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De quelques liens inconscients entre la haine et l’angoisse

Les motions de haine, que l’on doit considérer comme des représentants des tendances à la destruction, sont, pour ce qui est de leur origine et de leur dynamique, tout aussi mystérieuses que les motions d’amour. L’état affectif de l’individu qui déborde de haine semble être aussi pathologique que celui de la personne remplie d’amour.

Si nous-mêmes nous n’avons jamais éprouvé aucune haine, nous ne sommes guère mieux en mesure de comprendre les motivations psychiques et les buts des personnes dévorées par ce sentiment, que ceux des autres monomaniaques que sont les amoureux. Nous n’arrivons pas à concevoir que les uns voient dans leur objet d’amour un ange descendu sur terre et nous ne comprenons pas non plus pourquoi les autres s’obstinent à considérer un objet donné comme un diable sous des dehors humains.

Par contre, nous savons parfaitement que dans les relations d’objet la haine est plus ancienne que l’amour et que cette antériorité rend compte en partie de l’étonnante intrication des motions d’amour et de haine. Ce sentiment énigmatique s’explique en outre par la réaction de défense de certaines pulsions du moi, réaction qui, à son tour, nous renvoie aux conflits qui sont presque inévitables entre les intérêts du moi et la libido.

Mais d’où vient donc la haine? Freud nous enseigne que ce sentiment tire son origine du refus originaire opposé au monde extérieur et à ses stimuli par le moi qui investit toute sa libido sur lui-même selon un mode narcissique. Les prototypes de la relation de haine proviennent de la lutte du moi pour s’affirmer et se maintenir. Dans ces conditions le moi hait tous les objets qui deviennent source de sensations désagréables.

En interprétant cette affirmation de Freud dans un sens biologique, on pourrait dire que le moi hait tous les objets qui sont à l’origine de stimuli externes et qui sont susceptibles de mettre son existence en péril l’approche d’un objet de ce type déclenche en lui une réaction d’angoisse, car il y sent un danger potentiel pour son intégrité, et il commence par essayer de se dérober aux stimuli par un mouvement de fuite approprié.

L’angoisse se transmet à l’individu par un processus phylogénétique. Freud lui attribue la fonction d’un signal d’alarme. Elle renvoie à des expériences ancestrales qui ont eu un effet traumatique. Lorsque l’individu ne peut pas finir à l’intérieur de lui-même, il prendra d’autres mesures pour faire face au stimulus dangereux. Il s’efforcera, par exemple, d’éliminer la source d’excitation, dans un premier temps en se l’incorporant, en la dévorant.

La haine peut être définie comme une relation à l’objet préliminaire à l’une de ces deux réactions, ou encore comme une relation conditionnée par leur impossibilité momentanée. A un stade d’évolution postérieur, la haine oscille effectivement entre ces deux pôles d’activité antagonistes et l’individu s’efforcera soit de fuir l’objet haï soit de le détruire. Ces deux tendances ainsi illustrées par la relation de haine sont également repérables dans les relations d’amour que l’individu noue par la suite, relations qui sont teintées d’une hostilité farouche. Elles se détachent encore plus nettement lorsque les motions d’amour régressent jusqu’au stade sadique-anal.

Je tiens à souligner ici que dans une perspective biologique et psychogénétique la haine est étroitement liée à l’angoisse ou, en d’autres termes, que la haine constitue l’une des motions qui dérivent de l’affect d’angoisse. Il n’est pas nécessaire de préciser que l’angoisse peut se transposer dans d’autres registres affectifs et provoquer des réactions d’objet de nature différente.

Quelles sont donc les conditions spécifiques de l’apparition de la haine? J’en ai déjà signalé une : la haine ne peut voir le jour que si la réaction spontanée devant l’approche d’un objet dangereux est impossible. L’activité motrice serait l’indice de ce que l’individu s’est rendu maître de son angoisse et elle rendrait la haine inutile. Cette remarque ne s’applique, bien entendu, qu’à une situation primitive du type décrit plus haut, alors que par la suite la haine fournit le cadre pulsionnel indispensable pour que cette réaction spontanée puisse se produire.

Une comparaison s’impose entre ce phénomène et le phénomène affectif opposé. A l’origine l’amour est le résultat de l’inhibition d’une pulsion, c’est-à-dire de la remise à plus tard de la gratification de la pulsion sexuelle. Il est une vérité psychologique que toutes les images idéalisées, toutes les transfigurations poétiques et toutes les spéculations métaphysiques des philosophes ne sauraient masquer : l’amour ne peut voir le jour que là où toute gratification sexuelle directe et immédiate est impossible.

En vérité l’analyse ne peut pas nous dire grand-chose sur la nature de ce sentiment mystérieux et sublime, glorifié par les religions et chanté par les poètes : les seules précisions qu’elle puisse nous apporter à ce sujet se résument pour l’essentiel en une modeste découverte, à savoir que l’amour prend sa source dans la sexualité. Quoi que l’on puisse dire à ce propos, il a été établi avec certitude que l’insatisfaction sexuelle joue dès le départ un rôle déterminant dans la genèse de ces émotions toutes-puissantes.

Que ce sentiment qui a comblé l’humanité de tant de bonheur et de détresses encore plus nombreuses vienne du ciel ou de l’enfer, qu’il soit un présent offert par Dieu aux mortels, dans son infinie bonté, ou une disgrâce dont le Malin les a affligés - virtus diaboli est in lumbis - il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il plonge ses racines dans le besoin sexuel à l’état brut dont la société récuse l’existence.

La remise à plus tard de la gratification sexuelle directe est la condition première de la psychogénèse de l’amour. La remise à plus tard de la destruction de l’objet est la condition première de la naissance de la haine. On peut également vérifier a posteriori: la vérité de cette affirmation, en déduisant les mobiles de l’action entreprise à partir des intentions de son auteur. Si les obstacles qui ont occasionné l’apparition de ces sentiments sont levés, les besoins pulsionnels sous-jacents reçoivent immédiatement une gratification. L’amoureux aspire à s’unir avec l’objet, celui qui hait à le détruire.

L’assoupissement de la flamme amoureuse après l’acte sexuel entre en parallèle avec la rémission des motions de haine après la destruction de l’objet. Les deux phénomènes sont la conséquence de ce que l’individu ne parvient jamais à exercer une emprise absolue sur les stimuli. L’un comme l’autre donnent une impression d’inachèvement.

La menace que fait peser un objet, la crainte qu’il provoque, l’impossibilité de maîtriser cette angoisse par le biais de la fuite ou de la destruction immédiate ou par toute autre mesure appropriée - tels sont les traits essentiels de la situation dans laquelle la réaction de haine peut se déclencher. Il est évident que cette liste est loin d’être exhaustive.

En effet, une question nous vient maintenant tout naturellement à l’esprit pourquoi la situation que nous venons de décrire débouche-t-elle sur la haine plutôt que sur une continuation de l’angoisse? Ce problème est difficile à résoudre la seule réponse sincère, c’est que nous n’en savons rien. Nous sommes tentés de supposer que cette différenciation s’établit sur la base de facteurs quantitatifs.

Nos recherches nous permettent d’affirmer avec une certaine certitude que la haine est en quelque sorte une défense contre l’angoisse, une tentative rudimentaire pour la maîtriser. En nous appuyant sur l’opposition postulée par Freud entre pulsions de mort et pulsions de vie, peut-être réussirons-nous à mieux comprendre comment l’angoisse peut se transformer en haine. Cependant la nature profonde de l’angoisse, qui à l’origine constituait peut-être une réaction au plaisir primaire tiré du dépérissement du moi, n’a pas encore été élucidée de façon satisfaisante.

La corrélation entre la haine et l’angoisse jette un jour nouveau sur certains des facteurs qui sont au principe des motions de haine. Le phénomène le plus significatif, c’est que l’angoisse que l’individu essaie de maîtriser par le biais de la haine persiste de toute évidence au sein de Cette dernière. Les motions de haine ne visent que des objets redoutés, des objets dans lesquels le moi voit un danger externe ou interne. Dès que ce facteur de crainte disparaît, l’objet en question peut être envisagé avec mépris, avec aversion ou avec indifférence, mais en aucun cas avec haine.

Le facteur de l’angoisse inconsciente est un trait intrinsèque de la motion de haine, à laquelle il est indissolublement lié. Conformément à la loi du « rebound » des affects, la peur d’un objet peut se transmuer en agressivité dès qu’elle dépasse un certain seuil d’intensité. Soit dit en passant, ce mécanisme n’est pas une caractéristique exclusive des êtres humains. C’est souvent parce qu’ils ont peur de quelqu’un que les chiens s’attaquent à lui, alors qu’ils se gardent de le faire lorsqu’ils sentent qu’ils n’ont rien à craindre. De même, les rats se ruent avec fureur sur les gens lorsque toutes les issues leur sont bloquées.

Notre travail thérapeutique sur les névrosés nous laisse présumer que le processus dynamique par lequel l’angoisse se transforme en haine, et partant en tendance à l’agression, a plus de poids qu’il ne lui en a été attribué jusqu’ici. Certains phénomènes cliniques tendent à prouver que de brusques manifestations d’agressivité ou de haine sont souvent la conséquence de tentatives pour venir à bout d’une angoisse devenue trop envahissante.

Ce genre de gestes impulsifs ne sont pas la caractéristique exclusive de l’hystérie. Les symptômes propres aux névroses obsessionnelles et, de façon encore plus marquée dans la mesure où ils prennent la forme d’explosions pulsionnelles, ceux des troubles maniaco-dépressifs, nous fournissent des exemples innombrables de cette forme particulière de défense contre l’angoisse.

Il me semble qu’à la lumière de ces remarques nous pouvons arriver à donner une explication psychologique de l’agressivité qui se rencontre chez certains psychotiques. Dans certains cas de paranoïa le malade s’efforce de déjouer la menace, réelle ou imaginaire, que l’objet fait peser sur lui, en menaçant à son tour cet objet.

L’exploration de ces mécanismes de défense et de ce processus de transposition tels qu’ils se présentent chez les criminels revêt une importance encore bien plus grande. Tous ceux qui s’intéressent à la psychologie criminelle, ainsi que les juges, les procureurs et les avocats de la défense auraient avantage à étudier ces processus affectifs fort obscurs à la lumière des découvertes analytiques.

Un grand nombre de crimes par ailleurs inexplicables s’éclairent si l’on tient compte du fait qu’un geste agressif peut servir à résoudre sur le plan psychique la tension engendrée par l’angoisse. Certains cas de suicide ne se comprennent que dans l’hypothèse d’un retournement de la haine contre le moi, sous l’influence d’une angoisse excessive. On peut dire que le moi préfère s’annihiler plutôt que supporter plus longtemps une angoisse à laquelle il ne peut pas échapper. Dans ces conditions l’agressivité se dirige contre l’objet introjecté dans le moi, objet qui faisait planer une menace sur celui-ci.

Nous en revenons donc encore une fois à la question de la transformation de l’angoisse en haine. Il est impossible de saisir la profondeur de ce problème sans prendre en considération l’opposition entre les pulsions de vie et les pulsions de mort. Le phénomène de l’angoisse est une réaction face au désir pulsionnel de l’individu de parvenir à la mort par le chemin le plus court.

La résistance du moi à ce défi pulsionnel provoque le renversement de l’affect, c’est-à-dire la transformation du plaisir originel en angoisse. La conséquence logique de la thèse freudienne, c’est que l’angoisse est une manifestation de la lutte contre le désir de mort ou, en d’autres termes, de la lutte contre la tentation du retour à la tranquillité de l’inorganique. Dans ces conditions, la haine représenterait pour le moi une façon de se défendre contre l’objet qui éveille ce désir dans l’individu, elle serait une réaction de la pulsion de vie contre le but de la pulsion de mort.

Pour être efficace, cette réaction de révolte qui doit son énergie à Eros est obligée de calquer la façon ancienne de procéder de la pulsion de mort. En effet, elle conserve l’ancien but pulsionnel dont elle se contente de modifier l’orientation en déplaçant le plaisir sur un autre objet. La haine est donc une motion qui a pour but de gratifier la pulsion de mort par le biais d’un déplacement sur un autre objet.

C’est ce déplacement qui sauve le moi de l’anéantissement, tout en lui permettant de continuer à jouir partiellement de la gratification ancienne en s’assouvissant sur un objet étranger. Nous avons signalé plus haut que dans certaines conditions une angoisse qui atteint une intensité insoutenable peut pousser le moi à se donner la mort. En termes positifs, cela revient à dire que le moi renonce à lutter contre les tendances destructrices et qu’il succombe à la tentation de la pulsion de mort.

Il est clair que la haine n’a repris à son compte que le pouvoir exécutif, pour ainsi dire, de la pulsion de mort, le choix de l’objet - un objet étranger ou le moi - ayant une importance tout à fait secondaire. Les suicides dictés par un chagrin d’amour peuvent s’expliquer par la régression que subissent les pulsions de vie. Le moi préfère s’annihiler plutôt que d’attaquer la personne aimée. Il n’y a pas de haine sans objet, par contre il existe une disposition à la haine qui à l’origine est tout aussi aveugle dans ses choix que l’est l’amour. Il s’agit, pour ainsi dire, d’une haine flottante qui reflète la volonté de maîtriser une angoisse latente.

L’analyse de la plupart des cas de névrose prouve que la haine joue également un autre rôle au sein de la dynamique émotionnelle et de l’économie des affects. Elle aide souvent l’individu à se protéger contre des affects d’angoisse trop intenses et elle lui permet d’échapper à des sentiments désagréables d’une force excessive. La fonction de ce facteur économique dans la genèse de la haine mérite un examen psychologique plus approfondi.

Au point où nous en sommes arrivés, nous pouvons envisager dans une perspective plus vaste une séquence de processus psychiques que j’ai déjà décrite auparavant. Dans mon essai sur la Compulsion d’aveu et le besoin de punition, j’ai soutenu qu’un grand nombre de gens, névrosés ou non, nourrissent une haine intense contre les personnes qui leur témoignent justement de l’amitié et de la bienveillance. Ce renforcement de la haine vis-à-vis des objets que l’individu a maltraités ou offensés, renforcement qui constitue une réalité psychologique indubitable, nous apparaît comme particulièrement stupéfiant. Dans mon ouvrage précédent, je me suis efforcé de faire remonter cette réaction apparemment paradoxale au sentiment de culpabilité inconscient et d’expliquer comment ce dernier opère.

Nous sommes maintenant en mesure d’insérer ce phénomène psychologique particulier dans un contexte beaucoup plus vaste. L’angoisse de castration, dont l’angoisse morale inconsciente s’est révélée être le représentant, s’est perpétuée sous forme de haine. Il semble même que l’augmentation de cette angoisse morale puisse donner naissance à des motions de haine d’une extrême véhémence et à des accès répétés d’animosité.

En observant le comportement des névrosés et des personnes à tendances névrotiques j’ai pu me convaincre de la force réelle de ce mécanisme. L’une de mes patientes ne se tenait pour satisfaite que lorsqu’elle avait insulté de manière blessante tous les membres, parents et amis, de son entourage immédiat. Un jour où elle venait d’offenser de cette sorte sa meilleure amie, elle me décrivit au cours d’une séance analytique ses processus psychiques en ces termes « J’ai été odieuse envers R. parce que j’avais déjà eu une attitude odieuse envers elle auparavant. Mais le fait de me montrer odieuse me pousse à la détester. » Dans ce cas, la haine apparaît donc clairement comme une tentative de la patiente pour se libérer du poids étouffant de son sentiment de culpabilité, qui est devenu si accablant qu’il l’oblige à répéter son geste.

Il s’agit donc d’une forme particulière d’angoisse, l’angoisse morale inconsciente, à partir de laquelle la motion de haine se fait jour. Mais nous savons qu’ici aussi entre en ligne de compte une angoisse devant un danger réel, angoisse dont Freud a montré qu’elle constitue le noyau de l’angoisse morale.

Que la haine tire son origine d’une tentative spécifique pour triompher de l’angoisse, c’est ce qui ressort clairement de l’examen des situations où l’objet de l’angoisse ne fait qu’un avec l’image originaire du surmoi. Chez l’une de mes jeunes patientes, les motions issues du complexe d’œdipe se manifestaient sous une forme bien particulière.

Autant qu’elle pouvait s’en rendre compte, sa haine envers sa mère s’expliquait par le fait que celle-ci l’avait forcée à se détester; elle voulait dire par-là qu’elle était obligée de se haïr en raison de l’éducation que sa mère lui avait donnée. Il était facile de deviner que les traits de caractère qui l’avaient amenée à nourrir cette violente aversion envers elle-même étaient intimement liés aux motions issues de ses pulsions sexuelles et que son angoisse avait trait à des situations où elle éprouvait des tentations de ce genre.

Dans le cadre du transfert, il n’est pas rare que le patient s’adresse de manière agressive à l’analyste ou qu’il nourrisse à son sujet des pensées hostiles lorsqu’une angoisse assimilable à un sentiment de culpabilité atteint un certain seuil d’intensité. Cette corrélation psychologique nous amène à formuler une conclusion qui est confirmée par nos observations analytiques la haine s’accroît parallèlement à l’angoisse inconsciente qu’elle avait pour fonction d’éloigner.

On a parfois l’impression que la haine atteint son paroxysme lorsque la poussée de l’angoisse devient insupportable. Les limites de cet article ne nous permettent pas d’établir dans quelle mesure l’angoisse devant un danger réel est amplifiée le cas échéant par l’angoisse morale dans des cas de ce genre. J’estime toutefois probable que la poussée du sentiment de culpabilité, jointe à d’autres facteurs, contribue de manière décisive à la montée des motions de haine.

Etayée par des sentiments de culpabilité inconscients, la haine atteint des proportions inquiétantes. Il est intéressant de remarquer que, quand cela se produit, la destruction de l’objet haï est motivée non seulement par un désir réaliste de gratification pulsionnelle, mais aussi par le fait que l’individu espère desserrer par ce moyen l’étau de l’angoisse morale. L’accès d’agressivité équivaut donc à une fuite devant une angoisse trop intense.

Avant d’en terminer avec ce bref aperçu, j’aimerais m’arrêter un instant sur un problème lié à la situation que nous venons de décrire. Il a trait aux motions issues de la constellation typique qui est désignée dans la théorie analytique sous le nom de complexe d’œdipe. Cette constellation a une importance fondamentale pour l’évolution et la maturation de l’individu.

A ce stade, le petit garçon est manifestement agité par des motions d’ordre sexuel et par un sentiment de jalousie dirigés tous les deux sur la personne de sa mère et il laisse transparaître non moins clairement des motions d’hostilité envers son rival paternel. Le lien psychologique existant entre la haine et l’angoisse inconsciente exerce à notre avis une influence décisive et durable sur l’évolution de cette situation.

Le fait que durant une période assez longue aucun conflit n’éclate entre les sentiments antagonistes de la tendresse et de l’hostilité à l’égard du père, joint à d’autres caractéristiques de ce processus psychique, nous amène à formuler une hypothèse qui semble mériter toute notre attention. L’angoisse est-elle ici aussi le seul facteur déterminent de l’apparition de la motion de haine?

En d’autres termes je suis convaincu que l’attitude initiale qui caractérise les rapports du petit garçon avec son père, attitude qui au départ n’est nullement en contradiction avec sa tendresse envers celui-ci, ne se transforme en haine que dans un second temps sous l’influence de la lutte contre l’angoisse de castration. Je crois que cette haine s’amplifie sous l’effet de l’immédiateté de la tentation et qu’elle est renforcée par la suite de manière réactionnelle par l’angoisse morale. Il me semble que dans cette situation elle aussi, la haine représente une tentative pour maîtriser l’angoisse inconsciente.

Vu les limites de cet article, il ne m’est pas possible de me lancer dans l’examen de certaines particularités théoriques qui découlent de l’investigation des liens entre la haine et l’angoisse. Néanmoins je peux affirmer avec certitude, sans courir le risque d’être accusé de témérité, que cette compréhension nouvelle nous fournit une voie d’accès à plusieurs domaines encore pratiquement vierges de la psychologie du moi.

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