La connaissance : un moyen de lutte contre langoisse
Nous voyons le jeune enfant accablé par une foule de questions et de problèmes qu'il se pose sans que son intelligence soit encore apte à les résoudre. Son reproche typique est qu'on ne répond pas à ses questions, et il en fait grief surtout à sa mère, qui ne satisfait pas davantage son besoin de savoir qu'elle n'a satisfait ses besoins de nature orale.
Ce reproche joue un rôle important dans le développement aussi bien du caractère que des tendances épistémophiliques. Laccusation remonte à des temps reculés, qui ont précédé l'acquisition du langage, car ce grief est souvent associé à un autre, qui se rapporte à cette période et dans lequel il se plaint de ne pouvoir comprendre ce que disent les grandes personnes ou les mots qu'elles emploient.
Ces griefs soit isoles soit réunis, sont extraordinairement chargés d'affect ; en cours danalyse, l'enfant parle alors de manière à ne pas être compris tout en reproduisant la rage qu'il ressentit pour la première fois à lépoque préverbale de son développement il devient incapable de formuler verbalement ses questions ou de comprendre une explication verbale. Mais ces questions, en partie du moins, sont toujours demeurées inconscientes.
Les troubles importants des tendances épistémophiliques remontent à la déception inévitable qui en accompagne les manifestations originelles aux premières phases de la formation du Moi.
Nous avons vu que ce sont d'abord les pulsions sadiques dont l'intérieur de la mère est l'objet qui activent le besoin épistémophiliques mais l'angoisse qu'elles ne manquent pas de susciter renforce et intensifie de nouveau ce besoin. La peur qu'éprouve l'enfant à l'égard des dangers qu'il se représente dans lintérieur de sa mère au-dedans de lui-même et dans ses objets introjectés, le pousse encore davantage à de couvrir ce que recèlent l'intérieur de sa mère et son propre corps.
La connaissance devient alors un moyen de maîtriser langoisse, et le besoin de savoir, un facteur essentiel dans la croissance et l'inhibition des tendances épistémophiliques. L'angoisse en accéléré ou en retarde le développement comme pour la libido.
Nous avons eu l'occasion, dans La Psychanalyse des enfants, de discuter quelques cas graves de la pathologie de ce besoin, et nous nous sommes rendu compte de la terreur qui s'empare de l'enfant lorsqu'il prend connaissance des effroyables destructions fantasmatiques perpétrées par lui dans l'intérieur de sa mère et de représailles non moins terribles qu'il s'est ainsi attirées.
L'ensemble de ses désirs de savoir s'en trouve profondément affecté, de sorte que sa curiosité, si intense et si peu satisfaite, qui portait primitivement sur la forme, les dimensions et le nombre des pénis paternels, des excréments et des enfants contenus dans la mère, se transforme en un besoin compulsif de mesurer, d'additionner et dénumérer.
Avec le renforcement des pulsions libidinales et l'atténuation des tendances destructrices, il se produit des changements qualitatifs dans le Surmoi, qui se manifeste de plus en plus à l'égard du Moi par des remontrances. Avec la diminution de l'angoisse, les mécanismes de réparation, ayant perdu de leur caractère obsessionnel gagnent en efficacité, et, dans le comportement de l'enfant, se dégagent avec plus de clarté des réactions d'un niveau spécifiquement génital.
Lavènement du stade génital traduirait donc le triomphe ultime des éléments positifs dans les interactions qui, à mon sens, dominent tout le développement primitif de l'enfant et qui concernent les rapports réciproques de la projection et de l'introjection, des relations objectales et de la formation du Surmoi.