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Guérir et renaître

C'est en suivant cette voie sur laquelle l'analyse s'est avancée pas à pas, en dépit de tous les obstacles et de toutes les résistances, qu'on constate combien Freud avait raison de dire que les malades sont tout à fait de bonne foi lorsqu'ils prétendent ignorer ce qui se passe en eux.

La tâche de l'analyste consiste précisément à les mettre en présence des faits les plus intimes de leur vie psychique, à rendre manifestes les enchaînements réprimés, à combler les lacunes amnésiques, à faire ainsi ressortir, aux yeux du malade, le « sens » de sa maladie et la signification de ses symptômes.

La prétention des malades, autrement dit, l'ignorance qu'ils accusent, se justifie donc parfaitement au point de vue psychologique, étant donné que les manifestations qu'ils présentent sont des manifestations (ayant subi, il est vrai, une déformation pathologique) de l'inconscient, tout comme celles de l'homme de génie, du visionnaire, du fondateur d'une religion, du philosophe, du poète, de l'auteur d'une grande découverte.

Si la connaissance psychologique, qui repose sur une intuition psychique, n'est possible qu'à la faveur d'une aperception et d'une compréhension progressive de l'inconscient, on peut dire que l'aptitude à connaître elle-même a pour condition une élimination, une dissociation des refoulements qui cachent à nos yeux ce que nous cherchons.

La valeur scientifique des psychanalyses pratiquées sur autrui consiste uniquement en ce qu'elles nous obligent à supprimer chez les autres, souvent au prix de grands efforts, des répressions qui nous échappent, lorsqu'il s'agit de nous-mêmes, et en ce qu'elles nous permettent ainsi d'obtenir un accès vers de nouvelles régions de l'inconscient.

C'est la seule méthode d'exploration psychanalytique qu'on puisse qualifier d'objective, et c'est sous l'influence d'un nombre incalculable d'impressions concordantes que je me suis décidé à prêter de nouveau une oreille attentive aux enseignements de l'inconscient, en pénétrant dans des régions devant lesquelles on s'était arrêté jusqu'à présent avec beaucoup d'incrédulité et d'hésitation.

En soumettant à la psychanalyse un assez grand nombre de cas, j'ai été frappé par le fait que, dans la phase finale de l'analyse, la guérison, lorsqu'elle commençait à s'effectuer, se reflétait régulièrement dans l'inconscient sous une forme symbolique, qui était celle de la naissance. J'ai essayé, dans un autre travail', de donner de ce fait une explication théorique, en le rattachant à d'autres particularités caractéristiques du processus de guérison (à l'identification avec le médecin, entre autres).

Je disais dans ce travail qu'il s'agissait là manifestement d'un phantasme bien connu, celui de la seconde naissance, familier à tous les psychanalystes et dans lequel s'exprime la volonté de guérison des malades : n'entendons-nous pas souvent des convalescents déclarer qu'ils se sentent « renaître à une vie nouvelle »?

Et, dans le même travail, je proposais d'interpréter ce fait comme une véritable sublimation, le malade, une fois entré en convalescence, se trouvant en état de renoncer, à la faveur de l'analyse, à la fixation infantile de la libido qui trouve généralement son expression dans le complexe d’œdipe. Autrement dit, renonçant à la fantaisie infantile qui consiste dans le désir d'offrir en don à son père un enfant, par une sorte de substitution à la mère, il en vient à se considérer lui-même comme l'enfant (spirituel) nouveau-né du psychanalyste.

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