Léonard de Vinci était-il un homosexuel inhibé ?
(3° partie)
Le journal intime : un trait névrotique
Léonard tenait un journal intime, ce que nous pouvons considérer comme un trait névrotique. Dans les pages qui ont été préservées, il s'adresse toujours à lui-même, chose étrange, à la deuxième personne du singulier. C'est manifestement le substitut d'une relation qu'il a eue autrefois.
Le précurseur et le modèle de tout journal intime semble être la confession du soir de l'enfant; dans les deux cas, on ne dit pas la vérité « das Eigentliche ». Ce « toi » du journal est l'équivalent des hallucinations acoustiques des névrosés. Les voix intérieures qui leur disent quelque chose sont destinées à remplacer des personnes qui leur manquent : elles sont le père et la mère (parfois des maîtres).
La conscience en fait un personnage. Le « démon » de Socrate n'est probablement rien d'autre. Dans la paranoïa, ces voix des parents sont remplacées par celles de collègues, des « autres». Toutes les voix disent « tu » (comme chez les hystériques). Dans la paranoïa, elles utilisent la troisième personne : ce sont les frères et les surs envieux, les prototypes des futurs persécuteurs.
Dans le second volume de sa trilogie, L'Antéchrist, dont Léonard est le sujet, Merechkovski, emporté par son imagination, a tenté de deviner, au sujet de l'enfance et du reste de l'histoire de Léonard, plus que ce qui en a été rapporté. Ce qu'il dit coïncide tout à fait avec nos recherches. Dans son récit, le petit Léonard de six-huit ans s'échappe souvent le soir de la propriété des Vinci pour se rendre dans la hutte proche de sa mère, se glisser dans son lit, se blottir contre elle et lui raconter tout ce qu'il a fait dans la journée.
Cela ne peut évidemment pas être considéré comme une preuve, mais jette une lumière intéressante sur l'interprétation du fait qu'il a tenu plus tard un journal intime. Dans ce journal, nous trouvons un homme qui a totalement maîtrisé ses affects normaux. Il n'en a aucun, là où nous en avons; pour lui, tout est un objet de recherche. Il commente en termes secs la chute de ses plus grands bienfaiteurs; il note tout aussi sèchement la mort de son père, citant seulement deux fois l'heure de sa mort.
C 'est dans de tels détails que se trahissent ces affects couverts. Parmi ces notes, nous trouvons çà et là de petits comptes, détaillés et méticuleux. Par exemple, les dépenses pour l'enterrement de Caterina, sa mère, dépenses dont il consigne, de la manière la plus ridicule, les plus petits détails. C'est manifestement la façon dont il exprime son émotion. Un autre compte se rapporte au manteau qu'il a fait faire à l'un de ses élèves.
Ailleurs il dresse une liste de choses que lui a volées un autre garçon. Il est caractéristique que ces comptes de boutiquier ne se rapportent qu'à deux sortes de personnes, à savoir ses objets d'amour. Avec un tel déplacement sur les plus petites choses., il ne peut s'empêcher d'exprimer dans son journal ses affects réprimés.