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Le fétichisme

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Empruntant une voie purement spéculative j'ai dernièrement trouvé que la névrose et la psychose diffèrent essentiellement en ce que dans la première le moi au service de la réalité réprime un morceau du ça tandis que dans la psychose il se laisse emporter par le ça à se détacher d'un morceau de la réalité.

Par la suite je suis revenu une autre fois à ce thème . Mais j'eus bien vite lieu de regretter d'avoir osé m'aventurer si loin. L'analyse de deux jeunes gens m'apprit que l'un et l'autre n'avaient pas pris connaissance de la mort de leur père aimé dans leur deuxième et dixième année ; ils l'avaient « scotomisée » - aucun des deux cas cependant n'avait évolué en psychose. Ici donc un morceau certainement significatif de la réalité avait reçu un déni du moi tout comme chez le fétichiste la désagréable réalité de la castration de la femme.

Je me mis aussi à penser que de tels événements ne sont nullement rares dans l'enfance et je pus me convaincre de l'erreur que j'avais commise dans la caractérisation de la névrose et de la psychose. Il restait c'est vrai, une issue : ma formule ne pouvait se vérifier que quand l'appareil psychique atteint un plus haut degré de différenciation : on pouvait permettre à l'enfant ce que chez l'adulte, on punirait sévèrement. Mais des recherches approfondies conduisirent à une autre solution de la contradiction.

Il apparut que les deux jeunes gens avaient « scotomisé » la mort de leur père tout comme les fétichistes la castration de la femme. Il n'y avait qu'un courant de leur vie psychique qui ne reconnaissait pas cette mort; un autre courant en tenait parfaitement compte; les deux positions celle fondée sur le désir et celle fondée sur la réalité coexistaient.

Ce clivage pour un de mes deux cas était la base d'une névrose obsessionnelle moyennement sévère; dans toutes les situations le sujet oscillait entre deux hypothèses l'une selon laquelle son père vivait encore et empêchait son activité et l'autre au contraire, selon laquelle son père étant mort il pouvait à juste titre se considérer comme son successeur. Je peux ainsi maintenir ma supposition que dans la psychose un des courants celui fondé sur la réalité a vraiment disparu.

Revenant à la description du fétichisme je dois dire qu'il y a de nombreux arguments et des arguments de poids en faveur de la position de clivage du fétichiste quant à la question de la castration de la femme.

Dans des cas très subtils c'est dans la construction même du fétiche qu'aussi bien le déni que l'affirmation de la castration ont trouvé accès. C'était le cas pour un homme dont le fétiche était une gaine pubienne qu'il pouvait aussi porter comme slip de bain. Cette pièce vestimentaire cachait totalement les organes génitaux, donc la différence entre les organes génitaux.

Selon les documents de l'analyse cela signifiait aussi bien ou que la femme était châtrée ou qu'elle n'était pas châtrée et cela permettait par surcroît de supposer la castration de l'homme car toutes ces possibilités pouvaient parfaitement se dissimuler derrière la gaine dont l'ébauche était la feuille de vigne d'une statue vue dans l'enfance.

Naturellement un tel fétiche doublement noué à des contraires est particulièrement solide. Dans d'autres cas apparaît la scission entre ce que le fétichiste fait de son fétiche dans la réalité ou dans son fantasme.

Tout n'est pas dit lorsqu'on souligne qu'il vénère son fétiche; très souvent il le traite d'une manière qui équivaut manifestement à représenter la castration. C'est ce qui advient particulièrement lorsque s'est développée une très forte identification au père, dans le rôle du père car c'est à lui que l'enfant a attribué la castration de la femme.

Dans certains cas, la tendresse ou l'hostilité avec lesquelles on traite le fétiche, tendresse et hostilité qui correspondent au déni et à la reconnaissance de la castration se mélangent inégalement si bien que c'est soit l'une, soit l'autre qui est plus aisément reconnaissable.

C'est ainsi que l'on pense pouvoir comprendre même de façon lointaine le comportement du coupeur de nattes, chez qui s'est mis en évidence le besoin d'exécuter la castration déniée. Son acte concilie deux affirmations incompatibles la femme a conservé son pénis et le père a châtré la femme.

On pourrait voir une autre variante du fétichisme mais ce serait cette fois aussi un parallèle tiré de la psychologie comparée, dans cet usage chinois de commencer par mutiler le pied de la femme puis de vénérer comme un fétiche ce pied mutilé.

On pourrait penser que le Chinois veut remercier la femme de s'être soumise à la castration.

On est finalement autorisé à déclarer que le prototype normal du fétiche c'est le pénis de l'homme tout comme le prototype de l'organe inférieur c'est le petit pénis réel de la femme, le clitoris.

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