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Les premières situations génératrices dangoisse modifiées par la libido et par les objets
J'ai constaté que, pendant la période du développement dénommée par moi phase d'exacerbation du sadisme, tous les stades prégénitaux, ainsi que le stade génital, sont coup sur coup investis; c'est que la libido entre alors en lutte avec les tendances destructrices et consolide graduellement ses positions.
Au nombre des facteurs qui sont d'une importance fondamentale pour la dynamique des processus psychiques, je suis d'avis de placer non seulement la polarité, mais aussi l'interaction des instincts de vie et de mort.
Un lien indissoluble unit et, dans une large mesure soumet la libido aux tendances destructives. Mais le cercle vicieux, dominé par l'instinct de mort, qui veut que l'agressivité engendre l'angoisse et que l'angoisse renforce l'agressivité, peut être brisé par la libido lorsqu'elle a acquis une force suffisante.
Comme nous le savons, l'instinct de vie doit lutter de toutes ses forces, au cours des premiers stades du développement, afin de se maintenir en dépit de l'instinct de mort. Mais c'est précisément cette nécessité qui stimule l'épanouissement sexuel de l'enfant.
Les pulsions génitales de l'enfant demeurent longtemps masquées, et nous ne pouvons discerner clairement les fluctuations et l'enchevêtrement des diverses phases du développement qui résultent du conflit entre pulsions destructrices et pulsions libidinales. L'émergence des stades d'organisation, tels que nous les connaissons, ne correspond pas seulement, d'après moi, aux positions que la libido, dans sa lutte contre les tendances destructrices, a conquises et fortifiées ; comme ces deux instincts sont à la fois unis et opposés de manière indissoluble, elle dépend aussi de leur ajustement progressif.
Il est vrai que le jeune enfant ne laisse transparaître qu'une part relativement faible du sadisme terrible qui se révèle lorsqu'on analyse les couches les plus profondes de son psychisme. Mais en affirmant qu'au cours des stades les plus primitifs l'enfant traverse une période où ses tendances sadiques, issues de plusieurs sources, atteignent partout un point d'exacerbation, je me contente en somme de développer la théorie acceptée et bien établie d'après laquelle l'enfant passe d'un stade sadique-oral, ou cannibalisme, à un stade sadique-anal.
Nous ne devons pas oublier que ces tendances cannibales elles-mêmes ne trouvent pas de moyen d'expression qui corresponde à leur portée psychologique; l'enfant normal ne fournit que des indices assez faibles du besoin qu'il éprouve de détruire son objet et ne nous laisse voir que des émanations de fantasmes conçus sur ce thème.
On comprend mieux que d'intenses pulsions sadiques dirigées contre des objets extérieurs s'expriment sous une forme aussi édulcorée, si l'on reconnaît que les fantasmes extravagants d'une période très précoce du développement ne deviennent jamais tant soit peu conscients.
En outre, au moment où ces fantasmes surgissent, le Moi est à un stade fort primitif et les relations de l'enfant avec le réel subissent encore dans une large mesure l'influence de l'imagination. Il faut aussi tenir compte de l'infériorité physique de l'enfant par rapport à l'adulte et de sa dépendance d'origine biologique; en effet, ses tendances destructrices se manifestent avec beaucoup plus de vigueur à l'égard des objets inanimés et des animaux de petite taille.
Enfin, il se peut que les pulsions génitales, bien qu'encore dissimulées, exercent dès le début de la vie une influence modératrice sur les pulsions sadiques et contribuent à en diminuer la violence envers les objets extérieurs. Le jeune enfant entretient, semble-t-il, à côté de ses relations avec les objets réels, mais sur un autre plan, des relations avec des images fantasmatiques qui sont bonnes ou mauvaises à l'excès.
D'ordinaire, ces deux catégories de relations objectales s'entremêlent et exercent l'une sur l'autre une influence toujours croissante. - C'est le processus que j'ai décrit comme étant une interaction entre la formation du Surmoi et les relations objectales. - Mais, dans le psychisme du tout petit enfant, il existe encore une séparation très nette entre les objets réels et les objets imaginaires; sans doute est-ce là une des raisons pour lesquelles le sadisme et l'angoisse suscités par les objets réels ne se manifestent pas avec autant d'intensité que le caractère des fantasmes semblerait l'annoncer.