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La signification secrète de l’exhibition publique

En cherchant le sens spécifique de l’anxiété et du plaisir masochiste, le facteur attente ou retardement est devenu notre guide. Puisque nous voulons continuer notre exploration à partir du terrain acquis, nous devons chercher un nouveau guide.

L’autre caractéristique, appelée par moi " trait démonstratif ", montre la direction cherchée. Nous nous souvenons de sa révélation que le masochiste a besoin de témoins à sa souffrance et à sa dégradation. La tendance instinctive ne peut exister sans cela ; la comparaison avec d’autre tendances comme le sadisme ou le vice des voyeurs montre que ces perversions peuvent être satisfaites dans témoins. Pourquoi le masochiste est-il différent ? Pourquoi faut-il que d’autres voient son humiliation et connaissent sa misère morale ? Pourquoi ne peut-il se contenter de jouir seul de son plaisir comme de sa souffrance ? Dans ce cas exceptionnel il lui faut au moins un témoin imaginaire, un spectateur de ses souffrances auquel (fût ce seulement son image dans le miroir) il montre sa honte.

Ce facteur démonstratif indique une contribution spéciale à l’expérience du plaisir ; quelque chose d’important doit être trahi par ce qui est montré au spectateur, tout en étant caché.

Au début d’une section antérieure de cette enquête, nous avons placé une figure légendaire, Till Eulenspiegel, qui nous accueille pour ainsi dire au seuil de ce domaine et nous prépare à ce qui va suivre. Des figures analogues tirées de la mythologie et du folklore nous aidèrent à personnifier des traits essentiels : Thersite semblait être la personnification de cette provocation qui mérite le châtiment, la situation de Tantale évoquait le délai ou l’attente, les bouffonneries de Till Eulenspiegel, oscillant entre la folie et la sagesse, facilitent notre perception de l’impatience spécifique de la victime…patiente.

Ici un autre personnage notable nous fournira un exemple : job, le personnage tiré de la conception " postexilique " du Vieux Testament. Le rapport entre cet homme d’Uz, honnête et parfait, et le trait caractéristique du Masochisme dont nous allons nous occuper, peut ne pas être évident à première vue. Mais personne à ce chapitre de la Bible, l’image d’un personnage qui souffre, se lamente et s’accuse, qui doute et désespère, se dresse devant nos yeux. Nous pouvons le voir assis sur un tas de cendres avec sa tête rasée, ses vêtements déchirés, couvert de plaies, grattant ses pustules avec un fragment de poterie, et entouré de trois amis qui écoutent ses doléances. Ce tableau de job se lamentant peut certes personnifier le trait démonstratif. Il n’exhibe pas seulement sa vie et sa misère, mais il clame dans son désespoir : " c’est pourquoi je ne me tairai pas ; je parlerais dans mon angoisse, je me plaindrai dans l’amertume de mon âme " Finalement, ce n’est pas à ses amis qui l’écoutent, c’est à Dieu même qu’il se plaint, lui décrivant son chagrin, insistant sur son innocence. Ceci ressemble à l’attitude caractéristique du masochiste moral ou social lorsqu’il accuse une destinée qui le persécute, innocente victime.

Le facteur démonstratif pourrait être considéré comme représentant le côté extérieur du Masochisme, tandis que les deux autres caractéristiques, fantaisie préparatoire et attente, représentent le côté intérieur. Est-il raisonnable de proclamer ses souffrances, sa honte, sa punition, au monde extérieur ? Ce trait est paradoxal comme tant d’autres dans le Masochisme ; la plupart d’entre nous préfèrent certainement cacher honte et punition. Le fait de la part du masochiste de diriger inconsciemment l’attention de ceux qui l’entourent sur sa condition misérable, d’exhiber avec tant d’insistance la punition ou l’humiliation à lui infligées, doit avoir une raison. Veut-il montrer quelque chose, ou plutôt, ce faisant, dissimuler quelque chose ?

Je répéterai ici une comparaison déjà employée : si un homme assis dans une salle parmi d’autres gens fixe constamment son regard sur le coin gauche de la pièce, on croira qu’il y voit quelque chose de remarquable et qu’il désire attirer là-dessus l’attention des autres. Mais il serait aussi possible qu’il regardât intentionnellement le coin gauche parce qu’il veut distraire du coin de droite l’attention de ceux qui l’entourent ; le regard appuyé dans une direction peut signifier qu’il y a dans l’autre une chose que l’on veut cacher. Finalement, les deux points de vue peuvent être conjugués s’il y a actuellement une chose digne d’être remarquée dans un coin et une chose encore plus importante dans le coin opposé qui doit être dissimulée.

A juger par les apparences et quel point de départ serait meilleur avec le facteur démonstratif ? on arrive à l’opinion présentée par la plupart des analystes partis d’autres théories. Sans considérer le facteur démonstratif, ils sont arrivés à la conclusion que le masochiste désire créer un mouvement de sympathie. Il courtise l’affection des autres, il veut être aimé à cause de ses souffrances. Ceci serait d’accord avec des souvenirs d’expériences vécues dans son enfance : l’enfant malade ou blessé est sûr de recevoir plus d’attentions ou de tendresse. En réalité, le masochiste ne reçoit de la sympathie que si ceux qui l’entourent voient ses souffrances et ses privations ; mais ceci est de la sympathie, non de l’amour. Contrairement à l’opinion générale, l’analyse prouve que si vous provoquez la pitié vous n’augmentez pas l’amour mais au contraire le diminuez ; en beaucoup de cas la sympathie remplace l’amour. Le contraire est improbable. De plus, la pitié est provoquée seulement par le Masochisme social, jamais par le Masochisme sexuel. Nous sympathisons avec ceux qui comme job sont les victimes innocentes de la destinée, avec des individus malheureux, malchanceux, poussés continuellement par les vents contraires dans la mauvaise direction. Dans des cas pareils, l’un des buts du masochiste est d’exciter la sympathie.

Mais où se place l’appel à la sympathie dans la perversion sexuelle ? Le partenaire est témoin de la gêne ou de la honte. Mais la vue de cette disgrâce n’éveille pas de sympathie. Les rapports des masochistes eux-mêmes contredisent pareille hypothèse. Au contraire cette vue sert à augmenter chez le partenaire actif le désir de flageller ou de châtier. En certains cas, la masochiste insiste sur la continuation du châtiment malgré l’éveil de la compassion dans le partenaire.

Le désir inconscient d’éveiller la sympathie ou l’amour cependant ne peut, même dans le domaine du Masochisme social, être considéré comme le motif prédominant, ou le seul, comme le croient certains analystes. Le succès éventuel d’un motif caché de ce genre, s’il existe, contredit cette opinion ; même si l’on sympathise avec l’homme si cruellement persécuté par le destin et qui se plaint continuellement, ce sentiment ne dure pas longtemps. La réaction est modifiée lorsque le masochiste insiste que la destinée l’a choisi comme victime, lorsque l’exhibition de ses misères contient évidemment des éléments inauthentiques de comédie. La persistance et la pléthore des plaintes changent la pitié en impatience.

La défense naturelle contre cet entêtement et l’agressivité qui l’accompagne se manifeste bientôt ; la démonstration aboutit au point où le masochiste sera maltraité, critiqué, blâmé. Même job trouve que ses amis ne l’écoutent pas très patiemment, quoiqu’ils soient d’accord pour déplorer ses malheurs et pour lui témoigner leur sympathie ; il finit par être sévèrement critiqué par eux. Comme s’ils avaient découvert un souffle de révolte, une nuance d’arrogance dans son insistance sur l’injustice divine. En fait ses plaintes donnent bien l’impression d’accusations, de reproches et d’attaques. Elles deviennent de plus en plus insistantes, comme pour provoquer une réaction.

Les analystes ont jusqu’ici toujours signalé le besoin d’affection dans le Masochisme, en interprétant l’attitude provocante du masochiste comme une inconsciente quête d'amour. K.Horney, W.Reich et d’autres insistent continuellement là-dessus. Mais ce n’est pas tant le besoin d’amour que le besoin de pardon qui se manifeste ainsi ; il peut facilement être confondu avec l’autre.

Le "besoin d’amour " dans sa forme plus élevée est le symptôme que le sentiment de sécurité du moi est diminué par une impression inconsciente de culpabilité. Celui qui a tellement besoin d’amour doute d’avoir droit a cet amour ; il veut la preuve qu’il est aimé malgré tout. Le manque de stabilité du moi est en partie causé par la perception intime qui a reconnu des tendances refoulées hostiles et agressives ; pendant l’analyse on remarque souvent ce besoin croissant d’amour ou d’affection.

Une de mes patientes, par exemple, était tourmentée parce qu’elle n’avait pas reçu de lettre de son fiancé depuis quelque temps ; elle montrait tous les symptômes d’une personne négligée et froissée. Son besoin accru d’amour, cependant, trahissait bientôt son origine par une peur lancinante d’avoir sans le savoir froissé son amoureux par ses propres lettres. La tendre substance de ses lettres contredisait absolument cette hypothèse, mais les reproches qu’elle se faisait étaient psychologiquement justifiées : c’était sa tendance inconsciemment hostile qui faisait croître son anxiété. Elle avait besoin de consolation et d’apaisement pour ses sentiments inconscients de culpabilité ; cela se manifestait par le souhait de recevoir des témoignages d’affection, une espèce de preuve qu’il ne nourrissait contre ses tendances hostiles aucun ressentiment, aucun désir de vengeance. Son envie croissante d’affection correspondait à son besoin d’être sûre d’être pardonnée.

L’attitude provocante doit être interprétée comme une confession inconsciente : " voyez comme je suis méchant ! ", qui continue pourtant par : " mais malgré cela vous devez me pardonner ! " Cette confession cependant résulte en un mauvais traitement du masochiste qui satisfait son besoin de châtiment. Ainsi se développe le cercle vicieux que nous rencontrons si souvent dans les phénomènes du Masochisme.

Remettons à plus tard la discussion du sens de ce développement cyclique, et examinons seulement le motif de la démonstration. Il est évident que les deux tendances sont présentes, celle de provoquer une nouvelle punition et celle, contraire, de chercher le pardon. Elles s’interpénètrent de telle façon que finalement il semble qu’être puni est la même chose qu’être aimé ; mais ceci ne s’applique pas à la phase initiale du Masochisme, mais à son développement complet. Pour le début, nous imaginons un autre motif, plus neutre et plus vague, pour cette démonstration, en posant que le masochiste désire attirer l’attention à ses souffrances, à sa punition, à sa honte, en suggérant implicitement : " Contemplez moi, mes souffrances, ma honte ! Voyez comme je suis maltraité et puni ! "

A ceci, deux significations peuvent être attribuées. L’une est : " Je suis justement puni " - cela serait une plainte ou une expression de chagrin. L’autre est : " je suis injustement puni ", qui est une accusation. Cela peut aussi signifier quelque chose de tout à fait différent, où la question de justice ou d’injustice ne joue au commencement aucun rôle. Cela peut vouloir dire : " j’ai été puni ; j’ai expié ; maintenant j’ai droit à la satisfaction de mes instincts. " La punition précéderait ainsi la faute et pour ainsi dire la légaliserait. Une pareille inversion et anticipation rentre tout naturellement dans le mécanisme de la " fuite en avant ".

Quelques exemples de démonstrations masochistes nous conduisent un peu plus loin. Ils appartiennent à la catégorie du Masochisme social, et représentent des fantaisies typiques. Un homme qui dépend financièrement de la générosité de son frère aime imaginer qu’il paraîtra un jour dans la maison de ce frère avec des vêtements déchirés, des souliers éculés, pour ne plus quitter la maison. Ceci est une présentation spéciale d’une misère dont le rêveur jouit tranquillement dans sa fantaisie. Le motif est facile à imaginer : il servira à son frère non seulement sa pauvreté, mais des reproches appropriés. Plutôt que de produire la sympathie et l’amour, la conduite du masochiste tend ici à punir son frère. En creusant dans la psychologie du cas, on reconnaît que la forme caractéristique de la punition est l’exhibition de la misère du sujet ; c’est la forme d’exagération typique du Masochisme.

Le frère avait souvent grondé mon patient pour trop dépenser dans l’achat de ses vêtements et de ses souliers. L’imagination caricature ces reproches et, en les repoussant comme non justifiés, dit en quelque sorte : " ainsi je m’habille trop bien, je dépense trop d’argent ? Eh bien, regarde mes vêtements et mes souliers ; voilà de quoi j’ai l’air. je dois rester chez toi, car je ne peux pas me montrer ainsi dans la rue. " Il est évident que cette démonstration a encore un autre but que d’exciter simplement la pitié et l’amour, seul motif reconnu par les analystes.

Dans un autre cas, une petite fille imagine que son père ne retournera pas de son voyage mais mourra dans un pays lointain. Elle décide qu’elle va maintenant travailler dur, devenir une institutrice, et prendre en charge sa mère et ses sœurs. Elle rêvasse là dessus avec beaucoup de plaisir, évoque les difficultés qu’elles auront à surmonter, les sacrifices qu’elle devra faire, les privations qu’elle aura à supporter. Elle évoque spécialement combien ses amis et parents seront touchés par sa pauvreté et son travail incessant. Le motif de cette fantaisie souvent répétée n’est pas seulement d’acquérir amour et sympathie ; il y a des raisons moins conscientes, comme l’union plus intime avec sa mère, dont le père sera exclu, son ambition, sa supériorité sur ses sœurs.

Un autre exemple : un homme dépendant de ses parents proches s’est au cours de son analyse si bien remis de son incapacité au travail qu’il finit par trouver une occupation qui lui fait gagner quelque argent. Il ouvre une boutique, mais d’étranges malchances, des accès d’amnésie et des négligences inexplicables, semblant le persécuter. Je vais décrire quelques uns de ses phénomènes : il avait l’intention d’envoyer un prospectus décrivant ses marchandises à plusieurs milliers de personnes ; il écrit les adresses sur les enveloppes, mais interrompe fréquemment ce travail pour s’occuper de choses plus urgentes. Le moment venu de les mettre à la poste, il oublie ces lettres à la maison et ne s’en souvient qu’en route pour le bureau de poste. Il revient à la maison, prend les lettres, mais va à la poste sans avoir pris leurs enveloppes. Il égare des commandes, est en retard pour des rendez-vous importants, oublie de téléphoner, etc. Il se plaint piteusement de sa malchance comme s’il n’en était aucunement responsable mais plutôt comme si des puissances hostiles conspiraient contre lui ; il rapporte à sa famille que des incidents contraires ont empêché la remise de marchandises commandées. Sous les facteurs isolés dérivant de son ineptie subtile et de ses oublis, se trouvait un motif constant subconscient : prouver à ses parents que cela ne pouvait pas marcher ainsi.

Le sabotage masochiste voulait prouver ceci : " si vous n’engagez pas pour moi un secrétaire pour écrire et mettre à la poste mes lettres, pour prendre note des commandes, je ne puis continuer avec la boutique. Tant que je n’aurais pas de camion, pour porter la marchandise, ces incidents malchanceux et pénibles continueront " je n’ai pas vu dans cet épisode un seul détail destiné à provoquer l’amour ou la pitié. Toute l’exhibition, à peine cachée par beaucoup de lamentations, n’avait qu’un sens : " je vous l’avais bien dit ! " cela devait prouver que les affaires ne pouvaient pas marcher de la façon arrangée par ses parents.

Je ne prétends pas que le désir de stimuler l’amour et la pitié ne figure pas parmi les motifs de la démonstration masochiste, mais je nie qu’il constitue un aspect important du problème, ou qu’il soit difficile de le déceler. C’est au contraire cet élément qui s’offre au premier abord à l’observateur le moins expérimenté. Le masochiste l’exhibe copieusement ; il se conduit comme le sujet déjà mentionné par moi qui regarde constamment un coin de la salle pour que tout le monde puisse suivre son regard. Plusieurs parmi les exemples cités plus haut font soupçonner maintes choses significatives et importantes que l’on pourra trouver dans l’autre coin.

Le facteur démonstratif, je le répète, représente l’aspect superficiel des caractéristiques masochistes et communique cette tendance instinctive au monde extérieur. Que veux t-il montrer, et que veut-il cacher, trahissant ce dernier effort par l’essai même de le garder secret ? il montre la punition, la honte, l’humiliation. Ceci est certain parce qu’une défense a été enfreinte, un désir inavouable satisfait – mais cette satisfaction défendue de l’instinct suit immédiatement. Si l’exhibition de la gêne et de la souffrance prouve le sentiment de culpabilité du masochiste, que veut-il montrer par la satisfaction immédiate de son désir ? Est-ce qu’une succession de ce genre ne ressemble pas au cérémonial ambigu des névrosés à obsession, ces processus dans lesquels l’expiation paraît d’abord, puis l’acte défendu ?

L’observation, l’analyse de maints phénomènes masochistes m’ont amené à supposer un développement " historique ". Au début, il y a vraiment l’exhibition d’une punition exécutée, la honte, l’expiation comme témoignage d’une obéissance tardive, d’un sentiment de culpabilité, de l’impression enfin que le châtiment est mérité. Nous n’avons pas oublié ce que la perception des effets de la " fuite en avant " nous a appris : que l’exécution de la punition est devenue la conditio sine qua non de la satisfaction de l’instinct. Cette exécution de la punition est maintenant représentée humblement, tel un tribut offert par la faiblesse craintive ; elle est offerte comme preuve de la soumission. Ainsi des révoltés montrent qu’ils sont coupables et qu’ils méritent le châtiment de leurs méfaits.

Mais la démonstration change de caractère pendant son développement même. La punition est de plus en plus attirée dans l’orbite de la tendance au plaisir. Si au début c’est la punition qui fut humblement exhibée, c’est maintenant la transmutation de la punition en plaisir qui est hardiment montrée au spectateur. Si la première émotion pouvait se traduire par : " Vois comme je suis puni et comme je souffre ", l’autre signifie : " Vois comme je jouis de cette souffrance " La première est une concession soumise au pouvoir de l’éducation et des tabous extérieurs, l’autre est une déclaration de guerre contre tout cela. La démonstration prouve au début l’efficacité des règles culturelles et morales, mais se termine par l’exposé de leur faillite ; le succès de ces forces est démontré dans la première phase, la seconde montre comment ce succès se change en banqueroute.

C’est l’observation analytique prolongée de beaucoup de masochistes qui m’a permis de percevoir ce changement de but. Comme témoin d’une scène étrange je crois avoir assisté à la naissance de la phase finale de cette évolution. Un garçonnet de six ans, qui s’était montré de bonne heure arriéré et indiscipliné, était châtié par un père jeune et irascible, malgré mon intervention. Et tandis que l’enfant était sévèrement fustigé, il criait continuellement : " Je ris, je ris ! " Il voulait prouver à son père, et à moi aussi, qu’il n’avait cure des coups qu’au contraire il en jouissait. Ceci ne doit pas être considéré comme un exemple de Masochisme infantile ; l’enfant n’avait réellement aucune envie de rire. Je veux dire seulement qu’une démonstration pareille à la fin du développement masochiste détermine inconsciemment la forme extérieure du phénomène. Je me souvenais souvent de cette scène quand j’écoutais les lamentations et les plaintes des masochistes lorsqu’ils ouvraient, comme un patient américain le formulait, " le compartiment des récriminations ". L’entrée du plaisir dans la gêne, évidente dans la perversion, bien dissimulée dans le Masochisme social, trahit l’impulsion que le petit garçon exprimait si correctement en criant : " Je ris ! "

La démonstration de la punition reçue pour une satisfaction défendue s’est transformée en une démonstration de la satisfaction défendue obtenue par la punition tourne en une exhibition du plaisir obtenu dans la faillite de l’expiation.

Le développement exposé ici paraît être, au regard rétrospectif du psychologue, l’exposé des traits qui ont déterminé et accompagné le Masochisme depuis ses débuts. Le masochistes exige un témoin pour sa gêne, sa souffrance, sa dégradation, quelqu’un à qui il puisse montrer sa punition et son péché. Mais il a besoin du même témoin pour prouver que la punition n’avait pas de sens, était vaine et même se changeait en plaisir. Il exhibe et le châtiment et sa faillite. Il montre certes sa soumission, mais aussi sa révolte invincible, prouvant qu’il obtient son plaisir malgré la souffrance, en résistant à la souffrance. La tendance d’obtenir sa satisfaction malgré toutes les menaces devient une tendance à obtenir sa satisfaction en jetant un défi aux menaces.

Dans le masochisme pervers, ce développement de la démonstration est évident. Dans le type social, la punition, la faillite, la honte, sont démontrées et lamentées d’une façon encore plus insistante. Si notre conception du Masochisme comme une unité psychologique continue est juste, le même développement doit aussi s’y trouver ; la démonstration doit avoir la même signification, même si un côté seulement peut se discerner. Ceci sera prouvé plus tard, mais déjà ici un regard du côté de job révèle le fait que les amis qui considèrent sa misère comme une preuve de ses fautes sont dans l’erreur, et deviennent finalement les témoins de sa réhabilitation et de son triomphe. Nous commençons à deviner qu’un processus psychique similaire se manifeste dans le cas de beaucoup de masochistes. Ils deviennent un scandale public ; ils s’humilient et se diminuent, mais ce n’est que de l’autopublicité négative.

Le facteur démonstratif nous révèle donc réellement quelque chose, mais révèle une chose au regard superficiel, une autre aux regards pénétrants. Au premier il montre une tendance à obtenir l’amour, des sentiments de culpabilité, de faiblesse, de soumission, aux autres l’expression de la vengeance, de la révolte et du triomphe. Les deux côtés de la figure qui se lamente ont des expressions différentes, ce qui est montré si clairement sert à cacher l’autre moitié. C’est le paradoxe du Masochisme : si on exhibe à l’extérieur ce qui autrement serait caché, on peut facilement deviner que quelque chose d’autre est dissimulé par la même occasion. L’exhibition généreuse d’un côté est utilisée à cacher quelque chose de l’autre côté.

Dans le cours du développement, cependant, cette chose cachée pénètre graduellement à travers l’obscurité, et ce qui pouvait s’entendre à peine au début se fait maintenant parfaitement comprendre. La gêne, la souffrance, la honte, son encore au premier plan, mais le psychologue devine pourquoi ; le facteur démonstratif va ainsi à la fois exhiber et cacher. Le résultat, la plaisir malgré la souffrance, veut prouver quelque chose ; son sens secret, visible maintenant pour le psychologue, est " Même si vous me frappez, me punissez, je persévérerai jusqu’à la satisfaction de mon instinct " J’ai choisi le terme " démonstratif " pour ce trait significatif du Masochisme parce qu’il indique la tendance à l’exhibition sans trop en dévoiler les motifs. Nous savons maintenant ce qui était destiné à être montré ouvertement et ce qui était destiné à être dissimulé ; nous savons que le but n’était pas seulement d’être vu. Quelque chose devait être prouvé. Le but inconscient était : quod erat demonstrandum . Nous reconnaissons maintenant que le terme " trait démonstratif " gagne un sens qu’il n’avait pas auparavant, et comprenons sa signification complète.

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