Le bon objet par excellence : le nourrisson
Nous savons que la relation de la mère à lenfant se fonde sur ses premières relations objectales. Selon le sexe de lenfant, elle répétera plus ou moins ses rapports affectifs de la première enfance avec son père, ses oncles et frères ou avec sa mère, ses tantes et surs. Si lenfant est assimilé à un « bon » pénis, elle reportera les éléments positifs de ces affects sur son enfant, qui cristallisera ses diverses imagos bienveillantes.
Il évoquera pour elle létat « dinnocence » enfantine, devenant à ses yeux ce quelle souhaiterait avoir été à son âge, et les vux quelle forme pour sa croissance et son bonheur traduisent son secret désir de transformer rétrospectivement sa propre enfance malheureuse en un temps de félicité.
De nombreux facteurs contribuent à resserrer les liens affectifs qui unissent la mère à son enfant. En le mettant au monde, elle apporte le plus énergique démenti de la réalité aux craintes nourries par ses fantasmes sadiques. La naissance dun enfant a pour la mère plus dune signification inconsciente ; lintérieur de son corps et les enfants quil contient sont intacts ou rétablis dans leur intégrité, de même que sa mère et, à lintérieur de celle-ci, les victimes de ses attaques fantasmatiques, ses frères et surs, le père ou son pénis. Les craintes associées aux enfants sont dès lors non avenues, et lenfantement prend le sens dune reconstruction, voire dune création.
Lallaitement établit entre la mère et lenfant un lien très étroit et très particulier. En lui donnant un produit de son corps qui est indispensable â la nutrition et à la croissance de son enfant, elle est enfin capable de mettre un terme heureux au cycle de ses agressions infantiles dirigées contre le premier objet de ses pulsions destructrices, le sein maternel quelle déchirait de ses dents, quelle souillait, empoisonnait et brûlait avec ses excréments. Le lait nourrissant et bénéfique quelle dispense signifie pour linconscient que ces fantasmes sadiques ne se sont pas réalisés ou que leurs objets ont retrouvé leur intégrité.
On aime dautant mieux un « bon » objet quil est davantage susceptible, en exaltant les tendances réparatrices, doffrir des satisfactions et de réduire langoisse. Rien ne répond aussi parfaitement à cette définition quun petit enfant sans ressource et sans défense. Dans lamour et les soins quelle lui prodigue, la mère satisfait ses plus anciens désirs tout en partageant par identification le plaisir quelle procure à son enfant. Grâce à cette relation inversée, la mère peut revivre dans un climat de bonheur son premier attachement filial, et la haine cède la place aux sentiments positifs envers sa propre mère.
Cest pour toutes ces raisons que les enfants tiennent un rôle capital dans la vie affective de la femme. On comprend que son équilibre psychique soit si fortement ébranlé par les troubles de croissance et surtout par les difformités que peut présenter son enfant. Autant un enfant sain et vigoureux est une réfutation vivante de ses angoisses, autant les confirme un enfant anormal, maladif ou simplement un enfant qui laisse à désirer ; il finit même, dans certains cas, par devenir à ses yeux un ennemi, un persécuteur...