Léonard de Vinci était-il un homosexuel inhibé ?
(4° partie)
Le sourire de la Joconde : la maternité triomphante
En plus de ces indications concernant la relation avec sa mère dans sa vie sexuelle, on trouve certains indices dans les uvres du peintre; les consigner pourrait rendre valable le travail effectué jusqu'à présent et qui est, en fait, infructueux. La plus forte impression que produisent ses tableaux est le fameux sourire à la Léonard, si évident dans La Joconde, Sainte Anne, Bacchus (qui est probablement sa dernière uvre), Léda et beaucoup d'autres.
La Joconde est un portrait auquel il travailla durant quatre ans. Il n'est guère vraisemblable qu'il ait lui-même mis ce trait dans son visage; on peut donc imaginer que cette femme lui a laissé une profonde impression et qu'il avait pour ainsi dire retenu ce sourire. Ce sourire est le plus frappant et le plus beau chez sainte Anne, un tableau qui est pourtant de plusieurs années antérieur à La Joconde.
Léonard peut donc seulement avoir eu des raisons intérieures d'aimer ce sourire. Vasari rapporte que, parmi les premières uvres du jeune homme, il y avait des bustes de femmes souriant de cette façon. Ce sourire provient sans doute d'une personne de son enfance.
Le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus a une curieuse composition, unique dans la Renaissance. La Vierge comme mère est assise dans la position d'un enfant sur les genoux de sainte Anne et se penche vers l'Enfant Jésus. Les deux femmes ont cet étrange sourire, mais celui de sainte Anne est plus beau. Tout le monde a remarqué que Léonard avait aboli la différence d'âge naturelle entre les deux femmes. Nous reconnaissons dans ce tableau quelque chose de sa biographie. Deux mères sont présentes, l'une plus éloignée et l'autre plus âgée.
Si le sourire était celui de la mère, on doit pouvoir expliquer cette composition à partir de lui. Ce tableau est la condensation de deux traits qu'on trouve seulement chez Léonard: il a vraiment eu deux mères, dont l'une était entre l'autre mère et l'enfant. Mais le second chapitre de l'histoire de son enfance est aussi dans le tableau : dans la maison de son père, il trouva effectivement, en plus de sa seconde mère, une grand-mère, et l'on dit que les deux femmes se sont montrées très bonnes envers lui. C'est cette grand-mère qu'il a représentée, non comme une femme âgée, mais comme une seconde mère, plus éloignée.
Ce sourire a toujours été considéré comme extrêmement mystérieux (dans La Joconde, il suscite un effet étrange) : c'est le sourire bienheureux du vautour qui se penche sur l'enfant. Il contient vraiment un secret, un secret qui est clairement révélé dans Bacchus, qui est androgyne. Ce sourire représente la béatitude de l'amour maternel comme étant à la fois la suprême satisfaction sensuelle. Ce sourire bienheureux et sensuel représente l'union accomplie avec la mère : c'est l'enfant triomphant de posséder sa mère, c'est la représentation artistique de ce triomphe.
Enfant délaissé, Léonard délaisse à son tour ses tableaux
Il reste encore la question de savoir pourquoi Léonard a si mal traité ses uvres. Nous touchons là au troisième trait de sa vie sexuelle, le petit reste de masculinité qu'il avait gardé. En cherchant le sourire de sa mère, il se sent, dans un certain sens, masculin. Il peut encore exprimer le reste de sa masculinité dans une identification au père.
Il ne fait aucun doute que cette identification a existé. Il a toujours joué, ou cherché à jouer au grand seigneur, même quand les moyens de le faire lui manquaient. Cela servait à compenser sa naissance illégitime. Mais cela servait aussi à surpasser le père, à faire mieux que lui, à lui montrer comment on joue réellement au grand seigneur.
Mais en cela aussi, le destin le poursuit: à ses yeux, son père a commis un grand méfait, qu'il ne lui a jamais pardonné: il a créé un enfant et puis il ne s'en est plus soucié; Léonard fait exactement la même chose avec les uvres qu'il a créées. A cet égard, il réussit à imiter vraiment son père - à son désavantage et à celui du monde - et, par ce comportement, il renouvelle constamment le reproche fait à son père.
Le même homme qui a créé ces uvres d'une incomparable beauté avait aussi un besoin incoercible de collectionner des caricatures et des objets laids. Il est possible que derrière cela se cache sa haine envers le mari de sa vraie mère, son beau-père, que nous pouvons nous représenter comme un paysan vieux et laid.