L'homme à la recherche de son état primitif
D'autres animaux qui n'ont pas, comme les kangourous, le sein maternel comme moyen de protection, le remplacent d'une manière qu'on peut qualifier de « symbolique » : c'est ainsi, par exemple, que les oiseaux construisent des nids (exemple déjà cité d'ailleurs par Jung).Nous pouvons constater, à ce propos, que ce que nous appelons instinct animal correspond à l'adaptation de la libido prénatale au monde extérieur, c'est-à-dire à la tendance à rapprocher ce monde extérieur, autant que possible, de l'état primitivement vécu ; tandis qu'en raison de la longue durée de la gestation et avec le secours des facultés intellectuelles supérieures qui se développent plus tard, l'homme cherche à rétablir par tous les moyens possibles, en créateur pour ainsi dire, l'état primitif.
Et ses efforts sont le plus souvent couronnés de succès, lorsqu'ils s'expriment dans les produits socialement adaptés de son imagination, dans l'art, dans la religion, dans la mythologie, tandis qu'ils échouent pitoyablement dans la névrose.
La psychanalyse a montré que la cause de cet échec réside dans des obstacles psycho-biologiques qui s'opposent au développement, obstacles dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant, en nous plaçant, pour les examiner, au point de vue du traumatisme sexuel.
Il semble en effet que ce qui favorise essentiellement le développement de la névrose, ce soit le fait que dans ses efforts pour surmonter le traumatisme de la naissance, efforts qui répondent à des nécessités biologiques et aux exigences de la civilisation et dont l'ensemble constitue ce que nous appelons l'adaptation, l'homme a pour ainsi dire trébuché en traversant l'étape de la satisfaction sexuelle qui se rapproche le plus de la situation primitive, sans réussir à la rétablir entièrement sous son aspect infantile.