![]()
Lhypocondrie
Lhypocondrie, comme la maladie organique, se traduit par des sensations corporelles pénibles et douloureuses et se rencontre aussi avec elle dans son action sur la distribution de la libido. Lhypocondriaque retire intérêt et libido - celle-ci avec une évidence particulière - des objets du monde extérieur et concentre les deux sur lorgane qui loccupe.
Pourtant une différence entre hypocondrie et maladie organique apparaît au premier plan: dans le dernier cas les sensations pénibles sont fondées sur des modifications démontrables, et non dans le premier cas. Mais nous resterions parfaitement dans le cadre de notre conception générale des processus névrotiques en avançant la proposition suivante: lhypocondrie doit avoir raison, les modifications organiques ne peuvent pas non plus manquer dans son cas. En quoi peuvent-elles donc consister?
Nous nous laisserons guider ici par lexpérience qui nous montre que des sensations corporelles de nature déplaisante, comparables à celles des hypocondriaques, ne manquent pas non plus dans les autres névroses.
Jai déjà dit une fois que jinclinais à ranger lhypocondrie à côté de la neurasthénie et de la névrose dangoisse, comme troisième névrose actuelle: Lon ne va vraisemblablement pas trop loin en se représentant quun petit élément dhypocondrie participe régulièrement aussi à la formation des autres névroses. Le plus bel exemple en est bien la névrose dangoisse et lhystérie qui se construit sur elle.
Eh bien, nous connaissons le modèle dun organe douloureusement sensible, modifié en quelque façon sans être pourtant malade au sens habituel: cest lorgane génital en état dexcitation. Il est alors congestionné, turgescent, humide, et le siège de sensations diverses.
Si nous nommons érogénéité dune partie du corps cette activité qui consiste à envoyer dans la vie psychique des excitations qui lexcitent sexuellement, et si nous songeons que les considérations tirées de la théorie sexuelle nous ont depuis longtemps habitués à cette conception que certaines autres parties du corps - les zones érogènes - pourraient remplacer les organes génitaux et se comporter de façon analogue à eux, il ne nous reste maintenant quun pas de plus à tenter.
Nous pouvons nous décider à tenir lérogénéité pour une propriété générale de tous les organes, ce qui nous autorise à parler de laugmentation ou de la diminution de celle-ci dans une partie déterminée du corps. A chacune de ces modifications de lérogénéité dans les organes pourrait correspondre une modification parallèle de linvestissement de libido dans le Moi.
Cest là quil faudrait chercher les facteurs que nous mettons à la base de lhypocondrie et qui peuvent avoir la même influence sur la distribution de la libido que latteinte matérielle des organes.