Puberté et développement
Les bouleversements psychologiques qui marquent la puberté sont dans une large mesure luvre des pulsions qui augmentent dintensité avec les modifications physiologiques de cet âge. Chez la fille, lapparition des premières règles ravive encore son angoisse. Dans sa Psychanalyse des fonctions sexuelles de la femme, publiée en 1925, Hélène Deutsch a étudié à fond la signification de la puberté pour la fille et lépreuve quelle lui impose.
Le premier écoulement menstruel aurait la valeur inconsciente dune véritable castration et dune stérilité définitive. En plus de cette double déception, la fille y verrait un châtiment de sa masturbation clitoridienne et y retrouverait régressivement sa conception infantile des rapports sexuels, qui en fait presque toujours un acte sadique à la fois cruel et sanglant.
Mes observations corroborent pleinement limportance de cette atteinte que lhumiliation et le désenchantement des premières règles porte au narcissisme féminin, mais jen attribuerai les effets pathogènes au réveil danciennes angoisses. Il sagit de quelques éléments qui sinscrivent dans lensemble des situations anxiogènes féminines, ravivées par les menstruations. Nous les avons examinées dans ce chapitre et je les résume brièvement.
I - Linconscient nétablit pas de distinction entre les diverses substances du corps ; le sang menstruel est assimilé aux excréments dangereux des fantasmes. Comme lenfant apprend tôt à associer sang et blessure, la réalité semble justifier sa crainte dun préjudice corporel par ses excréments.
II - En mobilisant diverses angoisses, lécoulement menstruel redouble sa peur dagressions physiques :
1)La fille redoute dêtre attaquée et détruite par la mère qui, en plus de se venger, chercherait ainsi à récupérer le pénis paternel et les enfants qui lui furent enlevés.
2) Elle craint les mêmes attaques destructrices du père, soit quil veuille rentrer en possession du pénis quelle lui a pris, soit quil ait avec elle un coït dont le sadisme émane des fantasmes masturbatoires dirigés contre la mère. Elle imagine quen reprenant son pénis le père meurtrit les organes génitaux de sa fille ; je rattache à cette idée celle qui fera de son clitoris une blessure ou une cicatrice à lendroit où se trouvait son pénis.
3) Son intérieur lui paraît menacé directement par ses objets intériorisés ou indirectement par les combats qui les opposent les uns aux autres. Une de ses plus vives angoisses provient de lintrojection des parents en coït sadique : ils sentre-détruisent en elle et mettent en danger son propre intérieur. Elle interprète comme une réalisation de ses craintes hypocondriaques et des blessures quelle redoute les sensations somatiques déclenchées par ses règles et amplifiées par son angoisse.
III. Le sang qui sécoule de lintérieur de son corps lui démontre que ses enfants y ont été abîmés ou détruits. Dans certaines analyses de femmes, jai vu disparaître seulement après la naissance dun enfant leur peur dêtre stériles, quavait exagérée lapparition de leurs premières règles et qui se rapportait en fait à leurs enfants détruits à lintérieur de leur corps. Souvent la femme rejette, consciemment ou inconsciemment, toute grossesse à cause de cette crainte, accrue par les menstruations, davoir des enfants abîmés ou anormaux.
IV. - Les menstrues confirment ce que la fille sait et ce quelle imagine au sujet de son pénis. Elle sait quelle nen a point, mais croit que le clitoris en est la cicatrice ou la plaie quen a laissée la castration. Sa position masculine est de ce fait rendue plus difficile à maintenir.
V. - Signature de la maturité sexuelle, les menstruations rouvrent toutes les sources dangoisse que nous avons mentionnées dans ce chapitre et rattachées aux aspects sadiques des activités sexuelles.
Pour toutes ces raisons, la fille pubère sent la précarités de ses positions féminine et masculine ; cest ce qui ressort des analyses de cette période. Les menstruations réactivent les conflits et les angoisses à un degré qui dépasse de beaucoup leffet des mêmes processus de maturation dans lautre sexe. Cest là une explication partielle de linhibition plus marquée de la sexualité chez la fille que chez le garçon.
Par leur retentissement psychologique, les menstruations ont leur part de responsabilité dans la recrudescence, si fréquente à cet âge, des troubles névrotiques. Même chez la fille normale, dont le Moi est plus mûr que dans la première enfance et qui a perfectionné ses moyens de défense contre langoisse, les règles ravivent les situations anxiogènes du passé.
Généralement, elle retire une vive satisfaction de lapparition de ses premières menstrues, qui lui apportent la preuve de sa maturité sexuelle et de sa condition féminine, en même temps quun réconfort à ses espoirs de satisfaction sexuelle et de fécondité. Les menstruations servent alors de contrepoids à ses angoisses, mais une telle attitude nest possible que si sa position féminine sest fermement établie au cours des premières années.