A lopposé de la parcimonie : la tendance à donner et à aider Dans cette catégorie entrent les sujets qui, à l'opposé des avares, sont extrêmement généreux, quelquefois extravagants. Certains psychanalystes qualifient ce type de « érotique-anal», par opposition au premier qui serait purement « anal », mais il me semble qu'ils dérivent tous deux des complexes de l'érotisme anal, la seule différence étant que le second est positif et l'autre négatif.
En ce qui concerne l'aspect positif du type « qui donne », on peut distinguer deux variétés, selon ce qu'on fait du produit. Les uns cherchant à projeter le produit sur un autre objet, vivant ou non ; chez les autres, le but est de continuer à le manipuler et de créer à partir de là. Nous les étudierons dans cet ordre.
On peut dire du type le plus simple de la première variété qu'il s'agit d'une sublimation de la tendance primitive à salir. Une forme grossière et généralement refoulée est la tendance à souiller ou à contaminer qu'on trouve par exemple dans la perversion connue sous le nom de pygmalionisme (manie de badigeonner les statues avec de l'encre, etc.), et dans la perversion consistant à salir les femmes ou leurs vêtements en jetant dessus de l'encre, de l'acide ou des produits chimiques.
C'est cette perversité qui se dissimule parfois derrière la passion érotique pour les jeunes enfants (désir de contaminer leur innocence).
Deux sublimations de cette pulsion sont d'un grand intérêt social : l'amour de la peinture et des choses imprimées, c'est-à-dire de laisser sa marque sur une substance donnée. Nous avons des formes inférieures de cette même tendance dans le plaisir que prennent certaines personnes mal élevées à graver ou à écrire leur nom, c'est-à-dire à laisser d'eux un souvenir susceptible de gâter une belle chose.
Sur le même plan, il y a des manifestations innombrables de cette tendance à souiller, généralement associée au désir de détruire (d'après Freud, le stade de développement érotique sadique-anal, stade prégénital). Qu'on pense seulement ,à la guerre.
Lorsque le sens de la valeur est conservé, lorsque le produit original est remplacé par de l'argent, des joyaux, etc., lorsque, en outre, la pulsion sexuelle originale se développe sur un plan allo-érotique, nous nous trouvons en présence d'une vie amoureuse où l'acte de donner prédomine par-dessus tout.
Il est vrai que, tant du point de vue psychologique que physiologique, la plus grande partie de toute vie amoureuse se fonde aussi bien sur l'acte de donner que sur celui de recevoir, mais chez les sujets dont nous nous occupons, tous les autres aspects de l'amour sont subordonnés au seul acte de donner. Les gens de cette catégorie ne cessent de faire des cadeaux.
Pour courtiser l'objet de leur amour, ils cherchent avant tout à se rendre plaisants et agréables, ils lui offrent des joyaux, des chocolats, etc. Le niveau immature et prégénital de cette forme de vie amoureuse s'exprime dans le fait qu'il est très courant que ces personnes soient relativement impuissantes. Les couples qui s'aiment de cette façon sont souvent formés par un vieillard et une jeune fille, le premier ayant régressé vers un niveau infantile et la dernière ne l'ayant jamais quitté.
Il est probable que le désir même de rendre une femme enceinte est déterminé en partie par ce complexe (voir ce que nous avons dit plus haut du symbolisme ayant l'enfant pour objet), mais cela correspond à un stade de développement génital plus adulte, si bien qu'on ne découvre chez certaines personnes que des traces de ce complexe.
Le désir de continuer à manipuler le produit et de créer à partir de lui conduit à diverses sublimations, à commencer par le goût dont témoignent habituellement les enfants pour les activités de modelage. La sublimation la plus courante est celle qui consiste à faire la cuisine qui, plus tard, peut se transformer en aversion pour l'art de cuisiner ou bien en passion.
La sublimation intervient aussi largement dans deux autres domaines, l'industrie et l'art. Dans le premier domaine, de bons exemples sont le façonnage des métaux, la construction, la menuiserie, la gravure, etc. ; tandis que la sculpture, l'architecture, la photographie peuvent être citées comme des exemples du second.