans la mesure ou il désire une autre femme qu’elle (les filles). Elle demande un autre entretien. La levée des symptômes s’est produite mais, encore une fois, le défi au savoir n’a pas pu virer au désir de savoir. Deutch après Freud est entré dans la série.

Par ailleurs, Deutch apporte quelques éléments sur la vie de Dora, ainsi que sur celle de sa famille.

Ce n’est qu’en 1978 que Arnold A. Rogow dévoile le non propre de Dora : elle s’appelait ida Bauer , et elle était la sœur d’Otto Bauer, le leader du parti socialiste autrichien, et théoricien du marxisme.

A partir de Rogow, une certaine reconstruction historique deviendrait possible, quoique inachevée. Reconstruction historique qui - hors acte - se ramène à une histoire de vie qui, comme toutes les histoires de vie, n’est pas sans anecdotes. Ce que Freud Lacan nous ont appris, est que quoi qu’il en soit des éléments de ce trajet jusqu’à la mort, la structure n’en démord pas. Et le désir est strictement, durant toute la vie, toujours le même.

Dans l’après-Freud de Dora, le " malaise dans le théâtre " est resté tel quel, même si elle s’est mariée, a eu un fils, a survécu à ses proches, a émigré deux fois, etc.

L’IPA ET LACAN

DEVANT L’HOMME AUX RATS

Si, en 1969, Lacan peut encore écrire de l’homme aux rats que c’est " le cas dont reste provenir tout ce que nous savons de la névrose obsessionnelles " (compte rendu de " L’acte analytique ", Ornicar?, n°29, p 24) - on n’imagine pas de traiter la question hystérie obsession sans y avoir recours. Et sans doute les rapports réunis pour la quatrième rencontre le démontreront.

Pour notre part, nous avons voulu procurer à nos collègues les éléments d’une comparaison : comment ce cas princeps, ou mieux, ce cas unique, a-t-il été lu, saisi, articulé, d’un côté, par les analystes formés dans l’ I P A, et de l’autre, par Lacan ?

on ne trouvera pas ici un recueil exhaustif, mais, croyons-nous suffisamment suggestif pour permettre de mesurer qui est freudien - pour indiquer aussi des directions de recherche.

TROIS DE L’ I P A

La bibliographie de l’I P A consacrée à l’homme aux rats est singulièrement courte. Trois auteurs se distinguent : Mark Kanzer est le premier, et son article est contemporain de la relecture du cas par Lacan (" The Transference Neurosis of the Rat Man ", 1952) ; il faut ensuite attendre le vingt-quatrième Congrès international de 1965, ou une partie du programme fut consacrée à " une révision contemporaine " de la névrose obsessionnelle : Elisabeth Zetzel se charge alors du rapport intitulé " Notes supplémentaires sur un cas de névrose obsessionnelle, Freud 1909 ! !(1967) ; enfin, Leonard Shengold consacre deux articles, en 1967 et 1971, aux " Rat people " (" the Effects of Overstimulation : Rat People " , " More About Rats and Rat People ").

Nous allons successivement étudier ces trois contributions

KANZER : FREUD AVEUGLE AU TRANSFERT

Le souci de Mark Kanzer est moins la clinique que la technique. Le cas n’a pour lui pas d’autre valeur que celle d’un témoignage sur les commencements de la technique analytique. Et c’est à plaisir qu’il gourmande Freud, au non d’une conception plus mûre, plus informée

En un mot : Freud n’a pas saisi le caractère transférentiel de la plupart de ses échanges avec le patient ; Kanzer nous le fait voir, et dès les premiers mots d l’homme aux rats ; le récit du supplice est déjà a flowering of the transference ; enfin, le supplice a " complètement infiltré la signification inconsciente de la règle fondamentale ".

Quelle est l’erreur de Freud ? avoir donné le pas à l’anamnèse, à la reconstruction du passé sur a dynamic analysis of the immediate transference.

On comprendra dès lors que le bref article de Kanzer ne dise rien de la structure clinique, pour mettre tout l’accent sur la situation analytique, en tant qu’elle est structurée par le fantasme inconscient du sujet. La contribution n’est pas sans mérite, mais elle ne rend pas justice à la richesse du cas : elle l’évacue.

Zetzel : la fonction de la sœur morte

A l’inverse, Elizabeth Zetzel se consacre à la clinique du cas plus qu’à sa technique.

Ce qu’elle reproche, elle, à Freud, c’est de s’en être tenu pour l’essentiel au " contenu oedipien ", négligeant " l’importance des premières relations ". Ainsi, il situe la fonction du père, mais il accorde peu d’importance "  aux premiers amours objectaux, prégénitaux et génitaux. Exemple : " il ne nomma la mère du patient qu’à six reprise, toujours très brièvement ".

C’est alors que Elizabeth Zetzel se lance dans ce qu’elle appelle " des hypothèses plausibles ", et qui mettent en jeu la naissance du jeune frère de l’homme aux rats et son affection pour sa sœur. " il est donc probable, conclut-elle, qu’un triangle oedipien, essentiellement normal mais déplacé en partie, ait surgi avant l’apparition de la maladie mortelle de la jeune sœur. Certaine réponses régressives au trauma, plutôt qu’un échec du développement commencé dans l’enfance et prolongé dans la vie adulte, seraient donc à l’origine de sa névrose infantile aiguë ainsi que de sa prédisposition, à l’âge adulte, à une maladie obsessionnelle ". De là, E. Zetzel s’avance à généraliser sur les conséquences habituelles de " la perte d’un objet incestueux ".

La contribution de Zetzel est donc d’isoler l’élément causal de la " névrose grave " de l’homme aux rats, que Freud a manqué : c’est katherine, c’est la fonction de la sœur morte, non celle du père mort.

Peut-être pouvons-nous nous en tenir là ? a nos yeux du moins, ce résumé juge ce texte.

C Shengold

Pour L. Shengold, l’homme aux rats n’est qu’un parmi d’autres

- un parmi ceux qu’il appelle les rats people : sujets qui ont subi dans leur enfance une overstimulation without discharge (séduits et battus par des parents psychotiques) et chez qui apparaît l’imago du rat ( par exemple, ils grincent des dents, souvent, en dormant...).

l’image du rat est a kind of hallmark indicating cannibalism : elle exprime une régression en termes sadiques-oraux. A l’appui vient Abraham, qui fait coïncider le développement libidinal, infiltré de sadisme.

Pour le dire brièvement, Shengold voudrait situer la jouissance, le trop-à-jouir de l’obsessionnel ; il le fait à travers l’imago (le signifiant imaginaire) du rat. Il n’a pas tort de voir dans le rat le signifiant de la jouissance, mais de croire que c’est affaire de réalité.

D Conclusion

Le ternaire IPA est pauvre. Il est même misérable. Rien pourtant n’empêche de le prendre le biais par ou il dit quelque chose de l’expérience analytique.

Kanzer dit quelque chose du savoir et de son sujet : que Freud s’identifie au sujet du savoir, que ce soit comme celui qui sait ou celui qui veut savoir, que le sujet ne peut s’inscrire dans le discours analytique que selon son fantasme, c’est-à-dire en situant l’analyste à la place de son objet fondamental.

Zetzel dit quelque chose de l’objet, et plus précisément du deuil de l’objet : que l’objet n’est pas le père, n’est pas de l’ordre du père, qu’il est d’un autre côté, celui de la mère, ou celui du prégénital, qu’il est causal en tant que perdu.

Shengold dit quelque chose de la jouissance, et précisément de la jouissance, et précisément de la jouissance comme supplémentaire, excédentaire : là ou Zetzel prend par le moins, il prend par le plus ; à sa façon, il pose la question de savoir ce qui symbolise le plus-de-jouir.

Au fond, chacun dit quelque chose qui est là, présent dans l’expérience, mais aucun ne sait qu’il le dit. Aucun qui ne fasse peu ou prou la leçon à Freud. Aucun, en fait, qui lise Freud.

LACAN : "  LE MYTHE INDIVIDUEL DU NEVROSE "

On sait que deux ans avant de commencer son séminaire à Sainte-Anne en 1953, Lacan réunissait régulièrement chez lui ses éléves. Une de ces années fut consacrée à l’homme aux rats, et nous avons le témoignage de l’intérêt qu’il suscita dans la conférence sur " Le mythe individuel du névrosé " prononcée au collège de Philosophie de Jean Wahl, et diffusée en 1953 (une transcription révisée a été publiée dans Ornicar ?.

Lacan, dans une référence explicite aux travaux de Claude Lévistrauss, et en écho au Roman familial des névrosés de Freud (19909) propose la notion de mythe individuel pour faire valoir l’originalité, la particularité d’un cas au-delà des généralité d’un type clinique donné. Il se sert, en l’occurrence, de l’homme aux rats, à côté d’un événement biographique de la vie de Goethe.

Tout comme Freud, qui place le roman à un point de fracture entre les générations, Lacan situe le mythe individuel à un point de déchirure, d’impossibilité dans la définition de la vérité. Le mythe est aussi bien ce qui vient voiler, donner forme discursive à cette impossibilité, que ce qui indique le lieu de cette vérité : " la parole ne peut pas se saisir elle-même, ni saisir le mouvement d’accès à la vérité, comme une vérité objective. Elle ne peut que l’exprimer - et ce, d’une façon mythique. " Lacan va donc reprendre le complexe d’Oedipe, mythe, dit-il, en ce qu’il concrétise dans la théorie analytique le rapport intersubjectif, et démontrer qu’une restructuration en est nécessaire, consistant dans une formation de sa construction triangulaire en une construction quaternaire. Ce texte, dont même le style témoigne de l’effort d’une élaboration nouvelle, s’avère très nettement précurseur de la représentation robuste et opératoire du schéma L.

C’est à propos de l’observation de l’homme aux rats, donc, que Lacan va développer cette structuration quaternaire des éléments d’un mythe, qui répond chez le névrosé à la nécessité d’articuler dans leur impossible recouvrement les lois symboliques de l’échange, de la reconnaissance et de la paternité, qui sont les lois de la parole, avec avatars d’un destin aux figures toujours particulières. Il isole pour ce faire une cellule élémentaire, véritable mythème, qui organise la constellation pour un sujet dès avant sa naissance. Il va suivre les remaniements de cette cellule élémentaire par ce qu’il appelle une formule de transformation, dans la vie du sujet, jusqu'à la grande obsession des rats, et même sa résolution par l’analyse, soit l’inclusion, par le transfert, de Freud dans cette cellule. Ce qui donne sa valeur de mythe à cette cellule tient à ce que les remaniements combinatoires sont orientés par une tendance du sujet, tendance à s’acquitter des fautes sur lesquelles elle s’origine, à les rectifier. La névrose obsessionnelle, qui se caractérise par la subjectivation forcée de la faute, du défaut, s’avère ainsi le terrain d’élection à la démonstration de Lacan, par ce que cette névrose nous démontre de la lutte du sujet aux prises avec son fantasme dans le camp retranché de son for intérieur. Insistant sur les lois de la parole, dans " variantes de la cure-type ", en 1954, c’est encore à l’homme aux rats qu’il fera appel pour situer le mythe individuel.

Revenons au texte, pour suivre la façon dont Lacan dégage la cellule élémentaire et en articule les remaniements afin d’en démontrer la structure quaternaire.

De cette cellule élémentaire, la forme première, qui ne l’est que de porter sur la préhistoire du sujet, met en scène deux situations aussi bien reconnues par Freud comme essentielles, et quatre personnages : le père, son ami du temps de sa carrières militaire, la jeune fille pauvre mais jolie que le père courtisait avant son mariage, et enfin la mère à qui le père doit sa situation sociale. Les deux situations sont celles des fautes du père : la dette de jeu acquittée par l’ami et jamais remboursée, et le choix entre deux femmes se soldant par l’alliance avec une famille influente à travers son épouse, au dépens de la jeune fille pauvre qu’il courtisait.

La névrose se déclenche lorsque le sujet est placé devant une situation de choix entre deux femmes, semblable à celle qu’a connue son père et qui fait un des pôles du mythe. Mais il faudra la conjonction des deux, d’une part, la rencontre avec la jouissance du capitaine cruel en position paternelle lui assignant une dette erronée vis à vis de son ami le lieutenant A., soit l’impossible ajustement des nécessités d’obéissance au capitaine et de remboursement de la dette, et d’autre part, la présence de deux femmes, la postière et la serveuse, pour que se déploie la grande obsession.

Le dédoublement des personnages se présente donc comme dans la cellule première, avec le déplacement de la dette puisque dans cette transformation, le sujet ne doit rien à l’ami et imagine retrouver la jeune fille pauvre, la serveuse. Citons le texte : " Tout se passe comme si les impasses propres à la situation originelle se déplaçaient en un autre point du réseau mythique, comme si ce qui n’est pas résolu ici se retrouvait toujours là (...) l’élément de la dette est placé sur deux plans à la fois et c’est précisément dans l’impossibilité de faire se rejoindre ces deux plans que se joue tout le drame du névrosé ".

Le troisième état de la cellule élémentaire, inclut, par le transfert, Freud, non tant en position paternelle qu’en position d’ami, comme figure dédoublée du sujet, et la fille de Freud, par le rêve ou elle a des lunettes de crotte à la place des yeux, comme figure dédoublée de la dame de son amour. C’est l’ami qui donne l’argent, par l’intermédiaire d’une femme : " Le mythe et le fantasme ici se rejoignent, et l’expérience passionnelle liée au vécu actuel de la relation avec l’analyste, donne son tremplin par le biais des identifications qu’elle comporte, à la résolution d’un certain nombre de problèmes ".

Lacan, dans la suite du texte, à partir de cet exemple, généralise pour le névrosé cette situation de quatuor qui existe sur deux plans différents, la fonction sociale et l’objet sexuel. Si le sujet névrosé se réalise sur un des plans, l’autre se dédouble dans une relation narcissique : amour passion à côté de l’amour légitime quand le sujet se réalise socialement, rivalité mortifère dans la vie sociale quand le sujet se réalise amoureusement. " C’est sous cette forme très spéciale du dédoublement narcissique que gît le drame du névrosé, par rapport à quoi prennent toute leur valeur les différentes formations mythiques ".

Lacan va conclure par la reprise du thème de l’oedipe en un système quaternaire ou viennent se nouer, dans une impossible homogénéisation, deux relations, deux axes : l’axe symbolique, jamais réalisé en fait dans les figures de l’existence, et l’axe narcissique, sur lequel va se déployer la stratégie d sujet avec les doubles des éléments symboliques : ami, belle-mère, beau-père, etc. le quart élément, à rajouter au schéma triangulaire de l’Oedipe, est la mort, en tant que c’est de la mort, imaginée et imaginaire, qu’il s’agit dans la relation narcissique.

Si l’on reconnaît là sans peine, comme nous l’avons indiqué, le prototype du schéma L qui sera l’écriture de cette formule de transformation de la combinatoire fantasmatique d’un sujet, nous ferons encore une remarque sur ce texte.

Elle concerne le peu de particularité accordé, dans sa démonstration du quatuor oedipien, à ce qui caractérise le type clinique obsessionnel qui est l’homme aux rats, dont il fait plutôt le paradigme de tout névrosé. Il n’est de plus fait nulle mention dans ce texte à l’hystérie. serait-ce parce que la névrose obsessionnelle, par ses caractéristique de lutte interne au sujet et de neutralisation de la jouissance, présente une certaine affinité avec l’idéal de reconnaissance et de réconciliation qui, à cette époque, guide encore Lacan ? y objectant l’inertie de l’obsessionnel à accéder à une jouissance possible malgré la reconnaissance, et surtout l’hystérie, par son exigence à trouver un nom à la jouissance, à l’au-delà du phallus, son refus de l’identification par le signifiant de l’autre.

Ainsi, après ce temps ou est amenée à sa pointe par Lacan la formalisation des relations du sujet aux lois de la parole, va-t-il, par l’étude du signifiant inscrire au cœur du sujet la division, et fonder son rapport à la jouissance.

L’HOMME AUX RATS DANS LES ECRITS

La référence à la clinique freudienne de la névrose obsessionnelle, dans les écrits, porte sur le cas de l’homme aux rats ; précisément, elle se situe entre 1953, avec le premier discours de Rome, puis " variantes de la cure-type ", et 1958, avec " la direction de la cure ".et 1958, avec " la direction de la cure ".

Ce sont donc là les trois articles d’avant 1966 dans lesquels Lacan se reporte au célèbre cas exposé par Freud.

Quels sont les moments de la cure dont Lacan va se saisir ?

Dans " Fonction et champ de la parole et du langage ", en 195, la première fois ou il en parle, il se réfère aux sept premières séances que Freud nous a données intégralement et tout d’abord à ce récit que l’homme aux rats fait du supplice des rats, récit - nous dit Freud - accompagné de " l’horreur d’une jouissance par lui-même ignorée " ; puis Lacan se reporte à la séance du 24. XI, ou Freud rappelle que les rats sont mis en équivalence symbolique avec le paiement des séances.

Lacan note en outre au passage ce qui contribua au transfert de l’homme aux rats sur Freud, soit cette lecture de Psychopatholgie de la vie quotidienne

toujours dans ce rapport de Rome, Lacan insiste sur l’interprétation de Freud qui lie le mariage du père à la question de celui du fils et de la dette qui en fait le noeud( ce qui est à l’origine de la maladie de ce dernier (séance du 30.XI, du 8.XII, ainsi que celle du 9.XII dans le Journal).

Dans " Variantes de la cure-tye ", Lacan reprendra le même passage sur le manquement du père qui a présidé au mariage de celui-ci et qui pèse, sous la forme de cette dette, sur le patient de Freud.

Dans " La direction de la cure " enfin, c’est à nouveau sur les éclaircissement donnés par Freud à son patient que Lacan reviendra, notamment sur ce qu’on a qualifié d’endoctrination. (cf. Journal, deuxième séance, p. 43 et45, puis la quatrième, p. 63sq) ; mais il reprend aussi la séance du 8.XII, ou Freud fait son interprétation portant sur le lien entre le mariage du père et le déclenchement du conflit névrotique.

Une bonne est patente : dans ces trois textes, la question qui fait l’objet des préoccupations de Lacan est celle de l’interprétation.

En effet, à l’opposé de " ces techniques modernes " de la psychanalyse des années 1940-1950- ceux que Lacan appelle encore les " habiles " - qui mettent en doute la technique de Freud, en lui reprochant notamment " l’endoctrination " de ses patients, Lacan resitue à partir de l’homme aux rats (et de Dora) en quoi l’interprétation freudienne porte effet de vérité. C’est bien un retour à Freud que Lacan opère dans ces trois textes, en tant que ce retour est aussi un retour à sa clinique.

Dès lors, ce retour n’est pas technique mais éthique, puisque, comme l’écrit Lacan, il ne s’agit pas d’imiter Freud mais bien de retrouver l’effet de sa parole en recourant non pas aux termes utilisés mais aux principes qui gouvernent cette parole.

Ainsi Lacan, dans une critique de l’analyse des résistances chère aux " habiles ", pointe que Freud se sert de la résistance comme d’une disposition propice à la mise en branle des résonances de la parole (cf. le titre du chapitre, ici, dans " fonction et champ de la parole et du langage " : " Les résonances de l’interprétation "), au point que c’est lui qui introduit cette notion auprès de son patient. mais il ne ménagera pas la résistance quand il s’apercevra qu’elle fait virer le discours tenu à une conversation ou le sujet, en même temps qu’il séduit, se dérobe. Autrement dit, la résistance est utilisée dans le sens du progrès du discours.

En ce sens, l’interprétation produite par l’analyste doit être une réponse particulière au sujet, et c’est ce que Freud nous montre, en tant qu’il est à cette place " d’annonciateur ". Car dans l’interprétation, il ne s’agit pas tant de savoir - ce que n’ont pas compris les habiles - que de vérité, autre terme introduit par Lacan, et qu’il accroche à l’interprétation, au point que celle-ci peut être inexacte mais vraie. Telle est celle que Freud fait à son patient en ce qui concerne sa " transe obsessionnelle ", soit comme un effet de l’interdit paternel portant sur sa liaison avec la dame obsédante.

Notons en outre que déjà dans le texte du discours de Rome, Lacan montre que l’interprétation, à savoir la réponse de l’analyste, est tout à fait liée à la place du sujet dans le discours ; ici, il s’agit de la place de son ego.

En sorte que la question du transfert y est aussi posée, et, en ce qui concerne la névrose obsessionnelle, la place de l’Autre de l’adresse en tant qu’il est mort. D’ou l’importance de situer la place de l’analyste.

La notion de discours comme cette de place vont devenir centrales quant à la situation de l’interprétation, dans le texte qui va suivre, soit " Variantes de la cure-type ".

Y est encore présente cette interprétation des résistances, que Lacan distingue de l’interprétation de sens par ou le sujet passe d’une chaîne de discours à une autre. Il y a en effet une condition pour cela : " celle qui veut que l’analyste occupe dans la séance une place qui le rendre invisible au sujet ". C’est cette même invisibilité dont Lacan parle dans " Fonction et champ de la parole et du langage " : " pour l’autre (l’obsédé) vous avez à vous faire reconnaître dans le spectateur, invisible de la scène, à qui l’unit la médiation de la mort ".

Ce qui importe donc dans l’interprétation, c’est la place d’ou l’analyste intervient. Elle sera révélante si l’analyste fait taire en lui le " discours intermédiaire " ou discours de la tromperie (la parole, si elle peut y être vraie, n’en est pas moins trompeuse).

Et c’est encore à l’aide de la clinique de l’homme aux rats que Lacan va une fois de plus prolonger la question de l’interprétation dans ce second texte, et ce, toujours à propos de la proposition de mariage de la mère, proposition qui s’avère un calcul et qui est à l’origine du conflit névrotique, lequel est pointé par Freud comme l’effet de l’interdiction du père. De fait, Lacan nous dit que cette interprétation est inexacte, mais que Freud y a aperçu un rapport à la vérité qui est, lui, tout à fait juste : le manque de foi (quant au calcul), qui a présidé au mariage du père, engendrant une dette qui continue de peser sur l’existence du sujet, et qui est réactivée par la proposition maternelle.

Ce que Freud met ainsi en valeur est que ce rapport dialectique pose, en effet, tant du côté du statut du sujet que de la " venue au monde de son être biologique " ( on pourrait dire de sa jouissance ), que le discours pré-existe au sujet. Ce rapport à la vérité, Freud y est d’autant plus sensible que lui-même a fait l’objet, en matière de mariage, d’une suggestion familiale similaire.

Enfin, dans le dernier texte, " La direction de la cure ", cette problématique de l’interprétation va faire à nouveau le sillon que Lacan a commencé de creuser dans les précédents textes. Notons que de surcroît, cette référence à l’homme aux rats va se faire dans un chapitre consacré à " la place de l’interprétation ".

La fonction de l’autre, que nous vîmes en quelques sorte poindre dans les passagers déjà examinés en ce qui concerne le transfert et l’adresse de l’Autre invisible, mort, s’énonce ici en clair. Le signifiant y emboîte le pas et se fait à son tour une fonction importante dans la localisation de la vérité. La résistance vient ici à la place occupée par l’analyste quand il interprète : elle est, de ce fait, celle de l’analyste.

Ce que Lacan examine là, prolongeant le fil abordé dans les deux textes précédents, c’est le discord - dont il fait le constat - entre l’ordre dans lequel Freud opère quant à l’interprétation et celui qui a cours parmi les fameux techniciens. On y procède dans l’ordre inverse de la séquence freudienne, c’est-à-dire en commençant par la consolidation du transfert, puis ensuite l’interprétation comme réduction de celui-ci (voire sa liquidation), et, pour finir, la relation au réel qui, elle, devient la réalité du dispositif.

Freud, nous fait remarquer Lacan, procède dans la direction de la cure de l’homme aux rats, en amenant tout d’abord le sujet à faire un premier repèrage de sa position dans le réel, ce qu’il soulignait déjà dans " intervention sur le transfert " (1951) comme un premier renversement dialectique, toujours suivi d’un développement de vérité.

Ici, pour l’homme aux rats, ce renversement dialectique consiste en cette interprétation inexacte mais vraie, à savoir qu’elle entraîne des effets de vérité. Ceci tient au fait que Freud intervienne d’une place qui met en jeu la fonction de l’autre, laquelle, dans la névrose obsessionnelle, s’accommode d’être tenue par un mort, tel que l’homme aux rats nous l’illustre avec son père.

Lacan nous montre, en conclusion, que ce retour à la clinique freudienne a valeur paradigmatique : en effet, Lacan s’explique de ce qu’il se serve des cas de Freud et non de sa propre clinique, en indiquant que la place de Freud y est exemplaire pour ce qui concerne l’interprétation.

Ainsi, c’est Freud qui a, si l’on peut dire " trouvé " la névrose obsessionnelle (1894-1895), et donc, toute névrose obsessionnelle se refère à cette clinique freudienne. Il y a aussi la place qu’il occupe quant au savoir, et précisément quand son interprétation s’avère position de savoir de par la vérité. D’ou le fait que Lacan énonce qu’il devance par là son apport sur la fonction de l’Autre. Freud, c’est le cas de le dire, met là son savoir en position de vérité. Voilà pourquoi ce reproche d’endoctrination, donc de position de savoir, fait à Freud par les " habiles ", est injustifié. Ceux-ci, en effet, ne tiennent pas compte de la place de la vérité en ce qui concerne l’interprétation, disons même de celle d’ou Freud intervient. C’est ce qui est au fondement même de ce renversement dialectique, autrement dit de ce que l’on pourrait aussi bien appeler bascule du discours, laquelle fait que cette référence à l’homme aux rats est éthique.  

ANNEXE

Les limites de ce rapport nous interdisent d’aller plus loin dans l’enseignement de Lacan sur l’homme aux rats. Il y aurait lieu également de reprendre les contributions faites sur ce sujet par des psychanalystes appartenant à l’école freudienne et à l’école de la cause. Mais nous avons choisi d’apporter plutôt quelques remarques nouvelles, qui ont pour base des apports récents faits à la section clinique.

Le 22 janvier 1908, Freud communique à la Société Psychanalytique de Vienne que la résolution des symptômes d’Ernst Lehrs (il s’agit sans aucun doute de l’appréhension obsédante du supplice des rats et de l’angoisse qui s’y trouvait liée) fut produite par une double interprétation :

la première concerne la signification du pince-nez (Zwicker) : le déplacement du mot Zwicker - Kneifer met au jour le reproche de s’être défilé ausgekniffen) et désigne le patient comme Kneifer lâche

la deuxième se rapporte à la jonction rendue possible par le mot Dick entre le désir du patient de ne pas être gros ( ses impulsions aux courses effrénées par temps torride) et sa jalousie envers son rival (Dick, nom du cousin d’Amérique).

Cette double interprétation (mise à mort d’un semblable rival et nomination de ce trait de lâcheté) produit donc, semble-t-il, l’effet curatif d’éteindre l’angoisse ; elle marque aussi , après trois mois de traitement, la fin des notes journalières sur le cas. Notre propos est de repérer, à travers les éléments constituant le journal, ce qui, à ce moment d l’analyse, a rendu possible un tel effet de cette parole.

Emettons l’hypothèse que le surgissement de l’angoisse dans le raptus délirant que nous connaissons, fut lié pour le patient à la perte de ce qui, dans sa construction névrotique, avait fonction de maintenir une instance paternelle dans son effet de coupure par rapport à un forme de jouissance traumatique, lui ménageant un accès a désir, désir impossible, certes, d’être pris dans l’impasse obsessionnelle que l’on sait.

L’expérience traumatique décrite dès la première séance, ou le petit Ernst tâte les parties génitales de sa jeune gouvernante et ce ventre qui lui paraît " curieux " (currios) éveille chez l’enfant une " curiosité " brûlante de regarder le corps des femmes. S’indique ainsi la modalité sous laquelle se constitue son désir. Comme il le dira par la suite : désirer revient pour lui au désir de voir une femme nue. C’est aussi l’ouverture pour lui d’un écart par rapport à ce corps jouissant : "  voir lui tient lieu de toucher ".

Le récit du patient révèle par ailleurs l’impact qu’eut sur lui cette caractéristique d père de s’être toujours " défilé " ; lâcheté qui, dans l’histoire du père, s’est cristallisée dans l’épisode de sa vie militaire : la dette de jeu impayée, se profilant sur fond d’une dette d’amour envers une jeune fille pauvre ; épisode scellant, dans le mariage qui s’en suivit, outre une dépendance radicale à l’égard d’un tiers (le père Speransky), l’abandon d’une position amoureuse et le repli sur une satisfaction autoérotique de type anal.

Placé au rang d’un semblable - rival, personne dont Ernst se sent le plus proche, éveillant par ailleurs l’agressivité spéculaire, le père de l’homme aux rats ne peut soutenir un meurtre qui vaille, qui aurait effet de marquer le fils d’un trait de nomination inscrivant pour lui la place d’une position désirante.

Le seul affrontement au père, figuré par la scène de colère lors de sa troisième année, eut précisément pour effet de le marquer, en son caractère, de ce trait de lâcheté (du père). Ernst Lehrs indique que c’est à partir de ce moment qu’il est devenu lâche.

Le montage névrotique, qu’il y aurait lieu par ailleurs d’expliciter (en font partie son attitude son attitude à l’égard des questions d’argent : Raten-Ratten, et le choix amoureux de la dame vénéré), lui ménage, dans une identification au père, une voie d’accès au désir ; il désir pour et par le père (" par la lorgnette du père ", pourrait-on dire l’on pourrait dire que ce montage soutient cette nomination paternelle défaillante.

Le récit du capitaine Nemeczek (figure d’autorité à laquelle renvoient tant le père d’Ernst Lehrs que le beau-père de Gisela, le lieutenant Elster), en ce qu’il évoque de jouissance anale et survenant à ce moment de surdétermination signifiante (identification au père, désir de rivaliser, évocation du nom de la dame, timide contestation des affirmations du capitaine par Lehrs) a pour effet de faire éclater ce montage, et livre le patient à l’horreur de cette jouissance par lui-même ignorée, le précipitant dans le raptus délirant que l’on sait.

Notre interrogation vise à repérer, au fil des séances relatées dans le journal, les éléments indicatifs de tournants dans l’évolution du transfert et les places ou, dans l’avancée de la cure, Freud se trouve mis :

Evolution allant d’une position évoquant celle du père jouisseur, poussif, dérivée en droite ligne de celle du capitaine cruel (voyez le lapsus à l’adresse de Freud après l’évocation du supplice des rats, Lehrs se prêtant avec complaisance à la curiosité intellectuelle de Freud, ce dernier lui distillant par ailleurs les éléments de la théorie analytique (Freud indiquera par ailleurs qu’à ce moment, il décide de modifier la technique analytique : " Le psychanalyste ne cherche plus à obtenir le matériel qui l’intéresse lui-même, mais permet au patient de suivre le cours naturel et spontané de ses pensées " : premier recours explicite à l’association libre) en passant par un affrontement spéculaire de la figure symétrique d’un semblable - rival (dont les paroles peuvent prendre valeur de moyen de rétorsion , de vengeance), le conduisant enfin à cette position rendant possible l’effet d’interprétation qui creuse un écart, un entre-deux, tant du côté paternel (les associations présentant l’appel à un autre initiateur, ouvrant l’accès au désir sexuel pour une femme) que du côté de ce qui viendra représenter l’objet d’un désir (séparation de la dame et de la prostituée).

Dans l’évolution de ce transfert, une figure a joué un rôle capital : le docteur Schleicher, visiblement, personnage intermédiaire entre le père du patient et Freud : le trouble sur l’homme aux rats par l’aggravation de son état de santé et l’interruption des séances au moment de sa mort, eurent dans l’évolution de la cure un effet déterminant.

Nous interrogeons ce qui, de mort, put être mis en jeu pour le patient à partir de ces événements.

Il nous semble que les termes avancés par Lacan concernant la fonction paternelle (plus précisément, ce qu’il a articulé autour du Nom-du-père, de la fonction du fantasme et de la place du symptôme) et ce, quant au rapport du désir à la jouissance, permettent d’apporter à l’histoire de ce cas et à l’évolution de la cure telle que le journal la relate, un éclairage particulièrement fécond.

STRUCTURE DE LA NEVROSE

NEVROSE ET PULSION

Notre but est de transmettre certaines conclusions auxquelles nous sommes arrivés quant à l’articulation entre névrose et pulsion à partir de la comparaison de deux formulations de Lacan qui peuvent apparaître, dans une première lecture, comme contradictoires. La première référence se trouve dans " Subversion d sujet... "

la voici. " Le névrosé, en effet, hystérique, obsessionnel ou plus radicalement phobique, est celui qui identifie le manque de l’Autre à sa demande, F à D. il en résulte que la demande de l’Autre prend fonction d’objet dans son fantasme, c’est-à-dire que son fantasme (nos formules permettent de le savoir immédiatement ) se réduit à la pulsion : $ à D. c’est pourquoi le catalogue des pulsions a pu être dressé chez le névrosé. Mais cette prévalence donnée par le névrosé à la demande, qui pour une analyse basculant dans la facilité, à fait glisser toute la cure vers le maniement de la frustration, cache son angoisse du désir de l’Autre ".

La deuxième référence, nus la trouvons dans le dernier chapitre du séminaire XI. Lacan examine la question de la fin de l’analyse, la situant au point de franchissement du plan de l’identification, y compris celle qui se situe au niveau du symbolique. Il définit l’opération majeure de la psychanalyse comme étant le maintien de le distance entre le I (idéal du moi) et le (a), objet cause du désir. Cette position entraîne la formulation que voici : " Après le repérage du sujet par rapport au a, l’expérience du fantasme fondamental devient la pulsion ".

Dans " Subversion du sujet.. " nous avons une formulation qui reviendra à plusieurs reprises chez Lacan. On y trouve l’idée d’un respond à un usage fallacieux de la demande qui substitue l’objet du fantasme, remplaçant ainsi sa formule par celle de la pulsion.

Dans le séminaire XI, la fin de l’analyse est marquée par la transformation du fantasme fondamental en pulsion. Le passage d’une formulation à l’autre - les deux comportant les mêmes formules - implique que quelque chose du statut même de la pulsion est engagé dans le piège, qui est celui de la névrose. Ce quelque chose est ce qui, à la fin du processus analytique, sera modifié et permettra un nouvelle articulation entre le fantasme fondamental et la pulsion.

Nous pensons que ces formulations ne sont pas contradictoires, bien au contraire, elle visent une modification du rapport d sujet à la demande, ouvrant la possibilité de récupérer la pulsion sur un plan différent. Cette distinction semble présente dans le séminaire XI lui-même ou Lacan signale : " Si le transfert est ce qui, de la pulsion, écarte la demande, le désir de l’analyse est ce qui l’y ramène. Et par cette voie, il isole le a, il le met à la plus grande distance possible du I que lui, l’analyste, est appelé par le sujet à incarner ". Cet éloignement entre demande et pulsion, avec l’accent mis sur sa dimension idéalisante, semble bien être l’opération propre à la névrose ; opération qui révèle l’articulation de la pulsion au signifiant tout en même temps l’escamotage de l’objet qui lui est propre, le (a). la réintroduction de cet objet pulsionnel semble être la clé de la fin de l’analyse, ainsi que la modification de la position du sujet à son égard. Modification qui entraîne celle de la position du sujet par rapport à la demande dans la formule non détournée de la pulsion.

Passons maintenant à l’examen de ce piège de la névrose. Nous avons souligné qu’elle consistait dans un usage fallacieux de la demande. J. Lacan définit cet usage par le fait de donner au fantasme un " objet postiche ". Cet usage fallacieux consiste à faire de la demande un objet ; le véritable objet que cherche le névrosé, celui qu’il demande, celui qu’il réclame, c’est précisément une demande, une demande de l’Autre. Il veut, nous dit Lacan, être sollicité, être imploré. Le fantasme qui se trouve ainsi transformé devient défense face à l’angoisse causée par le désir de l’Autre, cet A ¤ , dont le névrosé se consacre à dissimuler la castration. Précisément, il est protégé contre l’angoisse du fait qu’il s’agit d’un (a) postiche ; postiche dont l’hystérique fera usage comme appât pour attraper l’Autre ; cet appât, comme le rappelle Lacan, est à l’origine même de la découverte de l’analyse. La clé de la supposée dépendance névrotique se trouve précisément dans la mise en place de la demande de l’autre au lieu de l’objet postiche, dans cet appel à l’Autre comme demandant. La distorsion de la formule du fantasme dans la névrose nous conduit directement à l’examen de la demande que nous présentons dans le bref résumé suivant.

La demande se présente sous deux modes de fonctionnement qui ne sont pas équivalents. Une de ses formes est liée à l’usage fallacieux de l’objet dans la névrose, et l’autre, à la satisfaction silencieuse propre à la pulsion. Dès son séminaire, Lacan différencie le silence et l’absence de paroles, et signale le rapport entre le silence et la présence de l’ (a) et la satisfaction pulsionnelle ; il remarque, par ailleurs, que la représentation de choses chez Freud est muette, même quand elle est articulée par la parole. Ce mutisme du ça, ce silence que Freud avait déjà décrit, n’exclut pas le langage qui en est précisément la condition. Ce produit du signifiant qui s’échappe, ce réel qui surgit comme indicible, comme étant hors signifié, est ce que Lacan a nommé au départ comme das Ding.

Dans ce piège, tout se joue autour de la disparition de l’objet cause du désir ; le névrosé tente d’accéder à l’objet à travers la demande, celle-ci étant initialement destinée à l’obtention de la satisfaction du besoin ; précisément, il demande ce qui ne peut être demandé : (a), l’objet qui se situe dans la béance du désir de l’Autre

nous savons que cet (a) est au-delà du spéculaire. Cependant le névrosé confondant le (a) est au-delà d spéculaire. Cependant le névrosé confondant le (a) et la demande, le cherche nécessairement, en prenant un chemin erroné, celui à partir duquel il croit que l’Autre le verra comme aimable, voie qui à partir de la demande débouchera dans l’idéalisation et le conduira à chercher (a) à travers i(a). il croit que l’image spéculaire permet d’aboutir à l’objet (a). le narcissisme névrotique n’est qu’un aspect du piège qui l’éloigne de son but dans la recherche de son désir. Mais ce piège comporte en outre une autre conséquence.

Cette conséquence, propre à la névrose, est la difficulté ou se trouve le sujet pour réaliser un acte selon son désir ; la réalisation du désir se trouve chez lui inhibée. C’est ainsi que Lacan, dans son séminaire sur L’angoisse, signale que le désir, dans son rapport polaire avec l’angoisse, doit être situé sur le plan de l’inhibition, acquérant ainsi cette fonction que l’on nomme défens. Le lieu du désir est le lieu même de l’inhibition ; structurellement, le désir se situe derrière l’inhibition. Lacan articule un troisième terme en rapport à cette même place : l’acte. Mais dans l’acte il y a dépassement de l’angoisse : " sa certitude lui est arrachée ". L’acte est l’action en tant qu’en elle se manifeste le désir, désir qui, comme défense, en produirait l’inhibition.

Cette inhibition de l’acte par le désir semble propre, elle aussi, au piège névrotique. A cet égard, Lacan trouve le cas de Hamlet exemplaire : il incarne le différé permanent de l’acte qui caractéristique de la subjectivité névrotique. Hamlet trouve qu’il est " insupportable d’être " ; il refuse la certitude, cette certitude, qui, liée à l’être, se déploie dans l’acte. C’est par ce refus que l’on comprend pourquoi Lacan considère que Hamlet n’est pas un névrosé,, mais qu’il met en évidence la structure même de la névrose dans son articulation au désir.

Si Lacan compare Hamlet et Oedipe, le drame moderne et la tragédie ancienne, c’est précisément parce que Oedipe ou antigone commencent là ou Hamlet termine. Les deux premières font face aux conséquences de leur acte ; le deuxième fait face à ses prolégomènes interminables.

Hamlet marque le surgissement de la subjectivité moderne, il en sait trop. Lacan signale que le névrotique moderne est une manifestation du sujet datée historiquement. Mode de manifestation étroitement corrélée au déplacement de la façon inséparable de l’avènement de la science, qui bouleverse le rapport de l’homme à la vérité. Il y a, dans la névrose, une demande de savoir qui est adressée à la science. Celle-ci, de son côté, octroie à la parole du névrosé le caractère de représentant de la vérité.

Narcissisme et frustration surgissent donc comme conséquence de la structure même de ce piège, point d’impasses dont le destin est de se déployer dans le parcours d’une cure ; plus d’une théorie psychanalytique les ont confondus avec son issue véritable.

L’emploi fallacieux de la demande est articulé étroitement à la frustration. Ce n’est pas par hasard si frustration et demande font leur apparition dans le séminaire sur la relation d’objet.

La théorie de la relation d’objet confond précisément dialectique de l’objet et dialectique de la demande. Lacan précise bien que la relation d’objet met en évidence parfaitement le rapport du fading du sujet ($) aux signifiants de la demande et non à l’objet en tant que tel. cependant, le déploiement de ces signifiants est celui qui se produit dans ce que nous appelons régression de la névrose ; régression qui précisément dépend du refus de l’analyste à répondre affirmativement à la demande de demande. A mesure que le sujet déploie les signifiants de la demande qui ont organisé sa vie pulsionnelle, à mesure qu’il parcourt ces cercles intérieurs irréductibles du tore, se dessine ce tour en plus que le sujet ne peut compter et se profile le trou centrale qui cerne ce rien qu’est le (a) .

Nous voyons ici poindre une autre source de confusion. Dans le séminaire sur l’angoisse, Lacan lit le losange de la formule - ce qui pourrait apparaître comme une erreur - comme " désir de demande ". Ce désir de demande traduit la distorsion névrotique de la formule même de la pulsion comme substitut à la formule du fantasme. Distorsion qui précisément réside dans le fait que l’objet devient l’appât du désir, se situant en avant et non en arrière comme cause : l’objet du désir pourrait être demandé, ainsi qu’être obtenu. C’est là l’illusion névrotique, la réduction d désir à la demande, réduction qui assurerait l’existence d’un A non barré, d’un A qui serait à même de répondre de manière cohérente, d’un A garant de vérité. Il y a donc méconnaissance du trou central, de l’impossible, d fait que l’A ne peut répondre à la demande.

La demande en tant que telle divise l’Autre, elle fait surgir l’impossibilité de sa réponse et dans la formule de la pulsion, le losange assume une fonction de coupure, il divise le sujet, le laissant en fading, tout comme l’Autre.

Nous pouvons lire également le losange comme processus de bord, ce qui est une autre manière de faire allusion à la coupure, processus ou se marque le noeud radical qui unit la demande à la pulsion. Lacan signale que l’on pourrait appeler ce noeud, le cri. Cette affirmation nous met sur la piste de cette articulation particulière, permettant de distinguer l’usage névrotique de la demande et la demande dans son articulation à la pulsion. En effet, on pourrait penser que la formule de Lacan exclut la jouissance et le réel. Cependant Lacan maintient cette formule ; il faut donc plutôt en envisager une nouvelle lecture.

Dans le séminaire sur le désir et son interprétation, le dernier cours débouche sur l’introduction du concept de l’ (a) comme réel conçu en tant que ce qui fait toujours retour à la même place. En site, vient le séminaire sur l’éthique ou l’on trouve l’articulation entre le cri et un développement sur das Ding et le réel.

Le cri émerge en fonction d’une analyse de l’esquisse, en particulier dans l’expérience de la douleur. Lacan signale que l’objet hostile n’est signalé à la conscience que dans la mesure ou la douleur provoque chez le sujet l’émission d’un cri. Il ajoute : " Le cri du sujet est l’objet en tant que tel ". Le cri - dira-t-il plus loin - cause le silence et se distingue de la voix elle-même, car il y a absence de coupure ; il lui manque le caractère discret de la chaîne signifiante, qui, par contre, émerge quand le cri devient appel. L’appel est la première forme de la demande, on le trouve chez Lacan dès la période du séminaire. Cette forme de demande comporte un usage spécifique du cri, cet usage que Freud nomme communication. Lacan pose le caractère primordial du cri comme trou, ce qui permet de comprendre en quoi il est l’objet comme tel. nous pensons qu’ainsi peut s’éclairer la question du cri comme noeud radical unissant demande et pulsion, dans la mesure ou ce cri, trou par excellence, permet l’émergence de l’objet (a) en tant que tel.

l’objet (a) noue donc demande et pulsion. Cette formulation trouve son contexte dans un point fondamental du séminaire XI. Dans ce séminaire, Lacan caractérise la pulsion comme le mode d’un sujet acéphale, sujet qui n’entretient qu’un rapport de communauté topologique avec le sujet de l’inconscient.

L’inconscient se situe dans les béances intersignifiantes figurées par le losange, béances qui trouvent leur corrélat dans l’appareil du corps structuré en certains points spécifiques. La pulsion s’articule avec l’inconscient, précisément par l’unité topologique des béances en jeu. Dans la pulsion, le sujet n’est pas encore situé. Par contre, dans la névrose, c’est sa mise en place qui se substitue au cri, au trou central, au trou du vide intérieur du tore dessiné par la demande, demande qui deviendra la demande du deuxième tore.

Cette " subjectivation acéphale " propre à la pulsion est la face d’une topologie ; l’autre face est celle qui fait du sujet un sujet troué de par ses rapports au signifiant. Au niveau de l’(a) pulsionnel, le sujet est un pur appareil, il est lacunaire. C’est dans cette lacune que s’installe la fonction du (a) comme objet pulsionnel, et la satisfaction pulsionnelle consistera à en effectuer le contour.

Le sujet du signifiant nait comme tel à la place de l’Autre, naissance que Lacan formatise par l’opération logique de l’aliénation. La conjonction entre ce sujet de l’inconscient et ce sujet acéphale de la pulsion partielle est la seule représentation - nous dit Lacan - du rapport entre les sexes dans l’inconscient, représentation a - sexuelle, trace des castrations comme impossible du rapport sexuel.

Reprenons l’articulation entre le piège névrotique et le problème de la pulsion et ajoutons-y la considération d’un trait essentiel de la demande : être toujours demande d’amour, demande d’une présence inconditionnelle de cet Autre qui, dans un premier temps, est incarné par la mère. Nous savons que Lacan insère toute réponse à la demande dans la dimension de l’épreuve d’amour, dans laquelle la particularité de l’objet du besoin est abolie, annulée. L’amour est donc une part inévitable du piège névrotique. Etre demandé est pour le névrosé le signe même de l’amour de l’Autre. Un autre censé répondre selon son caprice ou ne pas répondre à cause de son impuissance, jamais parce que la réponse à la demande est impossible. Le névrosé préfère le caprice ou l’impuissance de l’Autre plutôt que d’en savoir quelque chose sur sa castration.

Cette fonction de l’amour dans la névrose dépendant de la demande, est liée à la distinction évidente signalée par Lacan que Freud établit, dans " Les pulsions et leurs destins ", entre pulsion partielle et circuit de l’amour-haine ; circuit qu’il caractérise comme celui des rapports du moi total à ses objets de Lust ou d’Unlust. Ces deux dimensions tendent à ses confondre par la substitution effectuée par le névrosé entre l’objet (a) et la demande de l’Autre. On pourrait dire que cette confusion fait part de la structure même de la névrose.

Cette distinction - effacée par la névrose - est fondamentale pour situer les citations du séminaire XI inaugurant cet exposé. Classiquement, selon Freud, le transfert débute par cet effet d’amour d’abord, de haine ensuite, caractéristique du transfert névrotique.

Prenons l’amour de transfert, explicitation de cette demande de l’Autre recherchée dans le plan du " choix d’objet d’amour " et qui, refusée, déchaîne la frustration qui maintient l’Autre comme non barré. Mais Lacan nous enseigne que cet amour est lié au savoir ; on aime le sujet à qui on suppose ce savoir. Dès le séminaire sur le transfert(15), Lacan signalait que l’amour comporte toujours la supposition d’un sujet dans l’objet aimé, ce qui obture ainsi son caractère d’objet. Ce sujet supposé dans l’Autre existe pour le névrosé dans la mesure ou il est sollicité, et s’il lui est demandé quelque chose, c’est parce que l’Autre sait ce qu’il souhaite ; il oublie ainsi que l’Autre aussi méconnaît son désir et ce qui la cause. Le sujet supposé savoir comporte la méconnaissance structurelle de l’objet cause et maintient l’illusion selon laquelle la demande de l’Autre résoudrait le mystère du che vuoi ?

Dans l’œuvre de Lacan, l’amour est inséparable de la théorie du narcissisme, c’est-à-dire qu’à chercher le (a) par la voie du i(a), le névrosé s’égare dans la recherche de l’objet perdu. Pour lui, cette recherche reste alors organisée par la fonction de l’idéal du moi, qui se soutient dans le trait unaire comme signifiant situé au départ dans le champ de l’Autre. Ce qui entraîne la confusion entre objet d’amour et objet du désir.

La fonction du (a) comme réel acquiert une nouvelle dimension dans le séminaire XI : séparer le sujet de la vacillation de l’aliénation signifiante. C’est au niveau de l’acte, lié à cet (a) et à l’angoisse, que le sujet trouvera sa certitude. Comme le signale Jacques - Alain Miller (18), l’acte annule l’indétermination du sujet comme sujet du signifiant. La pulsion est le non donné par Freud à cette béance par laquelle le sujet obtient la certitude de son acte. Nous avons vu que dans ce parcours l’angoisse est inévitable et le névrosé refuse, résiste, à donner cette angoisse, il veut l’acte sans le prix de l’angoisse et il s’accroche à son indétermination.

La satisfaction silencieuse de la pulsion, celle dont le noyau est la grammaire, a comme support le fantasme, phrase sans commentaire, pure montage grammatical. Ce montage ordonne, suivant certaines inversions qui sont celle de la demande, le destin de la pulsion. Lacan nous dit que quand le sujet agit il bascule, en son essence de sujet, dans ce qui reste comme articulation de la pensée, c’est-à-dire l’articulation grammaticale de la phrase. Dans ces inversions de la demande - sucer/être sucé, etc. - on s’éloigne de l’usage fallacieux de la demande pour s’approcher du fonctionnement pulsionnel de la demande, qui permet, dans son déploiement, de cerner, de contourner l’objet (a) .

Ainsi quand, au-delà du bavardage de la demande névrotique, le sujet se tait, la pulsion commence à opérer sous la forme d’une demande muette, qui n’est pas pour autant, nous l’avons déjà dit, non déterminée par le langage. En parlant de la pulsion orale, Lacan affirme : " est-ce que dans la pulsion, cette bouche n’est pas ce qu’on pourrait appeler une bouche fléchée - une bouche cousue, ou nous voyons, dans l’analyse, pointer au maximum, dans certains silences, l’instance pure de la pulsion orale, se refermant sur sa satisfaction " ?

le névrosé, bien sûr, n’est pas satisfait, même si tout son être, ses symptômes même secrètent de la satisfaction. Pour obtenir cette satisfaction, les névrosés se donnent trop de mal, expression ou il faut retenir une double dimension difficile à condenser en castillan : celle d’un trop de travail et celle d’un beaucoup souffrir. Pour Lacan ce trop de mal justifie notre intervention comme analyste, car l’analyse doit modifier la satisfaction précisément au niveau de la pulsion. Souvenons-nous que déjà dans l’éthique Lacan avait défini la satisfaction de la pulsion comme jouissance.

L’impasse freudienne que Lacan tente d’ouvrir assume la forme d’une demande qui s’articule autour de la castration. Au-delà de la demande phallique, s’ébauche la pulsion partielle et son a-sexualité. L’analyste en position d’objet conduire le sujet au-delà de l’identification, en annulant ainsi l’éloignement que le transfert produit entre la demande et la pulsion et son objet.

La fonction du désir de l’analyste est celle de réacheminer la demande dans la voie de cette satisfaction silencieuse, en l’éloignant de l’identification, en la poussant vers la pureté de l’axiome fantasmatique qui ordonne le destin pulsionnel. Le décollement de (a) est une condition de ce processus, qui permet ainsi de présentifier la réalité de l’inconscient, c’est-à-dire la pulsion.

Le piège névrotique - c’est évident - conduit directement à concevoir la fin de l’analyse comme une identification, la " liquidation " du transfert devient ainsi impossible. Il s’éternisera, selon l’accent que lui confère chaque théorie, dans un objet incorporé, dans un signifiant, un emblème ou un idéal quelconque. Lacan lui-même signale qu’Abraham souhaitait être une mère complète pour ses patients. Position cohérente avec sa thèse de la totalisation de l’objet, cohérente aussi avec sa thèse selon laquelle la génitalité de l’Autre implique qu’il soit respecté en tant que sujet, c’est-à-dire élevé à la dignité de sujet, dans l’oubli qu’il est objet causant du désir. Objet génital total qui est respecté - il suffit de relire Abraham - précisément parce que l’on tient compte de ses sollicitations, c’est-à-dire de ses demandes. Est-il donc possible, a partir de ce que l’on vient d’exposer, d’obtenir quelque chose qui ne soit pas de l’ordre vient d’exposer, d’obtenir quelque chose qui ne soit pas de l’ordre de la consolidation de la structure névrotique comme telle ?

Klein n’hésite pas à demander quelque chose ; elle demande de la réparation en démontrant l’impossibilité ou elle est de sortir du plan de la frustration. Au-delà de sa connotation mécanique, la réparation comporte dans un procès que la demande soit compensée. Réparer l’Autre des préjudices causés c’est, finalement, une manière de s’assurer de sa complétude, de s’assurer que ses trous sont le produit de notre œuvre et non le produit de l’impossibilité, c’est-à-dire du réel.

Au-delà du deuil de l’objet idéalisé, correctement réparé, Lacan vise à la libération vise à la libération de l’objet lui-même, qui permet au sujet de décrocher tant de son identification à l’idéal. Ce décrochage lui permettra l’acte comme lieu de réalisation de son désir et certitude de sa jouissance.

Nous voudrions terminer en signalant que ce dernier point nous alerte sur ceci : un analyste lacanien pourrait être tenté d’entrer dans la variante névrotique du piège, s’il lui venait à l’idée de demander au névrosé la production d’un acte.

PULSION ET FANTASME DANS LES DIFFERENTES

STRUCTURES DE LA NEVROSE

FREUD

Habitués à aborder chez Freud la question du fantasme par l’énoncé et le travail d’un fantasme particulier, tel " Un enfant est battu ", nous l’approchons habituellement sur le versant d’une production manifeste. A l’inverse nous prélèverons ici sur le texte freudien quelques fragments ou le fantasme est abordé sur le versant de la structure.

STRUCTURE FREUDIENNE DU FANTASME

Dès 1897, dans sa correspondance avec Fliess, Freud distingue dans la formation du fantasme l’existence d’éléments disparates quant à leur origine, leur nature et leur mode de fonctionnement.

" Les fantasmes procèdent de l’entendu compris après-coup ". " Ils combinent ainsi vécu et entendu, passé (issu de l’histoire des parents et des aïeux) avec le vu soi-même (Selbstgesehense). Ils se comportent à l’égard de l’entendu comme le rêve à l’égard du vu " (manuscrit L). cet énoncé, de par son caractère elliptique, pourrait paraître anodin, si n’était rappelé le statut de chacun de ses éléments dans la conceptualisation freudienne

Le vu caractérise les représentations de chose (Sach- Dingvor stelungen), complexe perceptifs ouverts, qui fonctionnent selon un glissement dans la chaîne et selon les opérations du processus primaire. Le registre de la relation - seconde inscription de la lettre 52 - instaure la coupure dans le fmus percetif, de telle sorte que le vu est le lieu de l’inspection de signifiants, selon les lois de la série.

L’entendu, prélevé sur le complexe perceptif, est l’élément d’ou se constitue la représentation de mot (wortvorstellung), chose et exclusive. Ce registre est celui de la prise en charge des signifiants premiers par des signifiants verbaux, avec la perte inhérente à ce processus de traduction. Le caractère clos des représentations impose un fonctionnement fondé sur une articulation entre les éléments par la liaison, telle qu’elle se trouve dans l’organisation syntaxique d’une langue.

Aux deux sortes de matériaux précédents et à leur fonctionnement propre, Freud fait correspondre respectivement l’inconscient et le préconscient. Ce dernier est le lieu de constitution du fantasme.

Le vécu (Erlebnis) est la rencontre du sujet avec le monde extérieur et intérieur, d’ou se constitue l’objet du désir, selon le plaisir et le déplaisir qui en adviennent. Le vécu primordial participe du vu et de son mode de fonctionnement.

L’histoire parentale et des aïeux viendra par la voie du discours et de la tradition constituer l’héritage à l’aide duquel le sujet comblera les lacunes de la vérité individuelle par une vérité pré-historique.

Le fantasme, nous le voyons, est une construction qui s’installe dans un registre soumis à une logique propositionnelle, mais qui admet des éléments soumis à d’autres opérations. Il permet en particulier la conjonction du passé, du présent et de l’avenir. Le présent, moment de constitution du fantasme, vient donner signification rétroactive aux traces mnésiques ; il est projeté sur l’avenir avec une connotation d’acte.

REUNION DES DISJONCTIONS

Les signifiants premiers sont le motif de la formation du fantasme, comme Freud l’indique en 1915. " Le refoulement des représentants pulsionnels ne les empêche pas de se maintenir dans l’inconscient, de continuer à s’organiser, à former des rejetons et à établir des liens (....) le représentant pulsionnel prolifère pour ainsi dire dans l’obscurité, et trouve des formes d’expression extrêmes qui, quand elles sont traduites au névrosé, non seulement lui paraissent étrangères, mais l’effraient par le miroitement d’une force pulsionnelle extraordinaire et dangereuse. Cette force pulsionnelle trompeuse est le résultat d’un déploiement non inhibé dans le fantasme, et de la stase consécutive à la satisfaction manquante ".

Ce que Freud indique, à cette date, de la place, du fonctionnement et de la structure du fantasme renvoie à ses hypothèses de 1899.

" parmi les rejetons des motions pulsionnelles inconscientes (...). il en est qui réunissent entre eux des déterminations opposées. Ils sont d’une part hautement organisés, libérés de contradiction, ils ont utilisé toutes les acquisitions du système conscient et seraient à peine différenciables pour notre jugement des formations de ce système "

Le fantasme est une articulation qui n’a de logique que l’apparence en ce que, contrairement aux règles de jugement mais conformément au fonctionnement de l’inconscient, des déterminations contraires peuvent y co-exister sans former contradiction. Cette caractéristique implique que le fantasme soit exclu du champ de la conscience ou surgirait la nécessité d’une résolution. C’est ainsi que Freud poursuit : " Ils sont inconscients et incapables de devenir conscients. Leur origine reste déterminante pour leur destin. De cette sorte sont les formations fantasmatiques des normaux comme des névrosés, que nous avons reconnues comme pré-étape de la formation du rêve comme du symptôme, et qui, malgré leur haute organisation, restent refoulées et comme telles ne peuvent devenir conscientes... l’attraction de l’inconscient est la plus forte, ses rejetons peuvent tourner la censure, parvenir à un haut degré d’organisation, accroître leur investissement dans le préconscient jusqu'à une certaine intensité ..... mais sont reconnus comme rejetons de l’inconscient et se voient refoulés de nouveau à une nouvelle frontière entre conscient et préconscient (...) deuxième censure contre les rejetons préconscients de l’inconscient ".

Freud indique ici le statut particulier d’une formation de l’inconscient qui s’appuie, comme le Witz fondé sur le sophisme, sur l’articulation du processus secondaire. Mais il lui manque la position particulière du sujet qui permet au mot d’esprit de surgir. Le fantasme reste interdit de circulation, comme l’évoque l’image freudienne de la réserve.

LE FANTASME CONSCIENT EST UN COMPROMIS

Si le fantasme inconscient est le lieu ou les motions opposées peuvent être articulées sans former contradiction, toute émergence consciente doit satisfaire aux différentes instances sans que les termes en paraissent contradictoires.

Il faut que puisse se réaliser une co-opération entre une motion préconsciente et une motion inconsciente ou, en d’autre termes, entre le contre-investissement pulsionnel et l’investissement pulsionnel. Ce qui parvient à la conscience - du moins hors cure - à le caractère d’un compromis qui s’établit en prélevant sur le représentation inconsciente investie par la pulsion un fragment qui doit remplir la condition suivante : fournir une expression aussi bien au but de désir de la motion pulsionnelle qu’à la tendance du système conscient à se défendre et à se punir. (" L’inconscient .

ce fragment doit être prélevé en un point de coïncidence des contraires, point métonymique et conjonction des deux bords, fonction que remplit dans la langue l’équivoque.

Il convient de différencier, du point de vue de la structure, le fantasme préconscient et l’activité fantasmatique consciente. Les énoncés travaillés par Freud ont ici un statut particulier, puisqu’advenus lors du travail de la cure. La formation des fantasmes préconscients s’instaure, à la différence du rêve, dans la progression (Manuscrit L).

les effets du refoulement auxquels ils sont soumis produisent par la voie régressive du processus primaire des rejetons sous la forme du rêve, mais aussi bien une pensée visuelle, sous forme de rêverie diurne.

LE FANTASME PAR SA STRUCTURE EST TRANSCLINIQUE

En 1897, Freud indique comment les trois névroses, ou il inclut la paranoïa, s’installent sur les mêmes constituants et se différencient par leur émergence consciente (lettre 61).

" Je me rends compte maintenant que les trois névroses : hystérie, névrose d’obsession et paranoïa, présentent les mêmes éléments (conjointement à la même étiologie), c’est-à-dire des fragments de souvenir, des impulsions (Impulse) et des fictions (Dichtungen) protectrices. Mais l’irruption à la conscience, le compromis - c’est-à-dire la formation symptomatique - arrive chez eux en des lieux différents. Dans l’hystérie, ce sont les souvenirs, dans la névrose d’obsession, les impulsions perverses, et dans la paranoïa les fictions protectrices (fantasmes qui, par l’installation de compromis, pénètrent dans le (champ du) normal).

La permanence d’une structure sous-jacente commune aux formes névrotiques, ici repérée en des termes encore non fixés d’un point du vue conceptuel, Freud la maintiendra, de même qu’il réserve à l’hystérie un statut de proximité particulière à ce soubassement qu’est le fantasme. En 1916 - 1917, il consacre le chapitre des leçons d’introduction à la psychanalyse intitulé " voie de la formation du symptôme " à la question des fantasmes inconscient. Du point de vue structural, le symptôme est défini comme figuration de fantasme, équivoque choisie avec art entre deux significations se contredisant entièrement l’une l’autre. En tant qu’appuyé sur le fantasme, le symptôme est maintenu des deux côtés. Il est notable que toute la démonstration concernant les rapports du symptôme aux fantasmes ne se rapporte qu’à la formation de symptôme concernant l’hystérie. pour la névrose obsessionnelle - en maintenant les énoncés de base, écrit-il en conclusion, il y a encore bien d’autre (chose à travers....

l’hystérie est au plus proche d’une articulation signifiante, de telle sorte qu’elle met en scène le fragment métonymique du fantasme, ou apparaît parfois la contradiction inhérente à sa formation. Ainsi peut-on parler de discours hystérique. L’obsessionnel, lui, recouvre, met à distance l’articulation sous-jacente, et produit en réaction des formations sophistiquées dans l’art de la chicane.

Ce qui apparaît dans le fantasme comme spécifique à chaque forme clinique est conditionné par la réalisation de tableaux pulsionnels à l’intérieur des formations fantasmatiques. L’organisation des fixations pulsionnelles détermine les contenus des représentations fantasmatique, et le mode d’installation de la névrose.

LACAN

LE FANTASME DANS LA DIACHRONIE DE L’ŒUVRE DE LACAN

Freud aborde les fantasmes tels qu’ils se mettent en scène dans l’imaginaire du sujet. Dans " Quelques fantasmes hystériques dans leur relation avec la bisexuallité " (texte de 1908), il les rapproche des rêves ou des autres manifestations de l’inconscient dont ils peuvent constituer la source, pour répondre comme eux à la réalisation d’un désir. Ici, les fantasmes sont multiples. Ils s’expriment différemment, selon les particularités propres à chaque type clinique. Si c’est l’hystérie qui est mise en évidence, les fantasmes pervers, ou les constructions délirantes paranoïaques sont également évoqués.

A l’inverse, dans " Un enfant est battu " (texte de 1919), il ne s’agit plus de ce qui différencie les fantasmes dans ces diverses manifestations cliniques, mais bien de ce qui leur est commun, et se trouve donc au-delà de toute particularité clinique. L’exemple étudié se retrouve aussi bien chez les pervers que chez les hystériques ou les obsessionnels. Ce fantasme, il le décrit comme se réduisant à l’articulation grammaticale d’une phrase.

Si, dans un raccourci, on compare l’abord premier de Lacan concernant les fantasmes comme imaginaires, à son élaboration du fantasme $ à a, ou se marque la détermination symbolique et la référence réelle, on peut dire qu’il est, lui aussi, allé des fantasmes multiples à leur structuration commune par le fantasme fondamental. Mais J. A. Miller nous a montré que cette longue élaboration n’est pas aussi simple. Lacan a d’abord récusé la position freudienne faisant du fantasme la source du symptôme, car une formation symbolique ne peut résulter d’une cause imaginaire. Tout au contraire, l’effort de Lacan à été de souligner la mise en fonction de l’imaginaire par le symbolique : "imaginaire, elles ne le sont que pour autant que la vérité y fait apparaître sa structure sa de fiction ".

Nous remarquerons d’ailleurs que la première mise en mathème du fantasme $ à a sur le graphe, inscrit cette formule du côté de l’imaginaire et le rapproche du moi dans une homogie liée à une symétrie par ailleurs inversée, " inversion des méconnaissances ". L’objet (a), pour Lacan, est encore imaginaire. Le fantasme y apparaît comme voilant la castration mais aussi comme soutien du désir de l’Autre.

Le vrai tournant se situe en 1960 avec le séminaire : l’éthique a partir de ce séminaire, l’objet (a) peut être conçu comme réel. Dès lors, l’accent est mis sur la place du fantasme comme étant celle du réel ou doit venir la réponse du sujet. S’agissant maintenant d’une articulation du symbolique au réel, plus rien ne s’oppose à ce que le fantasme soit source du symptôme même si la voie inverse demeure possible grâce à la structure mise en place dans le graphe.

Dans ce trajet qui conduit de l’imaginaire au symbolique et du symbolique au réel, deux étapes doivent être marquées : celle qui articule le fantasme au désir et celle qui l’articule à la jouissance. Que la première ait été d’abord dégagée se trouve en relation avec le fait que le névrosé met la demande de l’Autre en place d’objet, ce qui explique par ailleurs que le catalogue des pulsions ait pu être décrit chez le névrosé. Mais le névrosé n’en demeure pas moins confronté au désir de l’Autre, ce qui se dévoile dans l’angoisse lorsque le fantasme défaille. A contrario, le rôle pacifiant du fantasme se manifeste là.

Avec le séminaire : la logique du fantasme, c’est le versant de la jouissance et l’articulation au réel qui est accentué ; mais surtout est mise en place l’opération dite : d’aliénation/ séparation, reprise du Séminaire XI, permettant de rendre compte du lien structural entre les formations de l’inconscient et le ça, soit entre ce qui relève de la logique du signifiant et ce qui relève de la logique de l’objet.

Prenant acte de ce que la découverte freudienne s’oppose au cogito cartésien, sauf à considérer comme vide l’intersection du " je pense " et du " je suis ", Lacan articule un choix forcé et asymétrique : " ou je ne pense pas, ou je ne suis pas ". Quelque soit le choix le " je " en sera affecté d’une négation qui en fera un " pas-je " mais avec une différence. Côté " je ne suis pas ", c’est l’inexistence du sujet ($), il n’y a pas de signifiant du sujet. Côté " je ne pense pas ", la négation porte sur la pensée du " je ", n’excluant pas un être dont les rapports au lieu permettant de situer l’ek-sistence, mais dont on ne peut rien dire, seule la structure grammaticale en témoigne. Ce " peu d’être sujet ", c’est par l’objet (a) qu’il se repère.

Ainsi, que l’accent soit mis sur le désir et les formations de l’inconscient, qu’il soit mis sur le ça et la jouissance, soit, sur l’un ou l’autre des deux piliers du fantasme ($ et(a)), dans les deux cas ce qui le sous-tend c’est la castration ( - j ) : " Le fantasme, dans sa structure par nous définie, contient le (- j ), fonction imaginaire de la castration sous une forme cachée et réversible d’un de ses termes à l’autre ".

Cette logique permet de concevoir le fantasme lorsqu’il est abordé par le biais des formations de l’inconscient comme une limite, une butée à l’interprétation avec, au contraire, lorsqu’il est pris du côté du ça comme un point de fixité opposé au glissement indéfini des signifiants dans la métonymie, et permettant ainsi un point d’arrêt à partir duquel se produit rétroactivement un effet de vérité se manifestant dans l’articulation signifiante. Le fantasme y fait fonction d’axiome, soit du minimum d’articulation supposable, à partir duquel le sujet viendra s’inscrire comme variable dans une fonction.

Ici aussi le fantasme apparaît, dans cette articulation réduite, situé au-delà de ce que les structures oedipiennes (perversion, hystérie, obsession) offrent comme possibilités aux manifestations cliniques du fantasme, soit comme transclinique.

DU FANTASME FONDAMENTAL COMME AXIOME

concevoir le fantasme comme un axiome permettra de le saisir au plus près de la pulsion. En effet, si le fantasme est un axiome, la pulsion est définie par Lacan comme un montage grammatical.

Déjà Freud en pose les bases dans " pulsions et destins des pulsions " : la pulsion est le mythe nécessaire à articuler le corps et le sens. " la pulsion est le représentant psychique des excitations issues de l’intérieur du corps ". Jamais connue directement, son destin c’est ses vicissitudes : sublimation, refoulement, retournement sur la personne propre, renversement dans son contraire.

A partir de ces retournement qui nous sont accessibles par l’analyse, quelque chose comme une grammaire inconsciente pourrait être inféré.

La vie psychique, nous dit Freud, est dominée par trois polarités : plaisir / déplaisir certes, mais aussi sujet / objet et actif passif, qui mettent en évidence la position - clef du verbe.

L’anglais traduit Trieb par drive, ce qui marque mieux son errance que le français pulsion, qui insiste plutôt sur la force. La pulsion est montage qui " dérive ", pourrait-on dire selon les règles du système primaire : ni temps, ni contradiction, condensation et déplacement. Lacan portera ces deux propriétés sur le versant du langage comme métaphore et métonymie.

La pulsion est labile, les représentants pulsionnels dans l’inconscient s’organisent selon ce double système. " Le noyau de l’inconscient est constitué des représentant de la pulsion ". On sait que l’inconscient peut être informé par la conscience ; ainsi les fantasmes sont-ils des représentants pulsionnels hautement organisé, qui ont utilisé les acquis du conscient.

L’analyse du fantasme " Un enfant est battu " illustre cette construction. La formule inconsciente et active du fantasme, " je suis battu par le père ", organise la pulsion sadique retournée en masochisme, dans une phrase apte à venir à la conscience, à cette condition qu’elle soit désubjectivée : pas de " je " dans le fantasme. Un refoulement supplémentaire cache le père sous des figures anonymes. Le travail grammatical est là évident, même si ça n’est pas le propos de Freud d’y insister.

Lacan, dans trois textes majeurs, nous permet d’éclairer les concepts nécessaire à une juste compréhension de la structure d fantasme : l’inconscient et le ça, le fantasme et la pulsion, le sujet.

A l’inconscient appartient la propriété d’être structuré comme un langage. Du côté du sens, les signifiants en réseau y jouent selon les règles de la métaphore et de la métonymie.

En tant que discours de l’Autre, l’inconscient est le lieu d’ou le sujet désire, comme l’illustre le graphe en faisant passer l’intention première à travers le trésor des signifiants.

Lacan écrit alors... le représentant de la représentation est à sa place dans l’inconscient, ou il cause le désir du sujet selon la structure du fantasme ".

Le fantasme, fondamental, transclinique, c’est un axiome : une formule close, insécable, une Bedeutung, une signification absolue. Voilà le premier caractère qui le spécifie du point de vue qui nous intéresse, c’est-à-dire de sa structure. De là se déduit qu’il fonctionne comme un réel, car il n’est plus alors du côté du sens : il résiste à l’interprétation, ne se laissant pas traduire ; noyau dur, il reste tel.

Son deuxième caractère est d’être désubjectivé. Le fait est cliniquement certain et l’intérêt de ce système bien évident : jouir et désirer au compte du " pas-je " la logique de l’alinéation / séparation).

Mais une question se pose alors : le sujet évacué, quel est-il ? le sujet de l’énoncé est tout bonnement exclu de la formule du fantasme. Quant au sujet de l’énonciation, il n’apparaît que dans la coupure, en fading, dans les trous du discours. " je peux venir à l’être de disparaître de mon dit ". Néamoins il est repérable dans les formations de l’inconscient, ainsi dans le rêve ou il peut habituer tous les personnages à la fois.

Mais le fantasme fondamental est plus qu’une formation de l’inconscient. L’algorithme dont Lacan l’épingle, $ à a, fait apparaître le sujet barré du désir, mais dans un rapport tel à son objet, qu’il se pourrait que son peu d’être y gite. Si bien qu’en vertu de la logique de l’aliénation / séparation, représentée par ce poinçon, le sujet serait des deux côtés. Comme désirant, on pourrait le dire sujet au fantasme, comme on est sujet aux cauchemars ...comme déchet, peu d’être, objet chu de la coupure, on pourrait le dire sujet dans le fantasme.

Ainsi en est-il du fantasme de l’homme aux loups, qui correspond, et au rêve d’angoisse, et à la scène primitive. Lacan nous dit " Le signifiant originaire de l’homme aux loup, brusque apparition des loups, le regard fasciné, c’est le sujet lui-même. A chaque étape de sa vie , quelque chose vient remanier ce signifiant originel... ce signifiant primordial est pur non-sens. S1, c’est cela qui constitue la liberté du sujet à l’égard de tous les sens ... la chute nécessaire de ce signifiant premier, Urverdrängung, constitue le sujet ".

Serai-ce le sujet du refoulement originaire ? le si couplé au S2, le signifiant premier qui tombe aux oubliettes dès qu’un deuxième signifiant apparaît ? le sujet, dans l’intervalle, chute. Il s’agit bien, au champ de l’Autre, d’un signifiant qui va représenter le sujet pour un autre signifiant.

Quand Freud parle du noyau de l’inconscient, il le fonde sur le refoulement originaire, qui n’est pas le refoulement proprement dit, mais qui constitue ce qui va attirer le refoulé dans l’inconscient.

Mais l’inconscient n’est pas le ça, et le fantasme n’est pas une formation de l’inconscient.

Nous l’inconscient n’est pas le ça, et le fantasme n’est pas une formation de l’inconscient.

Nous disons que le fantasme, comme une formation hybride, a un pied dans l’inconscient, le $, et un pied dans le ça, le (a).

le (a), du côté du ça, réfère au masochisme primordial : jouissance d’être l’objet de l’Autre. Il s’agit de l’objet perdu, coupé. Objet de la pulsion, il appartient au ça. Non spectaculaire, ni symbolisable, le (a).

le (a), du côté du ça, réfère au masochisme primordial : jouissance d’être l’objet de l’Autre. Il s’agit de l’objet perdu, coupé, objet de la pulsion, il appartient au ça. Non spectaculaire, ni symbolisable, le (a) n’est pas un signifiant, c’est une commodité algébrique.

Le montage grammatical propre au ça exclut le " je " aussi bien dans le fantasme que dans la pulsion. Le ça cependant n’est pas hors langage. Si les pulsions sont silencieuses, il leur faut néanmoins un représentant dans le ça. La pulsion ne peut exister sans son représentant psychique. La fonction organique ne lui sert que d’étayage. Force constante, elle échappe au rythme qui spécifie l’inorganique. Ses possibilités de retournement manifestent qu’elle n’a plus rien de l’instinct. Ainsi le masochisme, ou l’ambivalence ou elle peut se complaire sont propres au parlêtre.

Observons la pulsion scopique : nul ne regarde pour se diriger dans l’espace, mais plutôt par curiosité, poussé par un désir vers les tenants-lieu d’objet (a), les pièges à regard.

Mais nous ne tombons pas dans l’idéalisme : dire que la pulsion est un montage grammatical, ce n’est pas dire discours ou parole. La pulsion est un concept fondamental qui ne se laisse pas ramener sur le versant du sens. Au demeurant, l’objet (a) qui l’oriente est un plus-de-jouir insensé, ce n’est pas signifiant. La pulsion, force constante, pousse vers sa satisfaction (Befriedigung), fût-elle pulsion de mort.

Dans l’inconscient règne un sens qui n’est pas-je, dans le ça gite une ex-sistence qui s’ignore. C’est en dernier lieu, ce que symbolise le poinçon du fantasme.

L’HYSTERIE

Nous avons avec Lacan suivi le chemin des fantasmes au fantasme fondamental. De l’imaginaire par ou ils se manifestent, nous avons repéré la mise en fonction signifiante pour en découvrir la référence réelle ; il convient maintenant d’explorer le cheminement inverse.

Réduit à sa structure minimale : $ à a, ou s’écrit son hétérogénéité radicale, le fantasme, contrairement au symptôme, n’a donc aucune vocation à la particularité, étant au contraire du côté de la généralité. Mais, en qualifiant dans " Subversion du sujet.. " le fantasme de " chaine souple et inextensible ", Lacan nous donne une clé. Si l’inextensibilité vise la structure radicale comme limite ultime, indépassable, butée sur le réel, rencontre inexorable quelle que soit la structure clinique envisagée, la souplesse de la chaîne évoque les multiples remaniements que permet la logique du signifiant et dont les manifestations dans l’imaginaire pourront se diversifier en une prolifération quasi illimitée.

Nous avons donc ici le fantasme qui, d’un côté, celui du réel, apparaît comme un commencement absolu, de l’autre, grâce aux possibilités signifiantes, manifeste les multiples aspects ou peuvent s’investir les effets de cette matrice commune fantasmatique.

Si Lacan parle de construction d fantasme, c’est bien cette limite qu’il évoque et s’il est question dans la passe de " traversée du fantasme ", c’est dans la mesure ou, dans un après-coup, peut être repéré ce qui est un effet de structure sur le sujet qui s’offre à occuper la place d’ou se soutient l’acte analytique. Le fantasme se traverse, il ne s’interprète pas.

De fait, Lacan dans les Ecrits (23) ne répugne pas à décrire les modalités différentes ou, selon les structures, s’investit le fantasme. Evoquant en quoi les structures hystériques et obsessionnelles constituent des réponses respectivement aux questions sur l’énigme du sexe et de l’existence , il indique que ces réponses " se constituent dans une conduite du sujet qui en soit la pantomime ". C’est bien du fantasme en tant que matrice commune des comportements du sujet qu’il s’agit là, du fantasme en tant qu’il est l’autre nom de la réalité psychique.

Si, à ce temps de son œuvre (1957), il rapproche ces conduites des formations de l’inconscient, pour mettre en place derrière l’imaginaire la prééminence du signifiant, il n’en demeure pas moins que nous voyons là se manifester le fantasme comme matrice du comportement, des conduites, de la " pantomime " du sujet et dans ces manifestations divergent obsessionnel et hystérique. La démonstration de l’hystérique s’oppose ici à la stratégie de l’obsessionnel.

Pour la première fois il évoque comment atteindre son objet : " Par un échange de place entre ses cavaliers, à confier dès lors à la dame, la démonstration du pas de l’hystérique ", et " c’est ainsi que l’hystérique s’éprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à l’homme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir ". Le comportement de Dora vis-à-vis de Mme K. illustre à merveille ce qu’il en est du fantasme de l’hystérique, se vouant à soutenir le désir du père.

Pour l’obsessionnel : " c’est la mort qu’il s’agit de tromper par mille ruses, et cet autre qu’est le moi du sujet entre dans le jeu comme support de la gageure de mille exploits qui l’assurent du triomphe de ses ruses ", et : " mais la jouissance dont le sujet est ainsi privé, est transférée à l’autre imaginaire qui l’assume comme jouissance d’un spectacle ". Le fantasme de l’homme aux rats serait ici à développer.

Si le repérage se fait ici par la structure en tant qu’elle situe d’une manière asymétrique le désir dans ces deux névroses, c’est bien aussi deux manières de se situer par rapport à la jouissance dans un spectacles donné à l’autre qu’il s’agit. Au demeurant, c’est l’impossible de cette jouissance qui est situé, mais non sans une prime de plaisir, ce que J A. Miller souligne lorsqu’il dit : dit " Le fantasme soutire du plaisir à la jouissance ".

Mais c’est dans " Subversion du sujet... ", en 1960, que Lacan nous fournit l’indication la plus précise concernant l’articulation du fantasme hystérique et obsessionnel. L’accent étant mis ici sur le fantasme comme désir de l’Autre avec ses deux termes $ et (a) éclatés : " l’un chez l’obsessionnel pour autant qu’il nie le désir de l’Autre en formant son fantasme à accentuer l’impossibilité de l’évanouissement du sujet, l’autre chez l’hystérique pour autant que le désir ne s’y maintient que de l’insatisfaction qu’on y apporte en s’y dérobant comme objet ".

Et cette opposition se retrouve dans la conduite du sujet, que ce soit " le besoin de l’obsessionnel de se porter caution de l’Autre, comme du côté Sans-Foi de l’intrigue hystérique ".

Ainsi, si tout fantasme névrotique inclut la fonction imaginaire de la castration, si tout fantasme est l’illustration d’une mise en fonction de l’imaginaire dans la structuration signifiante, qui le situe comme désir de l’Autre, si tout fantasme vient " marquer de sa présence la réponse du sujet à la demande ", ce que Lacan situera dans la logique du fantasme de la place du réel et de l’articulation à la jouissance, il n’en demeure pas moins qu’à partir de cette matrice du fantasme fondamental, les fantasmes peuvent proliférer selon des modalité propres à chaque structure névrotique.

L’AUTRE DANS L’HYSTERIE ET L’OBSESSION

Nous nous sommes proposés d’examiner ce qui caractérise l’Autre dans l’hystérie et l’obsession, c’est-à-dire d’expliciter un savoir déterminé par l’expérience analytique, qui puisse aller au-delà du sens des symptômes d’un sujet.

Dire qu’il s’agit d’un savoir déterminé par le discours de l’analyste implique que nous allons traiter de ce qu’il se passe avec les hystériques et les obsessionnels en analyse. Egalement, exprimer notre pensée concernant le passage par le discours de l’hystérie, tel que l’introduit le dispositif analytique en ouvrant la question du désir de l’Autre. Ceci n’élimine pas les types cliniques mais rend nécessaire l’interrogation sur son utilité dans la direction de la cure.

Il est intéressant de constater que, pour la psychiatrie actuelle, l problème est résolu : l’hystérie et l’obsession n’existent plus comme entités nosographiques autonomes ; la première est diluée entre les troubles de conversion et les troubles somatoformes, la deuxième partage avec les phobies et la névrose d’angoisse l’ensemble des troubles anxieux. Il n’est pas difficile de rendre compte des raisons de cet effacement. La clinique psychiatrique réunit des symptômes similaires pour constituer les types cliniques. Comme changent - parce que l’inconscient est sensible à " l’histoire " - les types cliniques se multiplient jusqu'à combler les cinq cents pages du " moderne " DSM III.

Contrairement à la psychiatrie, la psychanalyse kleinienne ne prend pas en compte le symptôme : elle met au premier plan le fantasme dans sa perspective imaginaire - séparé, comme le remarque Freud, du contenu des névroses - de telle manière que la structure clinique est réduite aux modes de défense contre les anxiétés psychotiques.

Avec son graphe, Lacan place tous les deux, symptôme et fantasme, en rapport avec l’émigme du désir de l’Autre. Face à cette énigme, la névrose se structure comme une réponse quand la réalité psychique soutenue par le fantasme est troublée par l’irruption d’un commandement discordant : " Jouis ! ". Ce déclenchement de la névrose affirme le désir comme impossible ou insatisfait, et l’instaure comme défense face à la jouissance. Si à ce moment-là, il se produit un appel à l’autre, il ne faut pas se leurrer : il n’existe pas chez le névrotique le moindre désir de savoir. Le parlêtre est condamné à l’exil de l’Autre sexe. Entre ce savoir qui le mortifie et la passion de l’ignorance, qui le mène à interpeller l’Autre du signifiant ou il ne trouvera pas de réponse, le névrotique dépole ses ruses.

Freud a eu le mérite, remarque Lacan, de reconnaître que la névrose n’est pas structurellement obsessionnelle, et qu’au fond elle est hystérique. Si c’est ainsi, c’est parce qu’elle est liée ai fait qu’il n’y a pas de rapport sexuel. Son absence spécifie le caractère traumatique de la sexualité humaine et donne un nouveau sens au " vécu primaire de déplaisir " que Freud signale comme condition de l’hystérie, mais qu’il déclare, dès ses premiers travaux, avoir trouvé dans tous les cas de névrose obsessionnelle. Le déplaisir est corrélé à cette absence et le fantasme de séduction passive n’est qu’une tentative d’obturer avec le phallus la béance de ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. A partir de ce noyau hystérique, nous pourrons caractériser la stratégie obsessionnelle comme impliquant une double transformation de la séquence déplaisir - refoulement qui définit l’hystérie. en premier lieu, l’obsessionnel intercale entre " l’expérience traumatique " et la défense un temps caractérisé par le plaisir. En deuxième lieu, il remplace le refoulement par ses substituts : l’annulation et l’isolation.

Nous y reviendrons, mais auparavant nous voudrions différencier ce noyau hystérique de ce que Lacan introduit sous le non d’hystérisation , en tant que condition subjective de La mise en acte de l’inconscient, selon la formulation proposée par J.A. Miller. nous voyons ainsi se coordoner hystérisation et transfert, articulation que nous allons développer. D’abord, soulignons que l’hystérisation, à notre avis, porte sur le symptôme. Pour devenir analysable, l’hystérisation doit prendre forme hystérique. Etant donné qu’il est jouissance pure et n’appelle pas à l’interprétation, l’artifice du dispositif analytique est nécessaire pour produire la rencontre entre le symptôme et l’Autre.

Mais qu’est-ce que veut dire que le symptôme doit prendre forme hystérique ? Freud nous donne un exemple de grande valeur dans le cas de " l’homme aux loups ", quand il analyse la perturbation intestinale qui accompagnait le sujet dès son enfance. Freud écrit : " Je reconnus enfin de quelle importance pouvaient être les troubles intestinaux en vue de mess desseins ; ils représentaient la parcelle d’hystérie qui se retrouve régulièrement à la base de toute névrose obsessionnelle. Je promis à mon patient qu’il retrouverait intégralement son activité intestinale et lui permis, par cette promesse, de manifester ouvertement son incrédulité. J’eus alors la satisfaction de voir s’évanouir ses doutes, lorsque l’intestin, tel un organe hystériquement affecté, commença à se mêler à la conversation pendant notre travail, et eut recouvré en quelques semaines sa fonction normale si longtemps entravée. "

nous avons cité textuellement Freud dont l’observation semble exemplaire pour le point qui nous occupe, en tant que démonstration que le symptôme est analysable quand il devient hystérique parce qu’il " intervient dans la conversation ". Mais pour cela, il a été nécessaire que Freud occupât sa place, et qu’en jouant presque avec la suggestion, soutînt dès sa position de A celle de sujet supposé savoir. A l’hystérisation comme condition subjective, le sujet supposé savoir répond en tant que fondament transphénoménal du transfert.

De plus, le symptôme prend une hystérique quand c’est une formation de compromis et participe comme retour du refoulé dans le cadre du mécanisme de refoulement. Mais ce n’est pas le mode typique de formation du symptôme obsessionnel. Quand Freud décrit l’annulation et l’isolation comme variantes du refoulement il nous indique la dénégation de l’effet sujet que comporte la névrose obsessionnelle

hystériser le symptôme obsessionnel veut dire l’introduire dans la division, en l’engageant à ce qu’il se représente face à un autre signifiant, dont la place sera occupée par l’analyste. 

Si l’hystérie est structurale pour toute névrose en tant que résultante de l’inexistence de la relation sexuelle, si l’hystérisation est la condition de l’analyse parce qu’elle introduit le symptôme dans un lieu social, les différences dans la position subjective entre hystérie et obsession ne sont pas pour autant effacées. Contrairement à ce qu’on pourrait supposer, le point ou est placée l’hystérique au niveau du semblant - loin d’être le meilleur pour comprendre son discours, constitue son impasse.

La configuration subjective de l’hystérique la présente comme divisée par le signifiant. Elle instaure un Autre duquel elle soustrait l’objet, creusant un trou qui le désigne dans son vrai statut : celui d’une altérité à interroger. L’hystérique laisse la parole à l’Autre comme lieu du savoir refoulé, et pour cela, le refoulé - en termes freudiens - est au pouvoir de l’autre. Cette question est en réalité une feinte qui condamne à un triste rôle ceux qui se placent comme maîtres, puisque l’hystérique à la réponse de son côté. Ce piège qu’elle ose met en réserve l’élément vraiment refoulé qu’est la féminité, c’est-à-dire le signifiant perdu qui occupe la place de l’objet dans son fantasme. Ce quelle a sous ses pieds et soutient sa division comme sujet est seulement ce point de non savoir de l’inconscient.

C’est cela l’amnésie hystérique; la vérité qu’elle n’énonce pas mais qu’elle possède. Le prix de cette vérité qu’elle fait payer à l’Autre, c’est l’impuissance du savoir, que Freud constate amèrement avec Dora.

Pourrait-on mettre en évidence ici, qu’en plaçant l’Autre dans ce lieu, l’hystérique le loge au point d’aporie qu’elle promeut ? Cette position paradoxale détermine les avatars et inconvénient de la cure de l’hystérique, parce qu’au fond elle préfère soutenir son désir comme insatisfait, laissant vacante la place de la jouissance que Freud s’est obstiné à occuper avec le pénis. Cette substantialisation du phallus, dans la limite de l’aliénation signifiante à l’Autre, marque le lieu du roc freudien.

L’hystérique est finalement une théoricienne implacable, puisqu’ouvrant entre savoir et jouissance une frontière impossible à suturer, donne foi à la logique de fer dont elle est la plus vive incarnation : il y a du signifiant, mais ceci ne suffit pas à nommer l’Autre sexe.

A partir de ce point - véritable " trauma précoce " - l’hystérique se sépare de l’obsessionnel. Elle se place comme sujet du signifiant, souffre dans sa propre chair la structure du langage qui cisaille son corps en le mortifiant, et se fait, finalement, promotrice de la division subjective. La position passive dans l’expérience traumatique n’est pas autre chose que la formule même du sujet : S1 ® S2. Par contre, le plaisir actif dans le trauma est le mythe individuel de l’obsessionnel que Freud déploie dans Totem et tabou. La construction d’une jouissance à l’origine - que l’observation freudienne place comme un second temps par rapport au déplaisir - est l’alibi avec lequel l’obsessionnel se déclare agent de l’action mortifiante du signifiant, en la redoublant. Dans " Subversion du sujet... " , Lacan dit : " la jouissance est interdite à qui parle comme tel, ou encore qu’elle ne puisse être dite qu’entre les lignes pour quiconque est sujet de la loi, puisque la loi se fonde de cette interdiction même ". L’obsessionnel prend cette interdiction à sa charge, prétendant être maître des lois du langage. Le paradoxe, c’est que pour soutenir cette position de maîtrise, il vit condamné à porter sur son dos le poids d’une culpabilité qui n’est pas la sienne, et à payer avec du travail forcé une dette de personne.

Lui, voudrait réabsorber le S2 dans le S1, faire le signifiant signe, abolir le parasitisme du signifiant dans le sujet. De cet effort épuisant se déduit la phénoménologie de l’obsession.

C’est seulement en dehors du langage que l’obsessionnel peut s’imaginer propriétaire de son être. En voulant éliminer le " je ne suis pas " de l’inconscient, qui le ferait sujet d’un savoir qui travaille sans maître, il affirme un être qui pense, calcule et juge : la conscience. Ce S1 auquel il s’aliène occupe le lieu de l’Autre du signifiant, dont l’altérité est mise en question.

Le " Je ne pense pas " auquel l’oblige son choix du " je suis " détermine la particularité de la pensée obsessionnelle, qui, dédiée à la tache impossible de comptabiliser la jouissance, c’est-à-dire la faire passer dans le signifiant, prend la forme d’une " compulsion de concentration " dont le sommet est l’érotisation de sa pensée. Mais finalement, toutes les techniques obsessionnelles manquent le but d’éviter l’apparition de " l’élément contradictoire ", " le morceau de malédiction " qu’aucune conjuration ne réussit à supprimer, et qui n’est que l’objet (a) apparaissant dans la faille du savoir.

L’obsession est tout ce système mis en place et qui cherche " déliremment " à soustraire la béance de la béance de la cause : en déterminant ainsi l’impossibilité du désir. En combant avec la signification phallique l’intervalle signifiant, l’obsessionnel ne veut mettre aucun réel en jeu. La psychanalyse est un lien social ont l’installation dépend non seulement de l’altérité d l’autre, mais aussi de l’objet (a), mathème qui permet le tétraèdre des quatre discours

l’hystérique, qui est déjà analysante, le garde comme soutien de son discours, le plaçant dans le lieu de la vérité : brandissant ainsi sa propre division du sujet. L’obsessionnel par contre, en prétendant fuir la jouissance, paie le prix de la négation du statut du sujet. L’opération analytique doit le conduire au lieu de sa division subjective avec l’introduction de ce réel de la jouissance. Seulement ainsi, et paradoxalement, une véritable altérité pourra se constituer pour lui.

 

 

( - j ) ET JOUISSANCE

DANS LES STRUCTURES CLINIQUES

DE LA NEVROSE

 

" J’ai posé la question de ce qu’on pourrait appeler un mathème, pivot de tout enseignement, autrement dit, qu’il n’y a pas d’enseignement autre que mathématique, le reste est de la plaisanterie ".

 

 

EN GUISE D’INTRODUCTION

 

Il est faux de supposer que chez Lacan tout est signifiant ; au contraire comme le soutient J- A. Miller, " chez Lacan tout n’est pas signifiant ... "

 

Mais il faut rappeler avec Lacan que le langage est le ver de la cause qui fend le sujet sans quoi il n’y aurait rien dans le réel qui s’appelât $.

 

Si dans la clinique psychanalytique il y a de la structure, c’est-à-dire un rapport avec un certain savoir en termes de langage), elle se trouve dans le fantasme. Mais dans le fantasme même, tout n’est pas signifiant ; ce qui fait fonction de centre, toujours en fuite du côté du sujet, c’est le manque de signifiant, et le cœur du chiffre, le petit " a ", résiste à toute significantisation. Il se présente alors comme ce qu’il attend du signifiant de la jouissance, en dépendance de laquelle le signifié serait : F

 

C’est pour cela que pouvant se penser comme sujet de la jouissance ... " il en vient à se constituer le fondement comme tel du sujet désirant non plus du sujet de la jouissance . Le rapport entre désir et jouissance est de disjonction (V) ; ou jouissance... " il en vient à se constituer le fondement comme tel du sujet désirant non plus du sujet de la jouissance . Le rapport entre désir et jouissance est de disjonction (V) ; ou jouissance ou désir ; et la fonction " a " représente le manque ; ou autrement dit l non-être là du F . De là, Lacan soutient le désir du côté de la défense et la jouissance... " comme ce qu’il faudrait qu’il ne fût pas ".

(- j ) COMME LIMITE MATHEMATIQUE

DANS L’INTEGRALE DU SUJET.

" Je pars de la limite, de la limite de laquelle il faut partir en effet pour être sérieux, c’est-à-dire pour établir la série de ce qui s’en approche ..." La jouissance phallique est l’obstacle par quoi l’homme n’arrive pas, dirai-je, à jouir du corps de la femme, précisément parce que ce dont il jouit, c’est de la jouissance de l’organe. " c’est bien là que se trouve le point tournant qu’interroge le discours analytique ".

Une femme dans le devenir de son analyse dit : " ... use du pouvoir maintenant que tu l’as, me dit mon mari, parce que lui l’a (étant donné qu’il est fonctionnaire)... parce que mon Dieu !... ; toujours à jouer à des jeux de garçons, quand j’étais petite, mes cousins, mon frère, je n’ai pas souvenir que comme fille on ait pu. Ils m’avaient toujours à la course. Maintenant je m’en souviens : revanche c’est le mot. J’ai la sensation que je m’ai ... je veux dire que j’ai une grande colère et je veux ma revanche ". Le je m’ai du lapsus évidemment la désigne en tant que femme. Elle poursuit : " ... mon problème c’est de ne pas pouvoir utiliser l’agression comme lui... " ici, bien-sûr, il s’agit du F . On demande : pourquoi votre problème s’énonce-t-il ainsi ? dans quel but voudriez-vous pouvoir utiliser l’agression ? question sur l’utile qui contient déjà la réponse qui est : pour rien. Mais elle dit : " dans quel but je ne sais pas mais à cause de quoi ? ... moi, j’étais poilue, laide, ma tante vieille-fille aigrie est morte d’un cancer, maman était toujours à se plaindre, alitée, malade, me faisant des reproches. Moi j’étais maladroite, revêche, toujours à donner des coups de pieds dans des ballons... jusqu'à ce qu’un jour, pour un défilé de printemps le coiffeur m’ait dit : " Quel joli visage !, tu est une jolie fille. Moi, je n’y avais jamais pensé, je ne voulais qu’une chose, c’est qu’eux un jour m’acceptent dans leurs jeux ".

La question se pose : pourquoi maintient-elle ce lieu devant le quel le mur de la castration l’a arrêtée, (- j ) qui isole une jouissance derrière le mur ? s’il n’y avait pas de mur, s’il s’agissait de la perversion et de l’a-mur, elle compterait le phallus non pas comme objet petit (a) (-j étant déjà perdu) mais en tant qu’objet nécessaire pour faire entrer la jouissance au corps de l’Autre.

Mais suivons Lacan : si la jouissance de l’Autre, du corps de l’Autre ne se promeut que de l’infinitude de l’a-mur, et si, suivant la série de Frege on démontre avec Lacan que " l’un ne tient que de l’essence du signifiant, si j’ai interrogé Frege au départ c’est pour tenter de démontrer la béance qu’il y a de cet un (7) qui tient du signifiant... et quelque chose qui tient à l’être, et derrière l’être, à la jouissance...(8) ". Il ne dépend alors que du signifiant qu’il y ait de l’un a) en termes de trait unaire, produit en fonction de la castration (- j ) dans le symbolique, et b) ce quelque chose de plus qui dépend de l’être, produit lui aussi de la castration (- j ), corrélat dans le réel, objet (a) . en a) il n’y a rien derrière la castration, pourquoi ? parce que là, la castration est la limite, le mur impossible à franchir, en b) il y a quelque chose, quelque chose qui dépend de l’être, et derrière l’être de la jouissance. Pourquoi ? parce qu’ici, le mur, la limite devient a-mur et la jouissance devient signifiante du signifié phallus, soit : jouissance.

Phallus F

Si dans une série numérique, tout nombre a... " une limite (s’il est réel), c’est dans cette mesure qu’il est infini ". Si la jouissance est une instance négative, réel en tant que produit, mais qui maintient en dépendance le phallus comme signifié (du point de vue de l’utile c’est ce qui ne sert à rien ) et si à son tour le (-j ) est une grandeur négative dans le symbolique (équivalente aux grandeurs négatives de Kant), la question suivante s’ouvre devant nous : comment est-il possible de repenser à l’intérieur de la conception psychanalytique lacanienne et de ses mathèmes théoriques intérieurs, la limite mathématique dans une série dont l’opposition constitutive de la structure comme ensemble de relations ne soit pas l’opposition basique 0 et 1 mais (-j ), grandeur négative non dénombrable, mais début de la série dans une paire antithétique avec le phallus ?

et si avec Frege il est possible de soutenir que l’1 (Un ) est le signfiant de l’inexistence, délimitation lacanienne, qui à l’intérieur du champ conceptuel de la psychanalyse trouve son corrélât établi dans donné que (-j ) ¹ (n’est pas égal) à 0 (zéro), nous sommes qui, s’il ne manquait pas, s’écrirait phallus (F ). Et s’il est nécessaire de définir aussi la relation algébrique dans le champ conceptuel de la psychanalyse, cette autre question s’ouvre alors devant nous : le (-j ) est-il par conséquent la limite mathématique de - ¥ à + ¥ dans l’intégrale du sujet (en tant que signifiant et de son corrélat, le quelque chose de plus derrière l’a-mur, là ou il y a jouissance), quand s’ouvre l’espace de l’intersection de la jouissance sexuelle ? jouissance sexuelle comme impossible, et la jouissance du corps de l’Autre qu’il faudrait qu’elle ne fût pas...

a) Topologie et structure : application de l’hypothèse de compacité et son complément à l’intérieur du champ concept de la psychanalyse.

En poursuivant ce qui a été développé ici, on peut penser une relation algébrique qui ne serait possible dans sa formulation que si, et seulement si on part de la stricte équivalence entre topologie et structure et d’une géométrie considéré comme l’hétérogénéité du lieu et un rapport entre une géométrie algébrique et un algèbre de relations applicables aux mathèmes psychanalytiques. Il suffit de dire qu’en psychanalyse la formulation de mathèmes dans une algèbre de relations qui implique une topologie est indispensable. Topologie qui, en introduisant l’hypothèse de compacité, fait que les espaces peuvent être pris un par un.

Nous citerons Lacan : ... " Rien de plus compacte qu’une faille, s’il est bien clair que l’intersection de tout ce qui s’y ferme étant admise comme existante sur un nombre infini d’ensembles, il en résulte que l’intersection implique ce nombre infini. C’est la définition même de la compacité..  ".

Maintenant, si par l’hypothèse de compacité les espaces peuvent être pris un par un, et l’un (F ) étant à son tour exigence d’infinitude, sa limite c’est (-j ), ouvrant un espace d’intersection à la jouissance sexuelle, et s’il s’agit de limite (même avec une tendance vers l’infini) il est possible de mettre en formule une séquence finie de ses éléments, qui peuvent être pris un par un, complément essentiel de l’hypothèse de compacité, reconceptualisable dans le champ conceptuel de la psychanalyse, pour son application dans le rapport mathématisable du (-j ) et de la jouissance dans les structures cliniques de la névrose.

Structure et jouissance

De ce qui a été développé précédemment, il ne supporte que le réel du père, - existence impossible, qui avec son dire non, détermine l’efficacité de la castration comme possible -, c’est une présence nécessaire depuis toujours dans la structure comme celui qui, pour avoir droit à la jouissance, ouvre l’espace à son complément : tous les hommes, de ce point, laissent à désirer. Relation nécessaire qui échappe déjà à la logique du mythe... "  qu’il y ait une exception nous ne l’appellerons pas, de ce point que nous appelons mythique. Cette exception est la fonction inclusive : qu’énoncer de l’universel si ce n’est que l’universel est enfermé, précisément par la possibilité négative. Très exactement l’existence joue ici le rôle de complément ou pour le dire mathématiquement, du bord ".

Ceci détermine le passage en psychanalyse du mythe d’Oedipe chez Freud au mythe structure chez Lacan, qui nus permet d’aller au-delà de la présence symbolique du père-dont la pierre d’achoppement est le mythe lui-même - à la présence réelle du père dans la structure, qui est présence du signifiant de la jouissance dont le signifié est le phallus.

Présence dans la structure subjective - qui est présence dans la clinique psychanalytique - dans le passage nécessaire à ce qui fait support vivant du sujet comme tel, " ... chaque fois qu’il s’incarne, dans ce que nous pouvons appeler un " être ". " présence dans la clinique en termes de -1 dans le sens ou " ...l’irréel n’est pas l’imaginaire et qu’il précède le subjectif en le conditionnant, pour être directement en prise sur le réel ". Autrement dit, dans la théorie, c’est le passage du désir au fantasme, de l’interdit à la jouissance.

PONCTUATIONS FINALES

Le signifiant sépare la jouissance du corps, c’est pourquoi, lorsque le désir est articulé, il n’y a pas de jouissance.

Et quand il n’y a pas de signifiant, quand le manque vient à manquer, mais pas en termes signifiants, il s’agit de la proximité de la jouissance sexuelle.

Mais lorsque le sujet désirant s’est constitué " x F x, il n’y a pas de possibilité que son signifié soit le phallus. Là on est en présence du reste de l’opération de séparation (a) no objet de jouissance mais actualisation de la castration.

Lacan formule ce que nous pouvons appeler métaphore de la jouissance : jouissance

F

L’homme se propose au désir d’une femme :

 

F ___ jouissance ® F 1

Jouissance (a) a

Il y a le réel du père (F , pas j ). Devant le réel du père en cause dans le désir d’une femme en position de signifiant, se présente l’unique signifié qui comme tel le supporterait. Là ou une femme attend depuis le manque à la jouissance, il y aurait de la jouissance.. à condition que ce soit d phallus qu’il s’agisse ; c’est pour cela que seul pour les dieux il ne serait pas interdit, pour le père non plus. Mais dans la névrose, quand le manque vient à manquer, seul apparaît la question : que me veut-il ? puisque je ne le suis pas et que je ne l’ai pas non plus.

Négativisation du phallus, (-j ® a ) qui apparaît dans la formule, réprimé.

Nous disions : il n’y a pas de sujet du désir, sujet dans le fantasme, oui si ce reste, soutien de mon être du côté du vivant, cœur du fantasme, se situe en entrant du côté de l’Autre, d mon côté... imaginaire et symbolique sans support de mon être du côté du vivant.

Le désir est articulé en signifiants, c’est pour cela que dans le sujet il fait fonction de défense. Celui qui désire n’est pas malade, il est dans un arrangement possible, dans la possibilité de compter avec des représentations représentative, qui permettent à la répression d’être efficace. Le désir causé et impliqué dans le fantasme, tient la jouissance " qu’il faut n’y ait pas " à bonne distance, il n’y a pas de véritable actualisation du champ de l’Autre. Le manque cause.. une production signifiante, paradigme de laquelle est le désir de l’obsessionnel qui ne compte pas l’Autre comme tel.

l’Autre dans son altérité se manifeste dans le vouloir faire rentrer la jouissance au lieu de l’Autre, et " la jouissance ne connaîtra l’Autre que par l’intermédiaire du reste. Autrement dit, non seulement il n’y a pas de rapport sexuel, mais il n’y a ni jouissance avec le partenaire, ni fantasme qui l’y incluse. La fonction de ce reste, support vivant du sujet, est représentée par le manque de phallus. Le fantasme supporte la jouissance perverse comme possible,  mais qu’en " ait-il " du fantasme réalisé, quand le manque vient à manquer ! le manque est la disjonction qui unit le désir à la jouissance. Jouissance et désir ne se recouvrent jamais. Ou jouissance ou désir.

Mais comment aborder alors ce support vivant qui remet son être à l’analysant. Cela même qui par son efficacité produit des effets de structure le réel du père, se renvoie, non à la mère, mais au réel de la présence de ce manque réalisé dans une femme, qui évoque dans son désir pour cet homme, le réel de la jouissance qui y est manque.

Le père nécessairement présent dans la structure, est cependant corrélât non actualisé, puisque dans les temps logiques précédant la mère, mère qui symboliquement est toute. On lui demande de ne pas frustrer, de satisfaire.... le manque évoque ici une présence possible. Réponse impossible parce qu’elle se soutient de la spécificité de toute demande, à savoir celle d’être demande d’autre chose, le réel du phallus.

L’enfant demande, la mère signifie cette demande depuis son histoire " réalisée " dans cette rencontre hasardeuse avec son partenaire dans sa fonction de père. ( l’homme doit supporter d’être sa propre métaphore, puisque comme père, il supporte le référent de cette fonction qui est le phallus).

Le moment où la mère devient pas-toute, moment ou se manifeste l réel du père, F , dans la mesure ou il lui manque, inaugure une nouvelle opposition ; elle, la mère, devient une femme, et c’est de la tête de Méduse qu’il s’agit, femme décomplétée, qui ni ne l’a mais qui supporte que $ x. F x, soit qu’il y a de l’Un ; le père, qui en tant que tel, a droit à la jouissance, qui a dit non à la castration.

Autrement dit, la paire antithétique, n’est pas père-mère, mais père/une femme. Etre homme implique d’accepter qu’on l’est en fonction de la castration, que le pénis est instrument pour la jouissance, ce qui éloigne le phallus du côté de la mère.

Une femme, en particulier l’hystérique, espère trouver celui-là, cette exception, cet homme non castré, si souvent confondu avec un sadique, qui satisferait son désir.

LA CULPABILITE DU NEVROSE

Le mot lui-même qui fait ce titre - culpabilité - serait-il frappé de péremption en raison de ses connotations moralisantes et accusatrices serait-il d’un emploi désuet en ce temps après que l’on eut entraperçu la plage sous les pavés ?

Serait-il au contraire affermi, rénové, vivifié dès lors que l’on évoque un peuple ou une classe qui seraient entachés d’une faute foncière ou qui devraient s’éprouver coupables et jugés tels pour s’être cru élus un jour ?

Freud, de 1895 à 1939, ne cesse d’être confronté à ce déchirement de l’homme coupable et impuissant, à cette " malédiction essentielle ". Voilà ce qu’il rencontre dans l’insistance de sa clinique, le poids de l’Histoire et dans la part qu’il saisit d’une force civilisatrice liée à la culpabilité. Culpabilite, comme le poing sur la table, frappe d’un bout à l’autre du texte de Freud, une constante de l’énigme ou l’on voit s’articuler la culpabilité et la civilisation : tel est le paradoxe. Pourquoi l’homme est-il donc si malheureux, pourquoi se donne-t-il tant de mal alors qu’une juste harmonie serait à portée de sa main ? tout pour être heureux ? si tel était, ne se trouverait-il pas réduit au silence ?

Du renoncement imposé par la loi, du mythe oedipien qui l’éclaire, de la culpabilité comme conséquence, Freud touche à ce fond d’une faute originelle qui noue la culpabilité à la jouissance. Le dualisme pulsionnel peut en rendre compte moyennant que lui, Freud, pose sans s’en départir jamais la radicalisé de la pulsion de mort.

Pour l’homme, placé sous l’impératif, il lui faut donc se rompre au commandement du ‘toi ne dois pas " ; mais il lui faut aussi obéir à un " tu dois " encore plus exigeant, voir délétère.

L’interrogation de Freud sur ce point constitue un véritable fil de trame, jamais lâché par lui dès le principe de son effort. Et Lacan, dans la dernière page de Télévision, insiste sur ce point qu’il est " impossible de se retrouver là-dedans sans un soupçon au-moins de ce que veut dire la castration ".

Le concept de castration réveille donc le thème : d’une castration qui vise la division du sujet à une castration référée à l’objet irrévocablement perdu.

A partir de quelques phénomènes chez Freud avant 1920 :

la division du sujet

Dès les premiers écrits de Freud se constitue l’ébauche d’une culpabilité à élucider. Par exemple, dans les lettres à Fliess, la rubrique des faits cliniques ne peut éluder les auto-reproches et le sentiment présent, conscient, de culpabilité. Le plaignant dans sa litanie s’accuse d’impuissance en appelle au " devoir à accomplir " et révèle par là qu’il a pu commettre le péché par omission, par intention discrète ou ancienne. Le possible se dissimule derrière l’impuissance : impuissance à aimer, impuissance à travailler à renoncer, à ne pas répéter, complaisance dans les records qui constituent, Freud le remarque déjà, un " frein au traitement ". La liste s’allongera avec le sentiment inconscient de culpabilité qui recèle le complexe ou le sentiment d’infériorité, ou encore la culpabilité habituelle des survivants.

Pour Freud, la volupté sexuelle trop précoce, le choc sexuel prématuré conduisent par transformation à ces auto-reproches, sous l’effet d’une force contradictoire qui semble issue " d’une source indépendante de déplaisir ". Un voile se lève cependant sur ce " coin vraiment inconnu du psychisme " sitôt que Freud y introduit la rivalité, la vengeance, " les méchants souhaits ", et la satisfaction obtenue d’une contrainte au libre jeu des émonctoires. Freud à cet endroit met en avant la rupture intervenue dans le déroulement de la maturation sexuelle, les fantasmes incestueux et la reviviscence de " processus posthumes " du fait d’une puberté retardée qui est le propre de l’homme. L’ordre de la nature ici est subverti : l’homme est un animal contre nature.

C’est donc sur son naturel plutôt rêveur que Freud dirige sa réflexion et c’est au pivot de ce siècle, la Traumdeutung qui inaugure l’invention de la psychanalyse. Du rêve est révélé que le principe de plaisir se trouve satisfait malgré la censure.

Tout est possible dans le rêve " ou règne une entière indifférence morale ". Certes au réveil, on rirait peut-être d’un manifeste outrancier qui défie apparemment toutes contraintes ; mais pourrait-on se gausser de " cet obscur minimum de culpabilité " qui aurait fourni la matière ? la nudité qui rend honteux, la pudeur outragée qui signale une jouissance, montrent aussitôt que l’innocence et son paradis sont entachés. " l’appareil " est composé de deux instances concurrentes dont l’une, par la censure, réprime, s’oppose et contre-carre.

Il ne saurait être question ici de suivre le détail du développement de l’élaboration freudienne. Sur cette route de Thèbes, jalonnée par les premières analyses, on aura aperçu un passage, plutôt que des références fréquentes à la culpabilité elle-même, la multiplicité des occurrences proches traçant un entour, laissant la marque au centre d’une théorie encore à produire.

Route pavé de bons sentiments, fusent-ils sentiments de culpabilité, dont tout un chacun s’empresse de faire son fardeau le plus commun. Freud lui-même s’arrête un instant pour s’inquiéter des ravages que " la morale sexuelle civilisée " commet sur un bon sauvage qui n’aurait pas encore lu Totem et tabou. Mais s’il lâche Reich à ce point d’illusion, lui Freud continue. Le fardeau se supporte tout aussi bien de l’altruisme de l’hystérique à faire avancer cette psychanalyse naissante que de l’obstination de l’homme aux rats à y faire suite, lui dont la dette introduit Freud, par une voie nouvelle, celle de l’obsession, à l’autoroute oedipienne.

" La note en guise d’épitaphe qu’en 1923 Freud dédie à ce jeune homme qui, dans le risque de la guerre, a trouvé " la fin de tant de gens de valeur sur lesquels on pouvait fonder tant d’espoirs ", concluant le cas avec rigueur du destin, l’élève à la beauté de la tragédie ".

faire d’un succès un crime, voilà bien le comble ! trébucher alors qu’une seule foulée suffirait à franchir la ligne ! hasard ou sottise ? non. Débat apparemment insoluble mais dont Freud a déjà une clé. Le paradoxe de l’échec, s’il ne porte pas encore le non de " division ", est pour e moins l’objet de son étonnement et de son astreinte depuis plus de vingt ans. Il introduit là une proposition centrale, le fantasme de désir, avec sa force : fantasme toléré aussi longtemps qu’il reste imaginaire. Mais dès lors que le monde impose ce fantasme, dès lors qu’il touche à une réalité, la conscience morale s’insurge et se manifeste punitive. Certes, il n’y a pas faute commise dans la réalité d’aujourd’hui : c’est qu’elle est à l’insu. La culpabilité endossée, la punition infligée proviennent donc d’un en-deça de la révélation : la fable d’oedipe, réduite à la fable, rendait-elle compte de ce que la culpabilité ne chercherait qu’à s’arrimer à une faute, enfin. Le crime ou le délit ne seraient-ils que l’occasion de justifier une justice déjà rendue ? sous l’écran de la faute alléguée se masque, jusqu'à la provocation, la faute oubliée, en sursis de peine, et faisant de la sorte qu’un acte manqué soit un acte de délivrance. La cause est à lire là ou elle est inscrite, c’est à dire au tableau des résultats, sans pour autant qu’un soulagement s’ensuive.

La pulsion de mort : l’objet irrémédiablement perdu.

Les interprétations ont perdu de leur tranchant. Les patients guérissent moins. " Cette force qui s’agrippe entièrement à la maladie et aux souffrances ", c’est la " réaction thérapeutique négative ".

A la révélation de la loi de l’interdit de l’inceste s’oppose un autre fait, tout aussi encombrant pour l’issue de la cure : la mauvaise foi de l’analysant. A cet analysant devenu sans foi ni loi, Freud va opposer une riposte. Au sentiment de culpabilité bien évidemment conscient, puisque c’est ce dont les malades se plaignent, ou plus exactement ce qu’ils donnent comme explication vague à leur malaise, sorte de bouchon tous usages à l’irruption de ce que l’invention freudienne avait pu justement dégager, à savoir l’inconscient, Freud allait opposer, puisque l’affaire n’était plus conclue, une nouvelle opération dans laquelle c’est la culpabilité elle-même qui devenait inconsciente. Il souligne le caractère apparemment incongru de cette nouvelle qualification : " Quand nous parlons aux malades de sentiment de culpabilité inconscient, ils ne nous croient pas facilement. Ils savent trop bien par quels tourments se manifeste un sentiment de culpabilité conscient, une conscience de culpabilité et ils ne peuvent donc pas admettre qu’ils pourraient héberger en eux des motions tout à fait analogues dont ils ne ressentiraient rien du tout ".

Le patient ici plaide non coupable, dans ce biais ou son analyse se traîne interminablement ou dans celui qui le fait échouer à un examen ou dans sa profession. La culpabilité n’est plus alléguée comme causale mais refoulée, passant du débit de la plainte au crédit du bénéfice secondaire.

La culpabilité dépasse le dispositif signifiant là ou Freud indique un "au-delà " du côté de la pulsion de mort.

Dans malaise dans la civilisation, paru en 1930, Freud, revenu aux grands problèmes culturels qui l’ont souvent fasciné, s’interroge : " quels sont les desseins et les objectifs vitaux trahis par la conduite des hommes, que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? on n’a guère de chances de se tromper en répondant : ils tendent au bonheur ; les hommes veulent être heureux et le rester ".

Mais ce qu’il va constater dans sa pratique et que la guerre sanctionne à grande échelle, c’est que la pulsion ne peut être l’objet d’un dressage par la civilisation : l’horreur et le cauchemar en pleine lumière. La guerre est un scandale pour la civilisation puisqu’à leur stade le plus avancé du développement, les nations s’entretuent.

Il n’y a aucun à entretenir sur l’amélioration de la nature humaine : c’est un avenir sans illusion. Ainsi, à mesure que Freud s’avançait dans l’expérience, ce quelque chose qui surgissait, qui s’étalait au-delà du principe de plaisir, c’est la tendance de l’homme à l’agression, à destruction, à la cruauté au dépens de son prochain.

Il va nommer cela la pulsion de mort, introduite dans " Au-delà du principe de plaisir " et constamment réaffirmée jusqu'à la fin de son œuvre.

Mise en place à partir de phénomènes de répétition, irréductible à la recherche d’une satisfaction libidinale, marques du " démoniaque ", la pulsion de mort s’impose comme un effet exigible.

Du coup, Freud réinterprète le sentiment de culpabilité en le portant dans un autre registre . il ne fonctionne plus dans la " langue fondamentale " de l’hystérie, sur le modèle du refoulement. Il devient le problème capital " du développement de la civilisation et fait voir pourquoi le progrès de celle-ci doit être payé d’une perte de bonheur dû à ce sentiment ".

Directement dérivé de la pulsion de mort, il maintient la construction dualiste pulsion de vie - pulsion de mort et rétablit l’équilibre de l’ensemble de cette composition. D’un côté, les pulsion sexuelles se transforment en symptôme, de l’autre la pulsion de mort se transforme en sentiment de culpabilité.

Mais d’autre part, ce qui peut apparaître comme un assemblage de termes disparates : sentiment - inconscient - culpabilité révèle un point d’oscillation entre deux positions de la pensé freudienne ; entre l’interprétation oedipienne de l’inconscient, versant symbolique et la théorie des pulsions, versant de l’objet : de la dette de l’homme aux rats au fantasme masochiste, du désir à la jouissance.

Dans " le problème économique du masochisme ", Freud remplace l’expression " sentiment de culpabilité inconscient " par celle de " besoin de punition ". Mais il complète cette définition phénoménologique en tirant la perspective du côté métapsychologique, désignant ce sentiment de culpabilité inconscient comme étant le masochisme moral.

Inaugurée avec les trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) où le masochisme (dans sa dimension, alors, de phénomène pervers) n’était jamais primaire mais toujours secondaire au sadisme - un retournement du sadisme sur le sujet - une sorte " d’autosadisme ", sa théorie du masochisme est complètement reprise en 1924. Le masochisme devient le pendant du sadisme qui était une motion pulsionnelle sexuelle dans la première topique. Avec l’introduction de la pulsion de mort se rééquilibre l’ensemble de la composition d’une façade théorique néoclassique : maintenant deux colonnes, la pulsion sexuelle et la pulsion de mort, soutiennent chacune leur chapiteau. La première, le sadisme, la seconde, en vis-à-vis, le masochisme primaire. Dans l’architrave et la corniche se mêlent les fioritures des intrications de l’une et de l’autre.

En somme, Freud est parti d’une remarque infirmant le principe général des pulsions, qu’une tension tende vers l’absence de tension, en notant qu’il existe des tensions qui s’accompagnent de plaisir, et qu’il existe des détentes déplaisantes. A la question de l’origine du masochisme n’est plus répondu qu’il est le retournement du sadisme sur le sujet - ce qui devient le masochisme secondaire - mais est posée l’existence d’un masochisme primaire, directement issu de la pulsion de mort. Ce masochisme érogène ne peut plus s’expliquer par la sexualisation d’une excitation douloureuse, mais devient le rejeton de la conjonction de la libido et de la pulsion de mort, qui entraîne, si elle est tournée vers l’extérieur, " la volonté de puissance ", et qui, si elle reste liée libidinalement, entraîne le masochisme primaire. Ces catégories cliniques sous lequel on le trouve sont, du côté d’un agencement pervers, une conduite qualifiée de masochisme féminin, et du côté d’un agencement névrotique, le masochisme moral.

Cette architecture symétrique permet de bien dégager la structure du masochisme. Elle rend compte de la réaction thérapeutique négative tout aussi bien que de la pente foncière de l’être-parlant à se donner du mal. A la différence du masochisme pervers, organisant une stratégie de la jouissance, le masochisme moral est plutôt un autre non pour la névrose d’échec dans une version rénovée par rapport à 1915. (" ceux qui échouent devant le succès "), régénérée de trouver maintenant sa racine dans la pulsion elle-même.

Freud s’arrête à ce point en rabattant encore sur le noyau oedipien la question déjà ouverte cinq ans plus tôt, dans " on bat un enfant ", sur la génèse du fantasme masochiste. L’ouverture à la pulsion avancée par ce texte se clôt sur l’explication oedipienne bouchant la piste à peine ouverte : le sentiment de culpabilité inconscient est le besoin de punition de la part d’une puissance parentale. Le fantasme d’être battu par le père est la déformation du désir d’avoir des rapports sexuels passifs avec lui : résurrection du complexe d’Oedipe, terrain familier dont le contour ne se balise d’aucune incertitude particulière. Retour du pire au père, laissant en jachère le caractère dangereux, dit Freud, voire suicidaire, du dit masochisme moral.

Est-ce pourquoi Lacan a pu déclarer à son propos dans le discours de Rome qu’il s’agissait d’une " notion périmée " ?

la péremption de cette époque-là est plutôt à ranger du côté de la trouvaille de Lacan de l’inscription du sujet dans l’ordre signifiant. Le père à-tout-faire freudien se trouvait d’un coup dépassa par la nouvelle que les fils sont d’abord les fils du signifiants avant que d’être les fils de leur père.

Treize ans plus tard par contre, Lacan note que le masochisme est ce qui épingle l’être dans son rapport à " l’Au-delà du principe de plaisir ", commentant le texte freudien de la pertinence d’une double articulation.

Premièrement, " l’Au-delà " permet de comprendre le concept de répétition et en particulier de le comprendre comme effet de chaîne, " installer dans le circuit de la réalité comme processus primaire, l’articulation signifiante de la répétition ".

Deuxièmement, " l’Au-delà " a un autre intérêt, un autre sens, " plus nouveau encore ", précise Lacan, celui de " porter au forçage de sa barrière traditionnelle du côté d’une jouissance, dont l’être alors s’épingle du masochisme, voire s’ouvre sur la pulsion d mort ".

C’est-à-dire que l’on voit s’ouvrir une perspective sur un masochisme qui n’est plus tout à fait une notion perspective sur un masochisme qui n’est plus tout à fait une notion périmé. Il retrouve sa fraîcheur à ce point ou l’enseignement de Lacan s’est décalé d’un système tout signifiant, par l’adjonction dans le discours de l’inconscient, du reste du produit de cette opération signifiante :

S1 ® S2 S1 ® S2

$ $ a

derrière l’Autre, " trésor des signifiants ", pointe le manque de signifiant dans l’Autre. C’est particulièrement illustré dans le Séminaire XI, par les opération dites d’aliénation et de séparation.

Si la culpabilité renvoie chez Freud à la loi, précisément à la loi de l’interdit de l’inceste, elle réfère chez Lacan au langage lui-même. Le sujet pense qu’il ne mérite jamais son nom, qu’il n’en est jamais à la hauteur. Plutôt que d’imputer la faute à l’Autre, il le prend sur lui. Toujours impuissant à s’exprimer, les mots lui manquent. Si, pour Freud, l’homme se rend coupable pour conserver l’idée que Dieu est sans faute, pour Lacan, l’homme se rendrait coupable pour conserver l’idée que tout pourrait se dire. Ce sujet ouvert à tous les sens, celui de la religion tout aussi bien que celui au début d’une analyse, c’est ce qu’illustre avec les cercles d’Euler l’opération d’aliénation.

Le masochisme au contraire correspond à un point de non sens : pourquoi tendre l’autre joue à une deuxième gifle ? ça n’a effectivement pas de sens sauf, peut-être, à envisager le sujet comme étant séparé de l’Autre, un sujet privé du langage. " privé ", à entendre ici comme dans l’expression " la vie privée ". Dans cette intersection entre le sujet et l’Autre pointe le fantasme.

Pourrait-on dire que la culpabilité renvoie le sujet, comme être de langage, à l’opération d’aliénation, tandis que le masochisme renvoie le sujet, comme lié à un fantasme, à l’opération de séparation ?

mise en parallèle un peu forcée sans doute puisqu’il faut remarquer que, si la culpabilité comme effet de signifiant fonde - ou cause - le sujet, le masochisme est plutôt, lui, un effet de sujet, en tant qu’il est lié à la pulsion de mort.

Le terme de " couardise " dont l’épingle Lacan signe bien l’effroi de ce sujet à ne pas vouloir voir ce qui l’éclaire.

Si l’analyse peut effectuer sur la culpabilité un travail de dissection, en révèlent de l’impuissance à l’impossible de rapport sexuel, comment peut-elle travailler sur le masochisme primordial ? un phare, dont l’intérêt est qu’il marque quelque chose qui serait à éviter, si cela était possible, en tout cas un danger, un point obligé aussi.

La position masochiste a au moins le mérite de faire signe à ce sujet sur sa jouissance, d’autant plus qu’elle lui paraît étrangère. Elle retourne le sentiment de culpabilité ou se suffisait la plainte, là ou le névrosé, " le fantasme, il ne ‘approche qu’à la lorgnette ". C’est du bon bout de celle-ci que le masochisme moral, en l’inversant confronte le sujet à son rapport à la jouissance.

La question du Surmoi

Si de cette moisson de faits que Freud a épinglé de culpabilité consciente, mais plus encore inconsciente, on a remarqué que le recours à la castration nomme, avant la lettre, la division du sujet ; cette visée initiale bascule ultérieurement vers le Surmoi, la genèse de l’impératif et là, devrait apparaître un autre repérage de la castration, versant " dessert de jouissance ".

" Je me suis seulement trompé en attribuant à ce Surmoi la fonction de l’épreuve par la réalité ". Ainsi en c même temps ou s’inverse le lien qui, du refoulement fait découler l’angoisse, apparaît le Surmoi. Une irréductibilité, un interminable, un achoppement sur l’être même du sujet s’imposent à partir de la réaction thérapeutique négative " foncière " et du peu d’espoir qui s’ensuit. Il règne ce Surmoi " incarnation des scrupules de consciences et d’un sentiment inconscient de culpabilité ", dominateur, juge, critique et dépréciateur. Il s’impose par des effets qui sont ceux-là même dont la névrose et sa torture témoignent : " Quand le précepte est survenu, le péché a pris vie et moi je suis mort. Le précepte fait pour la vie me conduisit à la mort ". (Epitre aux Romains). Mais d’ou vient-il ce Surmoi ? question difficile qui est ramassée dans le dernier chapitre de l’Abrégé sous les rubriques de " l’externe " et de " l’interne ".

Ce " nouveau venu " assume dans le monde intérieur le rôle du monde extérieur, moyenant une introjection qui ouvre à la question : " que veux-tu de moi " ?

Lacan, en 1957, avance sur ce point une proposition ou les rapports de " l’externe " et de " l’interne " énoncés par Freud laissaient un blanc sur cette vivacité d’un Surmoi extérieur au sujet. Lacan dit en effet que la voix impérative intérieure est soumise ou bien passe sous l’effet d’une verwerfung : rejetée du symbolique, la voix reparaît dans le réel et le commandement intériorisé se manifeste comme extérieur.

Un mot de Freud vient-il là à propos ? c’est à la fin du moïse, ou le commandement, les commandements les commandements ne visent plus les seules exigences de renoncement, ou l’impératif n’est plus sous le strict signifiant paternel. L’impuissance de Dieu à faire le monde tel que l’attend le peuple élu, cette faillite de Dieu, j’en faits ma faute, dirait l’homme.

Le mot de Freud, c’est " disculper Dieu " - " Entschuldung Gottes ". Touche-t-il là au point de manque radical que portent les parents ? la faute de l’autre, mais plus encore faute de l’Autre, ce qui fermerait le chemin à toute réparation et à toute complétude, prendre sur soi la faute initiale rétablit Dieu dans son droit absolu à imposer sa loi jusqu'à l’absurde.

La voix impérative dont la censure est un premier témoin par le blanc qu’elle impose dans la texture du rêve est dès lors liée à la déchéance du pouvoir de réponse qui signale la défaillance foncière de la mère. La déchirure initiale et la perte qu’elle suppose ne sont pas simplement une amputation d’un narcissisme et elle devra retrouver une valeur, un efficace dans le remaniement du complexe d’Oedipe. La rupture du support maternel conduit à une tentative de suppléance selon un ordre différent. Cette " père-version ", lien amoureux du père, ce virage est celui de l’identification à l’obstacle qui vise tout autre chose que le retour à la mère première entachée de létalité. Un tel lien au père conduit-il à une possible dissolution ? le chemin à parcourir sera différent chez le garçon et chez la fille selon la tournure spécifique que prend pour l’un et l’autre la barrière de la castration. Perdre cet amour, voilà son lot et son angoisse pour elle ; tandis que le garçon garde la possibilité d’une identification dite régressive ou il s’affublerait des " insignes de la puissance paternelle ". Cet héritage de l’Oedipe, cette restauration d’une nouvelle alliance, emportent avec eux, s’ils réussissent, un effet pacifiant, un versant exaltant. Une impasse cependant : comment perdurerait la hargne contre soi-même si l’incorporation du Surmoi oedipien n’entraînait avec elle un contentieux de reproches, incorporés du même coup, avec un solde d’exigence bien plus astringentes que n’en veut la seule conscience morale ? cet héritier de l’Oedipe, ce Surmoi-là " émane d’une source plus haute " et " sa sévérité dépasse celle même des parents ", dans cette mesure ou les parents "oublieux de leur propre enfance " transmettent leur propre Surmoi parental (1932). Cette transmission : rien d’autre que le signifiant sous le sujet s’efface et disparaît aussitôt qu’il est saisi du signifiant même.

Sitôt, sous la voix qui lui impose l’être. Premier impératif qui l’assujettit à la chaîne signifiante, s’introduit la distance qui le sépare de l’objet irrévocablement perdu, place vide dont nul signifiant ne rend compte, vacuité ou se place la jouissance, au lieu ou ce vide fait appel de jouissance. La malédiction du Surmoi s’établirait du premier mot qui désigne et interpelle puisqu’il ne se prononce et ne s’entend que de cette défaillance inaugurale. Jouis, puisqu’il ne te reste que ça à vivre.

La culpabilité du névrosé à fourni l’amorce et l’entretien d’une lecture de Freud ; concomitamment s’imposait la recherche de quelques pivots chez Lacan. Essayons d’en ramasser l’essentiel sous trois aspects.

Initialement serait l’ordre du constat clinique ou la culpabilité apparaît comme un phénomène énonçable, plainte et malheur, ou bien ce phénomène est-il discret, fait d’impuissance et de complaisance. Cette culpabilité, bien sûr, le chemin à une prophylaxie généreuse dans sa simplicité, d’une inventivité sans variété, comme si l’imaginaire ici se mordait un peu la queue.

Freud, évidemment, tient pour rien une conclusion réduite à des préceptes hygiénistes. Il déplace l’affaire, en fait une vraie affaire, cruciale. Les termes eux-mêmes ont alors changé : le tabou de l’inceste, l’Oedipe et la castration. La culpabilité s’efface loin du monde des anecdotes et de la soumission à des règlements bornés, pour devenir un temps fort dans l’apparition et le déploiement de la civilisation. Le Surmoi que Freud traque sans le nommer jusqu’en 1920, s’articule à la castration, elle-même du sujet divisé. Sous l’égide du signifiant paternel une issue cependant, une pacification semble accessible, une sorte de paix des chaumières. L’entreprise de déchiffrage peut prendre la tournure d’une thérapie.

Mais, avec le " Surmoi maternel ", avancé en 1958, sans suite cependant sous ce vocable - Surmoi " encore plus ravageant, plus exigeant "- un virage est pris. Il s’appuie d’une castration corrélée à la perte de l’objet, objet a . cette perte radicale marque l’entrée dans la vie qu’anime la pulsion de mort, et en appelle à la non-castration. " l’ordre impossible à satisfaire " le " jouis " (1971) impliquent l’impossible du rapport qui viendrait obsturer, étancher - paix du silence et du tombeau - face à cette forme nouvelle de la castration.

A quelles conditions ici une entreprise de déchiffrage est-elle de mise ?

LE PERE DE L’HYSTERIQUE ET DE L’OBSESSIONNEL

CHEZ FREUD

 

La fonction paternelle est au principe de la psychanalyse. C’est au père qu’est rapportée la causalité psychique, qui est d’abord pour Freud, séduction par le père ou un de ses substituts, dans les Etudes sur l’hystérie, " complexe nucléaire " ensuite, avant que d’être nommée, pour la première fois dans " contribution à la psychologie amoureuse " en 1912 : complexe d’Oedipe.

A côté de ce rôle, disons pathogène pour reprendre l’expression de Lacan dans " Le mythe individuel du névrosé ", Freud assigne à cette fonction paternelle un rôle de support du désir du sujet, de normalisation dans l’identification. C’est dans ce mythe d’Oedipe que Freud repère en effet la fonction paternelle comme initiatrice de ce qu’il appelle : complexe de castration.

Freud fait référence, pour la première fois, au mythe d’Oedipe dans la lettre 71 du 15 octobre 1897.

" J’ai trouvé, dit-il, en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants... s’il en est bien ainsi on comprend en dépit de toutes les objections rationnelles qui s’opposent à l’hypothèse d’une inexorable fatalité, l’effet saisissant " d’Oedipe-Roi " ... Mais la légende grecque a saisi une compulsion que tous reconnaissent parce que tous l’ont ressentie. Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, un Oedipe et s’épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité ". Cette découverte de l’importance centrale de l’instance paternelle est contemporaine du transfert à Fliess et consacre leur désaccord fondamental. La lettre 71 est la seule lettre à laquelle Fliess ne répondra pas. A l’accent mis sur le rôle de la mère par Fliess, Freud substitue le père comme fondateur de la loi. Mais ce père, support de la loi est aussi bien le point de départ d’un conflit, soit aussi bien cause du dérèglement de la loi. Cette fonction paternelle, donc, avec ces deux aspects, ces deux versants antinomyques, va se voir illustrer successivement dans l’œuvre de Freud par trois mythes freudiens du père : l’Oedipe, Totem et tabou, Moise et le monothéisme. Cette fonction paternelle va subir des vicissitudes au cours de cette évolution dans le sens d’une accentuation toujours plus grande du rôle pathogène du père par rapport à son rôle normatif.

Dans le mythe d’Oedipe, l’accent normatif est souligné, et placé au premier plan. C’est en tant que porteur du phallus que le père peut endiguer la puissance obscure du sexe féminin, comme s’exprime Freud à cette époque. Le père s’offre là comme le support identification pour le sujet qui va dans le sens du désir, dans le sens du désir contre la jouissance, mais cependant au prix de ceci : la rivalité par rapport à la mère et sa conséquence : le désir du meurtre chez l’enfant.

Dans le mythe de Totem et tabou, l’ambivalence est là encore accentuée. Ce n’est plus comme support du désir que le père apparaît, mais au contraire comme un père qui fait exception à la règle. Ce n’est plus un père qui se soumet à la loi qu’il transmet. C’est un père égoïste et jaloux qui garde les femmes par devers lui, qui chasse et castre les fils. C’est un père à la jouissance infinie. C’est un père dont le meurtre ne fait que renforcer la puissance auprès des fils par l’amour coupable qu’ils lui portent, par ou sa loi d’interdiction fait retour.

Le totem, substitut de ce père originaire, a pour fonction d’interdire la jouissance, par la dévotion qui, requise, en même temps que a dévoration au cours du reps totémique, ajoute à cette loi un commandement de transgression. Ici l’identification au père se manifeste sous ses deux versant opposés : celui d’une loi qui interdit la jouissance et celui d’un commandement qui contraint à cette jouissance interdite. Cette double polarité de la fonction paternelle, intriquée dans le mythe de Totem et tabou va se voir vingt-cinq ans plus tard dans Moïse et le monothéisme resituée dans une opposition complète, inconciliable, ou c’est finalement la polarité la moins normative de la fonction paternelle qui va l’emporter. Cette bipolarité est supportée dans ce texte par les deux figures de Moïse : celle de l’Egyptien, serviteur du Dieu rationaliste de la religion d’Aakhenton ; celle du midianite, serviteur de Iahvé, obscure divinité des volcans. Ces deux figures illustrent cette polarité. A la grandeur du père sublime, du grand homme, pacificateur, tout amour, du père qui réclame non pas la reconnaissance mais obéissance à son autorité et exige la croyance.

Au terme de son parcours, Freud sera conduit à accorder la prééminence à cette seconde figure paternelle, à l’encontre de ce qu’était son projet de départ. L’instance paternelle n’a pu apporter qu’une partie seulement le principe de la rationalité, des lumières, de l raison, cette instance paternelle se trouve porteuse elle-même de l’obscurité et de la cruauté qu’elle était censée dissiper.

Chez Lacan

L’ambiguïté de la fonction du père freudien n’a pas échappé à Lacan ; il n’est pour cela qu’à se reporter à son " Mythe individuel du névrosé " pour y retrouver là double polarité dans ce qu’il nomme rôle pathogène et rôle normatif. Lacan apporte un éclairage sur cette discordance du Moïse et le monothéisme avec les trois registres de la structure : le réel, le symbolique et l’imaginaire. Il reprend l’examen de la fonction paternelle selon ces trois registres ou le père se trouve à fonctionner sous les espèces du père réel, du père symbolique et du père imaginaire. La théorie du signifiant et la théorie du désir avec Lacan vont permettre la réécriture de la double fonction du père chez Freud.

LE PERE SYMBOLIQUE

C’est le père mort, dit Lacan, en tant que par la dette symbolique le sujet de trouve lié à la loi, issue du meurtre du père. " Le père symbolique en tant qu’il signifie cette Loi est bien le père mort ".

Lacan élève la paternité à la dignité d’un dignifiant particulier : le nom-du-père, particulier en ceci qu’il est un pur signifiant, ce qui veut dire, sans corrélat dans la représentation. A ce titre, c’est un des signifiants minimum, nécessaire à l’armature signifiante du sujet. C’est un signifiant qui, s’il est sans corrélat dans la représentation, est la condition de la représentation du sujet par le signifiant, ce qui a pour conséquence qu’il n’y a pas de subjectivité paternelle. Le père est un Nom. A ce défaut de subjectivité paternelle font pendant les figures paternelles, nombreuses. En tant que tel ce signifiant Non-du-père est totalement disjoint du père imaginaire et du père réel.

Comme signifiant, le Nom-du-père est support du système symbolique, clé de voûte, point de capiton , nouage, selon les termes de Lacan. C’est un signifiant supposé à cette fonction de support de l’édifice symbolique. Il est supposé, d’abord, pour rendre compte des phénomène es rencontrés dans la névroses et la psychose. Cette fonction de support comme le souligne C. Soler est par Lacan tantôt attribuée à un signifiant supplémentaire dans la " question préliminaire à tout traitement possible de la psychose " par exemple, ainsi que dans le séminaire le sinthome avec cet élément supplémentaire. Remarquons que lorsque Lacan fait intervenir un signifiant de supplémantarité, c’est à chaque fois concernant la psychose, ou précisément le signifiant du Nom-du-père est rendu nécessaire dans le cas ou il fait défaut. C’est son défaut qui requiert sa nécéssité.

A d’autres moments de son enseignement, Lacan tente de faire l’économie de ce signifiant supplémentaire, en valorisant cette fois la fonction paternelle comme telle. C’est ce qu’indique par exemple la pluriel des Noms-du-père en 1963, le nouage même dans le noeud borroméen à trois.

Dans ces deux cas de figure, ce signifiant Nom-du-père va devoir pour nous être rapporté à la structure de l’Autre : de l’Autre complet d’abord. Comme signifiant particulier supplémentaire, le Nom-du-père comme autre de la loi, répond à la complétude de l’Autre qu’il vient redoubler. De l’Autre décomplété, ensuite, ou le signifiant Nom-du-père répond au signifiant du manque dans l’Autre par le phallus. Il répond du manque de signifiant dans l’Autre sur le versant du désir sous les espèces du (-j ). Il répond du manque de jouissance dans l’autre sous les espèces du f , signifiant de la jouissance.

Le couple Nom-du-père, phallus, est un couple de signifiants particuliers, dit Lacan. Si le Nom-du-père est un pur signifiant, le phallus est par contre un signifiant impur, qui prend ses racines dans l’imaginaire. C’est le Non-du-père, comme agent de la métaphore paternelle qui engendre le phallus. La métaphore paternelle qui engendre le phallus. La métaphore paternelle résume la fonction du père symbolique de substituer le signifiant de la paternité au signifiant de la maternité afin de produire une signification nouvelle : la Bedeutung du phallus. Cette fonction paternelle est toujours attachée à la métaphore paternelle chez Lacan, qu’il s’agisse par là pour le père d’assurer sa fonction de soutien de l’assise subjective ou qu’il s’agisse d’assurer l’identification au sexe dans la relation normée au signifiant du phallus. Le phallus vient ici traduire l’articulation du désir à la structure de langage. Le phallus comme signifiant rend conforme la théorie du désir à la théorie du signifiant, et permet à Lacan de structure l’Oedipe freudien à partir des lois du langage avec la métaphore paternelle. C’est par la castration qui fait du phallus un signifiant qui se trouve liée une loi, celle de la castration, à la fonction paternelle. Ainsi la métaphore paternelle produit-elle la signification phallique qui permet de donner sens au sexe, à l’existence. Cette métaphore paternelle est mise en jeu par le père réel dans son rapport à l’autre maternel.

c’est le père qui autorise, dans son rapport à l’Autre maternel et à l’enfant, le fonctionnement du signifiant Nom-du-père dans la métaphore paternelle.

LE PERE IMAGINAIRE

Le père imaginaire : ce sont les figure du pères du père qui résultent de la discordance du père réel par rapport à sa fonction, symbolique, figures du père dont le paradigme est la carence.

Carence qui fait que le complexe d’Oedipe a sa valeur non pas du tout normative, mais le plus souvent pathogène.

DORA

Nous allons présenter une de ces figures du père imaginaire avec l’examen du Surmoi de l’hystérique à propos du cas de Dora. Dans les Essais de psychanalyse, Freud accentue deux points essentiels :

- D’une part l’idéal dissimule la première et la plus importante identification, celle avec le père, mythique incorporation totemique du père d’une identification primaire à l’image du père, intériorisation de la loi.

- Deuxième point, Freud accentue le versant langagier du Surmoi. Le " sois ainsi " comme ton père et le " ne fais pas tout ce qu’il fait " ramassant : un dit impératif, une voix qui profère, en attestant les guillemets, voix qui n’est autre que celle de la conscience.

- Freud donne à lire que le Surmoi est constitué de trois registres : du réel avec la voix, du symbolique avec le dit, interdit de l’inceste, de l’imaginaire de la conscience. Le Surmoi est donc une instance composite, ce qui fait l’intérêt de sa question de mettre en avant le problème de l’identification avec le prototype paternel.

Retrouver chez Dora ce qui exemplifie cette question relève un peu d’une gageure, puisqu’en 1905, Freud est encore loin d’avoir isolé ce concept. L’échec relatif de Freud dans l’issue de cette cure n’est pas non plus sans lien avec la découverte future.

Du cas Dora, peut s’extraire ce que Freud nomme ses idées prévalentes, ses pensées réactionnelles. Celles-ci font de son père le personnage central discours. Le " mon père m’a sacrifiée à cette femme " est sous-tendu par un " je ne peux pas pardonner à mon père ". Ces pensées, nous dit Freud, intensément conscientes, sont l’antagoniste de ce qui doit demeurer refoulé.

Freud indique alors comment, par le canal de l’identification aux deux femmes aimées par le père : Mme K. et la mère de Dora, celle-ci était amoureuse de son père. Précisons qu’il s’agit ici d’identification par le symptôme. C’est le " elle ou moi " que Freud rapporte à la rivalité jalouse. Dora s’identifie à ces deux femmes en tant qu’elles causent le désir du père.

Ici nous sommes en présence de deux des modes d’identification que Lacan repère chez Freud, au trait unaire, identification qui vaut comme idéal du moi car liée à quelque abandon de l’objet mais aussi identification qui vaut comme idéal du moi car liée à quelque abandon de l’objet mais aussi identification du sujet à l’objet. En s’identifiant à ce qui cause le désir du père, Dora s’identifie au désir de l’autre. Cette identification vise l’objet (a) en tant que l’Autre le recèle. Mais en même temps elle maintient l’imaginaire du " a la place de sa mère ". Dora ne bougera plus, du moins dans le cadre de la cure avec Freud, de cette place.

Le père protecteur, celui qu’elle appelle régulièrement au secours de ses déboires avec Mr K... autant dire de son insatisfaction, n’est autre que le père idéal, celui à qui s’adressent ses symptômes et qui ayant le rôle maître dans son discours est proprement châtré, Dora ne lui reconnaissant pas le droit de jouir de Mme K, ou de sa mère.

Dora maintient, au prix de ses symptômes, la non-castration de l’Autre. L’Autre ne doit manquer de rien. Dora complète l’Autre du petit (a) au lieu de le décompléter. L’objet (a) ne peut dès lors venir à fonctionner comme cause par quoi Dora comme sujet pourrait s’identifier à son propre désir. L’objet de n’être pas père-du se maintient comme objet de jouissance.

Freud à propos des idées prévalentes de Dora nous dit : " Dora ne cessait de répéter que son père l’avait sacrifiée à Mme K. manifestant ainsi bryamment qu’elle lui enviait la possession de son père et se dissimulait le contraire, à savoir qu’elle ne pouvait pas ne pas envier à son père l’amour de cette femme... " et Freud d’ajouter à propos de la déception de Dora d’avoir été trahie par Mme K. qu’à la jalousie féminine inconsciente était accouplée une jalousie virile. Sous la plainte surmoïque sacrificielle se profile au contraire, l’amour de Mme K. que Freud tient pour le désir le plus profondément réprimé de Dora. Le souhait inconscient de Dora est donc la possession de Mme K., c’est-à-dire de sa mère, soit l’objet de jouissance suprême sur quoi porte l’interdiction première.

Il y a trop de père dans l’hystérie qui masque l’échec de la métaphore paternelle. Le père tout puissant et châtré de Dora est un maître, un idéal sur lequel elle puisse régner. Cette place du père tout puissant, idéal, surmoïque, Freud viendra l’occuper et s’y maintenir à partir de ce qu’il nomme son erreur. La jouissance du symptôme l’emporte de ce que Freud, occupé de sa découverte, n’ait pas occupé celle du semblant . petit et I sont restés accolés. Freud sera rejeté, châtré par Dora à la mesure de la position idéale qu’il occupait.

Le Surmoi hystérique, pour autant que le cas de Dora puisse être porté au paradigme, se confond avec la figure du père idéalisé et se soutient des trois registres du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Censure de la vérité, incapacité d’aimer du névrosé, le Surmoi se singularise d’indiquer, dans leur contraire, amour et vérité de maintenir refoulés les signifiants permettant leur reconnaissance. La visée de la cure s’emploie à la disjonction de l’idéal et de l’objet, là ou seulement le sujet peut se soutenir de la cause qui le divise.

L’homme aux rats

la question que pose l’être avec le sujet dans la névrose obsessionnelle est celle de son existence. La réponse à cette question s’anime de la pantamine du sujet. Le Surmoi " d’oiseau charognard " donné au Dr. Lehrs pour l’appeler par son nom, en dit assez sur cette pantamine de l’obsessionnel. L’échec de la métaphore paternelle va consister à accentuer la capture dans l’image du semblable ou l’obsessionnel est pris en un rapport mortifère. La maîtrise imaginaire est la figure centrale de cette mise en scène. L’obsessionnel donne à voir, nous dit Lacan. C’est spécialement le cas pour l’homme aux rats dans la scène de la contemplation de son pénis érigé devant la glace à l’appel répété sous la forme de coups frappés à la porte par son père. Ce qu’il donne à voir comme le rappelait. Miller dans son intervention lors des dernières journées de printemps de l’E.C.F. à Bordeaux, c’est " la présentification au père mort du signifiant de la jouissance ".

Lacan reconnaît à Freud cette intuition d’avoir mis en correspondance : les éléments initiaux de la constellation subjective (pacte parental, dette du père) avec les développement derniers de la crise qui conduisirent le sujet à consulter Freud, c’est-à-dire la série des comportements délirants du sujet pour trouver une solution à l’angoisse que le déclenchement de la crise avait fait surgir.

L’angoisse ne trompe pas sur la présence de l’objet. Le dédoublement imaginaire se produit dans le scénario ou les termes, tels qu’ils étaient mis en place dans la dette du père, trouvent à s’inverser en : rembourser non pas l’ami mais la femme pauvre, substituée à la femme riche.

Ce déclenchement de la crise a été occasionné par le récit du capitaine cruel du supplice des rats. Récit qui a provoqué chez le sujet la crainte qu’on puisse infliger le supplice aux personnes qui lui sont chères, son père, la dame de ses pensées, et la suite des comportements délirants.

L’homme aux rats, en la personne du capitaine cruel a fait la rencontre d’un père jouisseur dont la cruauté en dit assez sur la jouissance qu’il exige. Après un premier mouvement de refus, sanctionné par la défense : " Ne pas rendre l’argent sinon cela arrivera " vient, dit Freud, le serment : " Tu rendras les trois couronnes 80 au lieutenant A ", qui traduit déjà l’effort du sujet pour virer cette jouissance à l’inconscient.

Ce serment fait à soi-même, si caractéristique du mode de pensée de l’obsessionnel, nous a semblé être à même d’illustrer la fonction paternelle chez l’obsédé.

En matière judiciaire, qu’il soit promissoire, décisoire ou supplétoire, le serment fait pleine foi au profit de celui qui prête. Il tranche le litige de façon péremptoire. Il s’agit d’une attestation en prenant pour témoin Dieu ou ce qui en tient lieu.

Dans la névrose obsessionnelle, il s’agit là d’un simulacre de serment, annulable, toujours présenté dans son échec possible, modifiable dans ses termes et dans les conséquences de sa transgression. Le meurtre du père y est évoqué continuellement. Le désir s’y lie dans la crainte qu’il n’advienne quelque chose de funeste au père. Le votif s’en exprime dans le mode subjonctif. Mais il ne s’agit que d’un simulacre de meurtre du père. Dans l’homme aux rats, le sujet est obligé de parier sa vie sur le meurtre possible du père ; pour ne pas advenir, il se maintiendra dans la crainte d’un meurtre impossible qui lui signifierait sa mort et sa place dans la génération.

Le père nommé, advenu au symbolique, n’a pas besoin d’être tué. L’obsessionnel élude cet avènement en le figeant en le figeant dans une incantation, surdéterminée qui lie sa vie à l’intégrité du père. Il n’y a en tout cela qu’un jeu avec la menace de la mort du père qui permet d’en ajourner indéfiniment la perspective, voire d’en occulter la réalité. En fait, le père de l’obsessionnel est un père increvable. Ce père est l’objet d’un amour intense de la part de l’homme aux rats, d’un amour qui maintient refoulée la haine pour le père ; ainsi confia-t-il à Freud : " Mon père et moi, nous étions les meilleurs amis, excepté dans quelques rares domaines où père et fils ont l’habitude de s’écarter l’un de l’autre, l’intimité entre nous était plus grande qu’avec mon meilleur ami actuel ".

L’homme aux rats prends en compte, dans sa mission de remboursement, un fragment d’histoire qui n’est pas la sienne. Il est d’emblée redevable dans une sorte de " fait générateur " d’un solde débiteur laissé par son père, comme une dette de jeu irremboursable qui ne trouvera jamais son créancier véritable. Dans sa mission votive, l’homme aux rats entreprends de faire cette restitution, mais l’exécution de cette consigne est d’emblée annihilée dans sa réalisation par le doute et une série de démarches antagonistes. Tout est organisé pour faire échouer le paiement de la dette, c’est-à-dire la reconnaissance du père, son meurtre et partant l’acceptation de la mort que l’obsessionnel refuse en faisant qu’y penser.

Au total, les serments comme les voeux rencontrés chez l’homme aux rats apparaissent comme des figures du désir, d’un désir fondamentalement ambigu de ne pas choisir, de maintenir dans une disposition spéculaire les deux alternatives : la vie du fils et /ou celle du père. Les énoncés truffés de particules de négation le réintroduisent dans le discours (pourvu que ... ne pas ). Il s’agit là que le père et le fils soient rendus inséparables. Le véritable pouvoir séparateur de la métaphore paternelle ici ne fonctionne pas. Plus qu’un père mort, il s’agit là d’un père qui n’en finit pas de mourir .

la carence paternelle dans la névrose obsessionnelle de l’homme aux rats est imputable à ce que le père a failli dans son rapport à son désir. Dès lors le sujet obsessionnel essaie de construire un Autre dont il ait la maîtrise, dont il puisse vérifier qu’il est toujours là, à sa mesure, à la mesure du sujet, soit le signifiant. D’un Autre qui ne change pas les règles du jeu en cours de partie. La dette, ce manque que l’obsessionnel essaie de masquer, le signifiant ne suffit pas à la recouvrir, le réel de la jouissance se manifeste : " tant de florins, tant de rats ".

Le père mort assure l’obsessionnel de la nature du manque dans l’Autre et lui permet de le recouvrir avec du signifiant. Il suffit d’une rencontre avec un Autre qui lui n’est pas mort, qui réclame d’être payé avec de la jouissance pour que " les intentions agressives " du sujet obsessionnel se mobilisent en tentative de le réduire à néant et que se déclenchement aussi bien les mouvements de catastrophes qu’a connus l’homme aux rats dans son histoire. Rappelons ici ce qu’il nomme comme la plus grande frayeur de sa vie, un souvenir d’enfance ou jouant avec un oiseau empaillé il avait été pris d’effroi à l’idée que l’oiseau était redevenu vivant, ou encore cette terreur lorsqu’il vit une bête semblable à un rat passer furtivement à côté de la tombe de son père et qui pouvait venir de se nourrir des restes de celui-ci.

L’opposition père symbolique, père imaginaire nous a permis d’évoquer la période dite de l’intersubjectivité dans l’enseignement de Lacan. Avec la promotion de l’objet (a), Lacan se distingue de Freud. Si celui-ci en effet fonde l’issue subjective du désir sur l’autorité oedipienne du père dans sa fonction signifiante, Lacan traite cette issue à partir de la part non signifiante mais réelle du sujet soit l’objet (a) d fantasme. Lacan tente de se passer du père en pariant pour le pire. Cette pente va s’accentuer chez Lacan avec la théorie de la jouissance qui disqualifie la référence au père qui devient symptôme dans la topologie du noeud borroméen.

POUR CONCLURE

Les premières hystériques de Freud étaient très préoccupées par leur père. Ce sont elles qui lui ont appris à en apercevoir la dimension symbolique. Ce sont elles qui lui ont appris à en apercevoir la dimension symbolique. Ce père chez qui la puissance de création s’écrit toujours au présent est le père idéal. L’impuissance du père témoigne là de sa carence à transmettre le signifiant du désir, mais cette carence n’est pas totale. La question du sexe et du désir de l’hystérique témoigne en effet que néanmoins la métaphore a opéré. Si le père dans l’hystérie est le père châtré, c’est la castration du père idéalisé qui a livré le secret du maître. Le meurtre du père dans le complexe d’Oedipe découvert par Freud à la suite de ses Etudes sur l’hystérie n’est que le substitut de la castration que l’hystérique refuse.

Le père de l’obsessionnel est aussi un père aimé, mais dont l’amour condamne la haine à demeurer inconsciente et à perpétuer ses ravages dans la vie du sujet.

Dans le séminaire l’envers de la psychanalyse, J. Lacan soutient que le mythe de Totem et tabou, comme le sujet obsessionnel réalisent un évitement de la castration mais cette fois sur le versant de l’existence, l’obsessionnel se dérobe à la castration de faire le mort, de ne pas exister. Il est dans la dette de ne pas exister au regard d’un père tout autant mythique que celui de Totem et tabou.

Ces deux mythes freudiens se voient par là, dans les deux modes d’évitement de la castration en quoi ils consistent, corellés aux deux grandes névroses ; le complexe d’Oedipe à l’hystérie, Totem et tabou à la névrose obsessionnelle.

Mais pourquoi Freud a-t-il substitué le complexe d’Oedipe au savoir de l’hystérique sur le maître ? pourquoi Freud a-t-il substitué le meurtre du père au refus de la castration hystérique ? c’est la question que pose Lacan dans ce séminaire : l’envers de la psychanalyse. La réponse est de première importance. C’est qu’ici un trognon de mythe (on couche avec sa mère, on tue le père) suffit comme savoir en place de vérité. Le meurtre du père, c’est la jouissance même, ce qu’énonce le mythe de Totem et tabou. Le meurtre du père, c’est le père réel, dont le père imaginaire n’est qu’une dépendance structurale.

Comme réel ce père est exclu du symbolique. Mais c’est cette position d’exclusion qui fonde aussi bien le symbolique, la castration, dont ce père réel est l’agent par la métaphore paternelle. C’est peut-être ce qui nous permet de comprendre mieux cette phrase de Lacan : " Le père, c’est une fonction qui se réfère au réel ". Lacan parle à ce propos d’un réel mythique, plus fort que le vrai, pour désigner ce point d’ombilication, d’origine du symbolique. La fonction paternelle se réfère à ce réel mythique. C’est le père réel qui fait énigme de l’interprétation analytique, d’occuper cette place de la production dans le discours analytique. En quoi l’obsession vient interpréter l’hystérie. car si l’hystérie nous révèle le savoir inconscient, l’obsession en montre la connexion avec la jouissance.

HYSTERIE ET OBSESSION

DANS LA CURE AVEC LES ENFANTS

Hystérie et obsession, deux termes qui sont loin de dominer habituellement la pratique analytique avec les enfants, comme si cette pratique n’était vouée qu’à repérer la place de l’enfant par rapport à ses géniteurs ou à répondre à leur demande, la seule le plus souvent exprimée au départ, celle de réduire les symptômes au non de l’adaptation scolaire ou sociale. A l’analyste, au non de son éthique, de trouver au-delà du réel des symptômes de l’enfant, la demande de celui-ci ; à l’analyste de dépasser ce statut de l’enfant d’être inévitablement par autrui et pour autrui pour atteindre à la question du sujet, c’est-à-dire comment celui-ci a organisé et fait " je " - ou pas " je "- avec ce qui lui a été proposé du désir, du savoir et de la jouissance des parents. C’est proprement alors, remettre l’enfant dans le discours analytique, comme analysant à part entière, selon le manifeste du CEREDA.

Nous sommes ici au plus près de Freud et de Lacan. Freud, dans " La disposition à la névrose obsessionnelle " écrit : " La sériation suivant laquelle les formes principale des psychonévroses sont habituellement énoncées - hystérie, névrose obsessionnelle, paranoïa, démence précoce - correspond à la suite chronologique d’irruption de ces affections dans la vie. Les formes morbides de l’hystérie s’observent déjà dans la première enfance ; la névrose obsessionnelle manifeste habituellement ses premiers symptômes dans la deuxième période de l’enfance (de 6 à 8 ans) ; les deux autres psychonévroses, que j’ai comprises sous le nom de paraphrénie, ne se présentent qu’après la puberté et à l’âge de la maturité ...(En réalité) ces formes de développement morbide qui apparaissent si tard, remontent à des inhibitions et à des fixations très anciennes ". Il ajoute un peu plus loin, comment il a dû introduire entre " l’auto-érotisme, dans lequel les pulsions partielles séparées les unes des autres, cherchent, chacune pour soi, leur satisfaction de plaisir sur le corps propre " et d’autres part, la concentration de toutes ces pulsions partielles sur un choix d’objet effectué sous le primat des organes génitaux, un stade du narcissisme ou l’objet coïncide avec le moi, ainsi qu’un stade d’une organisation pré-génitale ou dominent les pulsions érotico-anales et sadiques.

Cette référence au développement, Freud l’applique principalement, comme il le dit lui-même, aux névroses narcissiques (paraphrénies) et à la névrose obsessionnelle. L’hystérie émerge, au contraire, dans son approche comme ayant structure de discours, ce que Lacan reprendra dans l’un des mathèmes de ses quatre discours.

En effet, dans " Le fantasme hystérique et la bisexualité ", Freud, en neuf propositions, définit la co-variance d’éléments : symboles mnésiques, substitut, accomplissement de désir, symptômes, satisfactions sexuelles, pulsions et surtout signification du symptôme hystérique en tant qu’expression d’un fantasme inconscient masculin et d’autre part d’un fantasme inconscient féminin. Cette co-variance est la signature d’une structure qu’il rattache directement à l’enfance par l’intermédiaire des traces mnésiques refoulées et " d’une satisfaction sexuelle qui a été réelle dans la vie infantile ". C’est la structure du sujet encore qu’il résume dans le symptôme hystérique quand il en fait la " réalisation d’un fantasme inconscient servant à l’accomplissement de désir ". La dimension métaphorique du symptôme hystérique est soulignée par lui comme " substitut, produit par conversion, du retour associatif des expériences traumatiques ".

Tout est déjà là dans Freud de ce qui fait de l’hystérie un discours à l’origine de sa découverte, situant la psychanalyse comme un discours ou l’ontique d’une psychologie fait place à l’éthique, mais il faudra Lacan pour donner à la texture d’un tel discours la forme topologique des mathèmes, qui imposent leur rigueur à la pratique des psychanalystes dans la conduite de la cure ; nous ajouterons, plus spécialement avec les enfants puisque ce n’est plus d’enfants qu’il s’agit alors mais de sujets. Le cas de Nadia en est une illustration, si jeune soit-elle, dans son accession à ce vide central du sujet, et, a contrario, la psychose infantile de " l’enfant au loup " fait la preuve de l’impossible de l’objet non chû, restant dans le réel et faisant ainsi trop plein. Le manque du manque d’objet, qui promeut aussi bien la " destrudo " ou la pulsion de mort que l’automutilation, manque à faire symptôme par absence de signifiant , donc de substitution métaphorique.

Cette dialectique de l’objet nous amène directement sur la théorie de Mélanie Klein dont le mérite est d’avoir déduit de sa pratique, la présence active de pulsion de mort, dès après la naissance. Le développement de l’enfant pour elle, se trouve ordonné sur l’axe qui se tend entre les deux pôles d’un binaire qui caractérise deux positions subjectives par rapport à l’objet : d’une part la position paranoïde-Schizoïde où l’on trouve les objets partiels et la prédominance des processus de clivage comme mode de défense face à l’angoisse paranoïde, effet de la pulsion destructrices ; d’autres part, la position dépressive, laquelle se constitue au moment ou la mère est perçue comme objet total ; l’ambivalence et l’angoisse dépressive y font cortège.

Le tiers terme de la position oedipienne, le père, n’apparaît ensuite que sous la forme d’un organe réel, le pénis, en tant qu’objet réel appartenant à l’empire maternel. il n’est pas étonnant alors que Mélanie Klein puisse décrire le caractère ravageant d’une relation sur laquelle repose sa théorie du transfert, puisqu’elle y injecte cette position duelle entre la mère et l’enfant.

L’absence de grand Autre comme lieu des signifiants, l’absence de symbolisation du père qui n’a qu’un représentant réel, le pénis, et non un vorstellungerepräsentanz, l’effet de complétude de l’ Autre à qui est attribué cet objet, ce qui en fait un Autre absolu, non barré, hypostasie de la frustration), débouchent sur un tableau de " psychose normale " par ou passerait tout enfant au cours de sa première année ; ce qui est proprement impensable.

Par contre, on sent bien, pour peu qu’on ait eu affaire à des enfants psychotique, combien ce tableau leur correspond dans leur fixation à un mode de défense paranoïde, faute que l’objet puisse manquer. Alors, cet objet devient source de persécution et d’hypertrophie du moi, par retrait, dont tous les efforts et constructions délirantes seront vains pour faire du réel la réalité subjective, c’est-à-dire celle du fantasme et du désir qu’il fonde. Le transfert, dans ces conditions, peut donner lieu au surgissement d’un signifiant, comme " le loup ", qui boucher, non pas le trou de l’objet qui ne manque pas, mais le trou du signifiant, qui rate la signification et fait psychose de transfert, en même temps que lien social (raison de plus comme a dit Lacan, pour prendre les psychotique en analyse).

Rien structurellement ne permet de justifier, même par l’amour, les possibilités de sublimation et de gratitude qui triompheraient à la fin de la cure sur l’envie mortifère et la haine, à partir du déchiffrage sans cesse asséné à l’analysant, sous forme d’interprétation, du sens sexuel inclus dans le fantasme.

Si le sujet comme x, dit Lacan, ne se constitue que de l’Urversrängung, de la chute nécessaire d’un signifiant premier - le petit Hans le confirme fondamentalement - il faut que le pénis réel doit hors du corps et ceci se fait pat l’ordre, la loi qu’introduit le père. " l’affaire sort des mains de l’enfant " et le désir, qui est manque ne se pèse et ne se pose que dans les plateaux de la logique ou les mathèmes l’écrivent.

Toute la visée Kleinienne a cependant eu le mérite dans la clinique des enfants, de marquer une référence constante aux pulsions sadiques et masochistes du petit sujet, c’est-à-dire de cerner ce que Freud a défini comme la phase prégénitale. Il y manquait cependant, comme on vient de le voir, un statut de l’objet, celui que Lacan a introduit avec le concept de l’objet (a) - en tant qu’objet chû dans le réel, exclu du signifiant - qui seul permet d’articuler la relation d’objet en tant que relation au manque, cause du désir, et la relation fondamentale du fantasme. Alors, dans cette phase prégénitale, ce n’est pas seulement de l’objet qu’il s’agit en tant que reste de la constitution du sujet de l’inconscient au lieu de l’autre, mais de la tentation de ce sujet d’échapper à la castration (celle de l’Autre aussi tout particulièrement) en venant prendre cette place d’objet (a) qui fonde toute une clinique, pas seulement privilégiée chez l’enfant : la clinique du réel et de la jouissance. Les pulsions sadiques et masochiste y dominent, qui ont fait connoter l’enfant par Freud, dans cette phase prégénitale, comme un pervers polymorphe.

Ce qui est visé dans l’intention sadique, ce n’est pas la souffrance de l’Autre, mais son angoisse. Ainsi e désir sadique veut faire vibrer l’angoisse de cet Autre qui, ainsi repère, fera exister le sujet. Ce qui réduit le sujet sadique à une fonction de pur objet cause de l’angoisse de l’Autre.

Pour l’intention masochiste, il s’agit de faire apparaître le désir de l’Autre comme faisant loi. Autrement dit, le sujet dans son intention masochiste tente d’incarner l’objet (a) comme objet commun sans valeur.

Ce qui dans l’un et l’autre cas tourne autour de l’objet (a) comme manque, ou c’est le sujet lui-même qui vient occulter ce manque, soit pour le masochisme par le corps-déchet ou le sujet se fait objet d’une jouissance de l’Autre, soit dans le mouvement sadique ou c’est l’angoisse de l’Autre qui est recherchée comme objet (a).

chez l’enfant, ces deux mouvements, à prendre comme intentions et non comme points de structure, sont repérables cliniquement parce que, ce dont il s’agit pour l’enfant, c’est de l’objet (a) en tant qu’il est pour le sujet cause de son manque. Cette nécessité de l’objet (a) comme cause dans sa constitution de sujet, fait que l’enfant se situe dans cette alternative comme sujet entre ce manque et l’Autre qui le détermine. C’est une telle dialectique qui peut faire évoquer l’enfant comme pervers polymorphe.

Si particulièrement dans la névrose obsessionnelle, l’enfant manifeste ce dessein sado-masochiste, comme la clinique en témoigne, c’est qu’en effet dans son travail d’annulation ou de dénégation, l’obsessionnel vise ce point de manque " sans d’ailleurs le rejoindre " précise Lacan.

Ainsi, par la tentation sadique ou masochiste, l’enfant redouble le signifiant du manque. Toutefois, chez l’enfant, n’est pas fixé ce redoublement, ce qui fera ensuite le fond de la structure perverse (génitale), à savoir que rien ne manque qui ne soit d’ordre symbolique.

Il existe une autre perspective de cette place de l’objet (a), selon qu’il se révèle ou pas comme perte nécessaire pour faire sujet, mais précisément la constitution du sujet dépend de cette alternative. C’est ce que l’un de nous a questionné dans une note ; " Les enfants jouent à la guerre, ou les avatars du S2 dans la position hystérique, obsessionnelle et psychotique " en référence à la fois à Freud et à Lacan.

Si l’écriture du sujet est celle du discours hystérique

$ ------------ ---> S1

a impuissance S2

le (a) en position de vérité ne se révèle pas en tant que perte, parce que le S2, le signifiant binaire, a chû dans le dessous, dans l’Urverdrängung, et si les enfants jouent à la guerre, ce refoulement primaire fait que c’est un jeu et non pas la guerre réelle. Dans la psychose ou il n’y a point de refoulement primaire du S2, $ a accès au (a) ($ ® a) dans le réel, et l’holophrase de S1-S2 fait obstacle à toute pacification symbolique. En tout cas, aucun des différents symptômes : phobies, terreurs infantiles ou obsessions, ne peuvent s’inscrire dans une dislectique signifiante comme dans la névrose, hystérique en particulier ou ce qui est visé c’est la stratégie d discours qui agite l’Autre et renvoie son manque au sujet.

Si la place du sujet en tant qu’objet (a) ne se complète vraiment que dans la psychose, ou le sujet se fait alors objet de jouissance de l’Autre, il n’en est pas de même dans la névrose obsessionnelle qui, on le sait, n’est pas rare chez l’enfant. Cette tentation chez l’obsessionnel, qui n’est pas dans le réel, mais dans le symbolique et l’imaginaire, est constamment contrebalancée par l’annulation de l’Autre ou du semblable.

L’un de nous a illustré cette position dans un fragment clinique ou s’imaginarise, en quelque sorte, ce que comporte de mort la symbolisation du rapport à l’Autre. L’enfant dont il est question y apparaît clairement dans l’attente de la mort de l’Autre, s’identifiant à lui comme mort, moyennant quoi, il est lui-même déjà mort. Il s’exprime d’ailleurs d’emblée dans un dessin en début de cure ou cow-boy aux yeux vides combat un autre cow-boy devant lui, " mais, dit-il, je ne l’ai pas dessiné, parce que je ne pouvais pas ".le poignard destiné à l’autre, il le retourne contre lui à la hauteur du sexe marqué du rouge du réel d’une intervention pour ectopie testiculaire. La cicatrice vient marquer la place de l’intervalle entre les deux signifiants du sujet S1-S2, à l’endroit même ou l’objet (a) a chû, dans une tentative de faire suture métonymique, mais à la différence de l’holophrase, l’intervalle ici persiste et est marqué parla trace cicatricielle de l’objet chû. L’objet demeure en jeu, fondant l’altérité de l’Autre dans le réel, malgré les tentative d’en faire un objet signifiant métonymique. Le travail de la cure permet la restauration de l’écart spatio-temporel de l’image spéculaire : spatialement d’une part dans un épisode phobique de fascination par la scène primitive, et temporellement, d’autre part dans l’articulation signifiante qui inclut le temps, celui de l’intervalle de quatorze jours qui sépare le jour de Noël - le prénom de cet enfant - du jour de son anniversaire, un chiffre qui a marqué l’histoire traumatique de son père.

Un autre cas clinique a été rapporté, réalisant le tableau d’une structure hystérique chez une enfant de quatre ans. Le motif de son entrée en analyse a été un viol, ayant entraîné des dégâts anatomiques, qu’elle a subi de la part d’un adolescent. La question complexe du traumatisme élaborée par Freud trouve ici son illustration dans le fait que l’enfant ne reprend pas dans les séances l’agression subie en tant que telle, mais élabore un questionnement sur la fonction phallique et sur un " qu’est-ce qu’une femme ? ". La cure se déroule, non pas au niveau de sa propre trace mnésique de l’événement subi, mais de ce qu’induit sa mère chez elle en fonction de son vécu traumatique à elle de sa sexualité et qu’elle projette sur sa fille. Se dégageant d’une telle empire, l’enfant prend appui dans le transfert pour poser la question de savoir si l’analyste est une fille ou un garçon, décidant que celle-ci est un garçon parce qu’elle est docteur et porte un pantalon, non sans affirmer de façon péremptoire et étonnante étant donné son âge : " mais une femme, ça existe " !. a partir de ce moment, elle entre dans cette bisexualité du fantasme hystérique en voulant prendre la place de l’analyste en tant que docteur masculin, mais tout en prenant aussi son image féminine par l’intermédiaire de son rouge à lèvre. Elle atteint là l’expression orale du (- j ) qu’elle développe dans une séance ou les coquelicots qu’elle évoque doivent avoir la queue coupée, combinant à la fois le rouge-sang des lèvres, mais aussi la castration de l’agresseur. Alors , elle aborde son appel au père comme protection contre les fantasmes maternels ; mais c’est un père complètement féminisé qui apparaît dans ses dessins et son discours, trait hystérique " pour soutenir son désir dans l’exaltation du défaut phallique ( - j ) ". La voie est ouverte, cependant, de son identification à ce père dont l’impuissance supposée se retrouve dans le transfert au niveau de l’analyste qu’elle agresse et qu’elle défie. Il est à noter que tout au long de la cure, cette petite fille s’est exprimée de façon prévalante en termes d’oralité et la métaphore a signé l’existence d’une structure qu’on peut qualifier d’hystérique.

On sait combien " dans l’expérience analytique, la pulsion orale se rencontre au dernier termes. Dans une situation ou elle ne fait rien d’autre que de commander le menu " et c’est bien en cela que cette enfant démontre la facticité du traumatisme qu’elle a subi, que, pour le dialectiser, elle métaphorise en étant capable par ce biais de négativer l’objet, le marquer d’un signe " -"  et faire, comme le dit Freud, que "  pour ce qui est de l’objet dans la pulsion, il n’a à proprement parler aucune importance ; il est totalement indifférent ". C’est en ce sens que la structure hystérique qui affecte toute enfant, peu ou prou, surtout la petite fille, au cours de la première enfance, est la voie pour mettre l’objet en position de (- j ), c’est-à-dire de signification phallique par rapport à l’Autre. C’est ce que son analyse lui a permis. On pourrait dire qu’un tel traumatisme survenu plus tard dans sa vie d’enfant aurait augmenté considérablement le risque de réveiller des traces mnésiques refoulées et toujours actives, et entraîné les symptômes d’une névrose de défense. La dialectique orale, encore si proche à son âge si tendre, a pu mettre en jeu le passage brutal de la perte du (a) à la signifiance de (-j ).

C’est toute la question de la jouissance et de l’Autre, de la jouissance en tant qu’impossible, que l’un de nous a abordée à propos de sa pratique avec les enfants, dans une note ou il oppose cette place de la jouissance et de l’Autre dans la névrose et dans la psychose.

Dans la névrose, au manque dans l’Autre répond le signifiant du manque qui fait pour le sujet signification phallique ; l’Autre de la jouissance se fait autre du désir, et le sujet par son désir, qui est le désir de l’Autre, s’identifie au signifiant de ce désir ( - j ), recouvrant ainsi la place vide de l’objet perdu (a) et méconnaissant son être d’objet ou il lui a fallu d’abord s’identifier dans l’Autre. Il construit ainsi le fantasme dont, dans le registre imaginaire, il fait la matrice, la cellule élémentaire d’un mythe individuel qui habille de significations narcissiques, tout en le préservant, son être de jouissance. Cette identification au signifiant du manque de l’Autre fait le sujet foncièrement hystérique, tel qu’il s’inscrit dans ce discours même.

Dans la psychose, par contre, les signifiants de l’Autre, de n’être pas ordonnés par la signification phallique du manque, restent la manifestation intrusive d’une volonté de jouissance qui s’exerce réellement sur le sujet appelé à incarner cet objet de la jouissance de l’Autre, s’il ne veut pas être laissé en plan.

La construction délirante, prolifique, d’un Schreber vise à localiser cette jouissance et à lui trouver une signification, mais au prix de l’absence de signification phallique : son éviration.

" L’enfant au loup ", lui, commence par une tentative de mise en acte de cette éviration, complètement soumis qu’il est à la parole surmoïque de l’Autre et à la volonté de jouissance de cet autre dont la parole est le véhicule. Le seul signifiant qui le traverse, c’est " Madame " ! ", hors de tout contexte et de toute adresse. Mais très vite, au cours de son analyse, son signifiant " loup ! " va venir, en tant qu’équivalent délirant, révéler le vide, le trou réel de l’objet (a), en tant qu’objet détachable de son propre corps et condensateur de la jouissance de l’Autre. Qu’il soit dans le réel de son éviration ou dans le signifiant de son " loup ! ", c’est toujours de la jouissance de l’Autre qu’il s’agit et du trou réel de son corps, ou tous les objet (a) s’engouffrent, ce qui a pu faire évoquer à son sujet, des symptômes obsessionnels graves. Ce n’est qu’au cours de l’analyse que le trou arrive à affecter l’analyste en tant qu’Autre et hystériser le débat, voie minimale du progrès de la cure d’un psychotique.

Comment maintenant, en conclusion de ce court rapport, ne pas poser le stade du miroir qui traverse toute l’œuvre de Lacan, et qui conditionne ou module, selon qu’il est présent ou ne l’est pas dans la structure d’un sujet, les versants de la névrose ou de la psychose.

La différence apparaît clairement dans la comparaison entre, d’une part Nadia, qui dans sa cure développe tout son rapport au miroir et , d’autre part, Robert, " l’enfant au loup ", dont la structure psychotique révèle toutes ses failles à propos de sa rencontre avec le miroir. Si, pour lui, en effet, le spéculaire n’advient que de façon très partielle, c’est que le scopique en tant que pulsion est resté tronqué à cause de l’absence d’objet (a).

Nadia , dans son trajet scopique pourrait-on dire, a montré trois étapes : l’invidia, la fascination et le spéculaire ou stade du miroir proprement dit. L’invidia, c’est l’œil désespéré par le regard, au moment d repas, quand Nadia voit les autres enfants nourris. Elle semble prête à se jeter sur la nourriture, mais quand son tour arrive, elle la refuse et ferme la bouche. La complétude du petit autre est ailleurs que dans la nourriture. Ce qui désespère Nadia, c’est l’unité de corps du semblable supposée complétée par l’objet de l’Autre, dans le champ scopique et non dans le champ oral. L’objet du besoin, ce n’est nullement de lui qu’il s’agit.

La fascination, elle la rencontre devant le tableau d’une infirmière qui fait sauter un autre enfant sur ses genoux. Cette fascination " est " à ce point le sujet lui-même, que Nadia fonctionne alors en tant que tel. l’objet n’est pas dans le tableau ; il est en quelque sorte halluciné et cause les mouvement bruyants de succion qui l’animent. Il ne faut pas moins de trois appels " Nadia " de ma part pour qu’elle renonce à ce qui la fascine alors c’est l’Autre que je suis qui est trop réel et elle se rejette en arrière. Elle se contente de me tendre l’objet métonymique de son pied avant de tripoter l’objet métonymique de ma bague, pour conclure sur la jaculation d’un " mama " en réponse à mon appel " Nadia " du début.

Troisième étape enfin, celle du miroir. Elle le réclame à la fin d’une séance comme pour y retrouver la complétude supposée des deux étapes précédente et qu’elle vient de tenter de réaliser, cette fois sur l’Autre, en se faisant l’objet chû à mes pieds pour que je la ramasse. Elle va devant le miroir avec son objet à elle, un marin en caoutchouc, mais elle ne voit que son image, pas celle du marin, ni la mienne, et se retourne pour se réfugier dans mes bras. Sous la forme du marin, elle vient de faire l’expérience d’une perte, celle de l’objet (a) non spécularisable. C’est sa porte d’entrée dans le débat imaginaire d fantasme par rapport à moi et à l’objet perdu, qu’elle va poursuivre par l’intermédiaire du miroir, tout au long de ses rencontre volontaires avec ce miroir (17 en tout ).

Le repérage topologique de ces trois étapes se fait dans le schéma de la pulsion pour l’invidia, et dans le schéma optique pour la fascination et le miroir, en même temps que la fonction du moi idéal et de l’idéal du moi, par le miroir orientable A.

Tout autre que le trajet de Nadia est celui de Robert, " l’enfant au loup " dans sa rencontre avec l’image et avec l’objet. Il n’y a pas eu pour lui ni invidia, ni fascination : aucune dialectique de l’objet perdu ne vient faire signe d’un manque, ni pour lui, ni pour l’Autre.

Le première fois qu’il rencontre son image dans une vitre, il ne peut y voir que son " loup " et frapper cette image. Il " est " ce " loup " et il le montre ensuite dans une scène destructrice - sans référence à l’Autre, autre que surmoïque et réduit à la voix.

Lorsque, beaucoup plus tard dans sa cure, il rencontre son image dans un miroir de sac à main, il ne sait pas ce que c’est, me le demande et explore de son doigt le dos de la place à la recherche d’une consistance de ce qu’il voit : faire i(a) avec i’(a) puisqu’il lui manque le miroir a en tant que tel, bien qu’il sourie à mon image qu’il accroche avec ce petit miroir. Aucun indice de l’objet perdu, comme chez Nadia, et même il veut s’assurer de l’objet dans son image-objet, lorsqu’avec un crayon, représentant de son pénis, il veut faire deux traits sur le miroir. Comme ça n’écrit pas, il est renvoyé à la perte réelle de son pénis comme la mutilation du début. Il exprime cet impossible comme un commandement de " pousse-à-la-femme " : il va chercher des chaussures de femme pour se les mettre.

Dans cette opposition entre Nadia et Robert, le spéculaire apparaît paradigmatique de ce qu’est un sujet en tant que divisé et marqué par le vide. Telle est cette réalité que l’analyste doit savoir et tester dans tout ce qui touche au miroir - et non pas être lui-même ce miroir imaginaire.

" La réalité, dit Lacan, est conquise au départ sous la forme virtuelle de l’image du corps ". D’orthopédie, point, mais de structure, ô combien, et c’est le schéma optique qui en prend compte.

CLINIQUE DIFFERENTIELLE DE L’HYSTERIE ET DE L’OBSESSION

LA NEVROSE OBSESSIONNELLE

DIALECTE DE L’HYSTERIE

" L’homme ne pense pas avec son âme, comme l’imagine le philosophe. Il pense de ce qu’une structure, celle du langage - le mot le comporte - de ce qu’une structure découpe son corps, et qui n’a rien a faire avec l’anatomie. Témoin l’hystérique. Cette cisaille vient à l’âme avec le symptôme obsessionnel : pensée dont l’âme s’embarrasse, ne sait que faire ".

C’est dans l’introduction à l’histoire de l’homme aux rats qu’on trouve la formulation qui va nous servir de fil : " Les moyens dont se sert la névrose obsessionnelle pour exprimer les pensées les plus secrètes, le langage de cette névrose n’est en quelque sorte qu’un dialecte du langage hystérique ". Lacan va jusqu'à voir dans cette dépendance de la névrose obsessionnelle par rapport à l’hystérie l’essence même de la découverte freudienne.

Il convient cependant de remarquer d’emblée que la phrase de Freud témoigne d’une difficulté car elle se poursuit : " Mais c’est un dialecte que nous devrions pénétrer plus aisément, étant donné qu’il est plus apparenté à l’expression de notre pensée consciente que ne l’est celui de l’hystérie ". Que la pensée soit plus accessible à la pensée que les mystères du corps (le bond du psychique au somatique, la conversion hystérique qui défie l’entendement appelée là par Freud à la rescousse) : n’est-ce pas là quelque trace des préjugée du philosophe, qui fait que de ce paradoxe, que la névrose obsessionnelle soit en fait bien plus compliquée à comprendre que l’hystérie, Freud ne parvienne pas à ce moment à rendre compte, alors même qu’il déploie tout son talent à déchiffrer les logogriphes du docteur Lehrs.

Il faut signaler ici que, dès son article sur le stade du miroir, Lacan ne voyait pas grand mystère dans la conversion hystérique, comprise comme manifestation particulière du corps morcelé et voyait dans " les symptômes de schize ou de spasme de l’hystérie " la manifestation des " lignes de fragilisation qui définissent l’anatomie fantasmatique ", les image de camp retranché qu’évoque le terme même d’obsession en français étant corrélativement attribuées au pôle opposé de la formation du je

le mystère de la conversion renvoie toutefois au premier exposé systématique que Freud ait publié sur les deux grandes névroses, l’article de 1894 sur " Les psychonévroses de défense ", dont il convient de rappeler le sous-titre, " Essai d’une théorie psychologique de l’hystérie acquise, de nombreuse phobie et obsessions, et de certaines psychoses hallucinatoire ", articles dont l’objet est de dégager un caractère commun à ces affectations, caractère commun qui réside dans l’apparition dans la vie de ces sujets d’un événement donnant lieu à une représentation intolérable pour le moi, en ce qu’elle n’est pas intégrable à la chaîne de ses représentations propres. Freud repère trois destins possibles à ce conflit, basés sur des traitement différenciés de la " trace mnésique " et de l’affect, tous deux indestructibles :

1) report de la " somme d’excitation " dans le corporel (conversion),

2) détachement de l’affect se reportant sur des représentations anodines (fausse connexion, à l’origine des pensées obsédantes),

3) rejet enfin de la représentation et de l’affect, ce qui serait responsable d’un état de confusion hallucinatoire. (Nous s’insisterons pas sur cette formation précoce de ce que Lacan appellera plus tard forclusion, formulation qui a été peu remarquée des auteurs).

On voit donc que l’hystérie, l’obsession , et certains phénomènes psychotiques se voient traités sous le chef d’une langue unique (traitement d’une représentation inintégrable au moi) aboutissant à des phénomènes distincts. L’hypothèse inverse (traduction dans deux ou trois langues différentes de phénomènes semblables) a été explicitement rejetée par Freud dans son article de 1913 sur " La disposition à la névrose obsessionnelle ". Cette hypothèse est celle de la clinique psychiatrique contemporaine de Freud, bien capable de s’aviser de la parenté, en effet patente, des phénomènes hystériques et des obsessions et phobies, mais les plaçant dans le cadre de la " dégénérescence " et de ses stigmates. On peut s’en aviser en consultant par exemple Kraepelin. Pierre Janet, pour sa part, résistera à la promotion de la névrose obsessionnelle par Freud, par l’invention de la promotion de la névrose obsessionnelle par Freud, par l’invention de la psychasthénie dont le ressort est de ne pas faire de distinction entre les obsessions et certaines idées délirantes que l’on trouve par exemple dans les accès de mélancolie anxieuse.

Avec ce tripode, Freud dispose d’une grille clinique solide, mais qui n’est pas tout à fait, dans sa robuste simplicité, exemple de défauts. C’est pourquoi il reviendra deux ans plus tard sur la même problématique dans son article " Nouvelle remarques sur les psychonévroses de défense ". C’est un article qui contient une remarque cruciale pour notre sujet, puisque la filiation de la névrose obsessionnelle à l’hystérie y est plus clairement affirmée que partout ailleurs : " Dans l’étiologie de la névrose obsessionnelle, les expériences sexuelles de la première enfance ont la même importance que dans l’hystérie, mais ici il ne s’agit plus d’une passivité sexuelle, mais d’agression pratiquée avec plaisir, d’une participation, éprouvée avec plaisir, à des actes sexuels : donc d’une activité sexuelle. Cette différence dans les conditions étiologiques est à relier au fait que la névrose obsessionnelle montre une préférence visible pour le sexe masculin. Du reste, j’ai trouvé dans tous mes cas de névrose obsessionnelle un substratum de symptômes hystériques, ceux-ci se laissant ramener à une scène de passivité sexuelle qui avait précédé l’action génératrice de plaisir ".

Dans ce texte, deux types d’oppositions différentes sont mises en jeu ; la distinction paranoïa-névroses et celle d’hystérie-obsession. " " Propre à la paranoïa devrait être une voie ou un mécanisme particulier de refoulement de même que l’hystérie opère le refoulement par la voie de la conversion ou innervation corporelle et la névrose obsessionnelle par substitution (déplacement le long de certaines catégorie associatives) ". Ce que Lacan développera ultérieurement en décentrant cette question par l’avancée du concept de forclusion. Mais : " ce qui est tout à fait particulier à la paranoïa et ne peut plus être éclairé par cette comparaison, c’est le fait que les reproches refoulés font retour sous forme de pensées mises à voix haute ". Il y a donc là un rapport du sujet à ce qui lui vient du langage qui est tout à fait particulier. Par contre, entre hystérie et obsession la différence est dialectale à l’intérieur d’une même langue.

On trouve toujours dans la névrose obsessionnelle un noyau de symptômes hystériques, qui se laissent ramener à ce que Freud définit à ce moment comme l’étiologie de cette névrose : un traumatisme sexuel subi (" passif ") dans la première enfance et accompagné par une excitation réelle des organes génitaux. Toutefois, dans le cas de la névrose obsessionnelle, ce noyau hystérique se supplémente d’une tendance sexuelle active survenue plus tard. On voit que pour Freud hystérie et obsession ne sont pas opposables point par point, fût-ce selon cette opposition passivité - activité qu’il tentera d’appliquer aussi dans le domaine de la sexuation, ni que l’hystérie se transforme en névrose obsessionnelle suivant certaines conditions, mais bien que la dite névrose est en quelque sorte une hystérie compliquée de par l’ajout de mécanismes nouveaux agissant dans un temps ultérieur.

Le tableau des rapport entre la névrose obsessionnelle et l’hystérie ainsi esquissé ne variera plus dans l’œuvre freudienne, quelle que soit la richesse de l’élaboration de détail par quoi la clinique des deux grandes névroses se trouve élaborée. Si l’on se reporte par exemple à inhibition, symptôme et angoisse, on peut constater que la nuance majeure est l’introduction par Freud du rôle du Surmoi dans les formations obsessionnelles.

Quant à Lacan, il convient de souligner qu’il parle la plupart du temps des deux névroses ensemble, attendant plus de leur comparaison que de l’exploration de la phénoménologie de l’une de l’autre. Il ira jusqu'à tenter de donner les mathèmes des fantasmes de l’une (a /- j ) et de l’autre (A à (a , a’ , a ‘’ ...an) dans son séminaire Les formations de l’inconscient.

Le rappel de ces points de repère élémentaires n’est sans doute pas inutile étant donné qu’ils sont souvent méconnus.

Si nous nous reportons à un point beaucoup plus récent de l’élaboration psychanalytique, à savoir la mise en mathème par Lacan du discours de l’hystérique, nous verrons que ces points se trouvent repris. Qu’il y ait un discours de l’hystérique et pas de discours de l’obsédé nous indique assez, quoique discours et langage ne se confondent évidemment pas, que Lacan reprend à sa manière la métaphore freudienne de l’obsession comme dialecte de l’hystérie, c’est-à-dire d’une opposition radicalement dissymétrique entre ces deux termes. Certes les discours ne sont pas des catégorie cliniques.

Il est d’expérience courante, par exemple, que l’obsédé trouve à se loger avec quelque confort sous le pavillon de l’université, ce à quoi l’hystérique peut avoir plus de mal. Ceci n’est pas une raison pour faire du discours universitaire une formation obsessionnelle. La question est bien plutôt d’apercevoir que tous deux, hystérique et obsédé, ont au discours premier, celui du Maître, qui est aussi bien celui de l’inconscient, et à ceux qui l’incarnent, un rapport distinct.

On sait que Lacan a martelé les choses sous forme d’aphorismes : l’hystérique cherche un maître pour le dominer, l’obsédé l’a trouvé et il attend sa mort pour prendre sa place, lui démontrant en attendant sa bonne volonté au travail.

Voyons comment nous pouvons retraduire en termes de discours les premières découvertes freudiennes concernant les névroses.

$ ® S1 S1 ® S2

a / / S2 $ / / a

Que l’hystérique mette en position d’agent du discours ce qu’on peut appeler aussi bien son symptôme, sa souffrance, que sa division de sujet, c’est ce qui apparaissait déjà dans la clinique préfreudienne sous deux formes : le côté division était accentué par Janet sous le chef du clivage (mais il y voyait l’effet de quelque faille organique), et le côté fading, soit l’action de la barre, par Breuer et ses états hypnoïdes. Vint Freud qui affirme : le clivage est le résultat de la volonté de l’hystérique, mais il s’accompagne d’une phénomène inconscient, qui est la conversion : soit $ en place d’agent. Sur le second versant, c’est à dire celui ou le maître se trouve mis à la place de l’autre, Freud ne s’explique pas beaucoup. C’est pourtant là que se trouve l’astuce, la complication, propre à l’obsessionnel, puisque c’est à ce maître, comme mort, qu’il s’identifie, évitant l’épreuve hégélienne à laquelle l’hystérique ne se dérobe pas ( on se souviendra que Lacan qualifie Hegel d’hystérique, ce pourquoi il a pu désigner le maître comme le cocu magnifique de l’histoire).

De ce point de vue en pourrait donc soutenir que, parti du discours de l’hystérique, l’obsessionnel opère un certain retour au discours du maître, ou il ne figure cependant que comme mort ou comme ombre, ce qui revient au même : " (...) le faisant être toujours ailleurs que là ou se court le risque, et ne laisser sur place qu’une ombre de lui-même, car il annule d’avance le gain comme la perte, en abdiquant d’abord le désir qui est en jeu " .

c’est ainsi que Lacan oppose, dans " La psychanalyse et son enseignement ", le pas de l’hystérique à la stratégie obsessionnelle : " (...) l’hystérique s’éprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à l’homme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir ", alors que pour l’obsessionnel " la jouissance dont le sujet est ainsi privé, est transférée à l’autre imaginaire qui l’assume comme jouissance d’un spectacle ".

Déjà dans ce texte de 1957, et de manière donc très cohérente avec les premiers textes freudiens, Lacan oppose hystérie et obsession , mais de façon dissymétrique puisque aussi bien les deux structures se placent sous le signe de l’hystérique : " contrariées sous bien des aspects, mais dont il faut remarquer que la seconde n’exclut pas la première, puisque, même élidé, le désir reste sexuel ".

C’est pourquoi d’ailleurs la névrose obsessionnelles est compliquée : elle ne se laisse pas aisément ramener à une structure de discours. Ce que la découverte freudienne indique, en tout cas, c’est qu’elle ne peut se décrypter qu’à partir du discours de l’hystérique. Même si, sur le plan des phénomènes, il est patent que l’hystérique occupe volontiers la place du révolté celui du contre-maître.

L’HYSTERIE : OBSESSION AMOUREUSE

Certainement, l’hystérie se rapproche - dans l’expérience analytique - de l’obsession tout en présentant, elle même, une forme d’obsession : la passion amoureuse. C’est pourquoi nous nous proposons de discuter une limite dont l’essentiel est, non pas phénoménologique, mais clinique et structural. En fait, la similitude avec l’obsession a été soulignée par Freud lui-même :

En posant que l’amour (plutôt l’énamoration - Verliebheit -) comporte un caractère d’obsession. Il s’agit de l’idéalisation ou l’autre de l’énamoration se revêt d’une splendeur inversement proportionnelle à la misère du moi ou à l’évanouissement du sujet.

en posant dans " Disposition à la névrose obsessionnelle ", la possibilité du passage de l’une à l’autre. Dans la cas freudien, c’est au moment ou l’homme lui manque effectivement que l’hystérique développe son obsession.

Quant à nous, nous dirons que sa parenté avec la névrose obsessionnelle va jusqu’au point de soutenir - elle aussi - un Maître. Mais c’est déjà ici que se pose sa différence ; tandis que l’obsessionnel s’y pose dans une lutte qui touche à la servitude et à la mort, l’hystérique s’y maintient dans la feinte de l’amour, même masqué, sous l’air d’une belle indifférence.

L’AMOUR DU SIGNIFIANT MAÎTRE

Il faut dire que l’homologie que la passion amoureuse nous permet d’établir entre l’hystérie et la névrose obsessionnel, ne suppose pas un effacement de la frontière clinique

D’ailleurs, le discours de l’hystérique n’étant pas une modalité psychopathologique mais un lien logique, ce qui s’y écrit c’est le rapport d’amour qui s’établit entre, le sujet et le signifiant : $ ® S1. C’est dans l’amour du signifiant maître qu’il fixe un trait et, par là, son être. C’est le trait qui se précipite dans la structure de l’idéal : le trait unaire.

Remarquons que nous sommes en plein dans le plan de l’identification primaire, celle qui fixe la demande d’amour. L’Autre de la demande est en même temps maître et savoir ; ceci lui donne un statut vraiment particulier : " Le dit premier décrète, légifère, aphorise, est oracle, il confère à l’autre réel son obscure autorité ".

Donc, c’est ici que se pose l’intersection de l’amour avec l’autre pôle du drame hystérique : l’identification. C’est un des points le plus largement traité (maltraité, aussi) puisque H. Deutsch finit par accuser l’hystérique fictive, inauthentique, c’est-à-dire, de jouer au jeu menteur d’être toujours l’autre. Cette identification posée en série (ou non, puisque la série amoureuse n’est pas chez elle condition absolue, à l’opposé de ce qui se passe chez l’homme) fait surgir le problème de l’illusion. La fiction hystérique n’est pas seulement l’effet de la primauté du trait unaire, mais aussi d’un propos ou elle perd la peau.

L’écriture : S( A ), pose le manque au niveau su signifiant. Ce manque chez l’Autre peut se lire comme : l’Autre manque, et c’est exactement cette lecture qu’elle s’efforce d’éviter. C’est la peur panique qui surprend les armées - les mettant en fuite quand Holo fernes perd la tête. La tête coupée du maître dissout la masse, comme le manque de l’Autre fait s’effondrer l’hystérique. Voilà donc qu’elle préfère soutenir un Autre (non barré), même si dans ce travail, c’est elle qui se perd. Son mensonge vise le maintien de l’Autre : il l’est. Mais là, c’est elle qui n’y est plus, comme le veut l’aliénation propre à la solution amoureuse.

2 . LA FEMME

Dès 1956, Lacan formule (justement dans le séminaire : les Psychoses) cette particularité de se poser comme étant folle, donc, confondue avec une psychose. N’est-on pas arrivé a point de parler des " Psychoses hystériques " ? Néanmoins, Lacan pointe une question de poids. Il remarque que chez elle, il y a de l’impossible. Plus précisément, que l’impossibilité de symboliser l’organe féminin l’oblige à passer par l’identification au père pour accéder à la position sexuelle.

Il s’en déduit que le rapport au Non-du-père découle radicalement et définitivement d’un impossible à symboliser. Le point de départ étant la question " être un homme ou une femme ", il faut dire que cette question ne se soutient que parce qu’il y a quelque chose d’indécidable. En effet, " être une femme " n’est pas chose facile à résoudre quand la langue n’offre pas de signifiant qui puisse dire l’universel de la femme. Etre particulière n’est que ce qui résulte de la forclusion primordiale (Verwerfunng) du signifiant féminin. Ceci veut dire que la femme ne s’écrit qu’en barrant la. l’identification au père et l’impossible de l’universel féminin sont les assises de cette solution hystérique qu’est le pousse-à l’identification-virile, qu’est sa vocation pour la langue des hommes, qu’est, enfin, sa foi obsédée dans l’Autre. Ajoutons que le (- j ), phallus imaginaire négativé, (qui indique l’échec de la Bedeutung) d’écrire le rapport sexuel dans l’inconscient ) ne lui permet aucune possibilité d’établir équivalence entre l’homme et la femme. Ceci explique que l’être parlant fasse sympt(h)ôme, sans autre issue. La femme est le sympt(h)ôme de l’homme, nous dit Lacan. Mais, de l’autre côté, l’homme pour elle ... c’est le pire, ( - j ) ® S1

3. L’OBJET

Nous avons déjà dit que l’amour se pose au niveau du signifiant maître. Disons maintenant que dans le discours de l’hystérique ( qui nous sert de guide) cette insistance décèle l’angoisse dont la cause est l’objet réel.

retenons que dans l’écriture de ce discours, Lacan pose une impuissance et, justement, en ce qui concerne la jouissance. Le signifiant maître ne peut pas dire l’objet. Cet objet, nous le savons, est reste, plus-de-jouir et par là, cause du désir. Or l’impossible veut que cette cause ne soit pas mesurable dans le signifiant. C’est même là que réside la misère du maître ou encore, la misère de la philosophie.

La jouissance ne se coordonne pas avec le signifiant, ce qu’a un étroit rapport avec le manque du signifiant S(A). en somme, l’objet ne s’écrit que dans le manque

Or , comment tenir lieu de cause, s’il est impossible de la dire ?comment tenir ce lieu si le signifiant maître ne parvient pas à le recouvrir ? c’est ici que s’effondre le château du prince que l’hystérique tissa avec la force de sa passion rêveuse.

Finalement, l’objet est ce qui met par terre ses rêves. Là, elle ne s’y rencontre que malaimée, et elle a raison :

le savoir du maître ne peut rien lui dire sur cet objet : a impuissance S2.

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4 . " Y A D’ L’UN "

" Y a d’ l’un ", nous dit Lacan . qu’est-ce à dire ? qu’il y a Un-tout-seul qui ne fait pas lien. Ce qui vient du réel va contre ce lien et est de l’ordre de la dispersion. Il présentifie donc l’absence de rapport. Freud l’appela : pulsion de mort, par sa tendance radicale à la séparation.

Face à cette insistance radicale de l’Un du réel, le refus de l’objet - propre à l’hystérie - lui fait bâtir une croyance, ou même une foi à l’un de l’Eros : c’est sa religion de lien et d’union. On en dira que c’est sa grâce.

Mais " il y a de l’Un "   ...l’Un de l’Unbewuste, de l’Unbergriff,

S 1 ____1_____

S1 impossible R

1___

I amour

c’est face à cet impossible que le drame se déchaîne, puisque cet impossible fonde l’angoisse chez l’hystérie : l’impossible du rapport sexuel la pousse à l’angoisse ; ceci dans les cas ou le destin ne lui a pas rayé le disque de la belle chanson d’espoir (Edith Piaf est notre référence), puisque là il ne lui restera qu’à s’asseoir devant le disque rayé.

L’AMOUR

Quant à l’amour, Lacan le pose dans une opposition : " l’acte d’amour / faire l’amour ", quand il parle de Dieu et de la jouissance de la femme...

Faire l’amour, nous dit-il , c’est de la poésie. Nous pensons donc à la métaphore et par ce biais, au signifiant. Mais de l’autre côté, il place l’acte d’amour en le rapportant à l’objet : " ...ce qu’il aborde, c’est la cause de son désir, que j’ai désignée de l’objet a. c’est là l’acte d’amour ".

La clinique ne laisse pas d’autre issue que de remarquer que c’est là ou l’hystérique se précipite dans la belle indifférence, comme si c’était le point dont elle ne voulait rien savoir. La voilà, donc, condamnée à faire de poésie, et , de par sa façon d’aimer, à se démettre de l’acte... c’est ici que nous entendons en quoi certaines femmes sont les pires quant au discours de l’analyste, étant donné que, par définition, leur pente serait d’être les meilleures.

POUR CONCLURE

L’amour de l’hystérique pour le signifiant maître se fonde d fait que ce signifiant suppose un savoir (déjà là) sur sa condition féminine, étant donné que la forclusion du signifiant de la Femme l’oblige à faire face à l’énigme de l’être. Et nous savons qu’elle aime résoudre cette énigme dans le paraître (parêtre). A partir de quoi on peut dire que son échec est éthique.

L’impuissance, dont nous parle le discours de l’hystérique, se traduit dans la névrose comme une impossibilité quant au " quoi faire " ? en effet, elle se démet d’un acte qui ne peut avoir lieu. Le Tsar doit survivre (Dosstoïevski est ici notre référence), puisque sans ce maître elle ne se soutient point.

 

Mais ce " soutient " mérite d’être articulé : elle veut se soutenir comme cause, oui, mais cause d’amour. C’est sa demande, qui d’ailleurs est radicale : être reconnue. " Qu’on m’aime pour ce que je suis ", dit-elle souvent, mais jamais, " pour ce que je ne suis pas ". Or, " ... les partenaires de la relation, ne peuvent se suffire d’être sujet d besoin, ni objet de l’amour, mais qu’ils doivent tenir lieu de cause du désir ".

 

Ce lieu, la demande hystérique veut le méconnaître. C’est ce dont elle ne veut rien savoir. Et s’il y a quelqu’un qui, dans le champ freudien, peut croire à la consommation du désir dans l’amour, c’est bien l’hystérique. Le refus du lieu de la cause est inhérent à sa position, à sa logique et à son cœur. Dans le séminaire : " le transfert ", Lacan écrit le fantasme de l’hystérique ainsi :a___ à A,

- j

que nous lirons en disant que ce qui la soutient est son absence de phallus, mais jamais un savoir sur la castration. elle ne peut donc se place dans le discours de l’analyste : a_

S2

Le résultat en est que sa position lui est masquée dans un rapport à un Autre ou l’absence du manque la laisse sans recours. C’est le cas de le dire : voilà une obsession, bien que, pour ne pas la confondre avec celle de l’obsessionnel, nous l’appellerions volontiers : " l’Autre obsession ".