Doù viennent les phobies des animaux et les difficultés alimentaires ?
Les difficultés alimentaires des jeunes enfants sont aussi étroitement liées, d'après mon expérience, à leurs premières situations anxiogènes et ont invariablement une origine paranoïde. Durant la période cannibale, ils identifient tous les aliments à leurs objets, à l'image de leurs organes, de sorte que la nourriture tient lieu du pénis paternel et du sein maternel et est, au même titre, aimée, détestée et redoutée.
Les liquides représentent du lait, des selles, de l'urine et du sperme les solides sont assimilés à des fèces et à d'autres matières corporelles. Ainsi, la nourriture peut-elle donner naissance à toutes ces craintes dêtre empoisonné et détruit au-dedans que suscitent les objets intériorisés et les excréments, sous l'effet de situations anxiogènes primitives qui demeurent fortement agissantes.
Les zoophobies de l'enfance sont l'expression d'une angoisse de ce genre. Elles tirent leur origine d'un mécanisme caractéristique du premier stade anal, de l'expulsion du Surmoi terrifiant, et témoignent des moyens mis en uvre pour surmonter la peur de ce Surmoi et du Ça.
Dans un premier temps, ces deux instances sont rejetées dans le monde extérieur, et le Surmoi est assimilé à l'objet réel. La seconde étape nous est bien connue et consiste dans le déplacement sur un animal de la crainte inspirée par le vrai père.
Il existe souvent une phase intermédiaire, au cours de laquelle l'enfant choisit comme objet de son angoisse dans le monde extérieur un animal assez doux, qui remplace les bêtes sauvages et féroces représentant le Surmoi et le Ça des stades primitifs de la formation du Moi.
Lanimal anxiogène s'attire non seulement la crainte, mais aussi l'admiration que l'enfant ressent à l'égard de son père; on voit ainsi que la formation de l'idéal du Moi est engagée. Les phobies d'animaux constituent déjà une modification à grande portée de la peur du Surmoi et leur genèse nous montre à quel point sont liés le Surmoi. les relations objectales et les zoophobies.
Freud écrit, dans Inhibition, symptôme et angoisse: " J'ai pensé autrefois qu'une phobie avait le caractère d'une projection, en ce sens qu'un danger interne, d'ordre instinctuel, était remplacé par un danger perçu comme venant du dehors.
C'est un avantage, car le sujet peut se protéger contre un danger extérieur en le fuyant ou en évitant de le percevoir, alors qu'aucune fuite ne peut être un recours contre un danger interne. Mais ce point de vue, sans être inexact, est trop superficiel.
Après tout, une poussée instinctuelle ne constitue pas un danger en soi ; elle l'est seulement dans la mesure ou elle entraîne un danger extérieur et réel, soit le danger de castration. En dernière analyse, une phobie ne consiste qu'en la substitution d'un danger extérieur à un autre".
Je croirais quand même qu'à la source des phobies se trouve un danger interne, lié à la crainte des instincts destructeurs et des parents introjectés.
Décrivant les avantages des formations substitutives, Freud nous dit dans le même passage que " la crainte propre aux phobies est en fin de compte conditionnée. Elle n'est ressentie qu'au moment où l'objet redouté est perçu, et à juste titre, car c'est alors seulement que surgit la situation de danger. Il n'y a aucune raison de redouter la castration par un père qui n'est pas là.
Mais on ne peut se débarrasser d'un père, qui apparaît chaque fois qu'il le veut bien. Si toutefois l'enfant le remplace par un animal, il n'a qu'à éviter la vue, c'est-à-dire la présence de cet animal pour être délivré de tout danger et de toute angoisse ".
L'avantage serait encore plus marqué si, grâce à une zoophobie, le Moi pouvait non seulement déplacer un objet extérieur par un autre, mais également projeter sur un objet extérieur un objet très redouté et inéluctable, parce qu'il a été intériorisé.
Dans cette perspective, une zoophobie serait beaucoup plus qu'une crainte de castration par le père, déguisée en celle de se faire mordre par un cheval ou manger par un loup. La crainte dêtre dévoré par le Surmoi, plus primitive que la peur de la castration, montrerait que la phobie est en fait une modification de l'angoisse propre aux stades les plus précoces du développement.