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Le roc biologique de la castration

L'importance considérable de ces deux thèmes, le désir du pénis chez la femme et la révolte contre une attitude féminine chez l'homme, n'a pas échappé à l'attention de Ferenczi. Dans une conférence qu'il fit en 1927, il déclara que toute analyse réussie doit avoir surmonté ces deux obstacles.

Mon expérience personnelle m'incite à ajouter que je trouve ici Ferenczi particulièrement exigeant. Au cours du travail analytique, jamais le sentiment de faire des efforts répétés et infructueux n'est aussi pénible, jamais on n'a autant l'impression de prêcher dans le désert que lorsqu'on veut pousser les femmes à abandonner, parce que irréalisable, leur désir du pénis ou lorsqu'on cherche à convaincre les hommes que leur attitude passive envers quelque autre homme n'équivaut pas à une castration et est inévitable dans bien des relations humaines.

L'une des plus fortes résistances de transfert émane de la surcompensation opiniâtre de l'homme. Il ne veut pas s'incliner devant un substitut de son père, refuse d'être son obligé et par là de se voir guéri par le médecin. Un transfert analogue ne peut découler du désir du pénis de la femme.

Par contre, ce sont des crises de dépression grave qui viennent de cette source, crises au cours desquelles la malade est sûre que le traitement analytique ne lui servira de rien et qu'elle est incurable. On n'est pas en droit de lui donner tort lorsqu'on apprend que c'est l'espoir d'acquérir malgré tout l'organe viril si douloureusement convoité qui fut pour elle le motif principal de la cure entreprise.

On apprend cependant aussi par là que la forme sous laquelle surgit la résistance, transfert ou non, n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui est décisif, c'est le fait que la résistance ne provoque aucune transformation, que tout demeure dans le même état.

On a souvent l'impression que, en se heurtant au désir du pénis et à la protestation mâle, on vient frapper, à travers toutes les couches psychologiques, contre le roc et qu'on arrive ainsi au bout de ses possibilités. Cela doit être le cas, en effet, car pour le psychisme, le biologique joue vraiment le rôle du roc qui se trouve au-dessous de toutes les strates.

Le refus de la féminité ne peut être qu'un fait biologique, une partie du grand mystère de la sexualité.

Il est malaisé de décider, au cours d'une cure analytique, si nous avons réussi à vaincre ce facteur et à quel moment cette victoire se réalise. Consolons-nous en constatant que nous avons offert à l'analysé toutes les possibilités de comprendre et de modifier son attitude à cet égard.

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