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Des tâches dont les objets sont des symboles inconscients
Il est surprenant de voir combien de tâches et d'entreprises peuvent, dans l'inconscient, symboliser l'acte de la défécation. L'attitude psychique les concernant est donc influencée par les traits de caractère relatifs à l'érotisme anal, lorsque ceux-ci sont présents.Trois sortes d'actions sont particulièrement aptes à être influencées de cette manière : tout d'abord, celles auxquelles s'attache un sens particulier de devoir ou d'obligation, donc surtout des tâches d'ordre moral.
Une grande partie de l'insistance pathologique à vouloir absolument faire certaines choses « comme il faut » provient de là. Le sujet est submergé par un sentiment d'obligation qui reste inaccessible à tous les arguments et le rend tout à fait incapable d'envisager les choses d'une manière détachée et objective ; il ne voit qu'un c6té de la question et encore ne faut-il pas en discuter.
En second lieu, les tâches qui sont intrinsèquement désagréables ou ennuyeuses, dans lesquelles s'exprime déjà quelque contre-volonté. Cette catégorie se confond souvent avec la précédente lorsque le devoir moral a un caractère désagréable ou pénible. Un sous-groupe typique est constitué parce que les Américains appellent des «chores » (corvées) : rangement de tiroirs, nettoyage de placards, tenue d'un journal, élaboration de rapports journaliers.
Cela nous amène à la troisième catégorie, dans laquelle le travail concerne des objets qui sont des symboles inconscients des produits d'excrétion. Nous les énumérerons plus loin, mais on peut déjà mentionner la poussière ou la saleté, les papiers, les ordures, l'argent. Dans tous ces groupes nous retrouvons l'alternance entre la temporisation inhibitrice et la concentration fiévreuse dont nous avons parlé plus haut.
Par exemple, une maîtresse de maison affligée d'un complexe anal prononcé ne cessera de retarder l'accomplissement d'un travail nécessaire, comme le nettoyage et le rangement d'une chambre de débarras. Puis, elle sera prise d'une ardeur passionnée pour cette tâche, à laquelle elle subordonnera tous les autres travaux et toutes les autres occupations, quelle que soit leur importance ou leur urgence.
L'exemple le plus parfait, tout à fait symptomatique d'un complexe anal prononcé concerne le fait d'écrire des lettres. Il y a peu de personnes qui, par moments, ne trouvent pas ennuyeux de mettre leur correspondance à jour, mais les sujets dont nous nous occupons ici font preuve de l'inhibition la plus complète possible à cette idée, surtout lorsqu'il s'agit de lettres qu'ils ont vraiment envie d'écrire.
Lorsque, finalement, ils réussissent à se mettre au travail, ils le font avec une précision merveilleuse, y attachant tout leur intérêt et toute leur énergie, si bien qu'ils étonnent leurs correspondants si longtemps négligés en leur envoyant des nouvelles détaillées, écrites d'une manière excellente. Il s'agit d'ailleurs plutôt dépîtres que de lettres au sens ordinaire du mot.
Dans toutes ces activités, le désir de perfection est visible. Rien n'est fait « à moitié ». Lorsqu'un parent inquiet demande des nouvelles, ne serait-ce quune ligne sur une carte postale, ces personnes trouvent également impossible d'accéder à cette demande ou d'écrire une lettre ordinaire, elles ne peuvent écrire qu'après avoir accumulé suffisamment d'énergie pour produire une uvre d'art réellement satisfaisante. Rien d'autre ne suffit.
Le même recherche de perfection peut également s'exprimer dans la calligraphie de la lettre, ce qui se rattache aussi a l'amour de la propreté dont nous parlerons plus loin. Ces personnes ont souvent une écriture d'une grande finesse et d'une grande beauté.
Les femmes affligées de ce que les Allemands appellent une Hausfraupsychose (psychose des maîtresses de maison) éprouvent souvent une grande difficulté à s'acquitter régulièrement de leurs tâches domestiques routinières, qu'elles négligent et qu'elles ajournent jusqu'à ce que l'énergie accumulée dans l'inconscient se manifeste par une véritable orgie de nettoyage.
Ces explosions d'activité sont généralement suivies d'un soulagement et d'une satisfaction prononcés et une autre période d'inactivité apparente leur succède. La prédominance relative de chacune des deux phases de ce processus varie considérablement d'un sujet à l'autre.
Chez les uns, les précisions, lentêtement, la persévérance, l'énergie générale dominent, tandis que chez les autres, c'est la phase d'inactivité, de méditation, de temporisation qui est la plus accentuée. Elle peut même aboutir à une paralysie temporaire ou permanente des différentes activités - comme une complète incapacité d'écrire une lettre.