Le retour du refoulé
Le refoulement est un processus qui consiste à éloigner du champ de la conscience certains désirs, motions et pensées et à les maintenir à lécart. Le refoulé exerce une poussée incessante contre le censeur qui défend le portail du préconscient. Vous savez en outre que les symptômes et les formations substitutives qui nous intéressent, nous psychanalystes, ne sont pas engendrés par le refoulement, mais quau contraire, à lexemple des angoisses et des inhibitions qui les accompagnent, ils sont des signes du retour du refoulé.
La compulsion daveu peut être considérée comme lune des forces les plus puissantes parmi celles qui déterminent le retour du refoulé. Son objectif laveu inconscient, constitue une modalité particulière de ce phénomène. Refoulement et compulsion daveu sont tous les deux des processus inconscients. Nous pouvons les comparer à des bateliers qui transportent le même matériel affectif dune rive à lautre dun fleuve. Mais alors que lun, le refoulement, soccupe du passage entre le domaine du préconscient et celui de linconscient, lautre, la compulsion daveu, fait faire à la même cargaison le voyage inverse, de laire inconsciente à la préconsciente.
Cette comparaison peut nous entraîner encore plus loin. Chaque batelier a une tâche bien définie. Lun doit livrer sa cargaison sur la rive opposée et faire en sorte quelle y reste. Lautre devrait la retransporter à son point de départ et ly décharger. Mais cela ne signifie en aucun cas quils réussissent à tous les coups à mener à bien leur mission. Nous constatons que dans le cas des névroses le refoulement échoue sur toute la ligne et que ce qui a été expulsé menace de réapparaître. Mais nous constatons aussi que laveu (en raison du caractère inconscient que nous lui avons reconnu) natteint pas tout à fait son objectif Il nous reste simplement à ajouter que les deux bateliers reçoivent leurs ordres dune même personne.
Le moi est le point de départ du refoulement et cest au moi que laveu retourne. Lexpéditeur ne coïncide pas nécessairement avec la personne pour qui il transmet les ordres. Il peut nêtre que le remplaçant dune autre personne qui demeure dans lombre et dont les intérêts recoupent en partie les siens. Vous aurez deviné que je veux parler du surmoi, qui constitue la condition sine qua non à la fois du refoulement et de la compulsion daveu. Pour compléter le tableau nous devons ajouter que les deux passages répondent fondamentalement à la même exigence : éviter le déplaisir. Cette comparaison devrait éclairer, dans une certaine mesure, les fonctions respectives du refoulement et de la compulsion daveu. Elle peut, bien sûr, sappliquer aussi à tous les autres mécanismes du retour du refoulé.
Je crois savoir sur quel point portera votre objection à la comparaison que jai développée: « Nest-il pas absurde de supposer que léloignement et le retour du même matériel puissent avoir les mêmes motifs? » Non, cette idée nest pas aussi insensée quelle en a lair à première vue. Vous devez tenir compte du fait quun certain laps de temps sécoule entre les deux traversées. Entre-temps une réflexion sur la destinée ultérieure de la cargaison, des expériences nouvelles, la perspective dune meilleure utilisation du matériel peuvent rendre nécessaire un changement de consigne, alors que lobjectif final, celui par exemple de réaliser un bénéfice, demeure identique. Songez quune modification des conditions internes, un alourdissement de la cargaison par exemple, peut justifier un contre-ordre.
En outre, un autre facteur entre en jeu, dont nous navons pas tenu compte dans notre comparaison (assurément fort inadéquate), à savoir le facteur économique. Celui-ci rend la situation moins nette ou plutôt il en révèle la complexité. Imaginons par exemple que le refoulement échoue et que le déplaisir quil devait prévenir saccroisse. Ne vaudrait-il pas mieux dans ce cas accepter une certaine partie du déplaisir initial pour éviter davoir à souffrir un déplaisir plus fort? Le retour du refoulé nest pas déterminé uniquement par limpérieux besoin dexpression des pulsions. Des facteurs secondaires peuvent sêtre ajoutés à ceux qui étaient déjà présents lors de la première phase du refoulement. Des déplacements dinvestissement et le relâchement de la censure dans le sommeil favorisent par exemple le retour du refoulé.
Laveu, que nous avons défini comme une modalité particulière du retour du refoulé, se caractérise aussi par les conditions spéciales dans lesquelles il se produit. Il implique un changement dans le jeu des forces affectives, changement qui vise à donner une coloration agréable à ce qui était par ailleurs source de déplaisir. Ce changement est par conséquent identique à la modification des conditions dapparition du plaisir et du déplaisir, qui a été examinée par Freud dans son étude sur lévolution des plaisanteries tendancieuses. Le résultat en est aussi le même: le refoulement frappant le représentant par ailleurs rejeté dune pulsion est levé.
Les plaisanteries à tendance agressive ou sexuelle sapparentent elles aussi à laveu en ce quelles impliquent inconsciemment laveu de motions par ailleurs refoulées ou du moins réprimées. Nous constatons maintenant quau peint où nous en sommes arrivés, nous avons traversé la ligne de démarcation entre aveux conscients et aveux inconscients et que nous en sommes revenus à notre comparaison entre refoulement et compulsion daveu. Le refoulement est quelque chose qui peut arriver à une pulsion dans certaines conditions. Il constitue un stade préliminaire de la condamnation. Pour utiliser le langage freudien, il se situe à mi-chemin entre la fuite et la condamnation.
Si nous le comparons à laveu, nous nous apercevons que celui-ci occupe lui aussi une position intermédiaire entre la fuite et la condamnation, plus proche toutefois de cette dernière que ne lest le refoulement qui peut être assimilé à une véritable réaction de fuite. Je vais essayer déclairer ma pensée par une comparaison. Imaginons quun homme se tienne devant la vitrine de chez Tiffany et que lenvie le prenne de briser la vitre et de voler un diamant.
Il écarte cette impulsion passagère après avoir songé au commandement «Tu ne voleras point » ou aux conséquences de ce méfait et il continue sa promenade le long de la Cinquième Avenue. Comparez ce processus avec ce que nous appelons condamnation puis observez le décalage entre son résultat final et les vicissitudes du refoulement éventuel de la même impulsion. Pour que notre comparaison en revanche donne une image fidèle du refoulement nous devons imaginer que notre promeneur, terrifié par ses pensées, séloigne en courant de la bijouterie comme sil était pourchassé par les Furies.
Cette comparaison semble nous inviter à nous intéresser de plus près aux rapports existant entre la compulsion daveu et les instances affectives qui jouent un rôle déterminant dans le processus du refoulement. Jaimerais préciser au départ, comme je lai déjà fait dans les pages précédentes, que nous considérons laveu comme une forme dexpression préconsciente de la compulsion inconsciente et quà lexemple des autres rejetons des besoins pulsionnels inconscients il réunit en lui des qualités opposées. Ainsi à linstar des fantasmes il relève sur le plan qualitatif du système du préconscient, tout en appartenant en fait à celui de linconscient.
Si nous voulons comprendre la signification de laveu en termes dynamiques, nous devons nous tourner encore une fois vers le processus par lequel le besoin dexpression des pulsions se transforme en compulsion à avouer. Le besoin dexpression est issu du moi qui doit communiquer ses besoins au monde extérieur. La façon dont celui-ci les accueille prend une importance décisive pour leur destinée ultérieure et elle détermine le refoulement de certaines impulsions qui ont un rôle bien spécifique vis-à-vis de ce monde.
Par la suite celles-ci sont incorporées au moi par identification et elles y mènent une existence indépendante en tant que surmoi. Sous linfluence du surmoi, le besoin élémentaire dexpression, soumis au harcèlement incessant des pulsions, se transforme dans certaines conditions en compulsion daveu. Tout ce quil peut faire alors cest de faire part de ses exigences au monde extérieur sous la forme dun aveu, ainsi que le surmoi le demande. Mais intérieurement aussi les besoins doivent être ressentis sous cette forme si lattitude du surmoi veut quil en soit ainsi. Nous devons donc souligner ici que cest la rigueur ou la tolérance relatives du surmoi qui déterminent si une pulsion se révèle au moi par une constatation ou par un aveu.
Toutefois nous savions déjà que ce sont justement ces attributs du surmoi qui décident de la destinée dune pulsion. Un surmoi particulièrement rigide laisse certaines pulsions ou certaines pensées tomber sous le coup du refoulement, alors quun autre plus tolérant leur permet de demeurer conscientes. Nous pouvons donc dire que la compulsion daveu (comme le refoulement) agit différemment selon les individus. La mobilité qui, selon Freud, caractérise le refoulement, est typique aussi de laveu. La dépense affective que celui-ci exige peut être renouvelée, réduite ou évitée.
Le moi, qui est le représentant du monde extérieur, est tenu au courant des processus qui se déroulent dans le ça par lintermédiaire des motions pulsionnelles. Il est libre daccepter ou de refuser ces renseignements, de même quun homme peut lire les lettres quil reçoit ou les déchirer. Laveu constitue tout simplement un renseignement comme un autre, et il est communiqué au moi par le surmoi, cest-à-dire par un représentant de la première identification du moi. Cest le messager et non le message qui conduit le moi à accepter celui-ci. Cette manière dagir suppose toutefois que le surmoi consente à jouer ce rôle dintermédiaire et quil soit disposé à rendre ce service. Nous savons combien il se fait payer, tout au moins dans le cas de laveu qui satisfait simultanément le besoin de punition.
Ces rapports psychiques seront plus faciles à comprendre si nous établissons un parallèle avec la névrose. Selon Freud, celle-ci est le fruit dun conflit entre le moi et le ça. En termes plus explicites cela veut dire que le moi est entré en conflit avec le ça alors quil était au service du surmoi et de la réalité. Dans ces conditions il est évident que la compulsion daveu sefforce de tenir le rôle dun médiateur entre les deux parties antagonistes, le moi et le ça. Toutefois cela nest possible que si elle satisfait dans une certaine mesure les exigences des deux parties à la fois. Ce nest que sur cette base que lon peut parler de médiation. Cela ne vous rappelle-t-i1 pas certaines affaires politiques contemporaines?
Laveu est par conséquent une tentative de réconciliation mise sur pied par le surmoi dans le but de vider la querelle entre le moi et le ça; le surmoi agit en quelque sorte comme un père qui sentremet dans une dispute entre deux frères. Et cette hypothèse nest pas infirmée par le fait que parfois le moi entre en conflit avec le ça parce quil a pris le parti du surmoi. Il faut tenir compte ici aussi des facteurs historique et économique. Ceux-ci ont occasionné entre-temps des changements qui ont rendu nécessaire lintervention du surmoi. Lobjectif est clair - il sagit de restaurer la paix familiale - dans notre cas lintégrité de la personnalité. Le père est souvent la personne la mieux placée pour tenir le rôle dun pacificateur il sait que les deux frères le tiennent en grande estime et il connaît leurs faiblesses mieux quils ne les connaissent eux-mêmes.
Avec laveu nous avons justement affaire à lune des situations où le surmoi en sait plus que le moi sur le ça inconscient. Les processus qui sy déroulent, dans le cas par exemple de la névrose obsessionnelle et de la mélancolie, étaient ignorés du moi, mais pas du surmoi. Ici encore le surmoi se conduit par conséquent comme le représentant du monde intérieur, cest-à-dire du ça. Comme vous le savez, le succès de la médiation nest pas garanti à coup sûr. Dans le cas des névroses obsessionnelles par exemple, le moi peut refuser daccepter les renseignements gênants qui lui sont présentés par le surmoi.
Ou bien il peut se contenter de prendre connaissance de la partie du message sur lequel le surmoi met laccent, tout en rejetant le contenu véritable. Cest ce qui se produit chez les personnes atteintes de névrose obsessionnelle qui sont oppressées par un sentiment de culpabilité dont elles ignorent la source. Tout se passe alors comme si le moi avait pris note dune partie du message intérieur, mais en avait tiré prétexte pour envenimer à nouveau la querelle. Le moi peut aussi saisir certaines bribes du message ou encore linterpréter tout de travers, ainsi que le montre lobservation clinique, en particulier dans certains cas de névrose obsessionnelle.
Dans les maladies de type hystérique, le moi esquive le messager ainsi que le message. Le sentiment de culpabilité ainsi que le matériel auquel il se rapporte demeurent alors inconscients. Divers autres états morbides, tels que la mélancolie et les psychonévroses narcissiques, sont le résultat de conflits entre le surmoi et le moi. Laveu que ce dernier nest que trop prompt à accepter est en fait une accusation dirigée contre lobjet que le moi a incorporé. Dans le cas des névroses obsessionnelles caractérisées par un sentiment de culpabilité emprunté au sens freudien du terme, laveu est utilisé dans le même but.
Je me dois de vous signaler que tous les analystes connaissent aussi une forme spécifique daveu momentané, qui toutefois nest pas accepté par le moi. Souvent lensemble des faits refoulés se révèle à celui-ci, comme une pensée soudaine qui le traverse à un moment donné et il en comprend la signification, mais cette lucidité ne dure quun instant. Le moi a reçu le message, mais il ny prête pas attention. Il a entendu ce quon lui disait mais il ny croit pas. Tout se passe comme si le moi avait saisi le message embarrassant qui lui est parvenu, mais sétait empressé de sen débarrasser.
Il existe une autre éventualité qui peut retenir notre attention dans le cadre de cette étude. Le contenu-représentation dun représentant de la pulsion peut avoir accédé à la conscience, alors que son quantum daffect demeurait sous le coup du refoulement. Dans ce cas il semblerait que le moi ait pris connaissance du contenu du message, mais quil lait considéré comme quelque chose de banal ou dinsignifiant, et de toute façon totalement dépourvu dintérêt.
Nous assistons par conséquent ici aussi à un retrait dénergie psychique qui a trait uniquement au domaine des émotions. De même il nest pas rare que le moi fasse porter la charge affective sur un détail secondaire du message et quil y consacre une attention excessive, ainsi que nous pouvons lobserver à propos des mécanismes du déplacement dans le cas des névroses obsessionnelles.
Nous avons mis en lumière limportance du rôle tenu par le surmoi dans la compulsion daveu. Celui-ci fait office de messager auprès du moi et souvent cest uniquement grâce à son intervention que le message a une chance dêtre accepté. Nous pouvons aisément prouver la validité de notre interprétation. Lorsque le surmoi refuse de rendre ce service,
le message nest pas remis à son destinataire. Je veux dire par là que si le surmoi est trop rigoureux et ne consent pas à transmettre le message, laveu ne peut pas avoir lieu. Cependant le silence du surmoi se traduira par un sentiment de culpabilité inconscient. Cest ce qui se produit chez le patients souffrant dune névrose particulièrement grave: leur besoin de punition est si profond quil soppose de toutes ses forces à la guérison par le traitement analytique. Bien que le surmoi soit au courant des processus qui se déroulent dans le ça, ceux-ci demeurent inconnus du moi.
Nous devons par conséquent prendre garde à bien différencier les deux situations. Si le surmoi est suffisamment tolérant, les rejetons de linconscient seront en mesure de se présenter devant le moi en tant que manifestations pulsionnelles. Si par contre il fait preuve dune rigueur excessive, ils nauront même pas le loisir de sexprimer sous la forme dun aveu. Nous pouvons encore juger de limportance du rôle tenu par le surmoi dans ce processus par une autre de ses particularités. Lun des motifs essentiels de laveu tient à la situation remarquable du surmoi, qui ne se borne pas à faire office de messager mais représente en outre lune des parties directement mises en cause. Le message dont le surmoi est porteur a trait aussi au messager lui-même.
On remarquera que dans tous ces exemples une communication sinstaure entre le ça et le surmoi. De même, laveu garde sa signification spécifique dans le conflit qui oppose le surmoi au moi, tel quil se présente dans les psychonévroses narcissiques. Ici encore laveu est motivé par le surmoi qui a monopolisé le champ de la conscience. Toutefois il ne vise pas à la réconciliation, mais sert à accabler le moi qui souscrit à cette accusation. Ainsi donc le surmoi réserve au moi un traitement cruel en lui présentant sans cesse laveu comme une exigence idéale à laquelle celui-ci ne peut satisfaire. Il se conduit comme un créancier inflexible qui présente à tout bout de champ à son débiteur la note que celui-ci na pas réglée.
Telle est la nature des douloureux reproches de la conscience morale qui caractérisent de nombreuses formes de névrose obsessionnelle. Ici encore le surmoi a fait cause commune avec le ça, mais la gratification du besoin de punition est devenue maintenant le but pulsionnel le plus important, voire lexclusif. La torture incessante que sinfligent les individus souffrant de névrose obsessionnelle et les tentatives de suicide des mélancoliques sont là pour témoigner de la puissance de cette tendance. Le moi cherche par sa soumission et par ses souffrances à se concilier le surmoi, mais il ny réussit pas, pas plus quil ne réussit à se défendre avec bonheur contre les exigences du ça.
La manie offre le seul exemple de situation où le moi lemporte sur le surmoi et claironne laveu aux quatre vents. La rébellion du moi contre le surmoi devenu trop puissant, rébellion à laquelle on assiste parfois dans les cas de névrose obsessionnelle, est presque toujours une tentative de putsch, laquelle échoue parce que le moi tombe alors sous lemprise des exigences à peine moins destructrices du ça.
Il nest pas rare que ces deux types de conflit se déroulent simultanément, lun se superposant à lautre. Les efforts de lanalyste aboutissent souvent à un résultat inattendu. Il est fondé à croire que son patient est en voie de guérison, mais il découvre ensuite que le conflit se poursuit sur un autre plan. Laveu était une fois de plus une tentative de réconciliation du ça avec le moi, par lintermédiaire du surmoi, mais le succès na été que de courte durée. Laveu na pas pu porter sa mission à son terme car le besoin de punition était trop fort pour se laisser tarir ainsi.
Il est évident que lanalyste, dont lattention était accaparée par les querelles bruyantes du moi et du ça, ne sétait pas aperçu de lexistence dun conflit primordial entre le moi et les objets les plus anciens visés par le ça, conflit qui se prolonge maintenant au niveau du moi et du surmoi.
Il existe une autre utilisation de laveu par le moi que nous navons pas encore prise en considération jusquici; aussi allons-nous maintenant remédier à cette lacune. Le moi peut accepter laveu et sen servir dans le but que celui-ci devrait avoir - à savoir se réconcilier avec le ça. Cest ce qui se passe normalement. Dans ce cas laveu sert aussi à renforcer lamour propre menacé par le choc entre les exigences du moi et celles du ça, à reconstituer la force narcissique du moi. Le moi retrouve son intégrité. Nous aurions tort de supposer que la prise de conscience par le sujet de ses pulsions interdites aboutit inévitablement à une dépréciation ou à une diminution du narcissisme secondaire. Bien au contraire les qualités mises en uvre pour arriver à cette prise de conscience peuvent régénérer le narcissisme blessé.
Il peut arriver que laveu lui-même devienne le moyen utilisé par le moi pour se faire accepter par le ça en tant quobjet damour. Tout se passe alors comme si le moi disait: « Maintenant je connais tes désirs. Tu peux maimer à ton tour. » Freud nous a montré que cest effectivement ainsi que sopère parfois la transposition de la libido dobjet en libido du moi et que tel est bien en général le mécanisme de la sublimation.
Les conflits opposant le surmoi au moi donnent souvent limpression que ce dernier nattribue pas à laveu une valeur aussi précise. Il ressort de ce qui précède que le surmoi présente au moi un aveu qui est accueilli dans un premier temps avec humilité. Parfois certes le moi en arrive à faire siennes ces accusations, à les transformer en auto-accusations rien que pour faire plaisir au surmoi. Dans ce cas le moi simpose au surmoi en tant quobjet damour et il se sert de laveu pour se faire aimer.
Vous vous souvenez quau cours de la dernière conférence nous avons étudié cette fonction psychique de laveu à propos du processus du transfert analytique. Le moi commence par renoncer à tous ses droits et il se sert de laveu pour quémander des preuves damour, comme un enfant qui espère après le châtiment, que dis-je au moyen du châtiment lui-même, regagner lamour perdu de son père ou de sa mère.
Dans certains cas, le moi réussit effectivement, au prix de sacrifices inouïs, à sattirer laffection du surmoi courroucé mais en contrepartie il est appelé à endurer les tortures incessantes auxquelles ce tyran le soumet. Cest dans cette catégorie que rentre la notion religieuse de l« élection», la conception selon laquelle Dieu punit ceux quil aime. Lidée que par la souffrance on sassure une puissance impérissable, lhumble compréhension de toutes les douleurs qui est la pierre de touche des religions juive et chrétienne peuvent être citées en exemple de cette attitude du moi. Ici la souffrance aboutit par elle-même à sa propre négation. « Seul celui qui endure son malheur sen libère», écrit Lao-tseu.
Cette attitude va même encore plus loin : la souffrance et la persécution se transforment en but pulsionnel, car elles seules peuvent satisfaire le surmoi et le ça. Jésus prêche: « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.» Le châtiment en soi est devenu une preuve damour, comme dans la perversion masochiste. Cette façon bien particulière de sen sortir est peut-être lun des rares expédients auxquels le moi, devenu humble, puisse avoir recours pour atteindre son but: être aimé à nouveau par le ça. Comme vous le savez, cet objectif lui-même nest jamais complètement atteint et de nouveaux châtiments sont nécessaires pour conserver lamour du surmoi.
Il ne faut pas oublier quentre-temps le moi est assailli par des exigences pulsionnelles dun autre genre en provenance du ça, exigences quil est obligé de repousser. Dans le domaine religieux, les tentations des ermites de la Thébaïde et les tortures quils sinfligent par pénitence, ainsi que les privations de plus en plus sévères auxquelles ils sastreignent peuvent être considérées comme un exemple de ces demandes damour sans cesse répétées que le moi adresse au surmoi, après avoir repoussé les exigences pulsionnelles du ça. La symptomatologie des névroses obsessionnelles nous fournit le parallèle moderne de cette situation sur le plan pathologique.
Il existe une autre façon de sen sortir qui consiste à accepter laveu et à remettre le surmoi à sa place en faisant état des souffrances déjà endurées; mais cette tactique échoue, en règle générale, dans le cas des névroses obsessionnelles. Face, en effet, à une telle éventualité, le surmoi a toujours à sa disposition un stock tout frais daveux nouveaux, quant au besoin de punition, il est devenu insatiable. Dans le cas de la mélancolie, laveu se substitue à une accusation contre la personne, auparavant aimée, qui a été introjectée dans le moi. Il représente par conséquent le rejet des demandes damour exprimées par une personne incorporée au moi par introjection. Ici le surmoi se sert de laveu pour attaquer le moi qui a été modifié par lintrojection de lobjet.
Nous avons dit que de labstention ou de lintervention du surmoi dépend la forme du message reçu par le moi à propos des processus qui se déroulent dans le ça: dans un cas ce message se présente en tant que manifestation pulsionnelle, dans lautre en tant quaveu de motions interdites. Le surmoi qui était déjà à lorigine du refoulement devient aussi par la suite le siège de la compulsion daveu, qui entretient le même rapport avec le refoulement que le négatif avec le positif en photographie. Laveu constitue, par conséquent, une tentative plus ou moins réussie pour ramener des motions refoulées au niveau préconscient. Ce processus, qui na pas encore échappé à la sphère de linconscient, est donc le contraire exact de celui du refoulement.
Il ne nous reste plus quà examiner brièvement le rapport existant entre compulsion daveu et monde extérieur. Cela nous sera dautant plus aisé que nous savons que le moi joue le rôle dun avocat du monde extérieur au sein des instances psychiques. Dans ses rapports avec lextérieur, la compulsion daveu visera par conséquent des objectifs identiques pour lessentiel à ceux qui déterminent sa conduite vis-à-vis du moi. Elle fait part au monde extérieur des réalités endopsychiques quelle a pu observer dans des conditions données; elle lui communique, par lintermédiaire de signes particuliers, les intentions par ailleurs cachées des motions pulsionnelles et, en même temps, celles du surmoi.
Elle satisfait le besoin de punition ainsi que les motions pulsionnelles refoulées et le monde extérieur réagit vis-à-vis de ses manifestations avec hostilité ou avec tendresse par le rejet ou par lacceptation, selon ses propres dispositions et selon la place respective tenue dans laveu par chacune de ces deux grandes tendances pulsionnelles.
A ces deux objectifs sen ajoute un troisième, à savoir la volonté de reconquérir lamour du monde extérieur au moyen de laveu lui-même. Lexamen des rapports entre compulsion daveu et monde extérieur nous permet de mettre laccent sur un autre fait intéressant. Laveu inconscient permet au surmoi, mais non au moi, de prendre connaissance des processus qui se déroulent dans le ça. Toutefois le monde extérieur, qui ne reçoit pas lui non plus laveu au niveau conscient, en comprend inconsciemment la signification latente. Laveu au monde extérieur a donc été effectué sans lassistance du moi. Linconscient dune personne est en mesure de comprendre et dinterpréter laveu en tant quexpression inconsciente dune autre personne.
Comme nous lavons vu, lenfant arrivé à un âge décisif transforme, sous limpulsion du monde extérieur, ses besoins dexpression interdits en compulsion daveu. Plus précisément, ce sont les représentants les plus importants du monde extérieur, cest-à-dire les parents et les personnes qui en tiennent lieu par la suite, qui provoquent cette transformation. Cela nous ramène encore une fois à la psychogenèse de la compulsion daveu. Nous nous sentons maintenant assez sûrs de nous-mêmes pour pouvoir compléter et corriger au moyen des lumières nouvelles que nous avons acquises la description que nous en avons faite un peu plus haut.
Lenfant, mû par ses besoins les plus vitaux, se sentait au départ poussé à manifester ses motions dhostilité, de tendresse ou de jalousie, motions à caractère sexuel ou crûment égotiste, à ses parents qui étaient ses premiers confidents. Le refoulement de certaines motions et pulsions creuse un fossé très profond entre lenfant et les parents. La cause de ce changement dattitude vis-à-vis de ces derniers réside, comme vous le savez, dans les sentiments et dans les excitations qui prennent racine dans le complexe ddipe.
Cet éloignement par rapport aux parents est en réalité une conséquence de laliénation partielle qui se produit au sein du moi. Celle-ci procède du refoulement, en vertu duquel une partie essentielle du moi se sépare du tout pour se dresser comme un étranger devant le reste du moi. Ainsi donc le complexe ddipe et le sentiment de culpabilité qui en résulte sont à lorigine de linhibition du besoin dexpression propre à lenfant et de sa transformation ultérieure en compulsion daveu.
Lenfant, qui auparavant abordait naïvement ses parents en donnant libre cours à ses pulsions, est maintenant inhibé dans ses démonstrations affectives par la puissance croissante du refoulement. Cette inhibition de lexpression est toutefois le signe dun changement profond dans leur rapport damour, car lorsque nous aimons totalement une personne nous sommes prêts à lui faire part de toutes nos motions pulsionnelles. Vous savez très bien que les formations substitutives, véritables aveux inconscients, prennent la place des manifestations pulsionnelles passées sous silence.
Le but de lanalyse est de déblayer le chemin qui avait été obstrué dans certaines circonstances bien particulières et de ramener au niveau conscient les émotions anciennes qui avaient provoqué le blocage. Pour ce faire, elle peut compter au premier chef sur les aveux inconscients fournis par les symptômes de chaque patient. Le thérapeute est ainsi en mesure de dissiper le malaise qui perturbait les rapports du patient avec son père, malaise révélé par linhibition du besoin dexpression, et de soulager langoisse morale excessivement aiguë de celui-ci.
Jaimerais résumer la situation de la façon suivante « Vous aurez atteint lobjectif essentiel de vos efforts analytiques lorsque vous aurez réussi à ramener la paix entre le moi et le surmoi du patient, lorsque son surmoi sera devenu plus tolérant dans le cadre de lanalyse. » Nous avons déjà signalé limportance du rôle tenu dans ce processus par la transposition en paroles.
Parmi les résistances opposées aux efforts thérapeutiques, les plus violentes sont celles qui tiennent à la nature des motions condamnées que le patient doit laisser sexprimer et aux caractéristiques propres à la relation de transfert. Après tout, les désirs proscrits doivent être avoués à la personne même à laquelle ils sadressent. Freud a déjà montré que cette exigence aboutit en réalité à des situations qui semblent presque impossibles à maîtriser. Toutefois il est indispensable de reconstituer la situation infantile au cours de laquelle ce problème était resté sans solution.
Cest à un représentant du père et à lui seul, que le patient doit avouer lhostilité quil éprouve envers celui-ci, pour pouvoir surmonter son sentiment de culpabilité inconscient. En raison des objectifs thérapeutiques, les difficultés accrues qui en résultent dans la situation analytique ne peuvent en aucun cas être esquivées. Le besoin dexpression, dont les manifestations vis-à-vis des parents ont été inhibées, assume dans le cadre de lanalyse la forme de la compulsion daveu, laquelle est elle aussi inhibée par des sentiments de culpabilité et par le besoin de punition. Quand elle prend pour cible lanalyste, la compulsion daveu équivaut donc à une réapparition des anciennes motions damour ainsi que du besoin de punition. La technique analytique met à notre disposition les moyens nécessaires pour vaincre les résistances opérant à lencontre de la compulsion daveu.
Lanalyse a pour objectif de redonner vie, dans le cadre de la situation de transfert, à un processus qui a été inhibé lors de lenfance, sous laction en particulier du refoulement. Le patient devrait faire part à son père des émotions et des pulsions violentes mais proscrites liées au complexe ddipe, ainsi que du besoin de punition et du sentiment de culpabilité que celles-ci avaient engendrés à lépoque. Nous donnons à ce genre de communication investie dune lourde charge affective le nom daveu. Vous savez que la thérapie analytique mène aussi à bien le travail complémentaire, à savoir la répétition des processus psychiques qui à lépoque empêchèrent laveu.
Certaines expériences analytiques, sur lesquelles nous reviendrons peut-être, nous incitent à rechercher encore plus loin dans lenfance lorigine du conflit entre dune part la compulsion daveu et de lautre le sentiment de culpabilité et le besoin de punition. Il ne peut être question bien entendu, à propos dune période aussi reculée, de conflit entre le moi et le surmoi, étant donné que ce dernier nétait pas encore formé. Il existait par contre des conflits entre le moi et ses premiers objets damour et de haine, conflits qui représentent donc les stades préliminaires des processus beaucoup plus tardifs que nous avons étudiés. Nous atteignons ainsi une période de lenfance au cours de laquelle le moi était encore faible et peu développé et où le refoulement dun processus psychique était totalement impensable.
Les principaux processus corporels liés à cette période, processus qui sont au centre de léducation de lenfant - lélimination et la rétention des selles - prennent de limportance en tant que prototypes de lexpression et de la répression des pulsions. Vous avez appris en étudiant lérotisme anal que les tendances qui se manifestent dans la régulation de ces besoins sont déjà lexpression de sentiments damour ou dantipathie, de soumission ou de défi.
Le proverbe qui dit que la parole est dargent, mais que le silence est dor peut nous fournir la clé du comportement dun patient adulte au cours des séances danalyse. Celles-ci sont encore placées sous le signe de laffrontement entre tendance à donner et tendance à retenir. La maîtrise des tâches hautement sublimées de la psychanalyse se rattache ainsi, par un réseau de liens en quelque sorte invisibles, à lun des premiers devoirs imposés à lenfant. Le but de lapprentissage de la propreté était dinciter lenfant à expulser ses matières fécales à un moment bien précis et aussi complètement que possible; cette leçon coïncidait en outre avec les premières tentatives déducation affective.
Lanalyste a pour seul objectif daider la compulsion daveu à remonter à la surface. Vous savez que lapprentissage de la propreté joue également un autre rôle, qui est de limiter les fonctions dexcrétion de lenfant à une heure et à des circonstances spécifiques. Une libéralité excessive, ou plutôt une absence totale de règles en ce qui concerne la gratification de ce besoin ne semble pas opportune à léducateur. Il réprime cette loquacité malencontreuse de la fonction corporelle. Lanalyse contribue à poursuivre par la suite léducation dans cette même direction.
Le caractère régressif de lanalyse et léchec courant de cette première mission de léducation expliquent laccent mis par les analystes sur la libre expression. Ceux-ci doivent avoir pour souci principal daider la compulsion daveu à triompher. Par la suite le patient réussira à établir automatiquement léquilibre entre les tendances à donner et les tendances à retenir, entre la compulsion daveu et le refoulement. Le chemin qui sétait effacé et qui a été rendu praticable à nouveau na pas à être utilisé constamment. La seule chose qui compte, cest que lon puisse lemprunter lorsque besoin en est.
La psychanalyse se fonde essentiellement sur lanalyse des rêves, et la psychologie des processus oniriques demeurera la pierre de touche de toute théorie relative aux phénomènes inconscients. Quen est-il du rôle de la compulsion daveu dans le rêve? Celui-ci permet à un fragment du matériel inconscient de parvenir à la conscience, ce qui lui aurait été impossible dans dautres conditions. Comme vous le savez, cette libération est due conjointement à un relâchement de la censure et au travail du rêve qui entraîne un déguisement et une déformation des pensées. Des liens se sont noués entre les pensées et les désirs préconscients qui ont déclenché le rêve et dautres qui, pour citer Nietzsche, avaient «couvé pendant la journée». Ce relâchement dans la vigilance de la censure permet au rêve de régresser jusquaux tendances à lexpression propres à lenfant et dassumer ainsi la forme dun accomplissement de désir. Dans la sphère de lenfance à laquelle le rêve nous ramène, il nexiste ni la compulsion daveu ni le refoulement qui en est le fondement psychologique.
Le phénomène du retour à la prime enfance ainsi que le caractère inconscient du contenu latent du rêve nous autorisent à affirmer que le rêve, conformément à sa nature profonde, ne peut être que la représentation dun accomplissement de désir. La déformation du rêve, qui est liée au phénomène de la censure psychique, atteste linfluence de facteurs affectifs que nous retrouvons dans la compulsion daveu.
Ces forces conditionnent le travail du rêve, que les études de Freud nous ont appris à connaître dans ses moindres détails. Le rêve appelle une interprétation en raison de sa forme même, laquelle est déterminée par les facteurs dont je viens de parler. La force de linfluence exercée par ces derniers prouve que les désirs refoulés qui se manifestent dans le rêve sont rejetés par le moi et quils ne peuvent accéder à la conscience que par le biais de la déformation du rêve et dans les conditions spécifiques créées par létat de sommeil.
Si par conséquent nous nous limitons à prendre en considération le contenu latent, cest-à-dire lélément qui constitue lessence véritable du rêve, nous sommes amenés à définir celui-ci comme la représentation dun accomplissement de désir. Mais si nous envisageons la forme particulière de cette représentation, cest-à-dire si nous tenons compte aussi de lintervention du travail du rêve, nous pouvons interpréter le rêve comme laveu dun désir inconscient. Aussi est-il clair que cette dernière optique ne jette aucune lumière nouvelle sur la plus puissante des forces opérant en profondeur dans le rêve et que linterprétation à laquelle elle aboutit concerne uniquement la couche psychique la plus superficielle de la formation du rêve.
Ainsi donc lexistence et lefficacité de la compulsion daveu sont démontrées précisément par la psychologie des processus oniriques dans lesquels celle-ci ne joue quun rôle secondaire. En termes analytiques, cela revient à dire que le contenu caché du rêve représente toujours un accomplissement de désir, alors que la forme du rêve se rapporte à laveu de ces désirs. En dautres termes, le caractère daveu assumé par le rêve quand nous le considérons comme un tout, est dû à la transposition subie par les pensées latentes du fait du travail du rêve. Ce caractère daveu se rapporte uniquement à la couche psychique associée à lénergie de défense.
Le fait même quune déformation de ce type soit nécessaire implique que la compulsion daveu joue un rôle dans la formation du rêve. Certains rêves denfant où les désirs de la veille sexpriment sans détour constituent la preuve la plus éclatante du fait que linfluence exercée par la compulsion daveu est de nature secondaire et quelle se limite à déterminer la façade du rêve. Dans leur cas il est manifeste que le rêve recouvre essentiellement un désir. La compulsion daveu laisse intact le contenu latent et son rôle ne peut être décelé quau niveau du travail du rêve. Je veux parler des rêves de punition signalés par Freud dans sa conférence au Congrès de la Haye.
Les réactions affectives déclenchées par les tendances refoulées y deviennent la force motrice du rêve. Toutefois, même dans cet exemple où laveu réside dans le contenu latent, le rêve ne perd rien de son caractère de désir. Le contenu du rêve est donc la représentation de laccomplissement de désir des tendances à lauto-punition dont la nature libidinale est une fois de plus manifeste.
À La compulsion daveu exerce néanmoins une action facile à définir sur les processus oniriques. Le rêve se présente au moi, si tant est que lindividu sen souvienne au réveil, en tant quaveu inconscient et non reconnu et il a la même signification vis-à-vis du monde extérieur si lindividu le raconte. Le fait de parler en dormant constitue indubitablement une auto-trahison et une forme particulière dexpression de la compulsion inconsciente à avouer. Dans ces conditions le caractère de désir lié au rêve ne se rapporte quà la portion de notre vie psychique gouvernée par le ça.
Létat onirique nous ramène à la représentation visuelle, et avec elle aux premières formes de la tendance infantile à lexpression. Selon Freud la pensée par limage, telle quelle prédomine dans le rêve, se rapproche davantage des processus inconscients que la pensée par le truchement des mots.
Cette différence nous permet en outre de comprendre pourquoi le contenu caché du rêve nest pas réductible à laveu, même si parfois un aveu réprimé est susceptible de faire son apparition dans le cadre du rêve en tant que matériel psychique propre au préconscient, ainsi que Freud la montré à propos de lun des rêves quil a analysés. Nous avons vu que lexistence du travail et de la déformation du rêve constitue en elle-même un aveu inconscient, dans la mesure où elle prouve que les désirs inconscients qui sont à lorigine du rêve nosent pas monter jusquà la surface du psychisme sous une forme non déguisée.
Jai déjà fait allusion un peu plus haut aux rêves denfants dans lesquels même les personnes peu au fait de la théorie analytique nont aucune peine à reconnaître le caractère daccomplissement de désir du rêve. Ces rêves enfantins portent lempreinte de la tendance à la libre expression des pulsions, réprimée pendant la journée. Jhésiterais toutefois à imputer aussi au besoin fondamental dexpression sous sa forme élémentaire certains rêves dadultes qui permettent à des désirs consciemment proscrits, de type incestueux par exemple, de surgir sans la moindre déformation et en les présentant comme accomplis.
Bien que nous ayons affirmé auparavant que le travail du rêve constitue la preuve de lefficacité de la compulsion daveu, nous ne manquerons pas de déceler ici aussi linfluence de cette dernière. Elle se traduit par laspect manifeste et non déformé de laccomplissement de désir dans le rêve. Nous ne devons pas oublier quà linstar de lacting out, ce phénomène est un signe de lintensité accrue de la poussée des pulsions. Le retour du refoulé dans ces rêves sous une forme non déguisée témoigne par lui-même de limportance de la dépense dénergie exigée auparavant par le refoulement. Ce nest que lorsque cette poussée devient insupportable que le rêve peut représenter sous une forme non déguisée des désirs comme accomplis. A lexemple de lacting out ce type de réaction particulière renvoie à la situation qui la fait naître.
Laveu se traduit ici par labsence de toute déformation du rêve, de même que dans dautres cas il se manifeste par le travail du rêve. Ces deux affirmations ne sont pas contradictoires étant donné que le mécanisme de formation du rêve dépend de la vigueur de la défense. Laveu inconscient réside dans la forme parfaitement explicite assumée par ces rêves et il témoigne de lintensité du travail affectif qui a été déployé au cours des heures de veille pour maîtriser la poussée des pulsions.
Ce que nous avons dit au sujet de ce type de rêves reste également valable pour lessentiel pour dautres processus inconscients. Lorsque nous examinons un symptôme, une idée ou une suite de pensées du point de vue de leur contenu, nous serions souvent amenés à les considérer comme des manifestations pulsionnelles si leur forme même, ainsi que la forte dépense dénergie impliquée auparavant par leur refoulement, ne nous permettaient de les interpréter comme des aveux. Cela se produit souvent, en particulier lorsque la valeur de manifestation pulsionnelle lemporte sur toutes les autres dans le contenu et lorsquelle se présente sans la moindre déformation a la surface psychique.
Jusquici jai expressément évité de me livrer à lanalyse détaillée dun rêve spécifique, car cela maurait demandé trop de temps. Permettez-moi néanmoins de vous en citer un exemple en guise de conclusion. Vous verrez ainsi que le retour dans le rêve dune motion pulsionnelle refoulée sous une forme non déguisée est provoqué par lintensité de la dépense dénergie exigée par le refoulement pendant la journée et que le rêve constitue par sa forme même un aveu de ces désirs refoulés. Soit dit en passant, cet exemple est peut-être la plus charmante histoire de miracle qui nous ait été transmise par les légendes médiévales. Gauthier de Coincy nous raconte lhistoire du malheureux diacre de Laon, auquel lobservance de son vu de chasteté infligeait des tortures inouïes.
Le jeune moine luttait de toutes ses forces contre les rêveries sexuelles lascives qui le poursuivaient partout. Un jour où, comme dhabitude, il se livrait à un combat désespéré contre la tentation, il sendormit, le visage inondé de larmes. La Sainte Vierge lui apparut dans son rêve, elle approcha sa poitrine de ses lèvres et le fit boire à son sein. Le chroniqueur rapporte que cet élixir divin guérit à tout jamais le jeune prêtre de ses tortures, de telle sorte quaprès son rêve damour il put mener une vie pieuse et tranquille à labri de la réalité.