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Le Masochisme

La fuite en avant

Freud a proclamé comme une condition pour toute théorie qui cherche à expliquer le phénomène du Masochisme qu'elle doit nous procurer des informations satisfaisantes sur le rapport entre cette tendance instinctive et sa contrepartie, le Sadisme. L'attitude des psychanalystes vis-à-vis de cette demande est remarquable. Un groupe ne tient aucun compte de ce postulat. Ses membres détachent du faisceau psychologique un facteur, comme le narcissisme, l'érotisme des membranes muqueuses, ou le besoin d'affection, et touchent à peine à la relation Sadisme-Masochisme. L'autre groupe base ses théories sur cette relation. Ils la prennent comme point de départ, mais ne vont pas plus avant, tout en n'en détachant par leurs yeux.

Naturellement, le seule procédure correcte est de fonder l'enquête sur les phénomènes du Masochisme lui-même et sur rien d'autre, et de les examiner sans aucune notion préconçue. L'explication de cette relation invariable avec le Sadisme ne peut être le but de l'enquête, mais doit être son résultat, sa conclusion, jamais le point de départ. Lorsque ce n'est pas le cas, nous avons le droit de rejeter la théorie comme insuffisante.

Jusqu'ici nous avons dans notre discussion rencontré la connexion avec le Sadisme à un seul moment, lorsque le facteur provocateur apparaissait. Nous avons reconnu alors que nous avions dépassé les frontières du pur Masochisme, étions entrés dans un domaine étranger, et nous sommes immédiatement retournés à nos propres problèmes.

En nous occupant de ce facteur, cependant, nous sommes tombés sur celui très important de l'anxiété. Nous n'étions aucunement préparés à cette rencontre. La littérature analytique n'attache aucune importance aux relations entre le Masochisme et l'anxiété. Même Freud n'attacha aucune signification spéciale à l'anxiété dans l'analyse du Masochisme.

Je suis surpris de voir que ce facteur de l'anxiété dans le Masochisme n'ait pas été observé jusqu'à présent ; je ne puis expliquer cette lacune que par le fait qu'il se dissimule pour ainsi dire dans l'ombre des arrière-plans. L'anxiété ne joue aucun rôle dans l'image présenté par le Masochisme au premier coup d'œil. L'attente de la souffrance et de l'humiliation non seulement ne produit pas d'anxiété, mais au contraire éveille le plaisir. Cette absence de l'anxiété pourrait expliquer le fait qu'elle n'ait pas été considérée dans la théorie analytique du Masochisme, mais n'explique pas le manque absolu de curiosité à son égard ; cette absence même devrait suggérer au psychologue la question : où se dissimule l'anxiété que l'on devrait trouver dans ces phénomènes ? Est-elle invisible ? Cela signifierait-il qu'elle est absente ou qu'elle se cache ?

En l'occurrence, elle est en effet cachée, mais se révèle par de petits symptômes d'apparence anodine, par exemple dans le phénomène du retardement. Et parfois elle sort de sa cachette pour se montrer au grand jour. Je ne puis comprendre pourquoi elle n'a pas été perçue alors et mise en lumière par les psychanalystes.

Je fais allusion à la période où le Masochisme bat en retraite et cède la place à l'attitude normale, la période de guérison comme on pourrait être tenté de l'appeler. Les fantaisies perverses ou masochistes sont à ce moment là remplacées par l'anxiété. Ces symptômes d'anxiété pourraient être regardés comme preuves que la tendance masochiste perd lentement du terrain, et que les fantaisies perdent leur valeur stimulante. Mais si l'anxiété paraît rarement dans la perversion et les fantaisies, mais s'étale maintenant pleinement, que devons-nous en conclure ? Cela seulement : que les fantaisies avaient refoulé l'anxiété. Dès que la perversion perd son influence, l'anxiété jusqu'alors cachée devient visible.

Nous rencontrons souvent ce mécanisme dans la psychologie des névroses. Elles aussi impliques fréquemment la résistance à la douleur et à la souffrance pour éviter une manifestation d'anxiété. Je désire rappeler au lecteur l'exercice très précis et rigoureux des nombreuses mesures défensives à caractère de névrose, des nombreux actes de pénitence, du rituel compliqué nécessitant un vaste gaspillage d'énergie psychique. Dans les cas extrêmes de névroses obsédante, ces prohibitions et ordres morbides sont obéis avec une rigueur qui peut conduire à l'épuisement total. Les malades se soumettent à un immense fardeau de souffrances et de privations. Tout relâchement de cette discipline sévère est marqué par l'apparition de l'anxiété, de la même façon que dans chaque affaiblissement de la tendance masochiste. Mais la réaction isolée d'anxiété est ici d'une autre espèce ; il s'agit parfois d'un symptôme défensif dirigé contre les tentations sadiques, parfois d'une réaction de crainte automatique. Dans un cas spécial de perversion, l'anxiété, surgissant en toute liberté, paraissait être une terreur spéciale de forces psychiques cachées dans le moi. Le patient avait renoncé à sa perversion masochiste à la suite de l'impression causée par certaines expériences. Une puissante obsession semblait le pousser à commettre certain acte combattu d'autre part par de fortes réactions du moi. C'est seulement quand l'idée d'un meurtrier sadique se présenta à son esprit, quand il se compara à jack l'éventreur, qu'il commença à réaliser de quoi il s'agissait. Des fantaisies de violences et de meurtres, qui l'excitaient sexuellement, avaient remplacé les scènes masochistes antérieures où des femmes le flagellaient.

Dans d'autres cas que l'analyste rencontre aussi souvent, où la tendance perverse est alliée à des symptômes névrotiques, l'anxiété est intensifiée dès que la Masochisme diminue. Si cette tendance s'est manifestée par exemple en provoquant des accidents, en actions amenant la blessure ou punition du sujet par lui-même, elle est remplacée alors par l'anxiété sociale, c'est-à-dire le sentiment de culpabilité. Si l'analyse réussit à atténuer les tendances à l'humiliation volontaires, le patient sent la pression du sentiment conscient d'être coupable qui manquait précédemment. Il n'arrive jamais dans ces cas que l'autopunition et le sentiment de culpabilité inconscients se présentent en même temps avec la même intensité. Nous considérons comme un progrès thérapeutique obtenu par l'analyse le fait que l'autopunition ait été remplacée par l'anxiété sociale ; il est beaucoup plus facile de se rendre maître de ce symptôme que des intentions d'autopunition qui sont aussi difficiles à attaquer que l'étaient les groupes de Cosaques apparaissant et disparaissant soudainement pendant la retraite de Russie.

Certes l'anxiété est présente dans le Masochisme, mais elle est cachée par la gène et l'humiliation. Le psychologue doit la découvrir de nouveau, de même que l'amateur de puzzles doit découvrir des maisons, des arbres, des animaux dissimulés dans les lignes de son tableau. Nous avons d'abord découvert l'existence secrète de l'anxiété dans l'expérience du retardement, et quand nous avons examiné les particularités du plaisir masochiste, sa présence s'est trahie avec la même certitude que celle d'un élément dans la cornue d'un chimiste. Cette anxiété est liée à l'accroissement maximum de plaisir, lui-même en relation avec l'attente d'un élément désagréable, punition, reproche, humiliation. Le retard est introduit pour éviter ou du moins remettre à plus tard cet événement redouté. Le seul côté paradoxal est ici que nous trouvons à la fois la tentation d'avancer vers l'événement redouté et le rejet anxieux de cette tentation, à la fois l'approche et la fuite. Cela paraît plus compliqué que cela ne l'est en réalité ; c'est au fond une oscillation entre l'effort d'atteindre le plaisir et le désir de le fuir. Le masochiste ne peut pas renoncer à son but parce que son besoin de plaisir est trop intense, mais il n'est pas capable de l'atteindre parce que son anxiété est trop grande. C'est la situation réalisée dans le phénomène du délai.

Le résidu d'anxiété dans cette situation, sa diminution si la perversion masochiste est exécutée pratiquement, et son accroissement concomitant à la diminution d'activité perverse, ne nous permettent qu'une explication : la Masochisme refoule l'anxiété, ou, plus précisément, le Masochisme représente une tentative de refouler, de lier sur place l'anxiété. [...]

Mais ce que nous observons chez le masochiste est tout à fait différent ; il évoque ce qu'il craint, met en scène des souffrances, des gronderies, des humiliations. Ce qui était au début redouté est maintenant recherché, rencontré. Le moi ne pouvait plus supporter plus longtemps l'anxiété grandissante ; il doit aller de l'avant, à la rencontre de l'événement redouté. Cependant, l'accroissement de la tendance au plaisir reste décisif ; le moi consent non seulement à payer le prix élevé, gêne et humiliation, mais à les réclamer même. Il désire ardemment la gêne et l'humiliation, en fait le centre de ses désirs, afin d'atteindre le plaisir plus rapidement.

Précédemment, pendant la période d'attente, l'approche du but instinctif était évitée parce que l'anxiété croissait simultanément. Maintenant , l'événement jusqu'à présent évité est recherché afin d'atteindre ce but et d'avoir le plus tôt possible l'augmentation de plaisir. La tension d'anxiété avait retardé le plaisir ; maintenant cette même tension attire le plaisir, et devient peu à peu sa condition préliminaire. L'attente et la rencontre avec l'événement redouté ne sont pas le choc de deux situations psychiques contradictoires, mais bien la même situation sur deux niveaux différents de développement. Dans l'attente, le besoin du plaisir et la lutte contre l'anxiété s'équilibrent ; dans la perversion masochiste, le besoin de plaisir est devenu si puissant qu'il transforme en désirable la chose redoutée. La situation a pour ainsi dire fait un tour sur son axe.

L'anxiété croissante, qui précédemment bloquait toute augmentation de plaisir, est devenue maintenant une condition préliminaire du plaisir et le rend plus proche. Dans un cas venu à ma connaissance la vue d'un squelette produisait l'excitation sexuelle. La patiente comme petite fille avait lutté contre ses excitations sexuelles en évoquant la mort, qu'elle imaginait sous forme d'un squelette. Durant cette période cette vision menaçante du squelette l'avait empêchée de se masturber. Mais maintenant cette même idée l'excitait sexuellement.

Il n'est pas douteux que l'approche du plaisir final accélère aussi l'accroissement de l'anxiété, mais ce n'est pas cet accroissement mais la tendance plus intense au plaisir qui détermine le " fuite en avant ". Dans un conte serbe une jeune fille est prévenue que son mari la battrait sûrement, ceci étant la coutume en Serbie quand le mari rentre tard, ivre de raki. La jeune fille répond : " je voudrais qu'il m'ait déjà battue ! " Est-ce qu'elle était vraiment impatiente d'être battue ? Certainement non ; elle était impatiente d'être mariée. Assez impatiente pour désirer les coups qui allaient avec le mariage.

Si c'est l'impatience croissante du désir de plaisir qui conditionne la direction du mouvement, c'est en tout cas l'anxiété cachée qui lui confère le caractère d'une fuite en avant. Sans anxiété il n'y aurait pas de Masochisme, mais simplement une tendance au plaisir qui deviendrait d'autant plus violente et impatiente que les obstacles seraient plus grands.

La fuite en avant elle même est un symptôme d'impatience. La punition posée comme une menace après le plaisir est provoquée intentionnellement parce que le sujet se sent incapable de supporter plus longtemps la tension anxieuse. La charrette est mise pour ainsi dire devant les bœufs. Mais le facteur dominant reste l'impatience du désir de plaisir. La charrette a été mise devant les bœufs, mais les bœufs poussent la charrette en avant. L'impatience montre combien il en coûtait au masochiste de supporter l'attente, même s'il ne s'agissait que de quelques minutes. Dans son agacement il se conduit comme Louis XIV qui donna un jour l'ordre à un de ses gentilshommes de l'accompagner à une fête. Sa Majesté était prête à partir et l'heure fixée avait juste sonné quand le courtisan parut. Le Roi dit avec arrogance glaciale : " j'ai failli attendre ! " le masochiste aussi ressent comme une insulte le fait d'avoir presque dû attendre.

En étudiant la littérature afférente, l'on ne peut s'empêcher d'être étonné par la conception erronée du Masochisme comme d'une unité psychologique immuable. En réalité tout dépend de la phase de son développement atteinte par chaque masochiste. La description précédente nous permet d'examiner l'expérience masochiste depuis la genèse du retardement jusqu'à la perversion masochiste complètement développée. L'expérience est avant tout déterminée par les rapports du moi avec le plaisir et l'anxiété, et par ses réactions à leur influence. Tout essai d'explication qui ne nous permet pas de tirer au clair ces relations ne sera d'aucune utilité.

La situation initiale peut être en général supposée ressembler à ceci : une tendance à une satisfaction sexuelle instinctive naît chez un individu doué d'imagination. Cette tendance subira un délai, un arrêt, par l'intervention de l'anxiété, parce que l'idée de plaisir devient associée à la notion de quelque chose de désagréable (punition, perte de l'affection des parents). Le moi fait un effort pour dominer l'anxiété. Une oscillation se produit entre l'envie d'obtenir la satisfaction désirée malgré l'anxiété croissante, et celle de renoncer. Le désir est maintenu en puissance malgré l'anxiété ; la sensation de retardement est maintenant une tension agréable avec une nuance d'anxiété. L'augmentation de l'anxiété à l'approche du plaisir est facile à comprendre, puisque la menace d'un désagrément devient imminente. Le délai commence comme l'expression de l'essai de séparer l'idée de plaisir de celle associée et troublante d'anxiété. Il est l'expression de la tendance à absorber l'anxiété, à l'utiliser même pour le prolongement ou l'accroissement du plaisir.

Ce délai montre d'abord que le moi désirait éviter l'anxiété et obtenir le plaisir indirectement. Dans un stage ultérieur il devient la preuve de la combinaison inextricable de libido et d'anxiété amalgamées. C'est comme conséquence de ce développement que le moi peut éprouver l'anxiété comme une sensation plaisante. Dans la situation masochiste initiale, l'anxiété constitue une interruption violente du désir de plaisir, présentant un choix nécessaire entre les deux. Un essai de solution tend à dominer l'anxiété en l'anticipant ; cela pouvait signifier d'abord : maintenant l'anxiété, puis le plaisir. Finalement, l'anxiété est intégrée comme condition préliminaire du plaisir : les deux ont été confondus.

La fuite en avant n'est pas l'antithèse de cette situation, mais sa continuation dans la vie réelle, dans le Masochisme développé.

Elle répète le processus du délai sur une autre voluté de la spirale. Elle commence aussi par un essai d'isoler l'anxiété, de se porter à la rencontre de l'événement redouté pour atteindre le plaisir. Ceci n'étant pas faisable, l'événement redouté lui-même devient une condition préliminaire du plaisir, finalement devient lui-même un plaisir. Cette transition du délai à la fuite en avant est tout d'abord le résultat de la libido croissante et de la tension accrue de l'anxiété correspondante. Pour obtenir ce résultat, l'expérience intime déterminante peut être exprimée par : " l'attente est pire que la réalité ". Cela ne signifie pas seulement le risque d'un pas décisif vers l'anxiété, mais aussi la transition de la fantaisie à l'exécution, à la scène perverse. Ce qui nous paraît alors être une déviation de l'instinct n'est qu'un détour, un détour très coûteux, pour atteindre le but instinctif normal.

La calamité, jadis sentie comme menace, augmente maintenant le plaisir ; la menace d'anxiété est transformée en promesse. Quand la gêne et la souffrance ont atteint leur maximum, le plaisir et la satisfaction ne sont pas loin. Le sentiment initial était : lorsque le plaisir est à tel point augmenté, la punition doit être toute proche ; c'était une menace, une perspective terrifiante. La fuite en avant signifie le retournement de la situation quand la punition est si sévère, la souffrance si aiguë, le plaisir doit être imminent. Finalement, les frontières conscientes deviennent brouillées : la gêne, la souffrance et l'humiliation même se changent en plaisir.

La fuite en avant comme mécanisme de défense n'est pas limitée au Masochisme. Elle est indépendante de celui-ci et peut être observée dans des situations n'ayant aucun rapport avec cette perversion et ici on ne trouve qu'une tendance prédominant à se débarrasser d'une tension d'anxiété insupportable. Ce n'est pas seulement l'anxiété dont on se débarrasse ainsi, mais la crainte d'une souffrance intense ou de coups inéluctables du destin. Cette solution sera souvent choisie lorsque la fin de la terreur paraîtra préférable à une terreur sans fin.

Si la fuite en avant sert à obtenir une satisfaction de l'instinct, nous pouvons en conclure que sa nature est masochiste. Il y a naturellement des cas où il n'est pas facile de décider si l'anxiété l'emporte sur la libido. Mais la distinction fondamentale reste valable. J'ai observé une petite fille renversant maladroitement un verre d'eau sur la table et mouillant ainsi la nappe. La mère était sur le point d'entrer dans la chambre ; il est évident que la peur du reproche et de la punition augmentait constamment, et avant que la mère ne fût entrée, l'enfant se plaça dans un coin face au mur. Voici donc un cas bien défini de fuite en avant. Mais il n'y avait là aucun élément de Masochisme, de plaisir dans la souffrance. L'essai d'arrêter l'anxiété est évident, mais l'élément plaisir est réduit au minimum.

La fuite en avant ne recherche pas en principe la gêne ou la souffrance, mais constitue plutôt l'écartement d'un obstacle à la satisfaction. En anticipant la punition redoutée, la voie à été ouverte à la jouissance instinctive. Le masochiste ne désire pas les coups ou l'humiliation pour eux-mêmes ; il les désire pour empêcher leur pensée de le troubler tandis qu'il poursuit son but. C'est seulement accessoirement, par déplacement de la tension psychique, que la gêne, qui est le symptôme de la crise imminente, devient un plaisir.

C'est pourquoi la scène masochiste ou la fantaisie afférente se partagent en deux éléments qui doivent être exactement différenciés psychologiquement, et qui ne s'unissent que dans la phase finale. D'abord la gêne, l'humiliation, la punition, puis le plaisir et la satisfaction de l'instinct. En thermes théologiques : d'abord l'expiation, puis le pêché. La gêne n'est pas désirée pour elle-même, mais constitue le prix du plaisir. Finalement, le plaisir se confond avec la gêne, l'expiation elle-même se transforme en péché. La flagellation, qui servait d'abord les fins de l'autopunition pour les premiers moines chrétiens et les ascètes, devient par la suite un moyen d'excitation sexuelle. L'augmentation de la souffrance produit l'extase. L'Eglise est amenée finalement à défendre des pratiques expiatoires trop sévères parce qu'elles aboutissent fréquemment à la satisfaction sexuelle.

Ce développement psychique peut s'étendre de la scène masochiste ordinaire à la fantaisie la plus sublime et la plus sublimée. Il s'applique à chaque stage, depuis l'orgasme résultant de la flagellation par une femme, jusqu'à la sensation béate du martyr qui rend l'âme pendant que les lions le déchirent. Ce qui dans le premier cas sert à la satisfaction sexuelle, dans l'autre rapproche l'élu du ciel et des richesses infinies du royaume de Dieu. Le masochiste accueille la flagellation que lui inflige une prostituée avec la même joie qu'éprouve le martyr à recevoir les mauvais traitements libérateurs de ceux qui le persécutent. La succession de la peine et du plaisir devient simultanéité, les sensations ennemies se fondent l'une dans l'autre, deviennent identiques. " Elle est condamnée ", dit Méphisto en parlant de la pauvre Marguerite, mais une voix d'en haut répond : " Elle est sauvée ! " Dans le Masochisme aussi, la punition la plus sévère devient l'accès à la béatitude et au salut.

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