Hypnose paternelle et hypnose maternelle
Ferenczi a raison de dire quen adressant au sujet lordre de dormir, qui sert dintroduction à lhypnose, lhypnotiseur prend, aux yeux de celui-là, la place des parents. Il croit pouvoir distinguer deux variétés dhypnose: celle qui résulte dune suggestion apaisante, comme accompagnée de caresses, et celle qui est produite par un ordre menaçant. La première serait lhypnose maternelle, la dernière lhypnose paternelle.
Dautre part, lordre de dormir, destiné à provoquer lhypnose, nest en somme que lordre de détacher son intérêt du monde extérieur, pour le concentrer tout entier sur la personne de lhypnotiseur: cest dailleurs ainsi que le comprend le sujet lui-même, puisque dans ce détachement de lintérêt des objets et faits du monde extérieur réside la caractéristique psychologique du sommeil, et cest sur lui que repose laffinité entre le sommeil véritable et létat hypnotique.
Cest ainsi que, par ses procédés, lhypnotiseur éveille chez le sujet une partie de son héritage archaïque qui sest déjà manifesté dans lattitude à légard des parents, et surtout dans lidée quon se faisait du père: celle dune personnalité toute-puissante et dangereuse, a légard de laquelle on ne pouvait se comporter que dune manière passive et masochiste, devant laquelle on devait renoncer complètement à sa volonté propre et dont on ne pouvait aborder le regard sans faire preuve dune coupable audace.
Cest ainsi seulement que nous pouvons nous représenter lattitude de lindividu de la horde primitive à légard du père de la horde. Ainsi que nous le savons par dautres réactions, laptitude à revivre ces situations archaïques varie de degré dun individu à lautre.
Le sujet est cependant capable de conserver une connaissance vague quau fond lhypnose nest quun jeu, quune reviviscence illusoire de ces impressions anciennes, ce qui suffit à larmer dune résistance suffisante contre les conséquences trop graves de la suppression hypnotique de la volonté.