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La première possession

Ceux qui connaissent bien tout ce qui intéresse et préoccupe les mères n'ignorent pas les schémas de comportement très riches que présentent ordinairement les nourrissons lorsqu'ils font usage de leur première possession « non-moi ». Ces schémas, qui sont ainsi manifestés, peuvent faire l'objet d'une observation directe.

On trouvera une grande diversité dans la suite des faits qui va des activités du nouveau-né mettant les doigts à la bouche jusqu'à l'attachement à un jouet en peluche, à une poupée ou à un jouet doux, ou bien à un jouet dur.

Il est évident qu'il y a là quelque chose d'important, qui n'est pas de l'excitation et de la satisfaction orales, encore que tout le reste en découle probablement. Un grand nombre d'autres choses méritent de faire l'objet d'une étude entre autres :

- La nature de l'objet.

- La capacité du nourrisson de reconnaître l'objet comme étant «non-moi».

- La place de l'objet à l'extérieur, à l'intérieur, ou à la limite entre les deux.

- L'aptitude de l'enfant à créer, à réfléchir, à imaginer, à inventer, à faire naître, à

produire un objet.

- L'instauration de relations objectales du type affectueux.

J'ai introduit les expressions « objet transitionnel » et « phénomène transitionnel » pour désigner la zone d'expérience qui est intermédiaire entre le pouce et l'ours en peluche, entre l'érotisme oral et la relation objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance de cette dette (« dis : merci ! »).

Selon cette définition, il faut situer dans cette zone intermédiaire, au titre de phénomènes transitionnels, le babil d'un nourrisson ou la façon dont un enfant plus âgé passe en revue son répertoire de mélodies et de chansons avant de s'endormir: il en est de même de l'usage d'objets qui ne font pas partie du corps du nourrisson et qu'il ne reconnaît pourtant pas encore complètement comme appartenant à la réalité extérieure.

Il est généralement admis qu'une définition de la nature humaine présentée en fonction des relations interpersonnelles est incomplète, même si l'on tient compte de l'élaboration imaginaire de la fonction, de tout l'ensemble des fantasmes à la fois conscients et inconscients, l'inconscient refoulé y compris.

Les recherches de ces vingt dernières années nous permettent de décrire les personnes d'une autre manière on peut dire que pour tout individu qui a atteint le stade de l'unité (avec une membrane qui l'enclôt et délimite un intérieur et un extérieur), il existe une réalité intérieure - un monde intérieur riche ou pauvre, en paix ou en conflit.

Je soutiens que si cette double formulation se révèle nécessaire, il est tout aussi indispensable d'y ajouter un autre élément ; car il existe une partie de la vie d'un être humain que nous ne pouvons négliger, la troisième partie qui constitue une zone intermédiaire où la réalité intérieure et la vie extérieure contribuent l'une et l'autre au vécu.

C'est une zone qui n'est pas disputée, car on n'en exige rien ; il suffit qu'elle existe comme lieu de repos pour l'individu engagé dans cette tâche humaine incessante qui consiste à maintenir la réalité intérieure et la réalité extérieure distinctes, et néanmoins étroitement en relation.

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