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Angoisse, sadisme et culpabilité : les racines du complexe de virilité

L’identification paternelle de la fille grâce au pénis introjecté se fonde, d’après mes observations, sur cette première identification sadique réalisée par l’énurésie. Dans ses plus anciens fantasmes masturbatoires, elle s’identifiait tour à tour à chacun des parents. Sa position féminine lui fait redouter le « mauvais » pénis paternel qu’elle a intériorisé. Cette crainte renforce son identification au père, en déclenchant le mécanisme de défense qui consiste à s’identifier à l’objet de son angoisse.

La possession imaginaire du pénis dérobé au père suscite un sentiment de toute-puissance qui redouble sa foi dans le pouvoir magiquement destructeur de ses excréments. Sa haine et son sadisme envers la mère s’en trouvent accrus et elle se sert dans ses fantasmes du pénis paternel pour la détruire, tout en se vengeant de son père frustrateur et en se défendant contre l’angoisse à la fois par son sentiment de toute-puissance et par le pouvoir qu’elle exerce sur l’un et l’autre de ses parents.

Cette attitude m’est apparue fortement accusée dans un cas ou deux aux traits paranoïdes dominants, mais elle est également prononcée chez les femmes dont l’homosexualité porte l’empreinte d’une rivalité hostile avec l’homme. Dans ce cadre entreraient les lesbiennes décrites par Ernest Jones et dont il est fait mention dans une note.

Par la possession d’un pénis extérieur, la fille peut mieux se convaincre qu’elle détient réellement sur ses père et mère un pouvoir sadique sans lequel elle ne peut contrôler son angoisse et grâce auquel elle peut triompher du pénis dangereux et des objets qu’elle a introjectés, de sorte qu’en ayant un pénis la fille finit par préserver son corps de la destruction.

Ainsi renforcée par l’angoisse, sa position sadique est à la base de son complexe de virilité. Sa culpabilité lui fait également désirer un pénis à des fins réparatrices envers la mère, pour la dédommager de la perte du pénis paternel qu’elle lui a enlevé. Joan Rivière a vu là une contribution importante au complexe de castration et à l’envie du pénis chez la fille.

Quand il lui faut cesser, par crainte de sa mère, de rivaliser avec elle, l’enfant éprouve avec une très forte intensité le besoin d’avoir un pénis réparateur, afin d’apaiser sa mère et d’effacer le mal qu’elle lui a fait. Selon cet auteur, l’orientation homosexuelle ou hétérosexuelle de la fille dépend en grande partie du degré de son sadisme et de sa tolérance à l’angoisse.

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