La phobie infantile des animaux : une explication Les perspectives qui s'ouvrent ainsi à nous prêtent à des considérations très vastes. Nous attirerons l'attention sur une autre situation d'angoisse de l'enfant, situation qui rappelle encore davantage l'impression réelle, profondément refoulée. C'est la phobie des animaux qu'éprouvent à peu prés tous les enfants, sans exception, et qui ne se laisse pas expliquer uniquement par la crainte atavique que l'humanité, à ses débuts, avait éprouvée devant les animaux de proie (carnivores, comme le loup) et qui se serait transformée en une sorte d'instinct héréditaire.
Si cette explication était exacte, cette crainte ne devrait pas se manifester en présence d'animaux dont la domestication remonte à des milliers d'années et dont des générations innombrables ont pu constater le caractère inoffensif et anodin, avec la même certitude avec laquelle ils sont persuadés du caractère dangereux des animaux de proie. L'explication en question ne serait acceptable que si, pour rendre compte d'une réaction d'angoisse typique qui se forme au cours de notre évolution individuelle, on remontait jusqu'aux premiers ancêtres de l'humanité et jusqu'aux ascendants des animaux domestiques de nos jours.
Le choix des objets d'angoisse ou de phobie, qui s'effectue primitivement d'après les dimensions de l'animal (cheval, veau, etc.), est déterminé par des facteurs tout à fait différents, et notamment par des facteurs psychologiques « symboliques ».
Des analyses de phobies infantiles ont montré d'une façon indiscutable que la grandeur ou, plutôt, l'épaisseur (le volume du corps) des animaux objets de phobies éveille chez l'enfant le souvenir, qui est loin d'être vague, de la gravidité, tandis qu'à l'angoisse qu'inspirent les animaux de proie se rattache, même chez le psychologue adulte, avec l'idée de la possibilité d'être dévoré, celle du retour dans le corps animal de la mère.
Le rôle des animaux, en tant que facteurs substitutifs du père (rôle dont Freud, se fondant sur la psychologie des névroses, a fait ressortir l'importance pour l'intelligence du totémisme), se concilie parfaitement avec la conception que nous développons ici.
Cette conception lui confère même une importance psychologique beaucoup plus profonde, puisque c'est grâce au déplacement de cette « angoisse » sur le père (animal totémique qu'on dévore, au lieu d'être dévoré par lui) que l'enfant, cédant aux exigences et aux nécessités de la vie, finit par se résigner à la séparation définitive d'avec la mère.
C'est que ce père redouté empêche le retour vers la mère et, avec lui, le déclenchement de l'angoisse primitive, beaucoup plus pénible, se rapportant d'abord aux organes génitaux maternels auxquels se rattache la naissance, et plus tard à tous leurs substituts.