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Sur la profondeur de la névrose

Il serait totalement faux de présumer que, dans le cadre de l’analyse, seules nous intéressent les expériences dont le patient était autrefois conscient et qui ont été refoulées depuis. En réalité nous pouvons affirmer qu’en règle générale nous ne savons pas au moment où nous vivons un événement en quoi consiste exactement notre expérience. Et, pour étrange que cela puisse paraître, les expériences les plus marquantes de notre vie sont celles sur lesquelles nous sommes le moins renseignés.

La plupart des gens arrivent au terme de leur existence sans avoir jamais eu clairement conscience de ce qu’ils ont vécu. La majorité d’entre nous mettent parfois très longtemps à se rendre compte qu’ils sont passés par telle ou telle expérience. Il n’est pas rare que nous restions pendant longtemps dans l’ignorance de ce que signifie pour nous un événement donné sur le plan affectif. Les êtres humains sont semblables à des puits profonds (pour reprendre la merveilleuse image de Nietzsche) et il leur faut beaucoup de temps pour prendre connaissance de ce qui est tombé dans leur tréfonds.

L’analyse dévoile aux patients non seulement le sens de ce qu’ils ont vécu dans un passé lointain, mais aussi celui de leurs expériences au jour le jour. Pour ce faire il lui faut, évidemment, remonter jusqu’à l’expérience passée qui éveille dans le présent les résonances les plus profondes. L’analyse réduit de manière extraordinaire le décalage entre l’événement vécu et le moment où celui-ci est assimilé, mais elle ne peut pas le faire disparaître totalement. En fait, le traitement lui-même en souffre dans une certaine mesure.

Souvent nous apprenons de la bouche d’anciens patients que c’est longtemps seulement après la fin de leur traitement qu’ils ont compris ce que celui-ci avait signifié pour eux sur le plan psychique. Freud considère à juste titre la mort du père comme l’événement le plus marquant de la vie d’un individu. N’importe quel analyste a souvent l’occasion de constater que les patients n acceptent cette perte que de longues années après la disparition de leur père, tout en sachant très bien au niveau conscient que celui-ci est mort depuis longtemps. Que l’on compare cet enterrement analytique différé, pour ainsi dire, avec un incident signalé par les archéologues qui découvrirent le tombeau de Toutankhamon.

Lorsque Lord Carnarvon et Howard Carter pénétrèrent dans la chambre funéraire, ils trouvèrent au milieu des trésors une petite statuette parfaitement bien conservée. Ils eurent le temps de l’examiner en détail et de la photographier, puis brusquement elle tomba en poussière sans un bruit. La figurine était demeurée intacte pendant plus de trois mille ans, mais la lumière et l’air frais en pénétrant dans la chambre souterraine avaient suffi pour la désagréger.

L’analyste a souvent l’occasion de constater que les gens ne savent pas vraiment ce qui leur arrive ni ce qu’ils sont en train de faire. J’ai analysé un homme peu de temps après qu’il eut appris que sa femme le trompait. Il paraissait extrêmement calme, parlait de la chose sur un ton posé et quasi enjoué et se conduisait comme si de rien n’était. Seul le traitement lui permit de comprendre pourquoi, peu de temps après sa découverte, il avait mis « par mégarde » ses enfants en très grave danger, comme si leur mort pouvait lui faciliter le divorce. Il lui fallut encore plus longtemps pour saisir pourquoi, en se baignant, il était resté sous l’eau au mépris de toute prudence et pourquoi il s’était cogné la tête contre un poteau.

C’est seulement grâce à l’analyse qu’il put s’apercevoir de la douleur, de la haine et du désespoir extrêmement profonds qui l’avaient déchiré au moment de sa découverte. Il ne s’était rendu compte de rien de tout cela et il lui fallut parcourir un chemin fort compliqué pour discerner les réactions provoquées en lui par cet événement. Le fait que la portée affective d’une expérience puisse demeurer inconsciente pendant longtemps est loin de constituer une exception.

Le phénomène qui, dans notre pratique analytique, nous frappe peut-être le plus par son étrangeté, c’est que souvent les gens souffrent sans le savoir.

L’étude de la symptomatologie des névroses m’a fait acquérir la conviction que, sans le savoir, les patients tirent de leurs symptômes une certaine satisfaction et que ceux-ci leur assurent des bénéfices inconscients Ceux d’entre vous qui ont une certaine expérience clinique seront d’accord avec moi pour reconnaître que bon nombre de patients ne connaissent pas la cause de leurs souffrances ni leur profondeur.

Je tiens à souligner que la souffrance inconsciente, à l’instar du plaisir inconscient, constitue une réalité indubitable et qu’il ne s’agit pas de la part des patients d’une incapacité à s’exprimer, à décrire leur malaise. Vous pourriez facilement m’objecter que les patients se plaignent et s’affligent déjà assez, qu’ils étalent leurs problèmes névrotiques avec un affect suffisant, pour ne pas dire exagéré. Et cependant même les névrosés qui se conduisent ainsi ne savent pas nécessairement à quel point leurs. souffrances sont profondes ni quelle en est la cause.

Tous les névrosés sont loin de reconnaître et d’admettre leur détresse. Au contraire la majorité d’entre eux ont plutôt tendance à minimiser leur maladie, à la considérer comme un malaise mineur, à en restreindre la portée à un seul domaine, parfois secondaire, de leur vie. Il serait erroné d’affiner que les patients dissimulent leur maladie, car cela. voudrait dire qu’ils la cachent sciemment. Toutefois, ils ne savent pas que certaines de leurs activités, certains de leurs sentiments ou pulsions doivent être mis sur le compte de la névrose.

L’un des premiers résultats de l’analyse consiste (aussi étrange que cela puisse paraître) à convaincre le patient que sa maladie mérite d’être prise au sérieux et qu’elle cause de véritables souffrances. Ce n’est qu’au cours du traitement que la maladie prend pour ainsi dire du courage, qu’elle révèle son étendue réelle et la profondeur de son influence sur la vie du patient.

Dans certains cas, l’analyste en arrive à se demander comment le patient a pu auparavant endurer de telles souffrances sans prendre des mesures énergiques pour les contenir dans des limites supportables. Il incline parfois à penser que des personnes «normales» auraient eu recours à n’importe quelle solution, même la plus désespérée, pour échapper à ces affres insoutenables. Nous verrons un peu plus loin qu’une telle supposition, qui ne prend pas suffisamment en considération les circonstances psychologiques, est des plus hâtives.

Toutefois, il est dans bien des cas évident que les patients n’avaient aucune idée ni des souffrances que leur névrose leur faisait endurer, ni du plaisir qu’ils tiraient de leurs symptômes. On pourrait être tenté de croire que leur souffrance n’existait pas réellement, dans la mesure où ils ne s’en rendaient pas compte, mais cette conclusion serait aussi fautive que toutes les affirmations tendant à nier la réalité de tous les phénomènes psychiques hormis de ceux ressentis au niveau conscient.

Le traitement analytique nous permet d’établir de manière formelle que, tout en restant inconscients, la souffrance et le plaisir influent profondément, parfois même de façon décisive, sur la vie et la destinée du patient. Il en va de même pour les sensations et les sentiments, qui peuvent eux aussi être inconscients, même si, à en croire Freud, leur part respective reste la même dans le processus des excitations. La douleur physique elle-même, qui est ce qui se rapproche le plus de la souffrance affective, demeure parfois inconsciente.

L’analyse a pu déterminer les processus psychiques qui aboutissent à la détresse pathologique et à la mélancolie, lesquelles représentent des formes particulières de cette souffrance inconsciente. Toutefois, lors même que le patient sait que sa névrose est pour lui source de souffrance, il est indubitable qu’il ne connaît ni l’étendue ni les causes de sa misère. Même si la maladie lui apporte aussi des bénéfices inconscients, elle n’en reste pas moins douloureuse. Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais bien l’un et l’autre. La souffrance est présente en dépit de toute gratification, et nous pouvons être certains qu’elle est d’autant plus profonde que la satisfaction cachée entraînée par la maladie est plus forte.

La convergence des observations cliniques nous porte donc à conclure que la souffrance inconsciente constitue en soi un bénéfice de la maladie et même l’un des plus importants et des plus prisés. Nous serions parfois enclins à croire que la gratification substitutive latente liée aux symptômes, gratification dont la souffrance ne représente, pour ainsi dire, que le prix à payer, a coûté fort cher. Nous aurions tendance à penser qu’il ne vaut pas la peine d’endurer de telles souffrances pour un plaisir aussi mince. « Le jeu n’en vaut pas la chandelle», comme dit le proverbe. Et pourtant le rapport entre les deux intensités semble être à peu près équitable.

Prix et marchandise, capital investi et bénéfice, doivent être approximativement équivalents.

Dans la mesure où la souffrance est un bénéfice de la maladie, elle ne peut découler que du besoin inconscient de punition, car elle se présente vraiment comme une punition. Freud a mis en lumière le rôle fondamental joué par le sentiment de culpabilité inconscient en tant que résistance à la guérison. Lorsque ce facteur affectif se heurte à la compulsion d’aveu, la situation qui en résulte est la suivante: dans les névroses caractérisées par un besoin de punition extrêmement intense, ce besoin apparaît comme le facteur contrecarrant avec le plus de force la compulsion d’aveu et comme celui qui en limite le plus l’efficacité.

Au premier abord, cette affirmation paraît bizarre. La compulsion d’aveu, qui doit en grande partie son existence au besoin de punition, serait-elle mise dans l’impossibilité d’arriver à ses fins en raison de l’intensification de ce même besoin? C’est pourtant bien cela qui se produit. Le besoin de punition est semblable à la force motrice indispensable au fonctionnement d’une machine; si toutefois cette force dépasse un certain seuil elle provoque la destruction de la machine. Il existe certes d’autres facteurs susceptibles de limiter ou d’annihiler la portée de la compulsion d’aveu.

Nous savons par exemple que chez un sujet en état de sommeil elle se transforme par régression en besoin d’expression des motions pulsionnelles. Toute espèce de réduction ou d’élimination radicale de la dépense psychique liée au refoulement aboutit indubitablement au même résultat. L’obstacle le plus puissant à l’épanouissement de la compulsion d’aveu reste cependant l’intensité excessive du besoin de punition.

Nous avons vu que l’aveu représente en lui-même une auto-punition et qu’il sert par conséquent à satisfaire en partie le besoin de punition. Si pourtant celui-ci est excessivement fort, cette peine n’est pas suffisante pour l’assouvir. Ce dont il a besoin c’est d’une souffrance continuelle. Il existe des cas de névrose obsessionnelle et d’hystérie d’angoisse dans lesquels le traitement analytique ne peut apporter, le cas échéant, qu’un soulagement effectif très restreint au besoin de punition. Il est évident que même là, la compulsion d’aveu ne peut pas être éliminée complètement, mais elle se réduit à l’aveu inconscient du besoin de punition. La conscience morale est alors muette, elle n’est pas en mesure de se faire entendre.

Nous nous trouvons ici devant l’une des rares situations où l’analyste doit prendre l’initiative et montrer au patient que c’est son besoin de punition qui l’empêche d’observer, par exemple, la règle fondamentale et de dire tout ce qui lui vient à l’esprit. L’analyste doit ensuite s’efforcer de transformer le masochisme inconscient du patient en un sentiment conscient de culpabilité. Aussi longtemps que cet objectif n’est pas atteint, le besoin de punition doit se satisfaire de cette forme extrêmement atténuée d’aveu.

Tous les analystes, surtout ceux qui débutent, éprouvent la tentation de déployer des efforts particuliers afin de libérer le patient aussi rapidement que possible du sentiment de culpabilité qui le déprime tant. Toutefois ils ne tardent pas à s’apercevoir que le patient oppose à leurs efforts une résistance muette qui peut s’accroître jusqu’à se transformer en un entêtement farouche. Nous avons l’impression que le patient s’accroche inconsciemment de toutes ses forces à son besoin de punition et qu’il le défend, comme s’il s’agissait d’un bien précieux, contre toutes les tentatives pour le lui arracher, qu’il semble en bref encore moins disposé à y renoncer qu’il n’est prêt à abandonner ses demandes, justifiées ou injustifiées, de satisfaction de ses pulsions.

Nous pouvons facilement rendre compte de cette étonnante contradiction. Après tout, le besoin de punition est lui-même un dérivé des motions pulsionnelles les plus puissantes et, à leur exemple, il lutte pour obtenir une satisfaction adéquate. Il est donc nécessaire de souligner que la névrose fournit au besoin de punition une gratification cachée aussi forte, sinon plus, qu’aux autres pulsions.

Pour difficile qu’elle soit, la réduction du besoin de punition constitue dans bien des cas la tâche essentielle de l’analyse. Elle est parfois même indispensable pour mener à bien le traitement, lorsque par exemple le besoin de punition est semblable à un lourd obstacle qui barre l’accès à la maison, obstacle que l’analyse doit commencer par déplacer à grand-peine avant de pouvoir songer aux tâches complexes qui l’attendent à l’intérieur. Tout se passe comme si le surmoi avait si bien assujetti le moi à son pouvoir que la tâche la plus urgente consiste à transformer sa tyrannie en une forme de domination moins contraignante, si l’on veut par la suite s’attaquer à d’autres réformes.

Je crois que ce ne serait pas s’aventurer trop loin que de définir la résistance à l’analyse comme le principe actif qui, dans le besoin de punition, s’oppose à la guérison. Tant qu’il ne s’agit que du surmoi, on pourrait tenter de mener l’analyse sur la base de la compulsion d’aveu, pourvu que l’on tienne compte du fait que cette attitude n’implique pas la reconnaissance d’un principe moral, mais bien la description d’un processus psychique.

Dans l’Inde ancienne, un acteur s’écriait au terme de toutes les représentations théâtrales : « Puissent tous les vivants ne jamais connaître la douleur. » Ce souhait garde toute sa valeur lorsque l’on commence une psychanalyse ou toute autre activité médicale ou pédagogique. Toutefois la prise de conscience de la nécessité «biologique et psychologique de la souffrance », pour reprendre les termes de Freud, est peut-être la condition indispensable pour parvenir à maîtriser cette souffrance.

L’individu doit d’abord se soumettre à cette nécessité pendant un temps avant d’essayer de vaincre sa souffrance. Le besoin de punition représente dans une certaine mesure une nécessité psychologique et aucune mesure violente n’est susceptible de le fléchir. Il a le pouvoir de transformer le bien en mal. Un de mes patients atteint de névrose obsessionnelle répondait avec hostilité ou méchanceté à toutes les avances et à toutes les marques d’amitié de ses parents et amis. L’analyse montra de manière éclatante qu’il était incapable de supporter une telle bienveillance.

Il ne pouvait s’empêcher de réagir de cette façon bien qu’il souffrît énormément de son ingratitude et de son manque de politesse. Il se sentait contraint à repousser toute marque d’amitié et à se rendre détestable. Son comportement équivalait à un aveu: «Je ne mérite pas votre bonté. Je vais vous montrer comme je suis méchant et ingrat. »

Comme vous le savez, ce type de réaction bizarre est loin de constituer une exception. Des enfants qui se sentent inconsciemment coupables se conduisent parfois de la sorte vis-à-vis des adultes qui leur témoignent de l’affection. C’est comme si toute la sincérité dont ils sont capables tenait justement dans l’acte d’ingratitude et d’hostilité qui constitue simplement une manifestation de leur sentiment de culpabilité préexistant. peut-être vous souvenez-vous de la nouvelle magnifique d’Anatole France dans laquelle le vieil archevêque Charlot fait part à son abbé d’une histoire très intéressante sur le plan canonique, histoire qu’il raconte comme si elle s’était réellement produite, alors qu’il l’a inventée de toutes pièces; or l’abbé Lantaigne découvre par hasard que son éminence s’est une fois de plus moquée de lui et, levant les yeux au ciel, il s’exclame: «Cet homme ne dira jamais la vérité, sauf sur les marches de l’autel lorsqu’il prend la sainte hostie entre les mains et prononce les mots : Domine non sum dignus.

De même les patients souffrant de la forme de névrose obsessionnelle dont je viens de vous parler dévoilent le fond de leur personnalité lorsqu’ils mettent à nu leurs sentiments d’infériorité et laissent transparaître leur besoin de punition.

Le rôle déterminant du besoin de punition, le fait que la souffrance constitue un bénéfice de la maladie et que la gravité de la névrose dépend, ainsi que l’a montré Freud, du comportement du surmoi créent de nouveaux problèmes et sont à l’origine de nombreux aléas en ce qui concerne la technique analytique. Nous n’avons aucune raison de cacher ces difficultés qui se présentent aussi dans d’autres branches de l’activité thérapeutique ou pédagogique. L’analyse n’est pas un système clos et selon elle le dogme de l’infaillibilité qui occupe, nécessairement peut-être, une position prédominante dans les croyances religieuses est incompatible avec l’esprit scientifique.

La réduction du besoin de punition compte au nombre de ces difficultés thérapeutiques. L’attitude de l’analyste envers cette force affective lui est dictée, pourrait-on croire, par les principes intrinsèques de l’analyse, c’est-à-dire qu’il doit mettre progressivement à nu les causes refoulées de ce besoin de punition et faire accéder à la conscience les sentiments de culpabilité inconscients. Toutefois ce processus est extrêmement lent et, lorsqu’on a affaire à des cas graves, il peut même demander des années. Comment faire face entre-temps au besoin de punition du patient, comment soulager sa souffrance? La réponse à cette question n’est pas très réconfortante : nous n’y pouvons presque rien. Apparemment les désirs du patient, y compris son besoin de punition, doivent recevoir une certaine gratification.

Une thérapie active consistant à imposer des injonctions et des interdits serait plus nuisible qu’utile. Le patient qui se voit refuser toute satisfaction de ses pulsions est poussé, en raison même de son besoin de punition, à braver cet interdit, ce qui provoque en lui un nouveau sentiment de culpabilité. Peut-être a-t-on réussi à éviter un dommage moral, mais au bout du compte on a déchaîné un mal supplémentaire. Lors même qu’il se lance spontanément dans une entreprise qui va à l’encontre de ses interdits obsessionnels, le patient est souvent écrasé par un intense sentiment de culpabilité. On a fréquemment remarqué que les névrosés sont entraînés par leur besoin de punition à accomplir des actes interdits.

Toutefois il serait tout aussi erroné d’encourager la satisfaction du besoin de punition, dans la mesure le patient pourrait ainsi s’adonner entièrement à ses motions masochistes, c’est-à-dire se lancer dans de véritables orgies de tortures ou de tourments combinés par lui et réalisés par d’autres. Le déroulement de l’analyse prouve au thérapeute que, même à cet égard, le patient tient une fois de plus le rôle du metteur en scène dans la coulisse.

Vous connaissez la doctrine de l’Eglise quant au besoin de punition. Elle exhorte ses fidèles à «ne pas regimber contre les aiguillons », à « ne pas résister à l’infortune ».

Aussi longtemps que l’analyse n’a pas mis en lumière les causes inconscientes du sentiment de culpabilité, tout ce qu’elle peut faire c’est de protéger éventuellement le patient contre les graves blessures qu’il pourrait s’infliger et de lui fournir une aide on ne peut plus limitée pour résister à la souffrance. Dans le cas de la plupart des névroses actuelles, elle doit consoler le patient en l’amenant à nourrir des espérances pour la période qui suivra la fin de l’analyse.

Elle adopte donc en quelque sorte une position analogue à celle des Encyclopédistes français qui, pour se défendre contre les contraintes exercées par l’église et par l’Etat, ne purent que se résigner à obéir de manière inconditionnelle à leurs lois absurdes aussi longtemps qu’elles restèrent en vigueur, au lieu de s’épuiser à lutter contre elles. Tant que le besoin de punition n’a rien perdu de son intensité, les patients les plus sévèrement atteints ne peuvent faire autrement que de se soumettre à la souffrance, aux diktats des compulsions ou à l’angoisse, sans pour cela cesser de protester contre leur sort.

Néanmoins, le mérite de cette ligne de conduite est battu en brèche par deux considérations importantes. Il est impossible de dire au patient de façon précise à quel moment il sera libéré de ses souffrances. Vous m’objecterez le principe technique qui veut que l’on pose une limite temporelle à l’analyse, mais je vous avouerai qu’à mes yeux il n’a qu’une valeur thérapeutique très restreinte. Le fait de fixer une limite temporelle est en réalité en totale contradiction avec l’essence même de la psychanalyse, laquelle est un processus organique.

Le nœud gordien fut tranché d’un coup d’épée, mais seuls des dialecticiens peuvent prétendre que ce geste résolut le problème. L’analyse n’exige que très rarement des mesures violentes. Dans certaines conditions d’urgence la fixation d’une limite temporelle peut constituer un expédient valable, de même que parfois l’on peut réussir à faire nager un débutant en le jetant à l’eau. Toutefois, ce n’est assurément pas la meilleure façon de lui apprendre à nager.

Je tiens à souligner que la détermination d’une limite temporelle n’est d’aucune utilité lorsqu’il s’agit de vaincre une résistance. Pour que cet expédient puisse réussir, il doit être utilisé dans une situation de transfert positif et, si possible, avec l’assentiment du patient. Le dénouement idéal d’une analyse c’est, bien entendu, la conclusion d’un « gentlemen’s agreement» entre le patient et son analyste.

Vous me direz que les conditions indispensables à la détermination d’une limite temporelle sont remplies dans la mesure l’analyse s’est transformée pour le patient en une véritable compulsion, il s’y installe confortablement, pour ainsi dire. Mais plutôt que de l’évincer brutalement, il serait certainement plus souhaitable d’éveiller en lui la résolution de se séparer de l’analyste volontairement et à l’amiable. Il existe un autre acteur dont il nous faut tenir compte.

Une telle fixation sur l’analyste est l’expression non seulement d’une pulsion d’amour mais aussi d’une attitude de défi, d’un amour teinté de provocation. Bien plus elle traduit l’existence d’un besoin de punition encore puissant. Le trait le plus frappant de cette attitude, c’est bien entendu le manque d’indépendance du patient, son besoin d’affection. Toutefois j’estime que dans ce cas précis un besoin d’amour aussi insatiable est en lui-même la marque d’un sentiment de culpabilité inconscient. Ce dernier est ressenti par le moi comme une atteinte à son narcissisme et le patient s’efforce de reprendre confiance en lui-même grâce à l’amour qui lui est témoigné. Seuls ceux qui se sentent coupables ont à cet égard des exigences aussi exagérées.

L’amour est censé contribuer à apaiser le sentiment de culpabilité. Cette affirmation ne contredit pas ce que nous avons dit plus haut quant au rejet fréquent des témoignages d’affection entraîné par le besoin de punition. On peut concevoir que ce besoin provoque deux types de réactions différentes, liées à l’intensité des facteurs économiques qui gouvernent la dynamique du psychisme et c’est bien cela qui se produit en réalité. Lorsque le besoin de punition est très fort, c’est la tendance à repousser l’amour et même à s’attirer l’antipathie qui l’emporte.

Si par contre ce besoin est tempéré par l’analyse, l’existence d’un besoin d’amour exagéré témoigne d’un masochisme moral. Je pense que même chez les enfants on peut observer qu’un désir d’affection particulièrement intense renvoie à un sentiment de culpabilité. Ici le sentiment de culpabilité porte un coup au narcissisme primaire et l’enfant cherche à remédier à cet état de fait en s’assurant qu’il est aimé. En d’autres termes un besoin extrême d’affection est souvent le fait des personnes qui se sentent coupables, comme si être aimé équivalait à être pardonné.

La conclusion d’une analyse constitue souvent un problème, en particulier dans le cas des névroses les plus graves, et ce problème doit être résolu cas par cas. L’espacement graduel des séances analytiques est peut-être la solution la plus heureuse sur le plan affectif, mais cette façon de procéder n’est pas toujours indiquée elle non plus. Toutes ces questions se rattachent aux problèmes posés par la thérapie active.

La comparaison de l’analyse avec une opération chirurgicale explique bien des choses, mais elle peut donner lieu à des malentendus. D’un autre côté l’analyse présente des analogies avec une thérapie préservative. Dans un cas d’empoisonnement, par exemple, le premier objectif du médecin est certes de purger l’organisme du corps toxique. Mais quand il n’y parvient pas, il s’efforce de soutenir les anticorps dans leur lutte contre le poison envahisseur, d’affaiblir l’effet des toxines, de stimuler la formation des leucocytes, etc.

Le second type de difficultés éprouvées par les patients pour assumer leur maladie tient à une transformation provoquée par l’analyse elle-même. Et pourtant cette transformation est souvent malaisée à éviter. Nous avons déjà souligné que c’est souvent uniquement grâce à l’analyse que les patients se rendent compte des souffrances qu’ils ont endurées et qu’ils endurent toujours. Il vaut la peine de remarquer qu’à mesure que l’analyse progresse les névrosés acceptent de plus en plus mal les souffrances qu’ils supportaient parfois auparavant avec une endurance héroïque.

Tout se passe comme si, maintenant qu’ils sont davantage conscients de leur misère, ils tenaient à afficher leur impatience de s’en libérer, impatience que jusque-là ils n’avaient pas ressentie au niveau conscient.

Il existe un lien manifeste entre ce phénomène et le transfert. Le patient est d’autant plus intolérant qu’il se trouve en présence d’une personne en laquelle il voit inconsciemment une figure parentale et de laquelle il attend une aide, de même qu’un enfant pleure avec davantage de véhémence lorsque ses parents sont à proximité. Il est non moins évident que les patients supportent de plus en plus mal leur propre besoin de punition à mesure que l’analyse menace de saper les bénéfices qu’ils tirent de la maladie.

Une autre difficulté tient à l’impossibilité où se trouve l’analyste de déterminer la profondeur de la névrose du patient. Il arrive que des symptômes fort voyants et d’aspect particulièrement dangereux ne soient pas aussi tenaces qu’ils en ont l’air et qu’ils posent des problèmes bien moins sérieux à l’analyste que d’autres d’apparence anodine et donnant l’impression que la personnalité du patient n’a subi pratiquement aucune altération.

Il n’est pas de névrose dans laquelle le surmoi n ait sa part. Même si nous définissons la névrose comme le fruit d’un conflit entre le moi et le ça, nous devons mettre l’accent sur le fait que nous nous intéressons avant tout à l’alliance qui se noue entre le moi et le surmoi. Si nous réfléchissons un instant à cette affirmation, nous nous apercevons que dans le cadre de la théorie analytique elle constitue un truisme, étant donné qu’elle signifie tout simplement qu’il n’existe pas de névrose sans complexe d’œdipe, le surmoi ayant été défini par Freud comme l’héritier de ce dernier.

Nous ne disposons d’aucun moyen, d’aucune unité de mesure pour jauger la force du surmoi. Nous ne savons pas à quel moment il jugera ses prétentions satisfaites. Cependant, l’attitude du surmoi constitue l’élément décisif pour notre diagnostic. C’est la connaissance des caractéristiques et des effets du Surmoi qui jette la lumière la plus éclatante sur la profondeur de la névrose. Nous pouvons, en outre, affirmer que cette connaissance nous permet de saisir un grand nombre d’événements qui ont marqué la vie de nos patients et de reconnaître dans le besoin inconscient de punition issu du surmoi l’une des forces les plus puissantes et les plus fatidiques parmi celles qui régissent la vie des hommes.

Il nous arrive souvent de remarquer au cours des derniers stades d’une analyse que la névrose permet aux pulsions de s’exprimer plus librement qu’auparavant. Tout se passe comme si les sentiments refoulés, à caractère sexuel ou hostile, ainsi que le besoin de punition avaient désormais davantage le courage de s’exprimer. Ce phénomène prouve lui aussi qu’un besoin de punition trop intense empêche la compulsion d’aveu de se manifester.

Faute d’avoir saisi la profondeur de la névrose, nous aurions souvent pu avoir l’impression que deux formes de névroses superposées coexistaient chez la même personne. Ainsi que je l’ai déjà dit plus haut, nous aurions eu apparemment affaire à la situation suivante : le conflit entre les exigences des pulsions et des tendances du moi aurait été résolu, alors que la couche la plus profonde de la névrose, celle du conflit entre le moi et le surmoi, aurait été laissée intacte.

En réalité il n’existe évidemment qu’une seule névrose, dont la profondeur n’a pas été évaluée à sa juste mesure. Le surmoi est tout simplement l’héritier du complexe d’œdipe et c’est la ténacité des motions pulsionnelles enracinées dans ce dernier qui est passée inaperçue. Cette sous-estimation de la profondeur de sa névrose a aussi un effet direct sur le patient, car il est fort important que celui-ci se convainque de l’emprise qu’ont sur lui les sentiments nés du complexe d’œdipe.

J’aimerais illustrer par un exemple précis le rôle joué par ce facteur dans le traitement analytique. Un de mes patients qui souffrait d’insomnie et d’impuissance et qui était paralysé dans son travail par des scrupules et des inhibitions multiples avait rompu brusquement toutes relations avec son père de longues années auparavant. Celui-ci avait exigé de son fils, qui gagnait sa vie à l’étranger au prix de grandes difficultés, des sommes d’argent de plus en plus fortes.

Cet argent avait chaque fois été gaspillé dans des spéculations boursières infructueuses. Finalement le patient, qui s’était imposé de sévères restrictions pour satisfaire les requêtes de son père, coupa brusquement les ponts avec lui, laissant sans réponse ses appels « aux bons sentiments ». Peu de temps après le père mourut dans une station thermale en Italie sans avoir revu son fils et sans s’être réconcilié avec lui. Dans une lettre d’adieu à sa femme, il évita de propos délibéré toute allusion au patient.

L’analyse remonta lentement jusqu’aux expériences de la prime enfance et jusqu’aux circonstances détaillées du complexe d’œdipe sans apporter d’amélioration appréciable aux symptômes de mon patient. Au bout d’un an d’analyse, celui-ci continuait à parler avec mépris et avec ironie du défunt qu’il avait critiqué amèrement dès le début du traitement.

Toutefois ce mépris était affiché avec trop d’ostentation pour être sincère. Je m’efforçai de convaincre mon patient que ses symptômes se rattachaient par une connexion souterraine à un sentiment de culpabilité inconscient vis-à-vis de son père, mais cette tentative se solda apparemment par un échec: c’était un rationaliste passionné et un sceptique qui n’hésitait pas à se moquer parfois de lui-même et, en tant que tel, il n’était pas disposé à reconnaître la réalité de ce genre de sentiments et partant n’avait pour eux que dédain.

Cependant, il entama un jour la séance en me racontant une histoire bizarre qui lui était arrivée la veille au soir. Il était allé au théâtre voir la pièce de Nestroy, Il veut faire la noce. A un moment donné apparaissent sur scène deux voleurs fort drôles qui s’introduisent par effraction dans une boutique à travers un passage souterrain et sont remplis d’une peur terrible. Cette scène amusa beaucoup mon patient qui rit en particulier de la réplique lancée par l’un des deux couards à l’autre : « Il me semble même que tu trembles! »

De retour chez lui, il parcourut le journal avant de s’endormir et, tout en lisant, il se mit à penser à la baisse de la monnaie italienne, dont il craignait qu’elle ne lui occasionnât des pertes financières. Sa dernière pensée consciente avant que le sommeil ne le gagnât tout à fait eut trait aux ravages provoqués par le tremblement de terre de Yokohama, dont il venait justement de lire les détails.

Au cours de la nuit, il fut réveillé en sursaut par les violentes trépidations déclenchées dans sa chambre par le passage d’un camion. Par la suite je pus établir avec certitude qu’il lui avait fallu quelques minutes pour instituer un lien de cause à effet entre le tremblement de la pièce et le passage du camion, mais que sur le coup il avait traversé un moment de panique. Il s’était levé d’un bond et s’était adressé à son lit sur un ton parodique en reprenant la phrase de la pièce de Nestroy «Il me semble même que tu trembles! »

Les associations qui suivirent ce récit prirent la direction suivante sa dernière pensée consciente avant de s’endormir avait porté sur le tremblement de terre de Yokohama; auparavant il avait songé à la baisse de la lire, à l’éruption du volcan japonais, à l’éruption de l’Etna et à la tombe de son père en Italie. Il ne nous reste plus maintenant qu’à rajouter quelques maillons pour rétablir l’enchaînement des associations.

Au moment des trépidations il s’était souvenu obscurément de ce qu’il avait lu la veille au soir et que son inconscient n’avait pas encore absorbé; cette réminiscence avait alors provoqué pendant un instant la remontée jusqu’au préconscient de certaines pensées refoulées. La sensation produite par la vibration du lit lui avait rappelé un tremblement de terre en Italie et la mort de son père dans ce pays. Elle avait éveillé, peut-être par le biais de la baisse de la lire, des traces mnésiques de sa querelle avec son père à propos de questions d’argent et de ses propres désirs de mort.

Permettez-moi d’insister sur le contenu des associations suivantes : la tombe du père en Italie, le séisme, le surgissement du père hors de sa tombe pour le punir. A l’origine la phrase: « Il me semble même que tu trembles! », qui l’avait tant amusé lors du spectacle et par laquelle il s’adressait maintenant à son lit, s’appliquait certainement à lui-même et elle correspondait à une tentative pour se libérer, sur le ton moqueur qui lui était habituel, de la peur obscure qui l’avait envahi pendant un instant.

L’identification avec le personnage du voleur plein de lâcheté qui, dans le passage souterrain, extériorisait sa peur par ses tremblements témoigne de cette intense émotion. Par conséquent la phrase citée par le patient visait à écarter tous les sentiments que la réapparition de la croyance animiste de son enfance avait éveillés en lui. Son scepticisme avait fini par reprendre le dessus.

Ses réflexions sur la baisse de la lire justifiaient d’un côté la connexion inconsciente avec l’Italie et de l’autre celle avec l’argent qui avait provoqué en dernier ressort sa rupture avec son père. Je tiens à souligner que la phrase: «Il me semble même que tu trembles!», prononcée sur un mode parodique, prouve que le patient admettait enfin l’existence de son angoisse liée à un dilemme d’ordre moral, angoisse qu’il n’avait cessé de nier tout au long de l’analyse.

Les rapports existant entre les processus affectifs de cette nuit-là et les symptômes du patient s’éclairent dès que nous établissons une liaison entre la trépidation du lit et certains souvenirs de son enfance caractérisés par une angoisse obscure, angoisse qui se retrouve dans la psychogenèse de son insomnie. La scène du voleur gagné par une peur de plus en plus forte à mesure qu’il s’enfuit dans le passage souterrain avait déclenché une angoisse de castration dans l’esprit du patient, étant donné qu’elle condensait l’image de la tombe de son père et celle de l’organe génital féminin.

L’impuissance de mon patient était due avant tout à son angoisse de castration. Ce phénomène psychique combine en quelque sorte étroitement toutes les pulsions de défense portant sur l’accomplissement du complexe d’œdipe. Les répercussions secondaires de ce courant souterrain, qui se situe au centre de la théorie psychanalytique, sont maintenant faciles à déceler.

L’existence même d’une ressemblance entre les deux voleurs était en accord avec une connexion inconsciente qui nous était déjà connue. Les psychologues français appellent « observateur de soi-même» une personne qui, comme mon patient, sait faire preuve d’ironie et de sens critique vis-à-vis de soi-même. Peu de temps auparavant il avait fait un rêve dans lequel figuraient deux clowns identiques, dont l’un imitait en les parodiant les gestes de l’autre.

Au point où nous en sommes arrivés, nous comprenons comment le surmoi a repris à son compte l’héritage du complexe d’œdipe, car nous voyons à nouveau se manifester dans l’ombre les désirs de l’enfant qui souhaite la mort de son père et qui entretient vis-à-vis de sa mère des fantasmes incestueux (symbolisés par la pénétration dans les entrailles de la terre).

L’impuissance disparut pour la première fois dès que ce matériel affectif eut été perlaboré grâce à l’analyse. Il en fut de même pour l’insomnie. Ce succès thérapeutique fut, bien sûr, de courte durée car des résistances nouvelles apparurent; cependant il entraîna une amélioration durable de l’état de mon patient qui grâce à sa propre expérience ne mit jamais plus en doute la profondeur et la portée de ses sentiments de culpabilité, sur lesquels il n’avait pas daigné ouvrir les yeux jusque-là. Quand l’analyse se termina, le patient était guéri.

Pour sonder la profondeur de la névrose, nous pouvons aussi envisager les choses sous un autre angle et prendre en considération le caractère indestructible des besoins d’amour. Il ne faut pas oublier que le besoin de punition a pris la place des besoins sexuels et qu’il satisfait le masochisme sous ses trois variantes telles qu’elles ont été définies par Freud, érogène, féminine ainsi que morale. En outre si le masochisme moral ne cesse de viser des objectifs sexuels cachés, c’est parce que le besoin de punition tire son origine d’un investissement d’objet infantile.

L’énergie psychique absorbée par le besoin de punition et par l’endurance à la douleur suffirait dans certains cas à garantir une réussite sociale éclatante si elle était employée dans un sens positif et constructif.

La théorie adlérienne de la névrose, qui repose sur la notion de volonté de puissance, est de toute évidence insuffisante et superficielle comme le prouve, entre autres choses, le fait indubitable que le bénéfice principal de la maladie, c’est-à-dire la satisfaction du besoin de punition, relève en dernier ressort de la sphère sexuelle et qu’il demeure inconsciemment orienté vers un but d’amour. Nous n’entendons pas nier bien entendu le rôle joué dans la névrose par les buts propres à la volonté de puissance, mais leur importance reste bien inférieure à celle des buts sexuels.

Dans bien des névroses on peut effectivement relever l’existence d’une tendance à la vengeance, sous la forme d’une volonté d’attribuer la responsabilité de la maladie à la famille ou au milieu. Toutefois même alors nous retrouvons à l’arrière-plan de la maladie des pulsions sexuelles bien plus actives que les tendances plus manifestes à la vengeance et à la provocation. Les anciennes pulsions d’amour qui s’étaient estompées sont toujours repérables par le biais d’une analyse régressive.

Lors même que les intentions hostiles sont évidentes, l’objectif inconscient demeure le plus souvent parfaitement reconnaissable. Le patient cherche, par le biais d’un appel à leur compassion, à se faire aimer davantage de ces mêmes parents sur lesquels il fait retomber le blâme de sa maladie. En clinique analytique, nous constatons souvent que la volonté de puissance est précisément le moyen choisi, en dépit de son impropriété, par les névrosés pour atteindre leurs buts d’amour. Il n’est pas facile de les dissuader de persévérer dans cette voie. La réalité indubitable de l’influence exercée par le besoin inconscient de punition suffit à réfuter la théorie qui voit dans la protestation virile le principe fondamental de la névrose.

Cette dernière reposant essentiellement sur un conflit entre les exigences pulsionnelles et le besoin de punition, il est clair que lorsque le moi souscrit aux revendications de l’un de ces deux facteurs, il doit aussi satisfaire l’autre dans une certaine mesure. Le moi se conduit comme le soldat ridicule qui s’écrie, dans une comédie de Nestroy : « Au secours, mon capitaine, j’ai capturé deux ennemis, mais c’est eux qui me tiennent! »

Le plus souvent il est possible de démontrer que chez les individus névrosés la gratification pulsionnelle la plus forte coïncide avec la plus importante gratification du besoin de punition. Prenons-en pour exemple un cas tout à fait banal de satisfaction sexuelle. L’expérience prouve que les garçons abandonnent en grandissant la masturbation manuelle pour d’autres pratiques onanistes.

D’ordinaire l’activité manuelle est délaissée peu à peu au profit de mouvements rythmiques contre le drap ou contre l’oreiller, mouvements qui viennent remplacer l’ancienne méthode de friction de l’organe. A l’époque de la puberté une connexion s’établit souvent entre l’oreiller sur lequel l’adolescent se masturbe et le fantasme selon lequel celui-ci représenterait le corps d’un objet d’amour.

Cette situation se rapproche, selon la théorie analytique, de celle qui, parallèlement aux stimuli physiques d’origine endosomatique, a déclenché l’excitation sexuelle de l’enfant, c’est-à-dire la situation de l’inceste vécue au niveau fantasmatique. Le rôle tenu par l’oreiller en tant qu’ersatz du corps féminin peut être, bien sûr, tout à fait conscient. En fait l’adolescent se le représente même parfois ainsi de propos délibéré et il lui attribue des propriétés imaginaires; par contre le fantasme incestueux présent à l’arrière-plan n’accède jamais à la conscience.

Toutefois il est indubitable que nous assistons ici à un retour du fantasme incestueux originel sous une forme déguisée. Néanmoins un autre facteur s’avère tout aussi essentiel. Les mains sont devenues progressivement tabou. Un interdit semble avoir frappé l’attouchement des parties génitales. L’activité des mains est maintenant empreinte d’un sentiment de culpabilité inconscient.

J’ai pu observer très clairement cette connexion à propos de l’un des symptômes présentés par une de mes patientes atteinte de névrose obsessionnelle. Cette jeune fille éprouvait souvent la sensation bizarre que ses mains ne lui appartenaient pas, qu’elles ne faisaient pas partie de son propre corps. Elles semblaient être totalement détachées d’elle, ainsi qu’un corps étranger. Cette sensation se produisait souvent au beau milieu des occupations les plus diverses (écrire une lettre, coudre, etc.) et elle l’empêchait d’exécuter certains travaux. Il s’agissait donc d’un cas de dépersonnalisation partielle. Au cours du traitement, il devint clair que la patiente avait décrit sa sensation de manière tout à fait exacte.

Celle-ci s’était substituée en réalité à l’étonnement teinté d’émotion qui avait saisi la jeune fille lorsqu’elle s’était rendu compte que ces mêmes mains, avec lesquelles elle écrivait et cousait maintenant, avaient été capables d’accomplir des actions rétrospectivement aussi embarrassantes pour elle que la masturbation. Soit dit en passant, il me semble que la maladresse manuelle a très souvent une origine analogue.

Tout se passe comme si le besoin de punition avait un effet malencontreux sur les mains qui sont susceptibles d’accomplir des actes frappés d’un interdit si fort, de telle sorte que leur efficacité fonctionnelle s’en trouve également diminuée dans d’autres domaines. Vous vous souvenez sans doute qu’un processus dynamique identique a déjà été mis en lumière par Freud à propos des troubles de la vue d’origine psychologique.

Mais revenons à la situation décrite un peu plus haut. Dans le cas de la masturbation, l’imitation approximative de la situation interdite coïncide dans une certaine mesure avec l’infliction du châtiment, ainsi que la théorie analytique nous le laissait prévoir. Le tabou qui frappe les mains, considérées au niveau conscient comme l’instrument permettant de faire surgir le plus aisément le fantasme libidinal désiré, devient la marque de l’autopunition, la représentation inconsciente de la castration. C’est lorsque le symptôme assouvit le plus complètement les pulsions refoulées que le besoin de punition reçoit lui aussi sa plus forte gratification.

Cette corrélation fonctionnelle entre l’intensité de la gratification pulsionnelle et l’accomplissement du besoin de punition peut être considérée comme un trait typique de toutes les névroses. Elle est parallèle au rapport existant entre la dépense d’énergie entraînée par le refoulement et l’intensité de la tentation. Ce phénomène jette aussi une lumière nouvelle sur les mesures de protection qui sont de règle dans le cas des névroses obsessionnelles à l’encontre des satisfactions substitutives.

Je citerai un autre exemple tiré de la symptomatologie de ce type de névroses. J’ai parmi mes patientes une jeune veuve qui se protège contre l’envie de sortir de chez elle, c’est-à-dire de s’exposer inconsciemment aux tentations sexuelles, en verrouillant la porte et en en cachant la clé. Elle est ensuite obligée d’emporter cette clé dans une autre pièce. Le processus du déplacement se traduit dans un second temps par les démarches suivantes : elle attache la clé à quelque chose, par exemple à la porte; puis les nœuds sur la ficelle passée autour de la clé deviennent de plus en plus nombreux et compliqués.

Plus tard la clé finit dans une boite qui est à son tour verrouillée et ligotée, et ainsi de suite, si bien que chaque fois que ma patiente doit ouvrir sa porte au facteur ou à un ami en visite elle se trouve dans une situation plutôt difficile. Enfin la clé est confiée à la vieille cuisinière qui reçoit en même temps l’ordre exprès de veiller à ce qu’elle ne tombe pas aux mains de sa maîtresse, laquelle est dévorée par le désir inconscient de sortir et de se faire « draguer »par un homme.

On dirait vraiment à lire cette description que la malade purge une peine de prison. Ce type de processus met en lumière non seulement le déplacement qui se produit au niveau de la satisfaction substitutive et des mesures de protection, mais aussi l’intensité du besoin de punition, intensité qui correspond à la violence de la tentation et qui subit comme elle un déplacement. Nous constatons en outre que la gratification d’une pulsion interdite peut, en même temps, satisfaire le besoin de punition. Cela ressort de l’examen des situations où la masturbation représente inconsciemment une auto-castration.

Nous devrons par conséquent prendre garde à établir une distinction précise entre les trois aspects du besoin de punition: celui qui constitue parfois une condition préalable à la satisfaction pulsionnelle; celui qui, sous forme d’autopunition, va de pair avec la satisfaction proprement dite et celui enfin qui est une répercussion secondaire de la gratification de pulsions interdites.

Un autre facteur qui se rattache à la situation que je viens de décrire me semble également avoir de l’importance. Ainsi que l’a montré Freud, le refoulement permet au représentant de la pulsion de s’étaler librement dans le fantasme et il donne lieu par conséquent à une capitalisation de l’affect en raison des refus opposés à la gratification de la pulsion. Lorsque la pulsion refoulée réussit à s’exprimer, elle le fait avec une véhémence qui effraie le névrosé en raison de son caractère apparemment irrépressible, extraordinaire et dangereux.

Je voudrais ajouter que cette illusion est entretenue en outre par le poids du besoin de punition qui renforce l’intensité apparente de la pulsion. Cet effet réactionnel du besoin de punition pousse parfois des gens, qui se refusent par ailleurs toute satisfaction pulsionnelle, à commettre des actions dont nous ne les aurions jamais supposés capables. La criminologie devrait tirer la leçon de ce phénomène pour expliquer comment il se fait que des hommes et des femmes honnêtes et respectueux des lois commettent si souvent des crimes inattendus.

Dans notre pratique analytique nous avons souvent affaire à des patients qui s’étonnent d’avoir pu commettre tel ou tel geste, étranger à leurs intentions conscientes et contraire à leur caractère. L’énergie pulsionnelle de chacune des tendances refoulées ne suffit pas à expliquer cette singularité. Dans la plupart des cas, nous sommes amenés à supposer que la puissance de ses pulsions pousse l’individu à commettre des actes qu’il n’aurait jamais accomplis sur la seule base de l’énergie des représentants refoulés de ces mêmes pulsions.

La sagesse populaire prétend que les interdits sont faits pour être transgressés. Ce qu’elle ne dit pas par contre, c’est que la fascination qu’ils exercent naît de ce qu’ils permettent de présager au niveau inconscient que le besoin de punition y trouvera une satisfaction. Telle est, par exemple, l’explication du mythe biblique du péché originel. Le croyant soutient que la souffrance est la conséquence du péché, le châtiment qui vient sanctionner de mauvaises actions. Si toutefois ces actions entraînent une punition, cela veut dire que celle-ci a dû également compter au nombre de leurs motifs essentiels.

Les troubles névrotiques font intervenir un mécanisme analogue, c’est-à-dire que la gratification du besoin de punition constitue sans doute un de leurs motifs secrets. Une équivalence s’instaure par conséquent dans l’inconscient entre maladie et punition. On peut affirmer à coup sur que l’intelligence de la nature et des raisons d’être inconscientes de cette autopunition fournit le plus souvent la clé de la névrose. La religion avait déjà découvert intuitivement ce phénomène psychologique bien avant la psychanalyse. Nous avons souligné plus haut que l’on peut faire remonter l’intensification des pulsions à l’influence réactionnelle du besoin de punition.

La religion affirme que le péché originel lui-même est déjà un châtiment et saint Augustin, l’un des plus grands psychologues de la Chrétienté, soutient que le péché a eu pour effet de transformer convoitise et concupiscence en une punition. Si nous traduisons ce point de vue théologique en termes psychologiques, cela veut dire tout simplement que le sentiment de culpabilité préexistant peut souvent entraîner un renforcement de la tentation.

La fascination exercée par l’interdit tient essentiellement au fait que celui-ci représente le but des motions pulsionnelles renforcées de façon réactionnelle par le besoin de punition. Dans certains cas on a même l’impression que l’élimination de la tension affective engendrée par le sentiment de culpabilité, élimination obtenue grâce à l’accomplissement d’un acte interdit, a plus de valeur que la satisfaction qui découle de l’infraction.

J’aimerais revenir un instant sur le problème de la compulsion d’aveu, dans la mesure où il se relie étroitement à celui du besoin de punition. Les rapports entre ces deux phénomènes psychiques sont maintenant tout à fait clairs et ils peuvent se résumer en quelques lignes. La compulsion d’aveu est la tendance inconsciente à l’expression propre aux motions pulsionnelles refoulées, dont les manifestations subissent une déformation sous l’influence du besoin de punition. L’aveu auquel elle donne lieu a inconsciemment valeur de châtiment et il satisfait partiellement le besoin de punition. Si ce dernier est trop intense, l’aveu devient impossible et il doit céder la place à un acte de substitution venant suppléer celui qui a motivé à l’origine l’apparition du besoin de punition.

Nous n’avons pas à nous lancer ici dans l’examen des changements survenus depuis trois ans dans la technique analytique à la suite des dernières découvertes de Freud, changements qui ont été dictés, en premier lieu, par la prise en considération du rôle du surmoi dans les névroses. A mon avis, la technique analytique devrait se fixer comme idéal de réussir à interpréter chaque symptôme de deux façons.

Le traitement devrait permettre à l’analyste d’établir si le symptôme suffit à satisfaire à la fois les exigences pulsionnelles et le besoin de punition. J’espère que le concept de compulsion d’aveu dont je me suis fait le défenseur gardera dans cette nouvelle perspective toute son utilité technique, étant donné que, grâce à ses implications théoriques, il permet justement de mettre l’accent sur la fonction du surmoi dans toutes les névroses.

Jusqu’ici je ne me suis pas suffisamment penché sur l’étendue de la compulsion d’aveu, sujet qui mérite d’être examiné plus en détail. La soif de transfert, phénomène universel qui, tout en n’étant pas une caractéristique exclusive de l’analyse, trouve dans le cadre thérapeutique son expression la plus saisissante, se rattache à la compulsion d’aveu. Tout se passe comme si nous étions rongés par l’envie incessante de confier à quelqu’un nos désirs cachés et les réactions affectives qu’ils provoquent en nous. Nous savons maintenant que ce quelqu’un est un substitut du père ou de la mère, c’est-à-dire de la personne pour laquelle au départ nous n’avions pas de secrets.

Toutefois, la portée de la compulsion d’aveu va bien au-delà du domaine des motions pulsionnelles. Les connexions souterraines qui existent entre nos pensées, nos jugements, nos projets et nos idées d’un côté et nos motions refoulées de l’autre nous font comprendre que la compulsion d’aveu s’applique aussi à ces phénomènes psychiques. En dépit de nos résolutions éventuelles de ne pas les laisser transparaître, ils doivent tôt ou tard faire l’objet d’un aveu inconscient. Celui-ci n’est pas difficile à déceler même sous ses déguisements les plus subtils.

L’analyse prouve que même le mensonge, même la pseudologia phantastica, comportent une part involontaire de vérité et qu’ils équivalent à un aveu inconscient. Il en va de même pour le commérage, c’est-à-dire pour les remarques malveillantes ou les bruits sans fondement rapportés à une troisième personne : ce sont des aveux inconscients d’hostilité cachée à l’égard de la personne visée. Selon un ancien proverbe viennois, qui fait des ragots veut insulter.

Permettez-moi de vous citer quelques autres symptômes névrotiques où la compulsion d’aveu se manifeste avec une telle force d’évidence que même les profanes ne peuvent manquer de s’en apercevoir. Tel est le cas par exemple du bégaiement, qui constitue un aveu on ne peut plus clair des tendances qui troublent et entravent l’élocution. L’un de mes patients bégayait toujours lorsqu’il devait prononcer un mot commençant par la lettre b. L’analyse révéla que ce défaut était dû au souvenir inconscient du verbe « baiser », que le patient avait entendu par hasard lorsqu’il était enfant et qu’il avait caché à ses parents comme un secret.

Ses difficultés d’élocution remontaient à cette époque et elles équivalaient inconsciemment à un aveu. Autre manifestation de la compulsion d’aveu immédiatement reconnaissable par tout le monde, l’éreuthophobie : le fait de rougir est une façon compulsionnelle de se trahir. Le docteur Abraham a attiré mon attention sur le fait que ce phénomène va souvent de pair avec une activité extravagante de l’imagination ou avec la fabulation. Le patient obéit alors en partie à la compulsion à mentir (son mensonge le faisant paraître différent de ce qu’il est) et en partie à la compulsion d’aveu sa mystification. Nous savons que, même sous le déguisement du mensonge, la compulsion d’aveu réussit à s’exprimer en cachette. Vous voyez donc que dans le cas de l’éreuthophobie, comme dans celui du bégaiement, le symptôme est l’indice manifeste du conflit entre la compulsion d’aveu et les forces qui s’y opposent.

La distinction qui s’établit entre la représentation des buts des motions pulsionnelles refoulées et les manifestations des buts cachés du besoin de punition se reflète clairement dans l’évolution des conduites obsessionnelles. Ici un fossé se creuse entre la brusque apparition de la pulsion et l’acte de pénitence qui lui fait suite. A mesure que la névrose progresse, les motions pulsionnelles refoulées s’affirment jusqu’à dominer au bout du compte le tableau clinique, dans lequel les formations réactionnelles occupaient auparavant une place de premier plan. Dans les cas d’hystérie c est souvent le contraire qui se produisit : l’analyste distingue d’abord les motions refoulées et il ne saisit que dans un second temps le poids des facteurs qui s’opposent à elles.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à vous signaler une dernière variante de l’aveu inconscient que nous pourrions désigner sous le nom d’aveu par la défensive et que les praticiens sauront apprécier à sa juste valeur. C’est par le biais des mots qu’il emploie, et qui ne sont jamais fortuits, que le patient se trahit de la façon la plus significative. Pour vous en citer un exemple, l’un de mes patients me raconta un jour qu’il s’était querellé avec son frère au cours du repas et qu’il avait ensuite laissé imprudemment échapper son couteau à dessert; je lui expliquai qu’il avait eu l’intention inconsciente ‘de poignarder son frère.

Il repoussa cette interprétation avec fureur en ajoutant que l’hostilité contre le frère, c’est encore l’une de ces expressions pièges de la psychanalyse. Or pour dire « expression piège » il employa le mot allemand Stichwort, qui signifie littéralement « mot-poignard ». Outre qu’il confirmait mon interprétation, ce terme apparemment fortuit constituait un aveu involontaire.

Une autre fois j’attirai l’attention d’un patient sur le tait qu’un passage significatif d’un rêve que nous étions en train d’analyser renvoyait à sa tante Clara, qui avait tenu un grand rôle dans son enfance. Il m’objecta que c’était parfaitement invraisemblable, mais qu’il était clair par contre que, etc. Ici le mot allemand klar (clair) fournit une confirmation de ma supposition au sujet de sa tante Clara. N’importe quel analyste sait que des actions symptomatiques insignifiantes, telles que jouer avec un crayon, bouger la main de façon insolite, peuvent devenir de la même façon des aveux inconscients.

Notre bref survol de la situation nous a montré que les motions refoulées obéissent en général au besoin d’expression, alors que le besoin de punition se fait sentir par l’intermédiaire de la compulsion d’aveu.

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