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Ce rival qui arrive d’un séjour tant envié

L'enfant envie la mort à cause du bonheur qui lui est échu de retourner vers la mère; et l'analyse montre nettement que la jalousie proprement dite que l'enfant éprouve à l'égard d'un nouveau frère ou d'une nouvelle sœur porte principalement sur la période de la grossesse, pendant laquelle le frère ou la sœur avaient séjourné dans le ventre de la mère; tandis que la résignation bien connue à la présence d'un nouveau concurrent commence par l'identification avec la mère (l'enfant du père) aussitôt après la naissance (l'enfant considéré comme une poupée vivante).

Dans cette tendance inconsciente de l'enfant à s’identifier avec le concurrent intra-utérin dont la prochaine venue lui est suffisamment annoncée, réside l'essentiel de ce qu'on pourrait désigner, en utilisant les données de la recherche psychanalytique, sous le nom de traumatisme éprouvé du fait de la naissance d'un second enfant.

Ce qui caractérise essentiellement cette situation, c'est que l'enfant dont on attend la naissance réalise le désir le plus profond de celui qui existe déjà, le séjour dans le sein maternel, et barre aussi une fois pour toutes le chemin de retour, ce qui est de nature à exercer une influence décisive sur toute l'attitude et tout le développement ultérieurs du premier-né ou de ceux qui sont nés avant l'enfant qu'on attend.

A la lumière de ce fait, l'analyse a réussi à expliquer plus d'un trait, resté jusqu'alors incompréhensible, de la vie érotique des adultes (malthusianisme névrotique), ainsi que certaines affections névrotiques des organes sexuels de la femme (pseudo-stérilité, etc.).

L'identification de l'état de mort avec le retour à la vie intra-utérine nous explique également pourquoi on ne doit pas troubler le repos des morts ou pourquoi un tel trouble est considéré comme le suprême châtiment. Nous avons là une preuve de la nature secondaire de tout le phantasme ayant pour objet la seconde naissance, laquelle ne signifie pas autre chose que le rétablissement de l'état primitif.

Une autre preuve nous est fournie par divers faits biologiques dans lesquels l'élément éthico-anagogique, représenté par l'idée de la réincarnation et que Jung considère à tort comme l'élément essentiel, fait défaut. Nous citerons, comme exemple particulièrement instructif, une certaine variété de Cichlidés, qui présente cette caractéristique que les femelles portent dans un sac laryngé les grains de frai jusqu'à leur complète maturation « gestation buccale ».

Chez la variété Haplochromis strigigena, qui a pour habitat l'Afrique du Nord et qui dépose ses œufs sur des plantes et des pierres, le sac laryngé de la mère sert de refuge et d'organe de protection aux petits déjà nés. Dès qu'il y a menace de danger ou dés qu'arrive la nuit, la mère ouvre la gueule dans laquelle se glisse toute une foule de jeunes haplochromes qui y restent jusqu'à ce que le danger soit passé ou que le jour soit venu.

Ce comportement est particulièrement intéressant, non seulement parce qu'il prouve que le sommeil physiologique qui existe d'un bout à l'autre de la série animale doit être considéré comme équivalant à un retour passager dans le sein maternel, mais aussi parce que chez cette espèce la maturation proprement dite s'effectue en dehors du corps maternel (sur des plantes et des pierres) et est pour ainsi dire reproduite ultérieurement par ces animaux dans le sein maternel, apparemment parce qu'ils ne peuvent pas renoncer à celui-ci.

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