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Léonard de Vinci était-il un homosexuel inhibé ?

(1° partie)

Il faut probablement le considérer comme un homosexuel inhibé ou comme quelqu'un qui n'est homosexuel qu'en pensée. Il se choisit des élèves jeunes et beaux, mais rien n'indique qu'il ait eu des relations sexuelles directes avec eux. Dans l'ensemble, il semble avoir été un homme complètement dépourvu d'activité, de pulsion d'agression et qui atteignit un haut degré de maîtrise de ses affects. Il montre un extraordinaire refoulement sexuel, que confirme une phrase de ses carnets : « L'acte de procréation et ses organes sont caractérisés par une telle déformation que, n'était la beauté du reste du corps, la race humaine se serait éteinte depuis longtemps. »

Léonard de Vinci ne mangeait pas de viande. Une de ses occupations favorites était d'acheter des oiseaux, puis de les laisser s'envoler. Sa marotte principale était en effet le désir de voler et il espéra jusqu'à un âge avancé pouvoir résoudre ce problème.

Pour nous, il est manifeste que ces traits de caractère sont liés à sa sexualité; nous nous attendons à trouver dans le développement sexuel de Léonard de Vinci la solution des quatre énigmes de sa vie :

le fait qu'il était un si grand chercheur;

le fait qu'il ne persévérait en rien et laissa inachevées la plupart de ses œuvres;

le fait qu'il traitait si mal ses œuvres; et

le fait que ce genre particulier de sexualité inactive domina sa vie.

Nous ne nous tromperons pas non plus en supposant pouvoir expliquer à partir de son enfance comment s'est formé un caractère ayant précisément de telles particularités. Mais où prendrons-nous le matériel? Il semble que nous devrions nous borner à dire : cette inactivité, qu'il montre dans l'art, est liée à son inactivité sexuelle. Cependant, cette inhibition d'énergie n'était pas générale, mais limitée, puisque c'était aussi un chercheur.

De son enfance, on sait, comme nous l'avons dit, peu de chose. Il vient d'une famille de philistins; ses ancêtres avaient été notaires durant quatre générations et ne s'étaient pas particulièrement distingués. Son père l'engendra dans ses jeunes années (à l'âge de vingt-trois ans) avec une paysanne nommée Caterina: Léonard était un enfant illégitime. L'année de la naissance de Léonard, son père épousa une femme de haute naissance. Nous savons ensuite de Léonard qu'à l'âge de cinq ans il vivait dans la maison de son père, à Florence.

Ce mariage étant resté sans enfants, il semble plausible que le père prît chez lui son enfant illégitime avec le consentement de sa femme. En tout, le père se maria quatre fois (avec sa troisième et quatrième femme, il eut dix enfants) et mourut à l'âge de quatre-vingts et quelques ans.

Dans son traité sur le vol des oiseaux, un mémoire scientifique, Léonard se laisse soudain aller à sa fantaisie et dit : « Il semble que j'aie depuis toujours été destiné à m'occuper du vol des oiseaux. Dans mon plus ancien souvenir d'enfance, il me semble qu'un vautour a volé jusqu'à moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et l'a plusieurs fois battue de-ci de-là entre mes lèvres. »

Cela ne peut évidemment pas être un souvenir d'enfance; c'est un fantasme touchant l'enfance. Si nous voulons appliquer à cela notre art psychanalytique, nous devons dire qu'il s'agit d'un fantasme homosexuel, dont la signification pourrait être : prendre le pénis (« la queue » en italien) dans la bouche et le sucer. Nous savons que les rêves de vol [« Fliegeträume »] signifient originellement toujours : je peux faire l'amour [« vögeln »], je suis un oiseau, je suis sexuellement mûr. Il y a aussi quelque chose de ce genre ici.

Un immense amour refoulé pour la mère

Il existe une autre voie étrange qui mène un peu plus loin dans l'histoire. Dans l'écriture hiéroglyphique, le vautour représente quelque chose de tout à fait précis à savoir la mère, et ce signe se prononce mut. Si nous essayons d'insérer cela dans le fantasme, il signifierait que sa mère s'est penchée sur lui, lui a mis son pénis dans la bouche et l'y a remué plusieurs fois de-ci de-là.

Nous savons que chez les filles, le fantasme consistant à sucer un pénis a pour origine la succion du sein maternel. Nous pourrions donc imaginer qu'un remaniement de cette succion du sein maternel sur le mode homosexuel peut éventuellement susciter un fantasme tel que celui que nous trouvons chez Léonard. Par conséquent, nous dirions que ce fantasme recouvre le souvenir d'une jouissance très intense [éprouvée en buvant] au sein maternel (l'intensité étant indiquée par le mouvement de la queue), et que ce souvenir a été remanié dans un sens homosexuel.

Nous pouvons aussi tenir compte de quelque chose d'autre: les Egyptiens avaient une divinité appelée Mut et qui était représentée avec la tête d'un vautour. Or, il n'y a pas de divinité égyptienne qui n'ait été aussi souvent représentée comme androgyne (c’est-à-dire avec un pénis). Ainsi l'idée primitive de l'enfant, qui attribue un pénis à sa mère (théorie sexuelle infantile), est aussi restée vivante dans l'expérience populaire. Cela permet de comprendre plus facilement comment ce fantasme de mère a été remanié dans un sens homosexuel.

Ce premier pénis perdu de la mère joue un grand rôle; et le fétichisme du pied, dont nous avons pu déceler l'origine dans la répression de certaines pulsions coprophiliques doit aussi être lié à une recherche et à un heureux recouvrement de ce pénis perdu de la mère. Ainsi, nous tendons à supposer que, dans le cas de Léonard, une énorme fixation maternelle a eu lieu à un très jeune âge, que, comme Sadger l'a démontré pour les homosexuels, il adorait sa mère et qu'il est devenu homosexuel en refoulant cet amour.

Le souvenir de ces deux choses serait préservé dans ce fantasme.

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