La foule, résurrection de la horde primitive
La caractéristique générale des hommes, telle que nous lavons décrite précédemment, sapplique plus particulièrement à la horde primitive. La volonté de lindividu était trop faible pour se risquer à laction. Les impulsions collectives étaient alors les seules impulsions possibles; la volonté individuelle nexistait pas.
La représentation n osait pas se transformer en volonté, lorsquelle ne se sentait pas renforcée par la perception de sa diffusion générale. Cette faiblesse des représentations trouve son explication dans la force du lien affectif qui rattachait chacun à tous ses semblables; mais luniformité des conditions de la vie et labsence de propriété privée ont également contribué à produire ce conformisme des actes psychiques. Même les besoins dexcrétion admettent, comme cela se voit encore aujourdhui chez les enfants et les soldats, une satisfaction en commun.
La seule exception est constituée par lacte sexuel pendant lequel la présence dune troisième personne est tout au moins superflue, cette personne étant, dans les cas extrêmes, condamnée à une attente pénible. Pour ce qui est de la réaction du besoin sexuel (de la satisfaction génitale) à la grégarité, voir plus loin.
La foule nous apparaît ainsi comme une résurrection de la horde primitive. De même que lhomme primitif survit virtuellement dans chaque individu, de même toute foule humaine est capable de reconstituer la horde primitive.
Nous devons en conclure que la psychologie collective est la plus ancienne psychologie humaine; les éléments qui, isolés de tout ce qui se rapporte à la foule, nous ont servi à constituer la psychologie individuelle, ne se sont différenciés de la vieille psychologie collective quassez tard, progressivement et dune manière qui, de nos jours encore, est très partielle. Nous allons essayer encore dindiquer le point de départ de cette évolution.