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Porter le deuil de l’existence prénatale

Mais ce n'est pas seulement la représentation de la mort qui, chez l'homme, présente un arrière-fond libidinal alors que la conscience lui enseigne que la mort signifie la destruction de l'homme, il oppose inconsciemment â ce fait celui de l'existence pré-natale qui représente la seule existence réellement éprouvée qui s'accomplisse au-delà et en dehors de la vie consciente.

Lors donc que l'enfant, voulant écarter un concurrent qui le gêne, lui souhaite la mort, il ne le fait qu'en raison du souvenir agréable qu'il garde de l'endroit d’où il est venu lui-même et d'où est venu également son frère ou sa sœur cet endroit n'est autre que la mère. On pourrait même dire qu'il se verrait lui-même volontiers revenu à l'endroit soustrait à tout trouble extérieur.

Et ce qui nous autorise à insister sur la présence dans les souhaits de mort, formulés par l'enfant, du désir inconscient de son propre retour à la vie intra-utérine, ce sont les reproches dont s'accablent généralement les névrosés lorsque, par hasard, leur souhait de voir mourir telle ou telle personne se trouve réalisé.

Lorsqu'on perd une personne proche, quel que soit son sexe, cette séparation réveille le souvenir de la séparation initiale d'avec la mère ; et la tâche douloureuse, qui consiste à détacher la libido de cette personne et dont Freud a reconnu l'expression dans le deuil, correspond à une répétition psychique du traumatisme de la naissance.

Ainsi que l'a montré Reik, les divers rites et coutumes qui accompagnent le deuil montrent jusqu'à l'évidence que celui qui pleure un mort se considère comme identifié avec lui, comme s'il l'enviait de retourner dans le sein de la mère.

Les impressions significatives que des frères ou des sœurs emportés par une mort prématurée ont laissées dans l'inconscient des survivants, dont certains sont devenus plus tard des névrosés, montrent à leur tour l'action souvent néfaste qu'exerce cette identification avec le défunt et qui se manifeste dans le fait que le survivant en question passe pour ainsi dire tout le reste de sa vie dans un deuil inconscient, c'est-à-dire dans un état qui cadre d'une façon frappante avec le lieu de séjour présumé du défunt.

Plus d'une névrose se laisse aussi concevoir, dans son ensemble, comme une telle persistance embryonnaire de l'existence interrompue d'un frère ou d'une sœur morts prématurément ; et la mélancolie nous offre souvent le même mécanisme, à titre de réaction à un cas de mort actuel.

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