Quelques remèdes au complexe de castration
La menace en question ne réveille pas seulement le vague et obscur souvenir du traumatisme originel, ainsi que l'angoisse non épanchée qui le représente, mais augmente aussi l'intensité d'un autre souvenir pénible qui, lui, se rapporte à un traumatisme dont les effets, après avoir été ressentis par la conscience, ont été refoulés dans l'inconscient : c'est le traumatisme du sevrage, moins intense et durable que le précédent auquel il doit même une partie de son action « traumatique ».La troisième place, enfin, dans l'histoire de l'individu, revient au traumatisme génital de la castration qui hante souvent l'imagination de l'enfant, mais uniquement et tout au plus sous la forme d'une menace.
Or, en raison de son irréalité même, ce dernier traumatisme semble particulièrement apte à concentrer sur lui la plus grande partie de l'angoisse natale, et cela sous la forme d'un sentiment de culpabilité, lequel se montre effectivement rattaché, tout à fait au sens du péché originel de la Bible, à la séparation des sexes, aux différences qui séparent les fonctions et les organes sexuels.
L'inconscient le plus profond, qui reste toujours sexuellement indifférent (bisexuel), ne sait rien de tout cela et ne connaît que l'angoisse originelle et primitive, en rapport avec l'acte de la naissance qui, lui, est d'une portée universellement humaine.
A la différence des traumatismes de la naissance et du sevrage, dont la réalité douloureuse n'est pas contestable, une menace de castration, alors même qu'elle a été réellement proférée, semble faciliter la disparition normale de l'angoisse primitive (ayant revêtu la forme d'une conscience de culpabilité, d'ordre génital), parce que l'enfant ne tarde pas à découvrir la vanité de cette menace, comme il découvre la vanité de la plupart des menaces et explications venant d'adultes.
Et cette découverte constitue une sorte de remède contre le traumatisme primitif, puisque l'enfant ne tarde pas à se dire que la menace étant vaine, la séparation qu'il redoutait ne pourra pas avoir lieu. De là nous sommes amenés directement aux théories sexuelles infantiles qui ne veulent pas reconnaître « la castration » (les organes génitaux de la femme), dans le but évident de nier ainsi le traumatisme de la naissance (séparation initiale).
Nous ferons d'ailleurs observer à ce propos que toute utilisation, sous forme de jeux, des motifs tragiques primordiaux (utilisation qu'accompagne la conscience de l'irréalité des situations représentées), constitue une source de plaisir, du fait qu'elle implique la négation du traumatisme de la naissance.
Tel est le cas de tous les jeux d'enfants typiques, depuis le jeu de cache-cache, jusqu'aux jeux de la balançoire ou de chemin de fer, aux jeux à la poupée ou au médecin, tous ces jeux comportant, ainsi que Freud l'avait noté de bonne heure, les mêmes éléments que les symptômes névrotiques correspondants, mais avec le signe positif du plaisir.
Le jeu de cache-cache, auquel les enfants se livrent infatigablement, représente la situation de la séparation (et de la découverte consécutive) comme n'étant pas sérieuse; tandis que les jeux qui comportent des mouvements rythmiques (balancement, galopade: hop! hop !) reproduisent tout simplement le rythme embryonnaire qui montre dans le vertige névrotique l'autre aspect de son visage de Janus.
Un moment arrive bientôt où tous les jeux enfantins se trouvent subordonnés au point de vue essentiel de l'irréalité, et la psychanalyse a réussi à montrer que c'est là qu'il faut chercher la source et l'origine de toutes ces irréalités supérieures et suprêmes, dispensatrices de joie et de plaisir, que nous devons au travail de l'imagination et à lart.
Même en présence des formes les plus élevées de cette réalité apparente, dans celles par exemple que nous offre la tragédie grecque, nous éprouvons encore de l'angoisse et de la frayeur, ces deux sentiments primordiaux représentant une réaction cathartique au sens aristotélicien du mot : c'est ainsi que l'enfant conçoit la situation angoissante de la séparation comme un jeu de cache-cache qu'on peut cesser ou recommencer à volonté.