Le complexe du collectionneur : une explication
Tous les collectionneurs tirent leur passion de l'érotisme anal et les objets collectionnés sont presque toujours des symboles typiques de cet érotisme: pièces de monnaie (non courantes, timbres, ufs, papillons (ces derniers étant associés avec l'idée de bébés), livres, et même des objets sans valeur, épingles, vieux journaux, etc.
Dans le même ordre d'idées, on peut mentionner la joie que certains éprouvent à trouver et à ramasser des objets de ce genre, épingles, pièces, etc., et lintérêt qu'ils portent à la recherche de trésors. Les trésors sont généralement cachés dans le sol; d'une façon évidente, cet intérêt est également renforcé par d'autres éléments sexuels comme le voyeurisme, l'exploration incestueuse du corps de la terre, cette mère nourricière, etc.
Une autre manifestation de ce même complexe est la grande affection que certaines gens manifestent pour différents objets symboliques. Sans parler des tendres soins dont peut être entourée une collection donnée (ce qui a une valeur évidente dans le cas des gardiens de musées ou de bibliothèques), un des traits les plus frappants de tous ceux qui se rattachent à l'érotisme anal, c'est l'extraordinaire tendresse dont certains représentants de ce type sont capables, surtout à l'égard des enfants.
Cette tendresse est sans aucun doute renforcée par une association avec les idées d'innocence et de pureté, dont nous parlerons, et par une formation réactionnelle contre le sadisme refoulé qui accompagne souvent un érotisme anal prononcé. Un élément curieux, également associé à la tendresse, est une tendance très prononcée à dominer l'objet aimé (et possédé) ; ces personnes sont toujours autoritaires et même tyranniques et elles ne tolèrent pas la moindre velléité d'indépendance de la part de l'objet aimé.
La formation réactionnelle principale en rapport avec la tendance à retenir est un esprit de méthode qui constitue le troisième élément de la triade de Freud. Ce trait de caractère se rattache manifestement à l'amour de la propreté. Partant du dicton que « la saleté est une chose qui n'est pas à sa place », on peut présumer qu'il ne s'agit plus de saleté si elle est à sa place.
Lorsque ce trait est particulièrement marqué, il prend le caractère d'un véritable symptôme névrotique, les sujets témoignant d'une passion sans répit et incontrôlable de ranger constamment les différents objets d'une pièce jusqu'à ce que chaque chose soit en ordre, symétrique, exactement « à sa place ».
Un exemple de ce trait bien connu suffira : j'ai vu des livres, qu'on ne lisait jamais, et qui étaient rangés sur une table ; ils étaient tous de la même taille et semblaient parfaitement en ordre, mais leur propriétaire ne cessait de les remettre en ordre; de même, cette même personne n'aurait pu continuer une conversation si elle s'était aperçue qu'un tableau était de travers.
Ces personnes ne supportent aucun désordre et elles n'ont de cesse de ranger tout papier ou tout objet « qui trame ». Chaque chose doit être à sa place et si possible hors de la vue. Chez certaines d'entre elles, un trait de caractère plus positif est une grande capacité d'organiser et de systématiser les choses.
Dans le domaine de la pensée, cette tendance aboutit généralement à la pédanterie, à un amour des définitions et de la précision, qui s'exprime surtout verbalement. Mais il arrive aussi que chez certaines personnes cette même tendance s'exprime par un grand dégoût pour une pensée informe et une passion pour la lucidité d'esprit, ce qui constitue un trait intéressant et valable. Ces dernières éprouvent un grand plaisir à élucider un problème, elles ont le goût du classement, etc.
L'horreur du désordre se rattache étroitement à un autre trait : l'horreur du gaspillage. Celle-ci provient de plus d'une source. Elle représente une répugnance à jeter quelque chose (qui est en réalité une répugnance à se séparer d'une chose faisant partie de soi, une manifestation de la tendance à retenir) et aussi un dégoût de ce qui est gaspillé parce que cela représente des détritus, c'est-à-dire de la saleté.
Tous les efforts convergent alors pour l'utiliser. Ces personnes sont toujours heureuses de découvrir ou d'entendre parler d'un nouveau procédé de transformer les déchets en matériaux utiles : champs d'épandage, usines de goudron, etc.
Un trait associé, sur lequel Freud a attiré l'attention, se trouve dans le fait qu'on peut se fier à ces personnes, qu'on peut se reposer sur elles. Ce trait se rattache à la passion du détail, de lefficacité, au peu de goût pour déléguer dont nous avons déjà parlé. On peut être sûr que les personnes possédant ce trait ne négligeront pas leurs devoirs et qu'elles termineront ce qu'elles entreprennent.