Le besoin de savoir de lenfant concerne primitivement la mère
J'ai constaté chez certains de mes analysés qu'un facteur supplémentaire aggravait l'effet de cette disposition entre les potentialités destructrices et réparatrices.
Quand le sadisme primaire du malade et son sentiment de toute-puissance avaient atteint dans les premières années de sa vie une intensité excessive, ses tendances réactionnelles s'en trouvaient également renforcées; ses fantasmes de réparation émanaient alors de fantasmes mégalomaniaques.
Dans son imagination d'enfant, les ravages causés par lui avaient quelque chose de gigantesque et d'unique en leur genre ; il lui fallait donc réparer de façon identique.
Cette impossibilité suffirait déjà à mettre en échec la réalisation de ses tendances constructives, quoique, je le mentionne en passant, deux de ces malades eussent des talents artistiques et créateurs remarquables. Ses fantasmes mégalomaniaques nempêchent pas ce type de malade de nêtre nullement sur de pouvoir disposer de la toute-puissance qu'il lui faudra déployer pour accomplir des réparations d'une telle étendue.
Il tentera donc de nier sa toute-puissance jusque dans ses actes de destruction, mais chaque fois qu'elle lui sert dans un sens positif, il obtient par le fait même la preuve qu'elle sest auparavant exercée dans le sens contraire ; il devra par conséquent éviter de l'utiliser tant qu'il ne sera pas tout à fait persuadé du parfait équilibre des manifestations opposées de sa toute-puissance.
Lattitude du " tout ou rien", qui découle du conflit de ces tendances, avait gravement compromis, chez les deux adultes auxquels j'ai fait allusion, leur capacité de travail, et chez quelques-uns de mes petits malades, le processus de sublimation.
Ce mécanisme ne semble pas spécifiquement obsessionnel. Je l'ai observé chez des malades qui présentaient un tableau clinique complexe, différent d'une pure névrose obsessionnelle.
Grâce à un mécanisme, si important dans cette maladie, du " déplacement sur des vétilles ", l'obsédé se contente de réalisations assez pauvres pour se convaincre de sa toute-puissance et de sa capacité de réparation intégrale. Les doutes qu'il peut entretenir sur ce point l'incitent, dans son cas, à répéter ses actes de manière obsessionnelle.
Les pulsions " épistémophiliques " et sadiques sont étroitement unies; c'est là un fait bien connu. " On a souvent l'impression, écrit Freud que le désir de savoir, en particulier, peut se substituer réellement au sadisme, dans la névrose obsessionnelle."
Daprès mes constatations, ce lien s'établit à un moment très précoce de la formation du Moi, au cours de la phase d'exacerbation du sadisme. A cette époque, les besoins épistémophiliques sont activés par le conflit dipien naissant, et sont tout d'abord au service des tendances sado-orales.
Leur premier objet semble être l'intérieur du corps de la mère, que lenfant considère, pour commencer, comme une source de satisfaction orale, puis comme l'endroit où s'effectue le coït des parents et ou se trouvent le pénis du père et les enfants.
Tout en voulant pénétrer par la force dans le corps de la mère pour s'emparer de son contenu et le détruire, il souhaiterait également savoir ce qui s'y passe et de quoi cela peut avoir l'air.
Les désirs de connaître l'intérieur de la mère et dy pénétrer par cette action sont assimilés l'un à l'autre, se renforcent mutuellement et deviennent interchangeables. Ainsi se forment les liens qui unissent aux pulsions sadiques, rendues à leur apogée, les besoins épistémophiliques naissants ; on comprend qu'ils soient si intimement rapprochés et que ces derniers suscitent des sentiments de culpabilité.