Vers un retour dans le sein maternel
Le sentiment d'angoisse, si fréquent et presque toujours mêlé d'horreur, qu'inspirent les petits animaux repose sur la même base et se révèle, par le sentiment de malaise qu'on éprouve en même temps, comme ayant la même origine. L'analyse de phobies ou de rêves angoissants de cette catégorie auxquels les hommes sont sujets, aussi bien (quoique moins fréquemment) que les femmes, montre à n'en pas douter que le malaise produit par de petits animaux rampants, tels que souris, serpents, crapauds, cafards, etc., tient au fait que ces animaux mènent une vie souterraine et à la rapidité avec laquelle ils disparaissent par un orifice quelconque, sans laisser de trace.Ils symbolisent ainsi le désir du retour dans le refuge maternel, et non seulement le désir, mais sa réalisation; mais tandis que l'angoisse éprouvée en présence de grands animaux provient de ce que le sujet craint, après avoir été absorbé par eux, de se retrouver lui-même dans la situation correspondant à sa vie intra-utérine, les petits animaux l'effraient, au contraire, à cause de la facilité avec laquelle ils pourraient pénétrer dans son corps et y disparaître, comme ils disparaissent à travers une ouverture quelconque derrière un mur, sous le parquet, dans un tronc d'arbre, etc.
La psychanalyse a d'ailleurs montre depuis longtemps que les tout petits animaux, tels qu'insectes, etc., doivent être considérés comme une représentation symbolique d'enfants, d'embryons, etc., et cela non seulement à cause de leur petitesse, mais aussi en raison de leur caractère prolifique (symbole de la fécondité).
Mais ils deviennent le « symbole », ou plutôt, la représentation idéale du pénis, à cause de leur grande facilité de pénétration, tandis que leur propriété essentielle, à savoir leur petitesse, évoque une comparaison avec des spermatozoïdes ou des ovules et implique ainsi leur localisation intra-utérine.
C'est ainsi que le grand animal représente un symbole maternel, chargé de plaisir d'abord, d'angoisse ensuite; plus tard, l'angoisse se déplace sur le père ou son substitut (totem) pour devenir une phobie inhibitrice; et finalement, à la suite de l'observation sexuelle des animaux en général et des impressions produites par les petits animaux en particulier, qui symbolisent aussi bien le ftus que le pénis, langoisse revêt de nouveau les caractères de la libido maternelle.