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Effroi

Névroses traumatiques

Le problème des névroses traumatiques avait déjà fait l’objet de communications fort intéressantes d’Abraham, Ferenczi, Jones et Simmel lors du ve Congrès International de psychanalyse, lorsque Freud le reprit en 1920 dans un contexte plus vaste. Celui-ci voit dans les névroses traumatiques la conséquence d’une explosion pulsionnelle brisant sur une large étendue le pare-excitations qui constitue la fonction principale de notre appareil psychique.

Il souligne que le déclenchement des névroses traumatiques ne dépend pas seulement de l’intensité de l’excitation venant frapper cette barrière, car la tolérance relative du moi joue également un rôle déterminant à cet égard. Si celle-ci est très faible, l’appareil psychique éprouvera davantage de difficulté à faire face à un afflux soudain d’énergie. L’ébranlement provoqué par l’effraction du pare-excitations sera alors plus violent que lorsque l’énergie et le pouvoir de liaison du moi sont plus grands.

La prise en considération de ce second facteur constitue une mise en garde implicite contre la surestimation de la force pathogène du choc ou du facteur traumatique externe. Le développement éventuel d’un état pathologique dépend des effets combinés de ces deux facteurs. Ici aussi nous avons affaire à une série complémentaire, analogue à celle postulée par Freud pour définir l’association des facteurs constitutionnels et accidentels dans l’étiologie des névroses.

Par comparaison avec les interprétations de la névrose traumatique qui attribuent une importance étiologique capitale à l’effroi et à la conscience du danger qui menace la vie, la conception de Freud paraît à première vue remettre à l’honneur l’ancienne théorie sur les effets du choc. Mais à la différence de celle-ci, elle considère que le choc consiste par essence dans l’effraction de la barrière qui protège contre les excitations la couche réceptrice du cortex.

L’effroi garde également toute sa signification dans le contexte de la théorie freudienne car il est le fruit d’un manque de préparation à l’angoisse, manque de préparation qui implique une diminution de la résistance des systèmes recevant les premiers l’excitation. En raison de la faiblesse de Cet investissement qui n’est pas en mesure de lier les quantités d’énergie affluentes, l’effraction du pare-excitations a beaucoup plus facilement un effet pathogène.

Le point de vue freudien demande à mon avis à être élargi et approfondi. Freud lui-même avait indiqué dans d’autres ouvrages l’orientation générale d’une telle recherche, qui toutefois n’a été entreprise jusqu’ici ni par lui ni par aucun autre analyste. L’exposé qui va suivre se situera nécessairement dans le domaine des hypothèses, et ce d’autant plus que notre expérience en la matière est des plus réduites.

Mes conceptions reposent essentiellement sur l’observation attentive de cas de névrose traumatique à laquelle j’ai pu me livrer durant la guerre. J’ai eu maintes fois l’occasion d’étudier, aussi bien au front qu’à l’arrière, des personnes atteintes de ce genre de troubles, mais je n’ai jamais eu la possibilité de les analyser.

Les conclusions qui vont suivre se fondent par conséquent sur un examen comparatif des cas de névrose traumatique que j’ai été à même d’observer et des exemples de névrose non traumatique dont je possède une expérience clinique directe. Le fait que des circonstances défavorables m’aient empêché de mener à bien l’investigation analytique de cas de névrose d’accident ne devrait pas faire préjuger de l’intérêt scientifique de mon interprétation. Il est après tout dans la nature d’une hypothèse qu’elle ne puisse être vérifiée et démontrée que lorsqu’elle constitue l’aboutissement de plusieurs démarches différentes.

Il vaut, en outre, la peine de remarquer que les résultats des études menées dans une optique non analytique ne sont guère en rapport, contrairement à ce que l’on aurait pu espérer, avec la richesse du matériel clinique dont ces chercheurs disposaient et qu’elles n’ont guère contribué à faire progresser sur le plan psychologique notre intelligence des névroses traumatiques. Nous constatons donc qu’il s’instaure entre l’ampleur des connaissances et l’utilisation qui en est faite sur le plan intellectuel un rapport complémentaire analogue à celui existant entre l’intensité des excitations et la force relative du moi dans les névroses traumatiques elles-mêmes.

Si j’insiste sur le caractère hypothétique des remarques qui vont suivre, c’est pour bien montrer qu’il s’agit de concepts conjecturaux qui demandent à être vérifiés à l’aide d’investigations spécifiques. Tout en étant parfaitement convaincu du caractère provisoire de tous les concepts scientifiques, on peut néanmoins estimer que des travaux donnés se rapprochent plus que d’autres de la réalité cachée.

J’estime en outre être fondé à publier cet article, en dépit du caractère hypothétique de mes affirmations, car il jette les bases d’une interprétation nouvelle, dont la vérification analytique est souhaitable aussi bien sur le plan théorique que sur le plan pratique. La nature des excitations qui jouent un rôle dans le déclenchement des névroses traumatiques a été analysée sous tant d’angles différents que ce n’est pas en concentrant nos efforts sur cet aspect du problème que nous pouvons espérer parvenir à mieux comprendre ce type de maladie.

Pour Freud, le facteur le plus important sur le plan étiologique c’est l’intensité de l’excitation. D’un autre côté, le fait que la théorie analytique attribue également un rôle considérable au second facteur, c’est-à-dire aux variations individuelles de la force du moi, nous permet de concevoir que des excitations relativement faibles puissent avoir dans de nombreux cas des effets traumatiques et partant qu’elles soient susceptibles de rompre la barrière protectrice de l’appareil psychique. Parmi tous les facteurs qui sont à l’origine des névroses traumatiques, ce sont les excitations objectives qui ont été cernées et définies avec le plus de précision.

Non seulement les profanes les considèrent comme la cause exclusive de la maladie, mais les chercheurs scientifiques eux-mêmes en ont à maintes reprises signalé l’importance. Il existe un rapport de cause à effet indubitable entre un certain type d’excitations et la névrose traumatique mais, ainsi que le montre la théorie de Freud, ce rapport est loin d’être aussi univoque et exclusif qu’on a pu le prétendre. Les chercheurs devront se demander pourquoi une même excitation peut avoir des conséquences si différentes et pourquoi un cas donné se caractérise par tel effet plutôt que par tel autre.

Lorsque nous étudions les situations qui sont à l’origine des névroses traumatiques et que nous nous efforçons d’évaluer le rôle de certaines excitations objectives dans le déclenchement d’une névrose spécifique nous ne pouvons manquer, tout en restant parfaitement conscients des différences mises en jeu, de songer immédiatement à un autre problème sur lequel la psychanalyse a été amenée à se pencher dès ses débuts.

Je veux parler du rapport existant entre les sources objectives de stimulation d’un rêve et le rêve lui-même. Des observations approfondies ont permis de déterminer le rôle des stimuli sensoriels objectifs dans la psychologie des rêves, rôle qui a même fait l’objet de vérifications expérimentales. La psychanalyse n’a jamais mis en doute l’exactitude des théories selon lesquelles les excitations des organes sensoriels stimulent la formation des rêves. Le problème restait toutefois d’établir un rapport entre les stimuli externes et accidentels qui sont à la source d’un rêve et le contenu de ce dernier.

Freud a montré que la théorie des stimuli était inadéquate dans la mesure où elle laissait deux questions dans l’ombre, « d’abord pourquoi, dans le rêve, le stimulus externe n’apparaît pas sous sa forme propre, mais est toujours méconnu (cf. les rêves liés à la sonnerie du réveil, p. 33); ensuite pourquoi la réaction de l’esprit à ce stimulus méconnu est tellement variable ».

J’aurai recours à un exemple, devenu fameux, de rêve dans lequel il existe un lien causal manifeste entre contenu et stimulus externe, le rêve du psychologue français Maury. Le rêveur se voit transporté à l’époque de la Terreur sous la Révolution, traverse de macabres scènes de meurtre, est lui-même emprisonné et conduit devant le Tribunal, où siègent Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville et autres personnages célèbres de l’époque, qui le soumettent à un interrogatoire.

Après divers incidents il est condamné à mort et emmené ensuite au lieu de l’exécution, accompagné d’une foule innombrable. Il monte sur l’échafaud, le bourreau l’attache sur la planche, elle bascule, le couperet tombe. Il sent sa tète se séparer de son corps, se réveille dans un état d’angoisse épouvantable et s’aperçoit que la tète du lit vient de tomber et qu’elle l’a frappé sur la nuque, comme le couperet d’une guillotine.

Ce rêve présente deux traits qui nous intéressent ici dans la mesure où ils semblent pouvoir nous aider à y voir plus clair dans la psychogénèse de la névrose traumatique. Le premier, c’est le rapport existant entre le stimulus somatique externe qui joue un rôle dans la formation du rêve et le rêve auquel il donne lieu en réalité. Le deuxième a trait plus particulièrement au rapport temporel entre les deux phénomènes et il fit à l’époque l’objet d’un débat passionné dans la Revue philosophique.

Maury est frappé à l’arrière du cou par un morceau de bois et durant l’intervalle de temps extrêmement bref qui sépare la chute de la planchette de son réveil, il vit en rêve un roman mouvementé dont l’action se situe à l’époque de la Révolution, rêve qui donne lieu à un affect d’angoisse d’une grande vivacité. L’accélération remarquable de l’enchaînement des idées semble être l’une des caractéristiques du travail du rêve, comme le prouvent également d’autres exemples cités par Freud dans l’Interprétation des rêves.

Il ne faut toutefois pas oublier que ce trait n’est pas le privilège du rêve les gens en train de se noyer ou de tomber dans le vide voient défiler devant leurs yeux en l’espace de quelques secondes de nombreux épisodes de leur vie, comme des films qui se succéderaient à toute vitesse.

Freud a donné du rêve de Maury une explication qui nous permet, à mon avis, de saisir le mécanisme de la modification du stimulus extérieur. Il estime que le rêve du psychologue français représente en fait un fantasme qui s’était conservé intact dans sa mémoire des années durant et qui a été éveillé (évoqué par allusion, pourrait-on dire) à l’instant même où le dormeur a été atteint par le stimulus d’éveil. Cette interprétation aurait aussi l’avantage de résoudre la première difficulté, celle de l’abrègement du temps.

Ce fantasme a été, pour employer les termes de Freud, «effleuré», de même que quelques mesures d’un air familier suffisent à éveiller en nous le souvenir du morceau tout entier. Quelque chose est donc déclenché dans son ensemble à partir d’un point d’impact, «le choc extérieur détermine le choc psychique qui conduit à l’ensemble du fantasme révolutionnaire. Ce dernier n’est pas vécu dans le sommeil, ruais seulement dans le souvenir après le réveil. Une fois éveillé, l’on se rappelle dans ses détails le fantasme qui au cours du rêve a été aperçu en bloc ».

Qu’y a-t-il de commun entre les processus psychiques caractéristiques de ces rêves-réveils et les situations qui sont selon nous au principe des névroses traumatiques? Le lien semble être à première vue des plus lâches. Nous avons affaire dans un cas comme dans l’autre à un stimulus externe qui donne le branle à toute une série de sensations physiques et de processus psychiques. Le laps de temps fort bref qui s’écoule entre la perception inconsciente de la sensation et le réveil peut facilement se comparer à l’espace de temps qui sépare la perception d’un stimulus, lors d’un accident ferroviaire par exemple, de la première réaction de la victime.

L’obscurcissement temporaire de la conscience qui suit immédiatement le choc dans le cas d’un accident et qui constitue en quelque sorte un black-out de quelques secondes ne peut manquer de nous rappeler l’état de sommeil. Un autre élément commun aux deux situations est la surprise. Le rêveur subit le choc d’un stimulus auquel il ne s’attendait pas. Il en va de même pour l’individu atteint d’une névrose à la suite d’un accident. La théorie freudienne tient compte du rôle de l’élément surprise dans la psychogénèse de la névrose d’accident.

Si nous considérons des rêves du type de celui de Maury, rêves qui n’ont rien d’exceptionnel, nous voyons surgir un autre élément de ressemblance entre les deux situations, à savoir la décharge d’affects d’angoisse fort intenses. Cette comparaison présente pour nous un intérêt pour les raisons suivantes que se passe-t-il dans notre vie affective lors de rêves de ce genre et lors d’un accident, durant le laps de temps extrêmement bref qui sépare la réception de la compréhension pré-consciente du stimulus? En d’autres termes quels sont les processus psychologiques qui se déroulent entre l’arrivée du stimulus à la substance corticale et la première réaction du sujet à ce stimulus?

Freud a montré que dans le cas du rêve révolutionnaire de Maury, comme dans tous les autres rêves de ce genre, le stimulus extérieur déclenche l’ensemble d’un fantasme qui était déjà tout prêt dans la mémoire. Le stimulus somatique est-il responsable en tant que tel de la violente angoisse que le rêveur éprouve à son réveil? Il faut répondre bien sûr à cette question par la négative. L’intensité de l’affect s’explique par la signification que le stimulus acquiert à la suite de sa transposition dans la vie affective.

Si nous le percevions en état de veille, le même stimulus ne provoquerait sans doute en nous aucune angoisse. Mais en sommes-nous si sûrs? Il suffirait de modifier certains traits de cette situation pour que soient remplies les conditions du déclenchement éventuel d’une névrose traumatique. Supposons que Maury se réveille et qu’un jour en se promenant il soit brusquement frappé par un morceau de bois tombé d’un échafaudage. Cette situation ne présente que des différences de détail par rapport à la première, mais au lieu d’une personne saine qui se réveille en sursaut, épouvantée, après un rêve effrayant et qui retrouve bien vite son calme, nous avons l’image d’une personne qui présente tous les symptômes classiques d’une névrose d’accident.

On pourrait aisément m’objecter que la névrose d’accident est tout simplement due à un afflux excessif d’excitations, qu’elle est la conséquence d’une collision, d’un choc violent, d’une décharge électrique lors d’un orage. Mais les rapports cliniques font sans cesse état de névroses traumatiques occasionnées par des stimuli de faible intensité. D’un autre côté ils signalent aussi de nombreux exemples de stimuli n’ayant causé aucun dommage en dépit de leur violence.

Tout en admettant bien volontiers que dès que le stimulus dépasse un certain seuil d’intensité, personne n’est à l’abri d’une névrose traumatique, je m’intéresserai ici, je tiens à le préciser, exclusivement aux cas où des troubles de ce genre se déclarent en liaison avec des stimuli relativement peu importants. Il n’est pas difficile de mettre en relief à cet égard le rôle de certains facteurs constitutionnels d’ordre psychique et physique (dont nous ne sous-estimons certes pas la portée), mais cela ne dispense pas pour autant le chercheur d’étudier les processus psychiques qui font la spécificité des névroses d’accident.

Diverses autres objections méritent également notre attention. Le rêveur est en mesure de nous décrire ce qui s’est passé dans son esprit pendant le bref intervalle de temps qu’a duré son rêve. Mais la personne souffrant de névrose traumatique est pratiquement dans l’ignorance des sensations physiques qu’elle a éprouvées pendant les quelques secondes de l’accident.

Cette contradiction apparente n’est pas aussi difficile à résoudre qu’elle peut le sembler à première vue. Pour commencer il n’est pas vrai que le rêveur soit toujours au courant de son rêve. Il n’est pas rare que des stimuli sensoriels objectifs provoquent chez la personne endormie un affect d’angoisse que l’observateur peut déceler grâce à des signes révélateurs typiques, alors que le rêve qui traduit la modification affective du stimulus est oublié. D’un autre côté il est possible que l’analyse de l’expérience traumatique ramène au grand jour un matériel inconscient auquel nous ne nous attendions pas.

Comme nous l’avons dit, ce n’était pas le stimulus somatique en tant que tel qui était à l’origine de l’angoisse de Maury, mais bien le fantasme éveillé par ce stimulus. Celui-ci tient indiscutablement le rôle d’un facteur déclenchant, dont la portée est comparable toutefois à celle de l’étincelle qui tombe dans un baril de poudre.

Nous sommes convaincus que le fantasme ancien de Maury, «éveillé » par le stimulus sensoriel, présente des traits tout à fait typiques dans lesquels toute personne un tant soit peu au fait de la théorie psychanalytique reconnaîtra aisément les caractéristiques d’un fantasme de castration.

C’est cette signification latente du fantasme qui rend compte de l’intensité de l’angoisse ressentie. La perception du stimulus a fait resurgir un fantasme ancien qui, tout en plongeant ses racines dans les complexes infantiles, a pris sa forme définitive au contact des lectures de l’adulte.

Néanmoins, seul le fantasme de la guillotine a pu accéder à la conscience alors que le fantasme de castration qui se cachait derrière lui explique la profondeur de l’effroi ressenti. Nous pouvons dire que l’idée d’être guillotiné est un jour momentanément entrée en contact, pendant que Maury était réveillé, avec l’idée inconsciente de castration qui est un résidu de l’enfance et avec l’angoisse qui s’y rattache. C’est cette angoisse qui réapparaît dans le rêve.

La sensation physique éprouvée au moment de la chute de la tête du lit a joué le rôle d’un stimulus qui a libéré cette ancienne angoisse inconsciente. La modification psychique entraînée par le stimulus a provoqué la remontée jusqu’à la conscience de pensées qui traduisent, sous un déguisement que l’analyse peut aisément percer à jour, l’influence indélébile de cette angoisse infantile sur la vie affective de l’adulte. L’effroi ne s’explique qu’en partie par l’afflux soudain des excitations. Il s’agit en fait d’un «effroi en pensée » ainsi que Freud l’a défini dans l’Interprétation des rêves. L’intensité de cette angoisse tient au fait que le rêveur voit resurgir un matériel refoulé depuis longtemps. Tout se passe comme si en le frappant à la nuque la tête du lit lui rappelait ce fantasme inconscient, comme si celui-ci se matérialisait soudain.

Le rôle de ce fantasme inconscient dans la détermination de l’intensité de l’affect ne fait aucun doute. Plutôt que de l’illustrer à l’aide de nombreux exemples, j’aurai recours à la description qu’un médecin anglais, le docteur Brunton, donne de l’un des cas qu’il a étudiés. Le choc et l’effroi provoqués par un stimulus somatique relativement faible prennent dans cette affaire des proportions saisissantes du fait de l’existence d’un pressentiment. Les étudiants d’un collège anglais en étaient venus à détester profondément l’un des maîtres-assistants.

Ils décidèrent de l’effrayer et préparèrent un billot et une hache dans une pièce sombre. Puis ils s’emparèrent de lui et le traînèrent devant un groupe d’étudiants revêtus de robes noires qui firent office de juges. Face à cette mise en scène la victime pensa qu’il s’agissait d’une blague, mais les étudiants lui assurèrent qu’ils ne plaisantaient pas et ils lui annoncèrent qu’ils allaient la décapiter sur le champ. Ils lui bandèrent les yeux, l’obligèrent à s’agenouiller et à poser la tête sur le billot. L’un d’eux imita le sifflement de la hache, pendant qu’un autre lui faisait tomber une serviette mouillée sur le cou. Lorsqu’ils détachèrent le bandeau, l’assistant était mort.

Pour en revenir à notre exemple initial et poursuivre l’étude des séquelles de ce rêve, nous retrouvons M. A. Maury, étudiant en droit et en médecine âgé de vingt-trois ans, en train de se promener par un beau jour de 1840 dans la rue de Rivoli; il se sentait d’excellente humeur et n’avait aucune raison de craindre une attaque surprise ou un accident lorsque soudain un morceau de bois tomba d’un échafaudage et l’atteignit à la nuque en le précipitant au sol.

Bien qu’il n’eût que des contusions superficielles, il présenta bientôt tous les symptômes d’une névrose traumatique. Les médecins des Hôpitaux constatèrent sans ambiguïté possible une accélération du pouls, une excitabilité anormale du système des nerfs cardiaques, une augmentation de la tension artérielle, de l’hypnalgésie, des troubles de sécrétion, des différences entre les pupilles, des troubles moteurs et visuels, etc. Nous n’avons aucune raison de mettre en doute le fait que nous nous trouvons devant un cas classique de myotonoclonica tropidans et d’akinesia amnestica telle qu’elle a été définie par Oppenheim.

Il est aisé d’établir dans cet exemple le rôle capital de la surprise en tant que facteur d’effroi. Il me semble toutefois que cette simple constatation ne suffit pas à expliquer dans ce cas précis l’effraction du pare-excitations. Cet effroi doit posséder une propriété spécifique, susceptible de rendre compte de la réaction pathologique. Reprenons encore une fois le parallèle psychologique entre les deux circonstances où Maury reçut un choc extérieur, le rêve-réveil et l’accident. Le stimulus eut pour effet de rappeler à l’homme endormi l’ensemble d’un scénario imaginaire. Comme nous l’avons vu il s’agissait en fait d’un véritable roman - on ne peut guère le définir autrement - centré pour l’essentiel autour du thème de la castration.

Dans le rêve-réveil de Napoléon cité par Freud et dans les rêves du même type bien connus de tous les analystes, nous retrouvons le phénomène particulier qu’Egger définissait, dans son étude sur le rêve de Maury, comme « l’effet rétrospectif et rétroactif de la sensation ». Nous avons découvert que le trait le plus effrayant du stimulus d’éveil consistait en l’actualisation d’une angoisse ancienne. Il s’agissait dans ce cas d’une angoisse de castration qui fut déclenchée par un stimulus extérieur inattendu.

Nous estimons qu’un phénomène analogue se produit dans le cas du groupe de névroses traumatiques qui nous intéresse ici. Le caractère spécifique de l’effroi réside dans le fait que le sujet revit tout à coup comme actuelle une ancienne angoisse inconsciente, même si par la suite il s’avère parfois que ce caractère s’insère dans une attitude psychique plus générale. Il n’y a pas matérialisation explicite d’une situation redoutée, mais survenue d’une impression réelle et inattendue qui a le pouvoir de réveiller par le biais du souvenir toute l’angoisse inconsciente de l’individu. Il suffit d’un stimulus matériel insignifiant (comme dans tous les rêves du type de celui de Maury) pour redonner vie à un ancien contenu représentatif et pour faire réapparaître dans toute leur violence les affects qui s’y attachent.

Il est important de souligner que l’ancien fantasme inconscient n’acquiert pas une réalité concrète mais uniquement une de type imaginaire, car cela a pour effet de le renforcer sur le plan psychique. De même il n est pas rare qu’une illusion ait des conséquences affectives plus profondes qu’une représentation exacte et directe. Les situations traumatiques se fondent pour l’essentiel sur une illusion et elles se présentent par conséquent de la manière suivante : tout se passe comme si (je dis bien, comme si) quelque chose que nous redoutions autrefois et que nous avons par la suite rejeté et banni de nos pensées se matérialisait soudain, de façon inattendue. La catastrophe que nous prévoyions inconsciemment devient brusquement toute proche.

Prenez le cas d’une collision ferroviaire imprévisible. Si le voyageur pris au dépourvu est saisi par l’effroi - c’est qu’il voit se réaliser le désastre que dans sa propre vie il attendait inconsciemment depuis longtemps. L’impression violente produite par la secousse consécutive à la collision a subi pendant quelques secondes seulement un remaniement inconscient. Elle a ainsi redonné vie à des appréhensions anciennes qui couvaient dans l’ombre. Un danger mystérieux qui fait soudain planer une menace sur la vie de l’individu était connu au niveau inconscient depuis longtemps, mais l’idée en avait été écartée. Un événement auquel le sujet s’attendait inconsciemment semble être devenu réalité au moment même où ses pensées étaient ailleurs.

Pour nous cela revient à dire qu’une réalité psychique lourde d’angoisse enfouie dans l’inconscient prend brusquement un caractère actuel, par un processus comparable à la levée soudaine d’une résistance due au refoulement. Les causes et les conditions du déclenchement de ce processus psychique se trouvent réunies grâce à un événement matériel, à savoir l’accident traumatique.

Cette donnée objective fournit un caractère de réalité à toute l’expérience. Un processus inconscient est réapparu de façon inattendue. Ce retour n’est pas lié à un processus pulsionnel, mais à un événement extérieur. L’événement traumatique apparaît comme une confirmation inconsciente du bien-fondé de cette angoisse ancienne. Quelle est l’origine de ce pressentiment, dont l’événement traumatique semble constituer une confirmation inconsciente? Il s’est développé dans chacun de nous en tant que réaction affective provoquée par des motions inconscientes. L’attente du désastre est la conséquence du refoulement de ces tendances toutes-puissantes.

Elle a par la suite sombré dans l’inconscient, au même titre que la réalité psychique qui l’avait motivée. Le fait que cette intuition obscure, apparemment irrationnelle, d’un désastre imminent n ‘était pas compatible avec les lois de l’intelligence humaine, avec le bon sens quotidien qui a depuis longtemps répudié au niveau conscient la croyance en une puissance mystérieuse et vengeresse, peut avoir contribué à ce résultat.

Tout se passe maintenant comme si la punition que nous redoutions inconsciemment pendait soudain sur nos têtes. Elle s’abat sur nous à un moment où nous n’y étions pas préparés : un jour pareil à tous les autres s’est transformé tout à coup en un dies irae, dies illa. Mais d’où vient le désastre redouté?

Pour répondre à cette question il nous suffira de rappeler que notre vie psychique retombe au moment du choc dans des formes de pensée obsolètes, de type animiste. Nous avons pris l’habitude de nous croire maîtres de notre volonté. Nos actions ont toujours été conformes à nos intentions mais nous nous sentons à l’improviste à la merci d’une force inconnue dont l’origine nous échappe. Tout se passe brusquement comme si un bras tout-puissant nous soulevait, nous secouait, nous tirait ou nous jetait à terre au gré de ses caprices.

Une réaction psychique de type primitif, que nous ne réussissons jamais à maîtriser tout à fait, nous pousse à attribuer à des puissances supérieures, c’est-à-dire à l’origine aux parents, la responsabilité de tout ce que nous vivons passivement. Une réaction analogue nous oblige à considérer inconsciemment comme un châtiment infligé par ces puissances tout ce qui nous menace et nous terrifie. Comme vous le savez nous admettons par la suite que nous sommes le jouet des forces de la nature ou du destin, mais à l’arrière-plan de notre inconscient se dresse toujours le père ou la mère dont la volonté a marqué nos premières années. Nous nous étions crus les maîtres de notre moi et soudain nous sentons peser sur nous l’emprise d’une force qui nous oblige à reconnaître avec la rapidité d’un éclair notre détresse et notre totale impuissance.

Nous saisissons maintenant la corrélation intime existant entre l’effroi d’un côté et la confiance en soi ainsi que la libido narcissique de l’autre. Au moment du choc, le moi pourtant bien assis sur ses bases s’est brusquement représenté le pouvoir menaçant du destin comme un substitut paternel il a été écrasé par le surmoi reprojeté dans le monde extérieur. Le choc est vécu comme une démonstration de force, ou plutôt de volonté, de la part de cette puissance mystérieuse à caractère paternel. L’adulte qui dans toute autre circonstance regarderait sans doute d’un œil mi-attendri, mi-méprisant ses croyances enfantines a devant cette débâcle soudaine la même réaction qu’un enfant surpris et intimidé qui, conscient de sa faute, s’attend à voir apparaître à tout instant son père dont il redoute la sévérité.

Nous sommes convaincus que dans de nombreux cas le sujet est saisi par l’effroi lorsque son pressentiment ancien d’un désastre, pressentiment qu’il avait refoulé, semble se matérialiser. L’élément surprise garde également toute sa valeur dans notre hypothèse. Il subit néanmoins un déplacement et il a trait maintenant à une éventualité que le sujet redoutait autrefois et qui semble brusquement prendre corps sous une forme ou dans des circonstances différentes. Telle est peut-être, de façon générale, la substance psychologique de l’effroi.

La thèse freudienne nous semble également nécessiter une autre correction de détail. Freud souligne que l’effroi est l’état qui s’empare de nous lorsque nous nous trouvons face à un danger auquel nous ne sommes pas préparés. Le manque de préparation à l’angoisse est le trait caractéristique de l’effroi. Nous sommes prêts à ajouter foi à cette affirmation, mais il ressort de ce que nous avons dit plus haut que la préparation à l’angoisse n’est jamais complètement absente. Comment peut-on concilier ce résultat avec la thèse de Freud?

Son explication de l’effroi par le manque de préparation à l’angoisse semble contenir une part de vérité; toutefois nous avons constaté que l’effroi présente toutes les caractéristiques d’une résurgence d’une ancienne angoisse inconsciente. Si notre hypothèse rend compte fidèlement du déroulement véritable des processus psychiques mis en jeu, il y a dans la plupart des cas résurrection soudaine d’une angoisse écrasante qui n’est absolument pas justifiée par le choc réel de l’accident. L’impression externe est soumise à un remaniement inconscient.

La divergence de nos points de vue n’est certainement pas insurmontable. La définition de Freud a trait à la préparation consciente à l’angoisse, préparation qui fait évidemment défaut dans une situation traumatique. Mais il n’est pas impossible que chacun de nous, ou presque, porte en lui une angoisse inconsciente, flottante pour ainsi dire, qui n’a rien à voir avec la crainte d’un danger réel et imminent.

Il me semble que nous pouvons mettre ici à profit une distinction que j’ai eu l’occasion de formuler dans un autre ouvrage. J’avais abouti à la conclusion que de façon générale il est bon de faire le départ entre l’angoisse préliminaire et l’angoisse finale, expressions forgées par analogie avec le plaisir préliminaire et le plaisir final dont parle Freud. L’angoisse préliminaire est la préparation psychique à un danger imminent, externe ou interne, il ne s’agit pas simplement d’un signal d’alarme, mais d’une tentative rudimentaire pour établir un premier contrôle sur ce danger. L’angoisse préliminaire pourrait également être définie comme une évocation de la situation redoutée, évocation qui doit permettre de maîtriser celle-ci, alors que l’angoisse finale est la réaction éprouvée face au danger lui-même.

L’effroi relève, me semble-t-il, de l’angoisse finale et en raison de l’absence de toute angoisse préliminaire il acquiert une intensité et une puissance affective toutes particulières. La préparation à l’angoisse est effectivement inexistante dans le cas de l’effroi, pour ce qui a trait tout du moins au danger réel qui menace l’individu à 1’improviste. A sa place nous trouvons l’ancienne préparation à l’angoisse qui s’est brusquement actualisée et qui ne constitue pas seulement une réaction psychique face à des motions d’hostilité bien réelles.

Cette angoisse flottante voit d’emblée dans le choc soudain les prémisses de la punition imminente. Nous constatons ici que l’angoisse préliminaire a une fonction spécifique qui est, semble-t-il, d’alléger l’angoisse finale et de protéger l’individu contre le retour brutal de la préparation à l’angoisse d’antan, en l’obligeant à se concentrer sur le danger actuel.

Elle aurait donc pour double fonction d’éliminer et de maîtriser au niveau psychique, de façon aussi complète que possible, l’ancienne préparation à l’angoisse et d’un autre côté de la limiter ou de la réduire à une angoisse actuelle. Cantonner l’angoisse dans les limites de la situation présente équivaut donc à en réduire l’intensité. Cela revient pour ainsi dire à la priver de sa caisse de résonance.

La régression à l’ancienne angoisse flottante peut être assimilée, pour ce qui est de ses conséquences, à une augmentation de l’intensité de cette angoisse. Dans les névroses traumatiques nous n’avons donc pas affaire à une effraction provoquée par une angoisse moins forte mais bien au contraire par une angoisse amplifiée. Ce débordement d’angoisse n’est pas motivé uniquement par la violence du choc extérieur, mais aussi par la régression, sous l’influence de ce choc, à une angoisse fort ancienne, l’angoisse engendrée par la peur de la castration ou de la mort dont le père serait l’agent.

Ce facteur, additionné à d’autres, a une importance décisive pour l’intensité et la nature de la réaction de l’individu face à la situation traumatique. L’absence d’angoisse préliminaire provoque, pour ainsi dire, un court-circuit psychique, si bien que le stimulus externe est d’emblée connecté aux couches affectives les plus profondes. Tout se passe en fait comme si chacun de nous disposait d’une réserve plus ou moins grande d’angoisse flottante liée à son sentiment de culpabilité inconscient, comme si la peur du danger pouvait, dans certains cas, faire appel à l’angoisse morale dont l’angoisse de castration constitue, nous le savons, le noyau. Une certaine partie de cette angoisse est libérée à l’approche du danger et elle se présente sous la forme d’une angoisse préliminaire qui précède l’angoisse finale.

L’angoisse préliminaire constitue en quelque sorte une garantie contre une intensification excessive de l’angoisse finale ou, si vous préférez, contre la réapparition impétueuse de l’angoisse inconsciente de l’enfance, réapparition qui aurait pour effet d’accabler le moi. Dans l’expérience traumatique c’est l’action du facteur temporel qui fait dévier l’angoisse de son cours normal, intensité du stimulus mise à part. L’excitation se produit si brusquement qu’elle rend l’angoisse préliminaire impossible et qu’elle empêche par conséquent la formation d’une protection contre tout empiétement éventuel sur le domaine de l’angoisse inconsciente. Ce phénomène est aussi cause de ce que l’individu interprète ou plutôt comprend en un éclair, comme par instinct, le stimulus envahisseur comme une confirmation de son pressentiment ancien d’un désastre.

La théorie psychanalytique a déjà montré que la formation des symptômes a pour fonction d’établir un contrôle sur l’angoisse, de la convertir, pour ainsi dire, en petite monnaie. La conclusion inévitable de notre investigation c’est que l’angoisse sous-jacente aux symptômes des névroses traumatiques est par nature une angoisse préliminaire.

Nous constatons donc que nous sommes arrivés à apporter, par ce chemin détourné, des modifications à la théorie freudienne des névroses traumatiques, modifications qui la complètent sans pour autant toucher à ses prémisses fondamentales. Le concept de pare-excitations reste intact, mais nous avons l’impression que dans bien des cas cette barrière protectrice présente des caractéristiques particulières, dans la mesure où elle assure une protection contre l’angoisse originaire.

L’appareil du pare-excitations, qui vient à être rompu dans le cas des névroses traumatiques, est alors constitué par le mécanisme de l’angoisse. La plupart du temps le moi entrevoit en quelque sorte derrière le danger extérieur une autre menace, comme si ce danger avait pour effet de réactiver la peur que le moi éprouve en secret à l’encontre du surmoi. Dans une situation traumatique l’individu est saisi au plus profond de lui-même par la peur de la mort, que sa vie soit ou non réellement en danger. Dans bien des cas cette réaction de peur prend corps même si rien ne la justifie vraiment dans la réalité. Selon Freud, la peur de la mort se déroule entre le moi et le surmoi.

Pendant un instant le moi se sent abandonné par le surmoi. La certitude d’être aimé et protégé, que nous portons inconsciemment en nous depuis l’enfance, a disparu. Le sol s’est dérobé sous nos pas, au sens métaphorique et souvent au sens propre du terme, et pendant quelques instants nous avons sombré dans le vide.

Il ressort de cette analyse que l’événement traumatique bouleverse brusquement la situation libidinale narcissique. Le choc a tout à coup ébranlé la position d’indépendance relative que le moi avait réussi à acquérir face au surmoi. Tout se passe comme si le moi se voyait rappeler, à l’improviste et dans les termes les plus violents, la puissance du surmoi projeté dans le monde extérieur sous la forme du destin. Ce rappel prend toutefois l’aspect bien particulier d’un châtiment. Abraham a mis tout particulièrement en relief cet ébranlement soudain de la position narcissique du moi.

Il existe toute une série de similitudes et de divergences entre les rêves qui se terminent par un réveil angoissé et les situations qui sont à l’origine de névroses traumatiques. Dans un cas comme dans l’autre nous assistons à la résurgence d’impressions lointaines devenues inconscientes. Cette résurgence traduit le retour d’affects anciens et elle est désignée par les psychologues français sous le nom de « régression renforcée ».

Dans les rêves-réveils le stimulus somatique subit une transformation onirique et il redonne vie à certaines situations anciennes et imaginaires, lourdes d’angoisse. De même dans les situations propices au déclenchement d’une névrose traumatique, c’est également le stimulus extérieur qui provoque la réapparition d’une angoisse inconsciente.

Les divergences sont dues principalement au rôle décisif des circonstances extérieures.

Le désir de dormir contribue indubitablement à renforcer le pare-excitations aussi longtemps que le stimulus ne dépasse pas un certain seuil d’intensité, auquel cas l’individu se réveille. Dans le cas contraire le désir de dormir peut à tout le moins retarder l’apparition de l’angoisse. Ce retard coïncide avec l’irruption d’une angoisse préliminaire, aussi brève soit-elle. En outre il semble vraisemblable que l’incertitude du dormeur quant à la réalité matérielle du stimulus agisse sur lui d’une façon qui l’amènerait à se demander, s’il était conscient « Est-ce que je dors ou est-ce que je suis réveillé? Est-ce que je rêve ou est-ce que j’ai affaire à quelque chose de réel? Dois-je me réveiller ou puis-je continuer à dormir ? »

Il faut maintenant que nous nous penchions sur une objection qui semble soulever de sérieux doutes quant à la solidité de notre hypothèse. La plupart des études consacrées aux névroses traumatiques signalent que les victimes d’un accident ont presque tout de suite une réaction conforme à la situation. Il nous est impossible d’esquiver cette objection en faisant remarquer que dans certains cas cette réaction rapide et adéquate fait défaut, que parfois l’individu semble paralysé par une horreur qui lui interdit toute forme d’action.

Il a été établi sans l’ombre d’un doute que dans la grande majorité des cas la réaction demandée par la situation se produit très rapidement. Il est évidemment possible que l’individu ait recours à la fuite ou à toute autre mesure appropriée en vertu d’un réflexe comme font les animaux exposés à un danger soudain. Ce réflexe n’exclut pas forcément l’existence d’un affect d’angoisse très intense.

Il faut bien voir que cette objection ne porte pas sur l’essence même de la question. Pour s’en convaincre il suffira de se rappeler l’importance du facteur temporel. Il peut n’y avoir qu’un décalage de quelques secondes entre la perception du stimulus et la réaction de l’individu, mais ce laps de temps est suffisant pour que celui-ci se rende compte, au niveau préconscient, de la vraie nature de l’excitation, pour qu’il en localise par une première approximation l’origine exacte en se basant sur son expérience personnelle et peut-être même pour qu’il prenne d’instinct les mesures appropriées. Il n’y a rien là qui puisse exclure la persistance de l’angoisse en profondeur.

Celle-ci est vécue, pourrait-on dire, à un niveau psychique différent. Il se pourrait que le système préconscient se charge d’interpréter et d’évaluer la situation réelle ou de la comparer à des situations analogues déjà connues de l’individu, alors que l’inconscient s’obstine à envisager la situation à la lumière des affects propres à l’enfance. Le jugement de réalité n’influerait donc en rien sur les affects déterminés par des causes plus profondes. Dans ces conditions l’affect d’angoisse ne serait éliminé que pour ce qui a trait aux couches supérieures de la vie affective.

Ce processus pourrait se comparer à la mise en place d’un mécanisme de défense face à des besoins vitaux. Dans le cas qui nous occupe, l’affect est véritablement coincé, pour reprendre la terminologie employée par Breuer et Freud dans leur vieille théorie de l’hystérie. Toute décharge de l’affect est impossible, mais celui-ci ne manque pas d’avoir des conséquences à longue échéance.

Je vais revenir une fois de plus sur le rôle du facteur de l’effroi dans l’étiologie des névroses traumatiques, pour définir à l’aide de quelques remarques supplémentaires, les lignes directrices d’une analyse plus approfondie des divers aspects de cette maladie. En essayant de comprendre la nature spécifique de l’effroi dans les situations propices au déclenchement de ce type de névroses, nous avons découvert que cet effroi se rattache à un autre, à une frayeur ressentie face à des impressions que nous qualifions de lugubres ou d’inquiétantes. En d’autres termes, un événement traumatique qui débouche sur une névrose d’accident produit dans l’esprit de celui qui le vit une impression qui a quelque chose de sinistre.

Selon Freud, une expérience est ressentie comme inquiétante lorsque des complexes infantiles refoulés sont ranimés par quelque impression extérieure, ou bien lorsque des convictions primitives, depuis longtemps surmontées, semblent recevoir derechef une confirmation. Freud souligne qu’il n’est pas toujours possible de départager de façon rigoureuse ces deux types d’inquiétude car les convictions primitives prennent racine dans les complexes infantiles.

Il me semble que nous commençons ici à entrevoir le lien, au premier abord assez confus, qui conduit de l’explication analytique de l’inquiétante étrangeté à l’investigation de l’effroi, cet élément décisif de la genèse de la névrose traumatique. Nous avons retrouvé la signification cachée de la régression à l’angoisse inconsciente dans la réactivation de complexes infantiles refoulés et dans la confirmation apparente de conceptions surmontées. Ce sont là des caractéristiques communes, semble-t-il, aux deux types d’expérience en question.

Nous savons cependant qu’il existe des différences essentielles entre la sensation de l’inquiétante étrangeté et l’expérience qui conduit à la névrose traumatique. Il est clair que même si l’expérience traumatique peut avoir quelque chose d’inquiétant, ce n’est pas là sa caractéristique fondamentale. De même la sensation de l’inquiétante étrangeté peut souvent provoquer le déclenchement d’une névrose traumatique, mais cela n’est pas forcément le cas. Par conséquent le contenu représentatif de l’élément inquiétant et celui des sensations qui conduisent à la névrose traumatique sont, en tant que tels, indépendants l’un de l’autre. Ils coïncident toutefois sur un point précis.

J’ai déjà montré qu’en raison de leur diversité les impressions issues de l’extérieur donnent lieu à différents types de réactions affectives. Cette explication est trop générale pour nous satisfaire entièrement. Pour saisir la spécificité des névroses traumatiques nous nous sommes limités à mettre l’accent sur deux facteurs qui jouent un rôle essentiel dans le développement de cette maladie, mais qui ne rendent pas compte pour autant de la présence de l’élément inquiétant. Je veux parler de l’impression qu’un danger imminent menace notre vie et de l’aspect surprenant de l’expérience traumatique, de sa soudaineté qui exclut toute forme de préparation à l’angoisse et d’angoisse préliminaire.

Il est fort rare qu’un risque imminent ou qu’un danger de mort soient associés à ces impressions que nous qualifions de sinistres ou d’inquiétantes. Lorsqu’au crépuscule nous croyons voir un portrait s’animer et sortir de son cadre pour s’avancer vers nous> cela n’implique certes pas que notre vie est en danger. Même si ce personnage mystérieux semble faire peser sur nous une menace, celle-ci ne se concrétise pas sous la forme d’une attaque, d’une gifle ou d’un coup et l’épreuve de réalité nous aide à surmonter notre angoisse.

Lorsque nous vivons une expérience inquiétante, notre incertitude quant à la réalité matérielle de l’événement en question nous protège contre un traumatisme éventuel. Mais une personne qui lors d’un accident est étourdie par une commotion mécanique d’une extrême violence ne peut mettre en doute la réalité de son expérience, de sa sensation.

Lorsque l’individu se trouve brusquement face à un phénomène inquiétant dont il ne peut contester l’objectivité et qui semble mettre réellement sa vie en danger, lorsque par surcroît ce phénomène est lié à un choc mécanique très violent, toutes les conditions sont réunies pour qu’une névrose traumatique se déclare, avec toutes ses caractéristiques cliniques. Dans pareille situation, le sentiment d’étrangeté a acquis un caractère traumatique, comme l’attestent les nombreux exemples de névroses de ce type cités par la littérature neurologique.

La commotion mécanique semble jouer un rôle essentiel lors d’un accident à conséquences traumatiques. Freud a montré qu’il faut l’interpréter comme l’une des sources de l’excitation sexuelle. La violence de cette commotion a probablement pour effet de libérer un quantum d’excitation sexuelle qui en vient à exercer une action traumatique en raison de l’absence de toute préparation à l’angoisse. Comme je l’ai dit plus haut, l’objectivité immédiate de l’expérience est ressentie d’autant plus nettement qu’elle est confirmée par le choc mécanique.

L’autre facteur qui distingue l’événement traumatique de la sensation de l’inquiétante étrangeté c’est la soudaineté, la surprise. Un étranger qui passe la nuit dans un château qu’il sait hanté est psychologiquement préparé à assister à des phénomènes inquiétants. Si au cours de la nuit il entend ou croit entendre frapper des coups bizarres sur le mur, il est protégé sans doute par son angoisse préliminaire contre un traumatisme éventuel. Dans d’autres cas le pouvoir diffus d’une atmosphère lugubre constitue une préparation psychique suffisante pour que l’individu éprouve des sensations particulièrement macabres ou pour qu’il ressente un profond malaise. Ces remarques ne s’appliquent bien entendu qu’aux personnes qui n’ont aucune prédisposition psychique particulière à être sensibles à l’épouvante.

Il n’est pas dans mes intentions d’exposer par le menu toutes les différences existant entre ces deux ordres d’expérience. Ce que nous avons déjà dit jusqu’ici doit suffire à notre propos. Nous constatons que lorsque certaines conditions exceptionnelles (soudaineté, commotion mécanique et approche d’un danger de mort) sont réunies, la sensation d’une inquiétante étrangeté peut conduire à la névrose traumatique.

Toutefois, il est beaucoup plus intéressant de bien discerner que les expériences qui sont sources de traumatisme dans le cas des névroses d’accident n’auraient pas sur nous un tel empire si, au niveau inconscient, nous ne percevions en elles quelque chose d’inquiétant. Je crois avoir défini avec suffisamment de précision la nature de cette inquiétante étrangeté lorsque j’ai étudié les caractéristiques spécifiques de l’angoisse propre aux névroses traumatiques.

Il me semble douteux qu’il puisse y avoir déclenchement d’une névrose traumatique en l’absence de cet élément d’étrangeté. Au premier abord il peut paraître étonnant ou même absurde de supposer que des accidents banals soient susceptibles de provoquer des impressions inquiétantes dans une civilisation aussi avancée que la nôtre et dans un monde aussi dominé par les conquêtes de la technique. Toutefois, nous prétendons que s’ils sont vécus ainsi par les personnes intéressées c’est dans le seul but de déclencher dans l’inconscient la réaction bien connue face à quelque chose de lugubre ou d’inquiétant.

Le progrès technique a une importance dérisoire pour l’inconscient de l’être humain. L’individu peut être conduit à admettre l’existence de puissances obscures aussi bien lors d’un accident provoqué par une machine ou d’un déraillement que lors d’un désastre consécutif à un tremblement de terre ou à toute autre catastrophe naturelle. Notre thèse c’est que les expériences traumatiques présentent des caractéristiques particulières que nous qualifierons au niveau conscient d’inquiétantes.

Ce sentiment d’inquiétante étrangeté est ressenti aussi bien par le soldat enterré vivant par une grenade ou par le voyageur éjecté de son siège lors d’une collision ferroviaire que par le promeneur qui voit de but en blanc la foudre tomber à côté de lui. Vu l’époque où nous vivons, peut-être n’est-il pas superflu de souligner ici que le mot « lugubre » dénote uniquement la réaction affective de la personne concernée par la situation traumatique, et qu’il ne constitue en aucun cas un tribut payé à l’hypothèse de l’existence de puissances supérieures.

Lorsque nous cherchons à préciser les causes premières de la névrose traumatique, nous sommes conduits à tout instant à reconnaître le rôle du facteur de la soudaineté et de la surprise. Au point où nous en sommes arrivés, nous pouvons nous risquer sans trop de difficultés à esquisser une interprétation globale du phénomène de la surprise. L’effroi ne représente, évidemment, qu’un cas particulier de surprise. Mais sans doute avons-nous raison de parler de surprise à propos d’une prévision devenue inconsciente, prévision que nous voyons soudain se réaliser dans une occasion inattendue, dans des circonstances imprévues ou sous une forme difficilement reconnaissable.

Dans ces conditions, la surprise serait l’expression de la difficulté éprouvée à reconnaître une donnée autrefois familière mais devenue inconsciente. Elle pourrait même traduire l’intensité de la dépense d’énergie affective requise pour l’identification de cette donnée inconsciente. A proprement parler, la surprise devrait être définie comme la réaction de défense opposée par l’individu à l’exhortation à oublier ce qu’il sait depuis longtemps et à redécouvrir dans la nouveauté des certitudes de toujours.

Il est évident que, dans cette perspective, la psychologie de la réceptivité à des impressions nouvelles se présente sous un jour différent. Peut-être n’existe-t-il en fait, selon les paroles du sage, rien de nouveau sous le soleil - dans le sens psychologique du terme bien entendu - si bien que nous serions incapables de discerner et de comprendre tout ce qui est totalement nouveau. Pour nous la seule façon d’assimiler la nouveauté et de nous en rendre maîtres, c’est effectivement d’établir un lien avec quelque chose que nous connaissons depuis longtemps, quoique pas forcément au niveau conscient.

Ce bagage de connaissances depuis longtemps familières peut déborder le cadre de l’ontogénèse. Il se dégage de l’analyse de certains traits du comportement de l’enfant la très nette impression que certaines bribes de connaissances sont acquises à un âge très précoce ou même innées. Au terme de l’analyse d’un cas de névrose infantile, Freud aboutit à la conclusion qu’une sorte de savoir difficile à définir agit chez l’enfant, que «quelque chose comme une prescience » détermine le remaniement des expériences primitives.

Ainsi nous ne pouvons nous défendre de l’impression que, d’une certaine façon, les explications prodiguées aux enfants sur tout ce qui a trait à la vie sexuelle viennent toujours trop tard. Cela nous rappelle la sortie d’une dame viennoise, bien connue pour ses incongruités, qui après avoir assisté à la générale d’une nouvelle pièce déclara: «C’est une œuvre merveilleuse, mais elle ne convient pas pour une première. » La résistance à laquelle la théorie psychanalytique s’est heurtée dans l’esprit du public est due principalement au refus d’admettre l’existence des connaissances refoulées, réaction dont nous connaissons bien les motivations affectives.

L’ahurissement que nous éprouvons en face de découvertes nouvelles est une réaction affective due au fait que nous y reconnaissons à grand-peine quelque chose que nous savions depuis longtemps, mais que nous avions éliminé du champ de notre conscience. Cette remarque s’applique aussi bien aux erreurs qu’aux vérités scientifiques. Toute acquisition de connaissances nouvelles est, d’une certaine façon, une anagnorisis de type inconscient. La phrase de Goethe, «Toute personne n’apprend que ce qu’elle peut », a l’air d’un paradoxe, mais en réalité elle n’en est pas un. Une pédagogie attentive aux problèmes psychologiques pourrait sans doute tirer un grand avantage pratique de ces découvertes analytiques si elle en faisait un usage lucide et réfléchi.

Je me suis efforcé d’interpréter dans une optique analogue les réactions affectives des hommes face aux divinités, aux cultes et aux rites étrangers dans mon article «Der eigene und der fremde Gott », publié en 1925. L’étude de la nature psychologique de la surprise devrait également porter ses fruits dans le domaine de l’esthétique, en enrichissant notre intelligence des phénomènes de la création et du plaisir artistique. Un récit nous tient en haleine s’il sait éveiller inconsciemment en nous des sentiments d’attente passionnée et s’il les exauce de manière inattendue ou dans des circonstances imprévues. :C’est un fait bien connu que dans une pièce de théâtre les rebondissements de l’action donnent l’impression d’être artificiels et gratuits si le spectateur n’y a pas été préparé inconsciemment d’une façon ou de l’autre.

Imaginons que dans un drame réaliste l’un des personnages principaux soit brusquement terrassé par une crise cardiaque au cours d’une partie de bridge chez des amis, mais que dans le courant de la pièce aucune allusion à cette maladie ou à une éventualité de ce genre n’ait mis par avance le public en condition. Si tant est que cette situation produise un effet dramatique, celui-ci ne pourra être que superficiel, analogue à celui provoqué par un tableau se décrochant du mur. L’effet aurait été plus profond si le public avait eu la possibilité de deviner par un biais subtil que le personnage en question avait déjà été sujet à des malaises ou à des évanouissements. Cette technique de l’allusion donne des résultats plus saisissants que d’autres formes plus grossières et voyantes de préparation à l’éventualité d’un événement dramatique.

Nous disons généralement que la mort d’un parent ou d’un ami nous frappe moins si nous y avons été préparés, par exemple par le fait qu’une maladie le consumait depuis longtemps. Cela est exact. Mais le choc est encore plus profond et plus durable si nous avons déjà envisagé à un moment ou l’autre cette possibilité, puis en avons refoulé la prévision (ou le désir) et si un beau jour nous apprenons brusquement la mort de la personne qui nous était chère, mort qui nous prend alors « au dépourvu ». Ces remarques jettent elles aussi une lumière nouvelle sur le problème psychologique du choc et de l’effroi.

Pour en revenir au vif de notre sujet, nous aimerions souligner une fois de plus que l’effroi qui est à l’origine des névroses traumatiques est de nature bien particulière. C’est l’effroi qui nous saisit lorsqu’un danger, qu’autrefois nous redoutions inconsciemment et auquel nous pensions avoir échappé, se concrétise soudain. Nous sommes convaincus que dans bien des cas cet effroi serait loin d’avoir sur nous un tel empire, n’était la profonde résonance que lui assure le sentiment de culpabilité inconscient.

Pour étayer cette thèse, je citerai divers facteurs mis en lumière par les savants qui se sont penchés sur le problème des névroses traumatiques et des névroses de guerre. Ceux-ci soulignent que si le choc traumatique s’accompagne d’une blessure ou d’une lésion organique, celles-ci ont le plus souvent pour effet d’empêcher le développement d’une névrose. Tout se passe en fait comme si la blessure, prenant valeur d’un châtiment, d’un équivalent de la castration, se substituait à l’effroi, qui ne subit que dans un second temps un remaniement psychique, et comme si elle gratifiait le sentiment de culpabilité inconscient ou le masochisme de l’individu. Cette situation est analogue à celle des gens qui échappent à la névrose en devenant victimes de troubles organiques ou en contractant un mariage malheureux, etc.

Telle est sans doute également l’explication de l’état d’esprit euphorique, quasi maniaque, qui s’empare après leur commotion de tant de combattants blessés à la guerre, bien qu’il ne faille pas oublier pour autant le rôle de divers autres facteurs tels que le plaisir de rentrer chez soi, la certitude d’avoir échappé à la mort, etc.

Ces gens ont payé leur tribut. Il ne peut plus rien leur arriver. Ils s’en sont tirés, pour ainsi dire, avec un œil au beurre noir. En outre, cette interprétation rendrait en partie compte d’un phénomène surprenant qui contredit la théorie analytique du rêve, à savoir que la victime d’une névrose d’accident ressasse sans cesse dans ses rêves la situation traumatique. Freud affirme que ces rêves ont pour but de permettre au sujet d’échapper à l’emprise de l’excitation qu’il a subie et qu’ils font naître en lui un état d’angoisse dont l’absence a été la cause de la névrose traumatique.

Ces rêves recherchent donc un résultat dont l’obtention est indispensable pour que le principe de plaisir puisse s’affirmer. Cette interprétation reste valable même si nous ajoutons pour plus de précision qu’ils représentent une réaction à la réactivation du sentiment de culpabilité. Ils sont en fait des accomplissements de désir portant sur des sentiments de culpabilité inconscients nés par réaction face à des motions pulsionnelles de type sadique qui ont été repoussées. Nous serions donc conduits à assimiler les rêves des victimes d’une névrose d’accident aux rêves de punition qui gratifient les tendances masochistes de l’individu.

Nous nous sommes contentés d’examiner ici dans une perspective analytique l’un des aspects du choc et de l’effroi. Toutefois nous ne saurions perdre de vue le rôle tenu par certains autres facteurs affectifs que nous n’avons pas abordés dans le cadre de cet article et dont l’importance est pourtant loin d’être négligeable. Je veux espérer que la présente tentative pour isoler un fil unique dans un tissu bariolé ne soulèvera aucune objection. On se gardera d’oublier qu’il en existe également une multitude d’autres et que l’impression générale n’est que la résultante de leurs effets simultanés.

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