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Ce qui distingue l’enfant normal de l’enfant névrotique

Comme nous le savons, les parents sont à la source du Surmoi : mais c’est l’enfant, lui, qui absorbe leurs ordres, leurs interdictions, etc. Aussi ce Surmoi n’est-il pas identique aux parents; ce sont les fantasmes sadiques de l’enfant qui le constituent en partie. Or un refoulement aussi sévère que celui de l’enfant en question ne fait que stabiliser la lutte, sans jamais la faire cesser.

De plus, en enchaînant les fantasmes, le refoulement interdit à l’enfant de les abréagir dans le jeu ou de les utiliser pour d’autres sublimations, de telle sorte que le poids de ces fixations reste entier dans ce cercle vicieux que le refoulement ne saurait briser. Le sentiment de culpabilité, refoulé à son tour, n’est pas moins lourd à porter. L’enfant répète donc sans cesse un certain nombre d’actions qui expriment à la fois ses désirs et son envie d’être puni. Le désir de punition, un des facteurs déterminants, chez un enfant, de la constante répétition d’actes répréhensibles, se retrouve dans les méfaits répétés du criminel; j’y reviendrai plus loin.

Je rappellerai seulement ce que faisait le petit Peter quand il jouait avec des poupées les représentant lui-même et son frère; ils n’étaient pas sages, ils étaient punis, ils tuaient leurs parents, leurs parents les tuaient, et tout recommençait. Il s’agit là d’une compulsion à la répétition aux causes diverses, mais où le sentiment de culpabilité, réclamant punition, joue un rôle important.

Dés à présent, nous voyons certains des points qui distinguent l’enfant normal de l’enfant névrotique : l’intensité des fixations, la manière dont ces fixations se lient à des expériences et le moment où cela se produit, le degré de sévérité et le type de développement du Surmoi, qui dépendent eux aussi de causes internes et de causes externes, et enfin, l’aptitude de l’enfant à supporter l’angoisse et le conflit; voilà quelques-uns des facteurs les plus importants dont dépend un développement normal ou névrotique.

L’enfant normal, tout comme l’enfant anormal, use du refoulement à l’égard de ses conflits, mais comme ceux-ci sont moins intenses, les éléments du cercle vicieux seront tous moins forts. Il est également d’autres mécanismes communs à l’enfant normal et à l’enfant névrosé; là encore, c’est une différence de degré qui en déterminera l’issue. Un de ces mécanismes est la fuite devant la réalité; l’enfant ressent, beaucoup plus que cela n’apparaît en surface, les désagréments de la réalité, et il essaye d’adapter celle-ci à ses fantasmes, et non ses fantasmes à la réalité.

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